CHAPITRE yU
DE LA COLOEATION DES viGÉTAUX.
Les plantes ou les parties de plantes qui ont cru à l'obscurité complète sont blanches. Dans cet état, on dit qu'elles sont étiolées. La lumière les colore diversement ,' et agit avec plus ou moins de promptitude et d'intensité selon les espèces* Deux lampes «jËsent pour colorer en vert pâle de jeunes plantes de lepidium satiimm. Une lumière artificielle plus intense colore plus ou moins toutes les espèces -, mais elle ne suffit pas pour que le dégagement de gaz oxigène ^effectue, ou peut-être pour qu'il soit perceptible dans les expériences. La lumière solaire seule produit à l'instant dégagement et coloration.
Une fois la plante colorée , elle ne peut plus retourner à l'état d'étiolement. En faisant blanchir un légume, on ne transforme pas en parties blanches celles qui sont déjà développées et colorées ^ on les prend avant leur naissance, ou au moment même , et on les « contraint à se développer à l'obscurité.
La couleur tient à la présence dans les c'ellules de petits grains qui constituent la chràmule, La coïncidence de la décomposition de gaz acide carbonique avec la coloration fait naitre l'idée que le. dépôt de carène daps le tissu , produit par l'action chimique ,
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est la cause de la coloration , soit que la ckromtile se forme alors , toit qu elle devienne colorée. Lei piantas parasites qui ne décomposent pas de gaz acide cat^K»* nique (les orobanches, cuscutes, etc. ) ne sont pas vertes.'
A Tappui de Fopinion que le carbone colore les végétaux, on doit observer que, lorsqu'il est divisé^ il parait bleu et non pas noir , et que le tissu végétal n'est pas d'un blanc parfait, mais un peu jaunâtre *, or, le mélange du bleu et du jaune produit du vert. On sait même que le mélange d'encre de Chine et de gomme gutte est vert,
La fixation du carbone sous Tinfluence de la lumière parait la cause principale de la coloration en vert ,*n^ais elle n est probablement pas la seule. L'extrémité de3 racines , Tembryon contenu au centre de la graine , le pourtour de la moelle et quelques cryptogames offrent de temps en temps une tdnte verte, quoique ces organes ou ces plantes ne paraissent pas décomposer ou ne décomposent certainement pas de gaz acide carbonique. Senebier (i) et AI. de Humboldt (2) ont remarqué qu'une certaine dose d'hydrogène dans l'air peut verdir les plantes. Après avoir fait ces observations sur des plantes communes dans les mines de Freyberg, M. de Humboldt a vu retirer de igo pieds au-dessous de la surface de la mer le fucus vUifoliifs , qui est d'une belle couleur verte. A cette profondeur cependant ' la lumière du soleil est deux cent trois fois plus faible que celle d'une chandelle vue à ^n pied de distance.
(0 SiiTBB. , Phjiiol. T^g. , Vf y p. t7&^
TH£KOM£KE$ UHÊlAn DJE VÉGJ:T^TI0K. 4tS
La couleur yerta des feuilles passe tAl ou taid à des teintes jaunes et ensuite au rouge TÎf , eomme dans la vigne de Canada , le sumac , etc. , ou bien i cette couleur bFune ^pfdéefemlle moite. D'après les obserratioDS de M» Abcaire (i), peu de temps arant de prendre la couleur jaune, la feuille œsse d'exhaler du gaz oxi^ne au saleil et continue d'en absorber pendant la nuit. Il en conclut que la chronale devient jaune à un premier degré d'oaigënation , ronge à un second. La chromule des feuilles de bégonia^ tradescantia dis^ color, etc.f qui sont toujours rouges en-dessous, ne diffère pas de la chromole des feuilles devenues rouges en autoawe. BIM. Schubler et Funk (3) disent que la couleur rouge est fréquente dans les fleurs qui contiennent un acide , et que les matières rouges, tirées des feuilles comme des fleurs, deviennent d'un rouge plus TÎf par les acides. Les feuilles jaunes se conduisent aussi comme les fleurs jaunes.
On sait que les bractées et les diverses parties de la fleur sont des feuilles dans un état plus ou moins diflerent de celles de la tige. Les bractées et calices sont fréquemment rerts , quelquefois jaunâtres ou roof^ , comme les feuilles en automne. Les pétales «ut une plus grande variété de couleurs , mais- les organes sexuels sont presque toujours jaunes. Les fruits suiirent des phases analogues à celles des feuilles, car souvent ils passent du vert au jaune , au rouge et aux teintes bleuâtres.
(1) Macaiu, Golor. automn. dM. icaiOet , dans Mcm. de la ioeiété de phys. ai dliio. aat. âm Gcaave , vaL IV.
(s) UtUBiwuekimgen ukêr die Farhm dar Mluthen, m^, léMt§^, iSsS.
4i4 PEYSIOLOGI£.
On feui croire que la quantité d'oxigène qui s'introduit dans le tissu des fleurs et des fruits influe beaucoup sur leur coloration^ mais on ne doit pas s^étonner de la yariété des teintes , car il se produit pendant la/ floraison et la maturation beaucoup d'actions chimiques difierentes , et les matières sécrétées doivent influer considérablement sur la couleur des tissus. Les teintes si variées des fleurs sont ou plus ozigénécs ou moins oxigénées que le vert , et peuvent être rapportées à deux graiides classes (i) dont les extrêmes se trfu* cheut : i' la série, des couleurs jaunes , appelée xanthique par M. de CandoUe, et série oxidée par MM. Scbubler et Funk \ a"* la série bleue, appelée cyanigue par M. de CandoUe, série désoxydée par les deux auteurs allemands. La couleur Verte est intermédiaire entre les deux séries \ elle est pour ainsi dire neutre. On' dispose les teintes comme suit :
Rouge ,
Orangerrouge ^
^ ! \ Série xanthique ou oxidée.
Orange^jaunc , . ( ^
Jaune,
Jaune-vert ,
Vert. — Couleur* des feuilles.
Bleu-verdàtre ,
Bleu ,
Bleu-violet , f Série cyaniquc
Violet , i ou désoxidée.
Violet-rougc ,
Rouge ,
(i) DC., Flor. fr. , 3' êdit., ▼ol. I , p. 19S (1806). — Thëor. ëlém., 181 3 , p. 174. — Phyi. Tcg. , II , p. 906.
FRkhOMLSt^ CEAimAtlL 0£ MAiETATHUI. 495
On peut aussi les représenter en cercle, oomme ceci ;
Vert.
Blen-Terdâtre. Janne-rert.
Bleu. Jaune.
Bleu-TioleC. Jaune-orange .
Violet. OraDge.
l?îo!ct-ro(ugc. Orange*rouge.
Kooge.
Lerose n'est que lerouge pâle. Le bbncparaitne pas exister réellement dans les fleurs , car si Ton place une fleur frés-blanche sur un fond Tëritableraent blanc oomme de la neige ou du papier, on la voit se détacbeff par une teinte quelconque, rosée, bleuâtre , etc. 11 fia* rait donc que le blanc n^est qu'une teinte extrêmement légère d^une autre couleur. Le noir n'est jamais que du bleu ou du violet très-foncé.
Les fleurs en changeant de couleur passent par les teintes voisines, dans une même série. Ainsi, les fleurs de belleHle-nuit (njrctago) panent du jaune an jauneorange, à l'orange et au rouge; celles de rose églantiére du jaune-rouge au rouge ; celles de hieracùtm passent du jaune an jaune-Tcrt. Dans la série cyanique , les fleurs de Uthospermum purpureo^cœraleum passent du bleu au Tiolet-rouge ; celles d^hortensia , du rose (rouge pâle) au bleu ; celles de cobœa, du bleu Terdâtre au Meu-violet et au Ti<^t, etc. De même, dans les variétés d'une même espèce, on peut s'altendre à trouver diverses couleurs d'une même série, mais non de séries différentes. M. de CandoUe mentionne deux excepttons seulement , les jacinthes qui varient ordinairement du bleu au rouge et au blanc , et qui ont aussi des
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variétés jaunâtres , et la primevère auricule , qui passe 4lu jaune au rouge-brun , au vert et à une sorte de violet. Les couleurs véritablement opposées sont le jaune et le bleu. Rarement elles se trouvent dans les espioes d'un même genre, plus rarement encore dans une même espèce, jamais peut-être dans une même fleur, simultanément ou successivement. Quand on classe dans un même genre des espèces à fleurs manifestement jaunes et des espèces à Ûeui^ bleues , il y a une grande cbance que les botanistes se trompent. Ainsi, le campanula awrea des anciens auteurs ( qui a la fleur d'un beau jaune, tandis que les campanules ont la fleur Ueue) forme le genre le plus différent des campanula et Je plus caractérisé de toute la famille (i). D'autres campanules à fleur jaunâtre forment le genre sjrmplUandra , qui est aussi très -distinct.
Les genres purement xanîfuques sont, par exemple, les mesembfyanihêmum, aloc^ verbascum^potentiUmy ranunculus. Les genres purement cyaniques, phlox, pentstemon^ vfnca, JCf7/a»etc« D'autres genres compren* ncnl une moitié du cercle des cou^Mrs , en partie xaiH thiques et en partie cyaniques , le rouge étant au centre de leurs variations \ exemple : œnothera, oxalis» D'aiiF* très, en petit nombre, sont décidément des deux série» ; gentianap linuni.
Toutes les fleurs peuvent se développer à Tétat de fleurs blanches atxidentellement, ou -constamment dans certaines variétés. Ce cas est surtout fréquent dans les pays froids , et il parait qu'il vient d'un état maladif, dans lequel la chromule se colore. imparfaitement. Le
(f ) f^oyez le genre Mutschia, dans ma Mono^aphie des campa-
PlUlKOHElfES G£irBBAV& PB VEGETATION. 4t1
rouge est ou le maximum ou le minimum d'oxigénatloo. De là , tant de rouges différeDS. A la série oxîdée ou xanthique appartienoent les rouges vifs , nacaratsou poBceaux,, à Tautre série les rouges violets. La couleur jaune en infusion passe au jaune plus vif ou au brun par lesalcalis, el ne change pas par les acides. Les infusions bleues passent au rouge par les acides e( au vert par les alcalis.
Les couleurs des bob, écorces, racines, et celtes des cryptogames tiennent à d'autres causes, principale ment aux matières sécrétées. Souvent la lumière n*a point d'influence sur ces couleurs. Les- champignons des souterrains sont des espèces parfaitement blanches , qui ne se ootorent pas i la lumière. La couleur bleueque prennent subitement certaiiis bolets quand on les coupe tient à Toxigène de Tair et peut-être à l'oxidation du fer qu'ils contiennent (i).