CHAPITRE m
01 LA BIHXGTION DBS PLANTSB OU D£g MRTUS
DE0 BLARTCS.
ARTICLE PREMIER
BIRECTlOy TERTICÀLE DBS RACINES ET DES TIGES.
Dés Tëpoque de la germination, les racines tendent à descendre et les tiges à monter, d'où résulte uae dU rection rectiligne verticale de ces deux organes. On peat retourner une graine plusieurs fois , toujours la radicule reprenjlra la direction descendante. La plante périt platôt que de se diriger autremeiit. Quelle est la cause de ce singulier phénomène ?
Ce n'est pas Thumidité de la terre qui cause la direction des racines, car en plaçant une jeune plante dans un tube plein de terre , dont le haut est humide et la partie inférieure sèche, la racine se dirige en bas et la tige monte (i). En mettant la plante dans un tube de \erre plein d'eau , puis en éclairant le bas du tube et en lûssant le haut dans l'obscurité , les directions ne changent pas. Ce n'est donc pas la lumière qui les cause.
On assure que J. Huoter ayant fait germer des graines dans un baril qui était dans un mouvement rota-
(«) I>C. , fhjB. vég. , Il ) p. Si9-
4(MI IPHTSIOLOOIl.
toire continuel , observa que les racines et les p\itmiiles ae dirifeaient dans le aena de Taie de rotatftOB (i)» Celte expérience ne fut point interprétée , ou le fui mai. Reprise dans ce siècle , sous une forme différente , par un habile physiologiste, M. Knight, qui ne oonnaôs* sait peut*étre pas ce qu'avait fait jadis Hanter , tUe a donné la solution du problème de la descente des racines.
M. Knight (i) fit construire une roue qu'il plaça verticalement. La circonférence présentait des auges ouvertes en dehors et en dedans» et susceptibles de recevoir de la mousse maintenue par des fiU. Il plaça des graines dans ces auges, et fit mouvoir la roue par une chute d*eau,qui, tout en arrosant les graines, leur faisait subir une rotation de i5o tours par minute. Une roue semblable, mue avec la même vitesse, était placée horizontalement. Dans cette dernière position , les radicules descendirent et les plumules s'élevèrent , mais avec une déviation uniforme de la ligne perpendiculaire. Dans la roue verticale , au contraire , les radicules se dirigèrent vers la circonférence et les plumules vers le centre.
Qu arrite-t-il dans ces deux positions? Dans la fdUé horizontale, les radicules sont soumises à deux forcesr, la force centrifuge imprimée par la rotation , qui tend i les faire partir par la tanp;cnte, et la force de la pesanteur qui tend à les diriger verticalement. Elles prennent la direction obUque qui est la résultante de ces detix forces. Dans la roue verticale , la pesanteur hVst plus
■< I fci 1,^.— ^i^a^i^^aifc— ^ai^Éh^fc^i^iiiÉidbfc^**.
(0 DG. , Phjsiol. . II , p. 8so.
(a) KmcaT , Philos, trans. , 1806 , «yec une plancKe. — 6âtt , Chim. a^c. , crad. franc. , fig. I , pL |.
PH£NOM£lŒS oiffÙtAVlL DE TEGETATIOlT. 4(fl
pcmr les ridicules , car elles changent ele posi*
tion relatÎTement a Tborizon dans chaque instant infi*
ntment petit. Etant soustraites à laction de la pesanteur,
il reste U forée centrifuge. Les radicules lui obéissent et
se dirigent Ters b drconfërence. Ainsi , les radicules
sont orgaoisëe» de telle façon , qu'en s'allongèant , elles
obéissent uniquement aux forces physiques , et par con«*
séquent dans le cours naturel des choses à la pesanteur
•Q gratitation universelte.
Mais comment les marnes forces impriment-elles à la radicule et à la ptumule des directions opposées. Yotei rexplicationqueTon en donne (i). Les racines croissent par leurs extrémités et les tiges par toute leur bugueur. Il résulte de là que Textrémité des racines, noutelle-' meni formée el toute molle , descend , sans résister le moins du monde à la pesanteur, et que les obstacles qu elle rencontre peuvent seuls lui donner une direction tortueuse. La tige de son côté contient des sucs nutritifs qui se déposent du côté inférieur, si vous la supposez penchée; mais plus les sucs s'accumulent d'un côté, plus ce coté grandit , et comme il est intimement lié avec le côté supérieur qui reste court , celui-ci le redresse. Il en est de cette llexion du côté supérieur , comftie d'tine planche que Ton courbe en Thumectant d'un eôté. L'humidité et surtout la chaleur humide font grandir le côté auquel on rapplique; l'autre restant le même quoique uni étroitement, il faut bien que le côté humide se courbe vers lui.Plus le côté inférieur de la branche ou de la tige graiidil en proporlion de Tautre, plus renseaUe tend à se redresser. Pour ce qui est du fait que les sucs desee*-
(i) DG., Organ. > 1 , p. iftV
408 PBYSIOLOCIE.
dent do côté inférieur, on peut en juger parles branches horizontales des arbres où le canal médullaire ja'est plus au centre. Dans ce cas , si la branche ne se redresse pas, cela tient à l'effet dé la lumière qui complique un peu le phénomène , comme nous le verrons plus bas. Les tiges très*flexibles de leur nature restent couchées , parce que leurs fibres u*ont pas le degré de force nécessaire pour résister à la pesanteur.
PasSé le premier âge des plantes et de leurs organes, ces directions dépendent moins des causes que nous venons d'examiner. La résistance du sol et Tabsence d*air empêchent les racines de pénétrer profondément en droite ligne. La lumière influe sur la direction des branches dans leur jeunesse , et une fois la solidité acquise par le tissu , le redressement ne s'opère plus (i)«
AHTICLE II.
TEADàlfCE DES TIGES ET DES BKAVCHES VERS LÀ
LUMIÈKE.
Pour peu que Ton observe ce qui se passe dans la nature , on voit que les rameaux se dirigent du côté de la lumière. Dans un appartement les tiges penchent du côté des croisées, de même que dans une foret las bran-
Ci) Oo t fait beancoup d'objections i rezpërience et A la théorie de M. Knightv Gomme elles sont fondées ou sar nne manière inexacle de représenter Texpéricnce fondamentale , ou sur des fisits erronés , ou sur de^ ralsonnemens qqj me paraissent mauTais « je me borne à renvoyer les lecteurs pour celte discussion auz pa^ 8s5 k 83o de ht Physiologie yégétale de mon père.
PUHOMÈIISS oini^AVX DE VeCETATlON. 409
ches se dirigent vers les clairières. La plupart des culti- Tatears disent dans ce-cas que les plantes cherchent Tair, mais IVI. Tessier a montré la fausseté de cette explication par une expérience toute simple. Il a placé des plantes vivantes dans une cave qui avait deux ouvert ture9 : d'un côté une fenêtre vitrée donnait du jour et point d'air, de Tautre un soupirail, ouvert sur un hangar vaste et obscur, donnait de Tair et point de lumière. Les plantes se sont toutes penchées du câté de la fenêtre vitrée*
L'explication de ce fait a été donnée par M. de Candolle, dès Tannée 1809(1). L'action de la lumière du soleil est d'activer la vie des surfaces végétales qu'elle atteint \ elle fait ouvrir les stomates , exhaler de l'eau , décomposer du gaz acide carbonique et.fixer du carbone dans le tissu. Ainsi, dans une branche encore verte , le coté frappé du soleil doit se solidifier plus que l'autre, et par conséquent s'allonger moins aisément *, de même que les plantes étiolées, c'est-à-dire qui croissent à l'ombre , s'allongent beaucoup. Or,comme les deux côtés de la branche sontinséparables, il faut bien quele côté le plus mou, qui grandit le plus, se courbe sur le côté qui se soU- ^difie et qui grandit le moins. La vérité de cette explication est confirmée par le fait que les végétaux celluleux ou parasites qui ne sont pas verts, c'est-à-dire qui ne décomposent pas de gaz acide carbonique et n'exhalent pas d'eau à la lumière , ne se dirigent pas du coté de la plus grande lumière. En outre, les branches âgées s'inclinent d'autant moins vers la lumière qu'elles sont moins vertes et plus ligneuses* Les branches inférieures des ar-
(1) Mcm. d« la soc, d'ArcveQj II, p. 104.
4iê i^mmoLùatM^
bres, prirëes de lamtère par en haut» se dMgent bmîsoiH talement pour la tronver. Il est srr bien reconnu que les eottrbures de ce genre sont produites psr laVnmîère^ que Tbouin a proposé de les produire artrfieiellenif nt, , telles que les constructeurs les demandent, en dirigeant babilement sur un arbre la Inmière du soleil.
Les pMoneules allongés û'hoya tamo9a se érigent chaque jour vers le soleil et le stdrent dans sa eourse dktme (i). Quelques tiges suirent ht ktmière au point de se tordre sur elles-mêmes , comme pour préienter leurs âeurs en face à Taction solaire; c*est le cas de Vhe/ioRihus annuUs^ appelé qudquerois tournesol, mais dont le nom français est sûleil (le tournesol étant le crotan tinciorium, dont le suc cbange de couletir au soleil).
AfttlctE m.
UtS TICES VOIUBLCS ET UBS tmtLLlES.
Certaines liges , comme celles de haricot , de hou' blon , etc. , s'enroulent dans un sens détermine , soit autour des corps étrangers qu elles rencontrent , soit sur elles-mêmes si elles manquent d'appui. Cette direction spirale, qui caractérise les plantes dites volubles (^olubiies) (a), n'est pas encore expliquée, malgré les expériences et observation^ ingénieuses de M. Palm ,
(i) ObMrration faite par M HicheK de ChateauTieux (DC., Phyi. ▼«a f P- ^44) * ^ véi'iflcc par M. Yaoclier.
(a) Soit^iUt te traduiMot par âolubU , on peut traduire volubtUt par voluiU. ^ DC. , Plflft rif. , p. êS}.
PBENOMEHEt O^ffilLilTS DE VEGETATIOIT. 41 i
fkhes en réponse au programme d'un prix de TuniTefsilë de Tobingen (i).
D'après eel auteur, la torsion spirale de certains embryons est sans rapport arec Tenroulement des tiges. Celui-ci commence dans les haricots, par exempte, dès le troisième ou le quatrième entre-noeud' après les cotylédons, et fait d'abord un tour de spire par jour, puis jusqu'à six on hait. Le phénomène marche d'autant plus vite que la plante grandit davantage. La tige se rapproche plus ou moins du support , selon Theure de la journée etrespèce dont il s'agit. La largeur des spires dépend de la grosseur de l'appui, mais quand celui-ci est trop gros , la plante ne s'y enroule pas. Sans appui , elle végète mal. Quand on veut lui faire changer de direction , elle meurt ou se Retourne.
Les tiges volubles se dirigent constamment du même coté dans diaque espèce, on peut presque dire dans chaque genre et famille« Ense'figurant que Ton est soi-même au centre de ht spire, à la place du tuteur, on voit que le sens est ou de droite à gauche , sinistrorsum , ce qui s'indique par le signe ) , ou de gauche à droite, de^ttrofsum (. M. Palm compte vihgt genres qui s'enroulent de droite à gauehe , appartenant pincipalement aux légumineuses, convolvulacées, asclépiadées , passiflorées, cucurbitacées , etc. *, et dans le sens exposé , dix genres x appartenant aux caprifoliacées , urticées, smilacinées, etc. Cette dernière série contient quelques monocotylédones et fougères.
L'électricité , le galvanisme , le magnétisme , appliqués soit aux planten , soit au« appuis ^ n'ont pas modi-
■ wii I p— .— ^^— ^la^p^i— i>*.T**.i ■ Il I ■! mil
(i) UUr âùM fUneUhdtr Pjtanzen , 10-6* # tublngen , 1S97»
419 PftYftlOtOGIE*
fié le phénomène. La lumière , la chaleur et Thamldité ne paraissent avoijr d'influence que pour Vaccélérer ou le retarder, selon qu'ib accélèrent ou retardent rallongement de la plante. Rien dans la structure intérieure ou extérieure ne parait se lier à cette disposition. La lu*mière solidifie le côté opposé à celui qui touche Tappoi, en sorte que d*après la manière d'expliquer la direction des branches, ce serait plutôt une cause contraire à Tenroulement. Cependant Wollaston , frappé de Tinfluence habituelle de la lumière sur les plantes, pensait que la direction spirale tient au cours du soleil dans la journée, et doit être, pour une même espèce, en sens contraire dans les deux hémisphères. Cette hypothèse a quelque chose de spécieux, mats elle ne parait guère vraisemblable, si Ton considère que des deux côtés deTéquateur il y a des tiges Yolubles dans les deux sens, et que les espèces diverses d'un même genre , x|ui souvent croissent dans les deux hémisphères, ont la même direction spirale. La torsion d'un côté ou de l'autre doit tenir, à une inégalité de croissance dans le tissu de la tige , mais il faut convenir que la cause de cette inégalité est absolument inconnue. On peut en dire autant de la torsion spirale des Trilles, qui a lieu aussi dans un sens presque constant pour chaque espèce. Quelquefois le sens change dans le milieu de la vriUe , comme on le voit dans la bryone.