CHAPITRE XL
PB L'£FFET des StJBSTANCES VÉNÉNBCSES SUR QUELQUES VÉGÉTAUX.
ARTICLE PREMIER
DES BMPOlSOimEMEHS EN GÉBÉRAX.
Rien ne prouve mieux Texistence d'une sorte de vie végëule , que raclion des matières vënéneuses sur les plantes vivantes. L'analogie de cette action avec ce qui se passe dans le règne animal , ses conséquences physiologiques , agricoles et industrielles , Im donnent un certain degré d'importance, quoique, dans le cours ordinaire de la nature , les empoisoonemens soient une chose assex rare.
L'eflet des poisons sur les animaux résulte d'une introduction, soit dans les voies digestives, soit dans la circulation du sang par suite d'une blessure , soit enfin dans les poumons ou organes analogues respiratoires. Les mcmes distinctions peuvent s'observer dans les végétaux. L'absorption par les racines répond au premier mode^ rinlroduction forcée dans une plaie ou blessure répond au second; Faction à la surface entière du végétal, notamment sur les feuilles, représente. le dernier mode. Chaque substance peut agir avec plus ou moins d'intensité-, elle peut être ou n'être point vénéneuse, selon qu'elle est employée de l'une de ces trob manières. Ainsi, dans le règne animal, le gaz
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acide carbonique respiré est un poison ^ introduit dans Testomac, il n'est qu'un ^citant agréable. Le venin des serpens peut être avalé sans danger, tandis que Fanimal peut être tué par sa propre morsure.
On peut aussi classer les empoisonnemens d'après la nature de leur action. Ainsi , dans le règne animal, on distingue les poisons narcotiques j qui agissent sur le cerveau sans désorganiser le tissu , au moins en apparence, et les poisons acres ou corrosifs, qui agissent directement survie tissu. Dans le règne végétal , ces distinctions sont moins claires.
Enfin , on peut considérer les poisons sous le point de vue de leur propre nature, c'est-à-dire de leur origine et de leur nature chimique. Les uns sont minéraux , d'autres animaux ou végétaux. Les premiers sont des métaux purs, des corps élémentaires, des oxides , acides , alcalis , etc. , des solides , des liquides , des vapeurs ou des gaz.
Les chimistes doivent envisager les poisons sous ce dernier point de vue , les naturalistes plutôt sous le rapport de leur mode d'application et de leurs elTets.
ABTIGLE II.
ABSORPTlOn DE HATIÈKES VÉNÉHEIJSES AVEC LA SÈVE.
§ I. — Manière tï expérimenter.
Les plantes vivantes absorbent toute espèce de liquides , soit par les racines , soit par la coupe transversale d'une tige ou d'un rameau plongeant dans le liquide. B suffit donc de dissoudre une substance pour la faire absorber , et afin de mieux apprécier son effet , on a
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soin de placer à coté du vase empoisonné dans lequel trempe la plante , un autre vase d'eau pure^ contenant une plante semblable. Scion la nature et la dose du poison , on s'aperçoit d'une action sur la plante qui l'absorbe, au bout de quelques heures ou de quelques jours , et celte action est plus ou moins délétère.
§ a. — ^ Eff^t des matières élémentaires diverses.
Le chlore accélère la germination, d'après d'anciennes expériences de M. de Humboldt (i), refaites depuis par M. Yogel. 11 est difficile , dans ce cas , de distinguer ce qui tient à l'absorption par la radicule, de l'effet purement extérieur de la substance.
On a dit la même chose de l'iode, mais le fait est contesté (a).
§ 3. — Effet des matières métalliques.
h'oxîde d'arsenic et toutes les dissolutions arseniatées font périr les plafntes. D'après M. Fr. ]Vrarcet(3), trente-six heures suffisent pour tuer un haricot trempant dans deux onces d'eau avec deux grains d'oxide. Le même observateur ayant mis une branche de rosier dans une once d'eau qui contenait six grains d'oxide , elle en absorba un cinquième de grain eu trois jours ; l'effet s'apercevait déjà au bout de vingt-quatre heures. Les organes verts devenaient jaunes ou bruns ^ les feuilles se flétrbsaient en commençant par les nervures.
(i) Aplior. in flor. Frejberg.
(a) GAtiTu, Ann. soc. d'hort., Paris , YII, p. igS.— -Voobl, Joum. de pharm. , i83o.
(3) Mém, de la soc. de pkjs. et dliist. nat. de GenèTC, III , i8t5.
vutnoiaïnES oémjSjuvx de vKcéTATioif, 44fl^ Le parenchyme voisin de chaque nervufe était ausd malade. Les feuilles du bas et les pins jeunes situées à TextrémUé souffraient les premières. L'empoisonnement arrive aussi, selon M. Jseger, quand on arrose un terrain de matière arsenicale. La couleur des pétales change ordinairement par TefTet de Farsënic : la ' plupart deviennent bruns ^ jaunâtrçs ou blanchâtres ; ceux de la roseà centTfeuilles se tachent de pourpre. La corolle bleue dncampanula persicœfolia devient verte. MM. Jœger(i)etMacaire (a)ontrait tremper des branches de sensitive dans de Teau , et ont versé un liquide arsénialé. Les branches et les folioles se sont rappro chées d'une manière singuUèrCr Si la dose est faible , elles se remettent le lendemain; si elle est 'l^p' forte , elles meurent.' '
Mercure. Les solutions de sublimé corrosif pi-oduisent un effet au moins égal à celui de IVrsehic. Diaprés M. Macfiire , elles arrêtent lesmouveniens des étamines de berberis et des feuilles de sénsilîve. Toutes les préparations mercurielles solubles agissent x!omm.e poisons sur les végétaux. On a découvert dernièrement que de très-faibles doses de sels mercuriels empêchent le développement de moisissures dans les liquides, ce qui n'a pas surpris les botanistes. On s* en sert dans lu préparation de Tencre.
Le^ àxides sohibles d'étain, dmcuwre, et Y acétate de plomb sont vénéneux. Ils produisent aussi des raiies brunes ou jaunes sur les feuilles avant qu'elles soient tput-à-fait fanées.
Les oxides et acides de fer 9i de manganèse ne
(i) niss. 4c eifecl. anenici, iii-S% Tubiog., t8o8.
(9) Mém. soc. de pbjs. et d'hitt. nat. de Genève vlll» >S»5.
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puraissent pas nuire à la . Tégétation . Les 0xides de plomb , et aulres qui ne sont pas soluUes , ne produî* sent aucun' effet, probablement parce qu^ilsnas'înlrodulsept pas avec la sève.
Il est certain que les corps mëtattiques restent en na» ture dans le tissu, car ils sont sensibles aux réactifs. Ainsi, en coupant un rameait à un arbre tuë avec du sulfate de cuirre , le couteau se charge de cuivre.
§ 4- ~ Effsl 4iB9 matières terreuses wi alcàUnes.
La chaux vwe , les sels de baryte j, la potasse cauS" tique y lesprussiates et muriates de soude et dépotasse^ sont certoinement vénéneux.
Les earbonates de soude et de potasse y. et la plupart des s^ calcaires j aont au contraire saus effet.
.La magnésifi, étant peu soluble, n'a^t quà de fortes doses , et devient alors nuisible. Mélangée avec d'autres substances , comme elle existe ordinùfement* et inéme en assez grande abondance, dans la nature, elle n*a aucun effet (i). Mais , d'après M. Cairadori, des plantes mises flans de Teau chargée de magnésie périssent au bout de sépi à huit jours.
Les auteurs ne son t pas d*accprd sur Veffet de ï alumine»
Les nitrate dépotasse et muriate de soude, k làibie dose, sont plutôt avantageux, surtout ;iux plantes marines ; à de fortes doses , ils sont iiuisibles.
JJammontaquéei lessels ammoniacaux absoth^wû" sent beaucoup , d'après les expériences de M. Gœppert. Ils arrêtent tes mouVApctens de la seusitt^e^ des étamines de la rue , et font périr les plantes. «D'après Davy, ils ne miisentqu elofsqu'on en met plus de i/3o dans 'eau.
(i)no. Hiyâ. vé^. ItI^p,,34o,
WMIVi
ïBiiioiiEifis oinitLAtm îol viGÉTATioir. ni . J 5. — • Effet des acides.
Le gaz acide carbonique mélangé avec Teau est avaatageux à la plante qui en absorbe , mais tous les acides liquides sont vénéneux.
Les uns dénaturent chimiquement les tissus, comme les acides sulfurique, nitrique,^ etc.
D'autres, qui, à de faibles doses, agissent sur les animaux comme narcotiques, font périr les végélatix. C'est le cas de Tacide oxalique, M. Marcet ayant mis une branche de rosier dans une once d'eau a)ntenant cinq grains de cet aèide, les pétales prirent des Mkndemain une couleur plus foncée, puis ils se fanèren^^é second jour, la tige et les fei;^illes étaient sèches , après avoir absorbé i/io de grain d'acide. L'acide prussigue, à% tous les poisons narcotiques le plus violent,' agit avec force sur les végétaux. Dès 17969 Bafu avait vu qu'il arrête le mouvement des étamipes; dès lors ,• plusieurs auteurs ont vérifié lat étendu ces expériences. Lorsqu'on plonge des plantes herbacées, par leurs racines, dans de Tacide prussique contenant 5 pour i-oo d'acide pur, leur couleur devient jaune ou brune, leurs tiges et pétiole» se resserrent, les feuilles toihbébtf les trachées deviennent brunes , et la plantq meurt en* un , deux ou troi» jours. Dans les plantes laiteuses , le lait ne coulç pin» des points où le poison est parvenu. La germinatiou est empêchée.
§ 6. — JEffet des matières végétales dit^ersès.
Toute» le» tmUê sont nuîstUe» quand eUe» sont adb« sorbées. Il en est de même du sulfate de qidntne et du tannin.
IM PBTSIOUMME.
Les substances Tégétales narcotiques ont on effet dé- Utère snr les plantes, même sur celles qui les ont produites, quand on les leur fait ahsoriier. Ainsi, des haricots placés pur M. Marcet dans a onces d'eau contenant 5 à 6 grains ^ opium ^ étaient morts dès le lendemain. M. Macaîre a constaté que la solution d'opium fait cesser les mouTemens de la sensitive et autres andogues. Diaprés M. i^Iarcet , cinq grains de noix vùndque dans une once d^cau ont fait Béchir les pétioles d^un haricot au bout de 4 heures et Font fait périr au bout de 1% heures. La coque du Levant fit crisper et replier les folioles, pui^^ plante mourut en ^4 heures. L'extrait de mareU^te belladone, de ciguë, de digitale pour" prêcy de daiura stramomuni^ éCf^oscjramus niger, de motnordica elateriUm^ sont également vénéneux, d'à* près MM. Marcet et Macaire. D'autres auteurs (i), je le sais , ont obtenu des résultats difierens , mab cest surtout en arrosant Ir^ phmtes avec les divers extraits, et alors il est probable qu^une grande partie du poison ne parvient pas aux racines. D'ailleurs, tout dépend de la dose et de l'espèce sur laquelle on essaie, surtout en fait de pobons narcotiques, puisque dans le règne animal leur premier eflet, à petite dose, est d'exciter.
Les liqueurs alcooliques et les éthers agissent sur les plantes à peu près comme Tacide pAssique et Tammoniaquç.
■Sous avons déjà vu (i) que les matières excrétées par les racines sont nuisibles aux phintes mêmes qui les ont produites et à celles qui leur ressemblent; cequi est là base du système des assolen^ens en agriculture.
' (i) Jt 1.^0, Bifcl îtal., n" 5, — Garp., De acidi hydroq^an., ûv8o. (i; fV« p. 3o6.
FHKNOMKIIES ÛEIfEnAUX DE VÉGÊTATIOM. 455
§ 7. «^ -fi]^^ <fc^ matières animales.
On n'a pas essayé Faclion des diverses matières animales, qui sont trop compliquc^es pour que cela pût apprendre quelque chose sur le mode d'action des poisons. Les agriculteurs savent que les engrais liquides trèschargés nuisent aux plantes et qu'il convient de les étendre d*eau.
§ 8. — Effet des matières gazeuses^
Les gaz introduits avec de Teau ne sont pas nuisibles, comme on l'a démontré pour l'azotç, l'hydrogène et le gaz acide carbonique. Ce dernier même est utile.
ilRTICLB III.