DE LA DUAÉE DES VÉGÉTAUX
Les plaates vivaees diireot iadéfiniment , car ehaque année elles peuvent produire dç nouvelles racines, de nooveUes feuilles, de nouvelles fibres, etc. On peul les comparer sous ce nppoi^t aux polypes, qui, en se multipliant comoia les bourgeons d'un arbre, finissent par dejremr des bancs immenses, d'un accroissement indéfim. Les animaux supérieurs , n^étant pas composés, doivent vivfe toujours au moyen des mêmes or» ganes ; alors il arrive nécessairement un terme de desonction de Tun de ces organes, qui entraîne la mort de rindividu. Mais dans les êtres ix>mposés , telle partie peut mourir, et le reste continuer également à s'accroître par de nouvelles formations d'organes.
Cest d'après ces considérations que M, de Candolie a ëmts l'idée^ en i8o5 (i), que la durée des végétaux est indéfinie et qu'ils ne meurent que d'aoeidens étrangers à lenr âge. Dès lors on a pecueilli beaucoup de preuves de cette vérité, qui , maintenant^ n'est plus contestée. £n disant que la durée est indéfinie,- on veut dire que le moment de la mort n'arrive pas^^cessairement a une oeitaîne époque -, que c'est un événement étranger a l'organisation du végétal qui doit la causer ^ que, par conséquent, «Ue peut arriver à des époques tout-à-bit îrrégulières. Le vent en cassant les branches produit unegoultière intérieure d où résulte la carie du
(i) DG. , Flor. fr., I , {T. sis.
456 parsiOLOCiE.
tronc ] voilà une cause fréquente de mort. Cette cause nVst liée à Forganisation que dans ce sens , que les arbres à tissu cassant, aqueux , sont plus sujets que d^autres à ce genre d'accident. La gelée, la sécheresse, rhuniidîté excessive , le défaut de solidité dans le terrain, le choc ou la morsure des animaux, la main de Fhomme, sont des causes habituelles d^accidens qui peuvent entraîner la mort des Tégétatu. Il y a telle de ces causes, la gelée par exemple, qui, en revenant périodiquement , limite la durée d'une espèce dans un ceilain climat , ce qui n'empêche pas que la vie de cette plante ne soit indéfinie dans d^autres circonstances, en vertu de son orgairisation.
Les agriculteur^ ont coutume de dire que chaqae arbre cesse de grossir à un certain âge ^ plusieurs mé* me croient qu'il din&inue. Ce sont des erreurs manifestes; Tarbre le plus vieux produit une couche annuelle de fibres» et grossit par conséquent , mats cette couche est d auiant plus mince pour Tespèce que le pied dont il s'agit est plus vieux. On dit aussi communément que les arbres fruitiers ont un terme; cela signifie seulement qu'à un certain âge ils donnent trop peu de fruits , ou sont trop facilement brisés par le vent, pour qu'il convienne de les garder. 11 se peut aussi que certaines pkiUes cultivées meurent à un certain âge, par suite de la taille, des engrais, de la production cons* tante de fruits et de toutes les autres circonstances qtii les constituent dans un état contraire à la nature. Les vieux ceps de vigne meurent du traitement qu'on leur a fait subir pendant nombre ^'années.
La mort des plantes monocarpiennes est une sorte d'accident, plus régulier il est vrai. La production des graines attire forlenient la sève vers le haut de la tige,
PHJC1C0M£»ES GfMCRAUX DE VÉGÉTATION. 437
empêche les bourgeons de se développer^ et fait périr les racines. Sans la fructification, ces plantes vivraient indéfiniment, comme on le voit dans la variété ligneuse de réséda ordinaire, qui ne porte pas de graines, dans les blés que la neige empêche dç fructifier, dans les agaves, qui vivent quelquefois trente, ou quarante ans sans fleurir et qui mentent dès la première fleuraison. La mort de ces plantes n'est pas plus déterminée jpar rage que celle d'une femme qui meurt en couches.
On en revient^ même par ces explications apparentes, au principe : (jue Iq durée des végétaux na pas de terme précis ^ et que leur mort résulte seulement d'accidens plus ou moins communs , plui ou moins fà^ cheux.
ABTIÇLE m.
KASiEftE d'apfrécieh l'age desakbues.
Dans les dicotylédones, le moyen le plus sûr est de compter les couches annuelles , quand on peut examiner la coupe transversale du tronc?. On sait qu'en général chaque année forme une couche, marguée par une raie circulaire sur la cQppe* Certaines années peuvent avoir fgrmé deux couches, mais en d'autres années à peinç une couche a pu se produire \ d'où résulte une sorte de compensation dans les erreurs possibles. Dans la plupart des arbres de nos pays ce moyen est très-exact.
Quand on ne peut pas voir la coupe , le stul moyen est de mesurer la circonférence à la bauteur où le, tronc est cylindrique, et de comparer la grosseur à celle d'arbres de la même espèce dont on a pu connaître Taccroissement. S'ils ont cru dans* le même terrain, la
438 »BTSIOLOGIC.
comparaison est d^autant plus précise. Les forestiers et les botanistes ont mesuré dans ce but la circonférence de plusieurs arbres à des âges connus. Us ont aussi mesuré Tépaisseur des couches annuelles sur des coupes et en ont tiré la moyenne d^accroissement de quelques arbres. Ce sont des termes de comparaison pour les pieds qu^ Ton ne peut pas<^ouper.
M. de Gindolle, en Tue de faciliter ce genre de recbercbes, recommande (i) de se fnunir d'une bande de papier, de la placer sur la coupe horizontale du tronc d'arbre, du centre à la circonférence, et de marquer avec un crayon la rencontre des raies annuefle^ ajrec le papier. Onconsenre ainsi la mesure de Taccroissement annuel a toutes les époques de la vie de .Varbre. Avec plusieurs mesures de ce genre on obtient une moyenne , et Ton peut établir tin rapport entre Tâge et la circonférence ou le diamètoe de chaque espèce.
Malheureusement les données de ce genre recueillies jusqu'à ce jour ne sont pas assez nombreuses pour que Ion puisse donner ces rapports dans un traité de botanique. M. de Candolle a réuni quelques docnmens à cel égard et a fait naitre à plusieurs personnes Fidée de
concourir axes recherches (ii).
A&TICLI IV.
ACCaoïSSEMENT DES AaBKES.*
Voici ^e que Ton connaît de plus certain sur Taccroissement des dicotylédones en diamètre.
(i) DC, Phys. Wg., n, p. 975.
(s) DG. , Ph^'s. vég. , II , p. 975 et suir. -**M. Bertlielôt â pablië dant U Biklioihiqu* uafverselle de Genève (juiU. ci déc. i833)def observations de ce genre fort intéressantes.
PHiMOMÈlfES CniULArX ni TicÉTATlOH. 439
i** En divisant Faccroissement de nos arbres les plus communs en périodes de dix ans, le maximom d'ac* croissement est dans là deuxième dizaine d*années ; dans la première et la troisième dizaine la marche est presque h même : au-delà, Taccroissement est de plus en plus lent. Ainsi, en prenailt une moyenne de cinq chênes mesarés par M. de Candolle, Taccroissement du rayon de la coupe a été :
Bans la première dizai — seconde
ne d'années, de io,4-
— troisième
— quatrième
— cinquième
— sixième
La quatrième période a reçu dans ce cas un accrois sèment exceptionnel qui disparaîtrait sur une moyenne d^observations plus nombreuses. Le plus vieux de ces cfié^ avait 333 ans, il avait crû de :
474 lignes de circonférence dans le i*f demi-siède. 148 2'
lia y
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L'expérience a prouvé aux forestiers qu il convient de couper le chêne à 20 ans , en moyenne , et que cet arbre est un de ceux donft'accroissement varie le plus d'un pied à Fautre.
2^ L'accroissement est plus uniforme dans Fâge
440 PBYSIOLOGIZ.
aruncé que dans les quarante ou cinquante premières années. Cela tient sans doute à ce que les racines s'étendent dans un p:us grand espace , de manière que telle veine de mauvais terrain qui peut se rencontrer dans leur route n'affecte qu'une petite partie de Tarbre. Da^s la jeunesse y la souffrance d'une seule racine , d'une seule branche, affecte beaucoup la végétation entière.
Il résulte de ces deux lois , que dans l'estimation de l'âge par la circonférence, il faut bien tenir compte de la différence probable de croissance dans la jeunesse et dans l'âge avancé, et que l'accroissement des dernières années est le plus important à connaître, parce qu'il est ordinairement le plus uniforme. '
ARTICLE V
F.XBMPLES DE LA DURÉE DE QUELQUES VÉcéTAUX»
Passant à l'application de ces lois à quelques cas mdividuels , on est frappé de l'âge extraordinalrement avancé auquel sont parvenus quelques arbres. Les cas rares, mais certains, où les documens historiques prouvent une haute antiquité, rendent plus croyables ceux où l'on arrive à des résultats analogues uniquement par la mesure du tronc et par les inductions que l'on en tire. "' Le fameux châtaignier du ntont Etna ne peut pas étrq cité ici, pa^c^ qu'il provient de plusieurs rejetons d'un très-ancien pied , soudés entre eux \ mais voici d'autres exemples d'arbres uniques dans leur origine , qui ont atteint un âge fort avancé.
Un tilleul fut planté dans la ville, de Fribourg, çn
PUÉ2iiOU£Ifi.S iiÉnÈgJiV\ il£. VÉGÉTATION, 441
Suisse, le jour où Ton apprit la victoire deMorat, en 1476. Cet arbre avait , en i83i, une circonférence de i3 pieds 9 pouces^ ce qui' donne un accroissement moyen annuel de i ligne 3/4 en dîan>ètre, au moyen de quoi on peut apprécier Tâge d'autres tilleuls. Il faut cependant remarquer qu'un avbre planté dans tine place publique, pavée en tout ou en partie, grossit moins que d'autres de la même espèce mieux situés; ainsi l'accroissement ordinaire annuel du tilleul peut être d'environ 2 lignes de diamètfe j^ndant les quatre premiers siècles.
Or, il existe , près de cette même ville de Fribourg , à \iUars-en*lVioing , un tilleul qui avait, en i83i, à quatre pieds au - dessus du sol , 36 pieds de circonfé* rence, soit 1,639 lignes de diamètre. Suivant la tradition du pays , il était déjà célèbre par sa grosseur en 1476, et des t^inneurs, profitant de la confusion qui régnait pendant la bataille de Mo)*at , le mutilèrent pour en avoir l'écorce. En supposant un accroissement moyen de 2 lignes par année ^ il aurait aujourd'hui 817 ans; en sup^sant 1 ligne 3/4, plus de 1,200 ans; enfin, en admettant a lignes pour les quatre premiers aiècles , et povtr les suivans 1 1. i/?i, ce qui est assez vraissemblable , il aurait plus de 1,600 ans.
Le tilleul le plus remarquable se trouve à Neustadt sur le Kocher, dans le royaume de Wurtemberg. 0}t arbre, mentionné jadis par Évefyn, examiné, en i83i, par M. Jules Tremblcy sur la demande de M. de CandoUe (i), appartient à l'espèce du tilleul à larges feuilles. II devait être déjà très-grand en 1229; car^ d'après
(1) Physiol. , p. 988.
449 l^HYSIOLOGIE.
d'anciens documens, la Ttlle fat rebatte auprès du grand arbre ^ après avoir été détruite dans une guerre en t%i6. L'ancien. nom de Helmbundt fut changé alors en celui de Neusîadt (nouvelle ville) , et du temps d'Évelyn , dans le XVH* siècle , on la désignait ^us le noni de Neustadt présida gros tilleul. Un vieux poème, qui date de i4q8 , dit : De^^ant la porte il iéUve un tilleid soutenu par soixante-sept colonnes. Le nombre de ces colonnes destinées à soutenir les branches était de quàtv-t^ngt-deux en 1664 ; il est aujourd'hui de 106. Les plus anciennes inscriptions que Ton voie sur ces colonnes portent la date de 1 558^; d'autres i56a , .i583 , etc., avec les armes du seigneur qai les * faisait élever. Malgré ces appuis , les branches ont souf* fert; Tune des principales a été brisée, en 1773, par un ouragan. La mesure du tVonc prise par Évdyn n'est malheureusement pas comparable aux mesures récentes, parce qu'il a négligé de dire à quelle hauteur audessus du soi il avait mesuré la circonférence. Celle-ci était, en i83i, à cinq ou six pieds au-dessus du sol, do 37 'pieds 6 pouces 3 lignes de Wurtemberg (i). A 2 lignes d'accroissement annuel , Tâge serait de 7 à 800 ans , ce qui est probable , d'après quelques inductions historique^-, néanmoins il faut observer que, depuis quelques siècles , il a grossi certainement de moins que a lignes par année. Ce qui manque presque toujours dans ces recherches, ce sont des données sur Faccroissement après les deux ou trois premiers siècles. M. Berthekit a mesuré un sapin {ahies exceha) gigan* tesque, situé à Vouest dç Courmayeur, sur la montagne
(i) Le pied de Stuttgard ne vaut que 10 pouces 7 ligues de France, d'après le Manuel métrolog. de MaUet, Genèye, 1801.