‹ Introduction à l'étude de la botanique, ou, traité élémentaire de cette scienceChapitre 69 sur 104 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

ns tk aaBFFB ou sounuRB ahtificjells.

' ARTICLE PKEMIEE.

DinHirion bt cojiditiohs.

La grefiPe consiste k produire artifidellcment la soudure de deux plantes. On prend une portion de Tune, appelée greffe ou ente^ et on ia place en contact imoiédiatavec l'autre pied ,>qui s'appelle 5ii/et. -

Ce moyen puissant de multiplication était connu des anciens. Il est aussi employé par les Chinois et les Indiens depuis un temps immémorial.

La première condition pour que la greffe réussisse 5 c'est d'obtenfr un cont^ict prolongé entre des organes frais et en vie des deux plantes.

Dans les dicotylédones, c'est T^ubier et le liber, surtout le point'de jonction où est lecambium, qui offrent les' meilleures chances de soudure , puisque c'est là que se forme le tissU, ou qu'il vient d'être formé. On dit en général que la ^udure de la greffb a lieu par kr liber.

TSÏNOiiiirzt oMfun DÉ ridrÂTioff. IM IML de Candolle (i) croit qu'elle commence plutôt par Faubier ottle cambiam^ et que runton des libers en est la oonaéqaence* Il parait en effet que la greffe cx>mni€iice par pomper la sère da sujet , ce qui ne peut a*opérer que par Taiilner. L'eau colorée passe du sujet à la greffe, etcelle^ n*ayant d'abord que dc^s bourgeons et pas de feuilles, ne peut évidemment pas |ntH duire de «ucs descendans } elle vit d'abord sur le peu de aac qu'elle contient , et ensuite sur la sève qu'elle as^ pire. Plus tard , lorsque les bourgeons se sont développés, il redescend une partie de la sève élaborée , laquelle passant par l'écorce doit amener une soudure, intime du Kber. H est donc plus exact de regarder la so\idure des libers comme la preuve que la greffe a réussi, plutôt que comme là cause dû phénomène, hà greffe naturelle du gui confirme cette manière de voir, .

La seconde condition , c'est que le contact soit établi entre végétaux analogues. Plus l'analogie est grande , plus la greffe prend avec facilité. Ain^ rien n'est plus aisé que de greffer une espèce sur elle-même. X'opération n'est pas toujours possible , et dans tous les cas réussit moins bien , entre deux espèces de la même famille et de genres différens ; enfin elle est impossible entre plantes de diverses familles. Ce n'est pas que les charlatans ne prétendent quelquefois le contraire. Ils trouvent toujours des dupes qui croient que Ton peut greffer Voranger sur le grenadier pour obtenir des' oranges rouges, ou le jasmin sur l'oranger ^ pour obtenir certains jasmins plus odorans. De pareils phénomè*

(i) BGo Myi« f R ; p. i^h

nés, embellis jadis par la poésie (i) se soDt toujours trouvés faux et impossibles. L'erreur^ il est Trai, est quelquefois excusable , parce qu'elle est fondée sur des apparences. Une graine peut germer dans la cavité d'un ajrbre j une branche passer par un trou fait à un arbre très-différent, et alors Tapparence^st .celle d'unegreOe. Dans'ce que Von nomme la greffe Virgile , on perce un noyer et Ton introduit un cep de vigne , <pie Ton coupe ensuite par sa^basç. On prétend que la vigne peut vivre de pette manièf e , mais rien ne prouve qu'il y ait passage de suc du ndyer à' la vigne y. au oootwt^, il est bieil 'probable que la vigne pousse des racines dans

bi cavité humide où elle se trouve. Ce serait alors une

marcotte eft non* une greffe.

On, voit de même des plantes vivre long-temps dans le tissu d'une plante grasse , où elles pompent de Teau et poussent même des racinei. Ce ras se nomme greffe Noisette j mais ce n'est pas non plus une vraie greffe.

D'un' autre coté, on peut greffer le lilas sur le frêne , le bignonia radicans sur le catalpa , la pivoine en arbre sur les pivoines herbacées , plantes qui ne se ressemblent guère au coup d'œil , mais qui appartiennent aux mêmes familles natui*elles. L'expérience seule a appris que telle greffe réussit, ou ne réussit pas, entre espèces d'une même famille ou d'un même genre.

Sans doute il faut, pour que la soudure s'établisse, une analogie dans les tissus et dans les époques de végétation, plus encore que dans les formes extérieures,

(i) VuGiLi , Gêorg. , ch. s.

« fit steriles pUtani malos getserc vaUntes , « Cailaneac ligM, oransqae incanait albo « Flore Tyri , gUndcmque Miet litfere sub

GiKitLÀXTL Dt vioETATtoir. 401

ces dernières ne servantqu^à indiquer asse-*, exactement une analogie plus intime. Aucune espèce à suc laiteux ne peut être greffée avec une plante qui n'a pas le suc laiteux, quoique du même genre. Une espèce à feuilles permanentes réussit mal sur une espèce à feuilles caduques. Il faut que les deux espèces soient naturellement en sèye à la même époque. Il conyient que Tune ne soit pas beaucoup plus vigoureuse que l'autre , car si la greffe attire trop la sève , elle épuise le sujet , et si le sujet est trop vigoureux , il hâte trop la végétation de la greffe, ce qui fait périr la plante au bout de peu d'années.

ARTICLE n.

BBS OIVEESES SORTSS DB GREFFES.

11 y a plus de cent manières de greffer, comme on peut s'en convaincre en lisant la Monographie de la grejfe^ par le célèbre horticulteur Thouin (i). Je me bornerai à indiquer ici les quatre grandes classes qui comprennent, selon lui , tous les procédés connus :

!• Greffe par approche. On laisse les deux arbres voisins tenir pir leurs racines; on entame une branche à chacun d'eux , et on lie fortement les deux branches en juxta-posant les endroits où leur aubier est à nu. Quand la soudure s'est opérée, on peut couper l'une des branches par en bas , en laissant à l'autre arbre le soin de nourrir la partie supérieure de la branche.

(•) Un Tol. in-4« » inséré par fragmens rlans les Ann. du mus. , et par eziraiu daiu le Dictîonaftire d*agric. » éd. iSasa

fNTB. A lA lOTANIQUE. TOME f. 26

4M 9wrwaé»m*

Ceat U greffe qui se produit dans k nature , if$ànà deux branches soot serrées Tune contre Tautre* On la Toil souvent dans les charmilles. Elle a dans la CMkare Tavantage de laisser le sujet en bon étal , si la greffe B« réussît pas«

ft** Greffe par sden ligneux. On coupe une branche QODime une sorte de bouture, afin de Tadapter au soca* met d^une branche de Tautre arbre. On a soin de couper la greffe et d'entailler le sujet y de manière a ce qu*ib s'adaptent exactement Tun dans Tautre. Cesl là le talent du jardinier. Les entailles peuvent se faire de diverses manières. La plus simple est de couper le sujet en biseau , afin de l'insérer dans une simple fente ; c'est la greffe dite enfmte. Lorsqu'on insère plusieurs . scions ou greffes sur une grosse branche troi^{uée, c'est la greffe dite en eourùnne. On fait quelquefois des entailles compliquées , qui exigent une main trè&-5Ûre. La greffe est fixée par de là poix ou du goudron , qui éloignent l'humidité, et par des entourages, ligatures , etc. Cette greffe se fait a sève montante ( au printemps )•

3* Greffe par bourgeon. Un morceau d'écorce portant un ou plusieurs bourgeons e&t adapté sur le suj^t , exactement à la place d'un morceau d'écorce que l'on a enlevé. On lie le tout, pour produire le contact immédiat, et empêcher l'action du vent et de la sécheresse. Lorsque le morceau d'écorce appliqué ne contient qu'un bourgeon , c'est la greffe en icusson ; lorsqu'il en porte plusieurs et qu'il est en anneau, c'est la greffe annulaire. Il convient de mettre un bourgeon là où il y en avait un sur le sujet. Celte greffe se pratique ou au printemps ( à œil poussant ) , ou en automne (4 ml donnant). On lié la branchs

piiiroMEinEs c^Mumi m yidrAXioti. 4M au-dessus de la greffe , pour forcer la sève à s'y porter.

Par ce moyen on peut greffer beaucoup d'espèces ou de Tariétës sur un même pied. M. Agricola, de Gœllnltz, a greffé mit un vieut poirier trois cent trente variétés de pommes, qu'il Toulait comparer. L'inconvénient de ce procédé , o'est que les espèces les plus vigoureuses et qui s'accommodent le mieux de leur nouvelle position attirent la sève au détriment des autres.

4* Greffe herhacée. La greffe des parties herbacées ' n^est bien coonve et usitée que depuis un petit nombre d'années. On le doit surtout aux essais d'un horticulteur suisse qui résidait à Metz, feu M. de Tschudy , et aux expériences fûtes à Finstitut horticole de Fromont (i).

Cette greffe ne diffère pas beaucoup des autres , quant à la manière de tailler les scions ou d'enlever les bourgeons i mais plie se pratique sur des herbes ou sur. les branches d'arbres encore vertes. M. de Tschudy a greffé le melon sur le concombre , la tomate sur la pomme de terre, etc. On greffe aussi les conifères, sur leurs jeunes branches, ce qui est d'un grand avaolsigey car dans ces arbres toujours verts , qui poussent aux extrémiKs seulement, les autres greffes ne sont pas possibles. Celle-ci se fait au mois de juillet. Pour les herbes on choiait aussi le moment de la grande végétation des feuiUes. Il faut beaucoup d'art pour couper les tiges au point convenable relativement aux feuilles.

(i) àan. de r«Ma«U, voL m, p. 3o. — Aiuu d« la ioc. d'hortic. d« y^riâ , lY , p. 3^.

404 riTsioLoom.

ABTICLE m.

^KS MODinCàTIOlfS mODUITBS Pà% LA GftBFFB.

Beaucoup d'horticulteurs sont disposés à exagérer TinQuence de la greffe, précisément parce que cette opération est déjà remarquable , presque merveilleuse en elle-même.

n n'est point prouvé, quoiqu'on Tait dit souvent, que Vente influe le moins du monde sur la nature du sujet.

Au contraire, le sujet influe , dans certains cas , sur Tente. La quantité de sève qu il fournit par les racines détermine un accroissement plus ou moins rapide, plus ou moins durable. Le lilas sur le frêne devient un arbre-, et le pommier ordinaire sur le pommier paradis est nain , comme le sujet. Lé port est quelquefois changé. Le prunus canadensis^ qui est rampant, devient droit quand on le grefjQe sur prunier ; le hignonia radicans sur catalpa devient une boule , possède moins de crampons , etc. Les uns deviennent plus robustes , résistent mieux au (roid ( le néflier du Japon sur aubépine), d'autres plus faibles (le lilas sur pfyUirea). Le sorbier sur aubépine donne plus de fruits que franc de pied; le robinia hispida^ greffé, en donne moins. On croit que la greffe rend les poires et les pommes plus grosses. La manière dont la sève descendante est arrêtée au point de jonction des deux arbres pourrait bien exercer une influence heureuse sur les fruits. La durée des arbres est quelquefois modifiée ainsi que leur précocité. Rien ne prouve que la saveur des fruits et la couleur des fleurs soient jamais altérées.

^B&fOM£irES G&xitLAVX DZ YiGÏTATIOIC. 408

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