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En résumé, il y a trois combinaisons du soufre

et de l’oxygène qui ont pu être isolées (S, -S, S) ; deux composés correspondants à S, S ont été obtenues dans les mêmes circonstances avec le sélénium et le tellure

combinés à l’oxygène, savoir Se, Se, Te, te : il ne reste donc, pour ces derniers corps,- qu a obtenir les composés analogues à l’acide hypo -sulfurique. Si les composes Se Te sont doues d’une énergie électro-négative assez grande, on obtiendra avec eux toutes les combinaisons correspondantes à celles qui se forment par l’action de l’acide sulfureux sur les métaux, ou par celles du soufre sur les sulfites.

Représentons maintenant en formules la composition moléculaire des differents composés déjà obtenus, et celle des composés que l’on pourra sans doute obtenir par la suite quand on connaîtra mieux encore les conditions de combinaison des corps , ainsi que les moyens d’isoler les composés une fois formés.

Composés connus.

1 at. soufre .

2 vol. oxygène .

2 vol. gaz sulfureux. . .

1 vol. oxygène .

2 vol. gaz sulfureux. . .

1 at. soufre .

= 2 vol. gaz sulfureux.

— 2 vol. acide sulfurique.

— acide des bi-hypo-sulfîdes.

4 vol. gaz sulfureux. , . )

1 vol. oxygène . j -H Aq. = acide hypo-sulfurique.

1 at. sélénium .

2 vol. oxygène .

2 vol. gaz sélénieux. ..

1 vol oxygène .

1 at. tellure .

2 vol. oxygène .

2 vol. gaz tellureux. . .

1 vol. oxygène .

| = 2 vol. gaz sélénieux.

j — 2 vol. acide sélénique.

|=2 vol. gaz tellureux.

j = acide tellurique.

Composés non encore connus et qui restent à découvrir.

2 vol. gaz sélénieux. . .

1 at. soufre . •

-hune base AB

2 vol. gaz sélénieux . . .

1 at. sélénium .

H- une base AB

-f- une base AB|

2 vol . gaz sélénieux . . .

1 at. tellure .

2 vol. gaz tellureux . . .

1 at. soufre . .

-f- une base AB

/ SELS

i formés

j par des acides

2 vol. gaz tellureux

1 at. sélénium . • 1

-f-une base AB

analogues là celui qui existe a dans les

2 vol. gaz tellureux. . . j i at. tellure . 1

-hune base AB

f bi-hypo-sulfides.

2 vol. gaz sulfureux. . .

1 at. sélénium .

-f-une base AB

2 vol. gaz sulfureux. . .

1 at tellurp . .

-f- une base AB

4 vol. gaz sélénieux. . . j 1 vol. oxvpène . \

acide hypo-s

élénique.

4 vol. gaz tellureux. . . j 1 vol. oxygène . (

=: acide hypo-tellurique.

Enfin , il reste à découvrir les combinaisons :

2 vol. gaz sélénieux -f- R 2 vol. gaz tellureux -f- R

correspondants aux composés :

2 vol. gaz sulfureux -f- Zn 2 vol. gaz sulfureux -f- Fe, etc.,

et de plus tous les composés salins qui peuvent résulter de F union de ces composés binaires entre eux.

Combinaisons du soufre , du sélénium et du tellure

entre eux.

28. En principe, on doit reconnaître que ces corps peuvent se combiner entre eux , et que leurs composés doivent correspondre à ceux que nous avons obtenus avec l’oxygène ; mais lorsqu’il s’agit de le prouver par l’expérience pour tous les composés, on rencontre des difficultés qui résultent des causes suivantes :

1° De ce que le pouvoir électro-négatif de l’un de ces corps par rapport à l’autre doit être excessivement faible, le sélénium, le tellure et le soufre ayant de nombreuses analogies;

2° De ce que leurs composés n’ont que peu de stabilité ;

3° Et enfin de ce que les propriétés physiques de ces corps sont si rapprochées, que, quand bien même la combinaison vient à s’effectuer, il est très -difficile de séparer l’excédant de l’un ou de l’autre sans détruire le composé.

En se rappelant en outre que les corps qui ont le plus d’analogies physiques, ont une disposition toute particulière à former entre eux un grand nombre de combinaisons, on comprendra combien il est difficile d’obtenir des composés en proportions définies, lorsqu’on fait agir directement ces corps les uns sur les autres, et l’on pourra s’expliquer pourquoi on n’a pu arriver à des composés définis que par des voies indirectes.

C’est ainsi qu’on a dû décomposer, au moyen du gaz sulfide hydrique, les acides sélénieux et tellureux, pour obtenir les sulfides sélénieux et tellureux formés de :

1 at. de sélénium.

2 at. de soufre . . . .

= sulfide sélénieux ,

COMPOSÉS RÉS. 1)E l’UNION DES MÉTALLOÏDES ENTRE EUX. 75

1 at. de tellure. . . .

2 at. de soufre . . . .

= sulfide lellureux ;

ce que démontrent les équations ci-dessous :

H4 S2 Se H4 S2 Te

-H4 O2 = Se S2 == H4 O2 = Te S2

Dans cette série , où le soufre remplace l’oxygène , il reste, comme on le voit, à obtenir des sulfides correspondants à l’acide sulfurique. Ces composés, d’après les analogies , devront prendre naissance dans des conditions semblables à celles où l’acide sulfurique s’est formé, en plaçant, par exemple, les sulfides sélénieux et tellureux en présence du soufre et d’un sulfo-base , comme on a dû placer les acides sélénieux et tellureux en présence de l’oxygène et d’un oxybase, pour obtenir les acides sélénique et tellurique. Il est même probable qu’on ne pourra les isoler qu’au moyen d’une base qui serait aux sulfides tellurique et sélénique, ce qu’est l’eau à l’acide sulfurique.

S’il existait une assez grande différence entre le sélénium et le tellure pour que le premier pût jouer envers le second le rôle électro-négatif, il n’y aurait pas de raison pour qu’on n’obtînt pas toutes les combinaisons correspondantes à celles de l’oxygène avec les mêmes corps.

Combinaisons de l’oxygène ^ du soufre ^ du sélénium et du tellure j ces corps faisant fonction d’éléments électropositifs avec le fluor > le chlore > le brome et l’iode > ceuxci faisant fonction d’éléments électro-négatifs .

29. Parmi les combinaisons de l’oxygène avec le chlore, nous en connaissons un certain nombre dans

lesquelles l’oxygène joue évidemment un rôle électronégatif , et qui doivent par conséquent figurer dans un autre chapitre. Il en est une au sujet de laquelle nous ne pouvons nous prononcer aujourd’hui; car nous ignorons si l’oxygène y entre comme élément électropositif ou comme élément électro-négatif : aussi nous l’examinerons en même temps que les précédentes.

Quant aux combinaisons du soufre, du sélénium et du tellure, il règne aussi quelque incertitude relativement au rôle que jouent ces corps dans un certain nombre de composés; mais pour d’autres, le rôle électro-positif du sélénium et du tellure est bien déterminé.

Ce qu il y a de bien certain, c’est que jusqu’à présent on n’a obtenu avec le chlore combiné directement au sélénium et au tellure que des composés correspondants à l’acide sélénieux et tellureux. Il devait en être • • •

ainsi, puisque ces radicaux, en présence de l’oxygène, ont donné par leurs combinaisons directes des acides selenieux et tellureux. On aurait pu cependant obtenir des chlorides séléniques et telluriques; mais pour cela il aurait fallu se placer dans des circonstances favorables. Ne perdons jamais de vue celles où les acides séleniques et telluriques ont pris naissance, et nous resterons convaincus qu’il n’y a de chance pour arriver à la formation de ces chlorides , qu’en plaçant les chlorides sélenieux et tellureux en présence du chlore et d’un chloro-base.

Le soufre est beaucoup plus rapproché de l’oxygène: aussi a-t-il, comme ce dernier corps, une tendance à se comporter comme corps électro-négatif dans les composés qu’il peut former avec le chlore.

Ce groupe de combinaisons n’a été que peu étudié,

il ne nous reste pas grand’chose à en dire. Nous nous

bornerons donc à indiquer dans un tableau le petit nombre des combinaisons obtenues et le grand nombre de celles qui n’ont point encore été découvertes.

i Cl4 S . = Chloride sulfureux. ... ?

j (Cl4 S) + Cl2 . = Chloride sulfurique. . . inconnu.

( Fl4 S . = Fluoride sulfureux . . . inconnu .

j (Fl4 S) 4 Cl2 . — Fluoride sulfurique. . . inconnu.

Br4 S . = Brômide sulfureux ... ?

(Br4 S) 4- Br2. — Brômide sulfurique. . . inconnu.

I4S . = Iodide sulfureux . ?

(I4 S) 4- I2 ... = Iodide sulfurique .... inconnu.

j Ci4 Se . z= Chloride Sélénieux . . . connu.

j (Cl4 Se) 4 Ci2 = Chloride sélénique . . . inconnu.

j El4 Se . = Fluoride sélénieux . . . inconnu.

j (Fl4 Se) 4- Fl2 — Fluoride sélénique . . . inconnu.

j Br4 Se . = Brômide sélénieux . . . connu.

1 (Br4 Se) 4- Br2 = Brômide sélénique . . . inconnu.

j I4 Se . — Iodide sélénieux . connu.

j (I4 Se) 4- I2 . . — Iodide sélénique . inconnu.

j Cl4 Te. ..... =n Chloride tellureux. . . . connu.

j (Cl4 Te) 4- Cl2 = Chloride tellurique . . . inconnu.

i Fl4 Te . = Fluoride tellureux. . . . connu.

| (Fl4 Te) 4- Fl2 = Fluoride tellurique . . . inconnu.

j Br4 Te . = Brômide tellureux. . . . connu.

j (Br4 Te) 4- Br2 = Brômide tellurique . . . inconnu.

j I4 Te . = Iodide tellureux . connu.

j (I4Te) 4- I2 . . = Iodide tellurique. «... inconnu.

Indépendamment des combinaisons que nous avons retracées dans le tableau précédent, on peut encore espérer d’arriver à d’autres composés correspondants à l’acide hypo-sulfurique; car de même que nous avons 4 vol. gaz sulfureux 4- I vol. oxygène = acide hypo-sulfurique , de même aussi nous pourrions produire les

composés (O4 S2) -f- Cl'2 = Cl8 S2 -f- Cl2, chloride hyposulfurique. Enfin , si nous parvenions à substituer à l’élément négatif Cl2 les corps analogues au chlore, une foule de composés pourraient encore naître de cette substitution.

Nous aurions a examiner ici les combinaisons de l’oxygène, du soufre, du sélénium et du tellure avec le bore, le silicium, le phosphore et l’arsenic, si ces quatre derniers corps , par rapport aux corps amphygènes, faisaient fonction d’éléments (— ). Mais il n’en est point ainsi, et nous n’etudierons en conséquence les composes que l’on obtient par la combinaison de ces corps entre eux, que lorsque nous serons dans le cas d’envisager le soufre, le sélénium et le tellure comme jouant le rôle d’éléments '(—) 1.

Fluor, chlore, brome et iode , radicaux électro-positifs en combinaison avec les corps cjui, par rapport à eux, font fonction de corps électro-négatifs .

30. Ces radicaux diffèrent essentiellement de ceux du premier groupe que nous avons étudiés précédemment. Ainsi, tandis que le soufre, le sélénium et le tellure se combinent directement avec l’oxygène, le chlore, le brome et l’iode ne peuvent s’unir à ce gaz qu’à l’état naissant. D’autre part, le soufre, le sélénium et le tellure ne se combinent aux métaux qu’à une température élevée. Les composés immédiats qui en résultent n’offrent point les caractères des sels , tandis que le chlore , le brome et l’iode se combinent avec un grand nombre de métaux à la température ordinaire et forment des composés qui ont l’aspect salin. Enfin, le soufre, le sélénium

1 V oyez Combinaisons du bore et du silicium avec l’oxygène et le soufre.

et le tellure sont insolubles dans l’eau; au contraire, le chlore, le brome et l’iode s’y dissolvent, et peuvent même constituer des composés définis avec ce liquide.

Il nous paraît inutile d’accumuler ici les faits nombreux qui établissent l’énorme différence existant entre les corps amphygènes et les corps halogènes : aussi passerons-nous immédiatement à l’étude de leurs composés.

Combinaisons du fluor > du chlore ^ du brome et de l’iode

avec l’ oxygéné > le soufre le sélénium et le tellure >

El (-)•

31 . De ces quatre corps il n’y a que les trois derniers qui aient été mis en combinaison avec l’oxygène. Le premier n’a pu encore y être combiné par des raisons qui se déduiront naturellement de l’examen des conditions dans lesquelles les trois autres corps se combinent.

32. Composés oxydés ; Les combinaisons de l’oxygène avec le chlore , le brome et l’iode ne peuvent se faire que dans des circonstances particulières. Nous commencerons par étudier de préférence les composés du chlore, parce que ce corps se présente plus communément à nous que les deux autres, et parce qu’en outre l’étude des composés auxquels il peut donner naissance, nous servira à préciser les conditions qui président aux combinaisons de l’oxygène avec le brome et l’iode , et nous mettra à même de nous fixer à l’avance sur le nombre de composés qu’il est possible d’obtenir avec ces deux analogues du chlore.

On a annoncé l’existence de six composés qui résulteraient de l’union du chlore avec l’oxygène. En voici les noms :

Acide hyper-chlorique €1

Acide chlorique €1

Oxyde chlorique Ô1

Acide chloreux Ol

Oxyde chloreux Ôl

Acide hypo-chloreux Ô1

De toutes ces combinaisons, les deux premières seules ne laissent aucun doute sur leur existence. Quant aux quatre autres , les chimistes , quoique d’accord sur la possibilité de former par le chlore et l’oxygène des composés avec des quantités d’oxygène inférieures à celles qui se trouvent dans les acides hyper-chlorique et chlorique, ne le sont pas encore sur la véritable composition des oxydes chlorique et chloreux et des acides chloreux et hypo-chloreux.

Le chlore ne se combine à l’oxygène qu’au tant qu’on le lui présente à l’état naissant et sous l’influence d’une base puissante. Cette base peut être choisie parmi les suivantes : K, Na, Li, Ba, Sr, Ca, Âg, Hg. 11 y a cependant des motifs particuliers qui doivent fixer notre choix plutôt sur les unes que sur les autres. La facilité de séparer les produits qui peuvent prendre naissance, la nature des bases et enfin une question d’économie, sont autant de raisons pour motiver des préférences.

D’après des considérations de ce genre, nous employons habituellement pour arriver aux composés du chlore, les oxydes potassique, calcique et mercurique: le premier, parce que les sels qui en résultent cristallisent facilement, ce qui favorise la séparation des liqueurs dans lesquelles il prend naissance, et les deux autres, parce qu’ils conduisent à la formation d’un composé qu’on n’obtient que difficilement avec d’autres oxydes.

Puisque le chlore ne se combine avec l’oxygène que sous l’influence d’une base puissante, quelle sera la réaction qui aura lieu entre l’oxyde potassique et le chlore? Pour résoudre cette question rappelons-nous ce qui suit :

1° Que le chlore se combine directement avec la plupart des métaux, ainsi que nous l’avons établi en tête de ce chapitre;

2° Que le chlore décompose lui-même, sans le secours d’autres corps, un grand nombre d’oxydes1.

Ceci établi, nous pourrons admettre que, si le chlore et l’oxyde potassique se trouvent en contact, l’oxygène de l’oxyde potassique et le chlore doivent se mettre en équilibre par rapport au potassium. Ce métal se partageant, entre le chlore et l’oxygène, on peut se représenter les éléments au moment où ils sont en présence i comme de l’oxygène et de l’oxyde potassique, du chlore et du chlorure potassique et un excès d’oxyde potassique (base), le tout soùs l’influence de l’eau.

Or, comme nous avons posé en principe que la présence d’une base salifîable puissante détermine toujours la formation d’un acide, il est évident que, dans le cas dont il s’agit, le chlore excédant et l’oxygène de l’oxyde potassique décomposé, doivent s’unir pour former ensuite un sel avec la potasse. Si dans une condition déterminée il ne peut se produire qu’un seul composé entre deux corps capables de s’unir en plusieurs pro- ! portions, il est certain que la nature de ce composé salin pourra varier en raison du degré de température que l’on fera subir aux corps mis en contact , ou bien i en raison de la pesanteur spécifique de la dissolution i employée.

! Voyez Action du chlore sur les oxydes.

La réaction du chlore sur l’oxyde potassique est des plus nettes. Ce qui la rend surtout digne de notre attention, c’est qu’elle nous prouve clairement la simplicité des moyens dont la nature fait usage pour créer tous les composés variés qu’elle nous offre; d’où il résulte que nous nous éloignons toujours d’elle et du vrai, quand pour l’explication des phénomènes chimiques, nous établissons des théories compliquées et diffuses.

Quand on prend une dissolution aqueuse et concentrée d’oxyde potassique, et qu’on y fait arriver un courant de chlore gazeux, on voit se manifester des phénomènes dus à la réaction des corps qui se trouvent en présence. La liqueur d’abord fortement alcaline, perd peu à peu cette propriété , et finit même par en manifester une toute opposée. D’incolore et transparente qu’elle était, elle prend une teinte jaunâtre et laisse déposer des cristaux feuilletés de chlorate potassique, qui, recueillis et mis en contact avec des charbons , activent la combustion.

Les eaux mères de ces cristaux évaporées jusqu’à un certain point, laissent encore déposer quelque peu de chlorate potassique; concentrées davantage, elles ne donnent plus qu’un sel qui a tous les caractères du chlorure potassique.

En résumé , la dissolution concentrée de l’oxyde potassique en contact avec du chlore en excès , se transforme en chlorate potassique et en chlorure potassique , d’après l’éq. suivante :

K él = 1 éq. chlorate potassique.

Cl10 K5 — 5 éq. chlorure potassique.

Si au lieu d’opérer ainsi qu’il vient d’être dit, on fait usage d’une dissolution d’oxyde potassique étendue d’eau, d’autres phénomènes s’observent : la liqueur ne

Cl12 + 6 K =

laisse point déposer de cristaux; elle jouit au plus haut degré du pouvoir décolorant , ne contient point d’acide chlorique, dégage du chlore par l’action des acides, et enfin , chauffée pendant un certain temps jusqu’à l’ébullition , peut donner naissance à du chlorate potassique; après quoi elle se trouve avoir perdu toutes les propriétés qu elle possédait avant d’avoir éprouvé l’action de la chaleur.

L’eau qui, employée en différentes proportions, paraît avoir apporté de si notables variations dans les produits résultant de l’action du chlore et de la potasse, n’a cependant agi qu’indirectement sur eux, car les changements survenus pendant leur saturation ne doivent être attribués qu’à la chaleur. L’action exclusive de celle-ci se trouve confirmée en ce que, sous l’influence unique de cet agent, certain chlorate ou l’acide chlorique se transforme en hyper -chlorate ou acide hyper-ehlorique. On conçoit d’ailleurs que les produits puissent varier suivant que l’on met en contact avec le chlore des dissolutions de potasse concentrées ou étendues, les premières pouvant pendant la réaction produire une plus grande quantité de chaleur que les secondes.

Faisons voir, par quelques exemples, que la chaleur seule, en agissant sur des corps employés dans le même rapport , peut donner naissance à des produits distincts.

Dans Faction la plus simple du chlore sur l’oxyde potassique, on obtient une dissolution qui contient du chlore, de l’oxygène et du potassium, dans le rapport Cl2 KO. Or, c’est par Faction de la chaleur sur ces éléments, qu’on peut arriver au composé le plus élevé auquel le chlore donne naissance, en se combinant avec l’oxygène. C’est donc de cette combinaison

(Cl2 KO) que nous devons partir pour l’explication des phénomènes que produit la chaleur sur le chlore et l’oxyde potassique.

Température basse ou dissolution étendue.

HO Cl2 x 2=R2 O2 Cl 4 = RO Cl2 X 4 =R4 O4 Cl8 =

(RO -h Cl2 O =1 étj. hypo-chlorite.

(ci2 -h R =1 éq. chlorure.

(RO 4- C1203 = 1 éq. chlorite.

(Cl6 +R3 =3 éq. chlorure.

Température un peu élevée ou dissolution concentrée .

RO Cl2 X 6 -R6 O6 Cl12 =

^RO ■+• Cl2 O5 = 1 éq. chlorate.

(ci10 4- R5 = 5 éq. chlorures

Température de 4- 200°.

• RO Cl2 x 8 — R6 O8 C11B=

RO 4- Cl2 07 = 1 éq. hyper-chlorate.

Cî144-R7 =7 éq. chlorure.

On voit par ces formules que, lorsque l’oxygène, le chlore et le potassium se trouvent en présence dans les mêmes rapports, ils n’ont besoin que d’une élévation de température pour former les divers produits qui peuvent naître de l’union de ces corps entre eux.

En chauffant les composés oxydés du chlore, on obtient une nouvelle preuve de ce que nous venons de dire relativement à Faction du calorique; car plusieurs chimistes ont constaté que l’acide existant dans les chlorures d’oxyde se transforme par la chaleur en acide clilorique. Nous devons à M. Serrulas d’excellents procédés pour la préparation de l’acide hyper- chlorique ; ils consistent simplement, l’un à distiller de l’acide chlorique, et l’autre à faire subir au chlorate potassique Faction d’une température convenablement élevée.

Nous ne pouvons que difficilement nous représenter la composition moléculaire de toutes les combinaisons du chlore que nous venons de passer en revue; car,

COMPOSÉS DE l’uNION DES METALLOÏDES ENTRE EUX. 85

d’une part, le peu de stabilité que possèdent ces composés oxydés une fois isolés, et, de l’autre, l’impossibilité où l’on se trouve d’isoler l’acide chloreux , sont autant de difficultés qui viennent s’ajouter à celles que présente le sujet lui-même. Néanmoins il nous paraît que la composition moléculaire de l’acide chlorique est = à 4 vol. Cl2 O4 -h O; car en altérant Cl2 O5 KO par l’acide sulfurique, on obtient Cl2 O4, ce qui vient à l’appui de la manière dont nous envisageons celte combinaison. Quant à celle de l’acide hyper-ehlorique, elle fixe depuis longtemps notre attention; mais nous n’avons pas encore été assez heureux pour arriver à une solution satisfaisante. Il ne suffit pas seulement de créer un radical hypothétique, tel que Cl2 O6, qui, combiné avec l’oxygène, nous permettrait de représenter l’acide hyper-chlorique par Cl2 O6 -f- O , mais il faut que des faits établissent et consolident cette opinion.

Relativement à l’acide hypo-chloreux que l’on obtient par l’action du chlore sur l’oxyde mercurique, la difficulté d’en connaître la composition moléculaire est encore plus grande; car nous ignorons complètement si dans ce composé c’est l’oxygène ou le chlore qui joue le rôle de radical. Quelques réactions nous portent à croire que l’acide hypo-chloreux est le premier degré d’oxydation du chlore, et d’autres tendent à nous prouver le contraire. Il faut donc soumettre ce corps à une série d’expériences, afin de connaître définitivement Jetatdans lequel l’oxygène se trouve dans ce composé. S’il y joue le rôle de cor ps (+) , on devra pouvoir f ormer des combinaisons avec les chlorures basiques.

Aussitôt que l’on pourra mettre le fluor et le chlore en contact avec l’eau, il devra se produire de l’acide chlorique et de l’acide fluoride-hydrique. Ainsi l’isolement du fluor permettra d’ajouter un nouveau procédé

à ceux dont on se sert actuellement pour obtenir les composés du chlore avec l’oxygène.

33. Composés du brome avec l’oxygène . Les composés du brome avec l’oxygène sont moins nombreux que ceux du chlore. M. Ballard a fait connaître l’acide bromique, qui correspond à l’acide chlorique. Le même chimiste pense que le brome en contact avec l’oxy de mercurique, doit produire un acide hypo-brômeux correspondant à l’acide hypo-chloreux.

Le brome s’unit à l’oxygène dans des conditions identiques à celles que l’on a dû réaliser pour favoriser l’union du chlore avec l’oxygène; en conséquence une base salifîable puissante et le brome, en présence de l’eau, donneront naissance à un bromure et à un brômate.

En faisant usage de brome et d’oxyde potassique, on a pour formule de la réaction :

Br12 + 6 KO —

Br2 O5 -f- K = 1 éq. brômate potassique. Br10 K5 =5 éq. bromure potassique.

On peut aussi mettre l’oxygène en combinaison avec le brome, en faisant réagir simultanément sur l’eau le chlore et le brome. L’hydrogène de l’un des éléments de ce composé se combinant de préférence avec le chlore, l’oxygène de l’eau §e trouve dans des conditions favorables pour s’unir au brome, et constitue l’acide bromique. Cette réaction a lieu d’après la formule suivante :

Cl10 H10 = 5 éq. chloride hydrique.

Br2 O6 = 1 éq. acide bromique.

Il n’y a plus alors qu’à saturer la dissolution de ces deux acides par une base convenablement choisie, pour que le chlorure plus soluble que le brômate soit susceptible d’être séparé.

L’acide hyper-bromique n’a point encore été obtenu,

Cl10 Br2 -+- H10 O5 =

COMPOSÉS RÉS. DE l’uNION DES MÉTALLOÏDES ENTRE EUX. 87

non plus que les composés Br1 2 O*, Br2 O3, correspondants à Cl2 O4 et Cl2 O3. 1

34. Composés de l’iode avec l’ oxygène. D’après quelques chimistes , l’iode se combine en trois proportions avec l’oxygène pour constituer les acides hyper-iodique, iodique et iodeux. L’existence de ce dernier acide est encore problématique selon nous. ÏNlous ne ferons donc mention que des deux premiers, qui ont été isolés dans un état de pureté.

L’acide iodique prend naissance dans plusieurs circonstances, qui peuvent faire croire que l’iode jouit d’une plus grande tendance à s’unir à l’oxygène que le chlore et le brome.

En contact avec des bases puissantes, l’iode se transforme en iodure et iodate.

EXEMPLES

KO4-I2 O5 ~ 1 éq. iodate potassique.

K5 Iio 5 iodure potassique.

6 6 j BaO-f-I2 05=: iodate barytiq. insoluble. a |B5Ï10 =5 éq. iod. barytiq. soluble.

Si l’on était dans l’obligation d’oxyder l’iode par une base, on devrait donner la préférence à la baryte, parce que l’iodate barytique étant insoluble, sa séparation d’avec Piodure serait facile et conduirait plus directement à l’isolement de l’acide iodique2.

L’iode, sous l’influence de l’eau en contact avec le chlore ou le brome, s’oxyde toujours. Si ces deux derniers sont en excès , il se produit de l’acide iodique et un hydracide avec l’autre corps halogène.

1 Les expériences (le M. Berzélius paraissent prouver l’existence de ce composé (Cl2 O3).

2 Voyez Règles pour la préparation des acides .

Cl10 I2 ) j P O5 — 1 éq. acide iodique.

H10 O5) (H10 Cl10 = 5 éq. cldoride hydrique.

B10 P ) j P O5 = 1 éq. acide iodique.

H10 05j jH10 I10 — 5 éq. brômide hydrique.

L’acide iodique se produit encore par l’oxydation de l’iode, au moyen de l’acide nitrique ou de l’oxyde chlorique, circonstances dans lesquelles on ne voit nullement le chlore et le brome se combiner avec l’oxygène.

L’acide hyper-iodique ne peut être formé dans des conditions comparables à celles de son analogue (l’acide hyper-chlorique). On ne parvient même à combiner les éléments qui doivent le constituer, qu’en traitant l’iodate potassique par le chlore. Une certaine quantité d’oxygène est alors déplacée par le chlore, et transforme l’acide iodique en acide hyper-iodique.

Suivant M. Mitscherlich , il existerait une troisième combinaison de l’iode avec l’oxygène (l’acide iodeux), laquelle se formerait par la décomposition de l’eau au moyen du cldoride iodeux; mais de nouvelles expériences sont nécessaires pour que ce fait soit définitivement acquis à la science.

Si l’acide hypo-chloreux a réellement la composition qu’on lui assigne, l’iode, en contact avec l’oxyde mercurique doit donner naissance à un nouveau composé oxydé (l’acide hypo-iodeux). Il serait donc intéressant de faire des recherches sur les moyens d’obtenir ce composé, pour s’assurer si en effet sa composition peut s’exprimer par la formule PO, correspondante à celle de CL O (l’acide hypo-chloreux) ; car alors la composition de ce dernier acide trouverait une confirmation dont elle a besoin en raison de la marche analytique indirecte qu’a suivie M. Ballard, pour établir les proportions des principes constituants de l’acide hypo-

chloreux. Espérons que le travail que ce chimiste nous a annoncé sur l’acide hypo-brômeux s’étendra à l’acide hypo-iodeux, et que nous saurons à quoi nous en tenir sur la composition de tous ces composés remarquables.

On comprendra facilement;, d’après ce que nous avons dit des conditions dans lesquelles on parvient à combiner le chlore, le brome et l’iode avec l’oxygène, que la découverte de l’acide fluorique (Fl2 O5), de l’acide hyper-fluorique (Fl2 O7), etc., est subordonnée à celle du fluor ; car on a dû remarquer que l’oxydation de tous les corps halogènes n’a lieu qu’autant qu’on les présente libres à une base puissante sous l’influence de l’eau, et que celle de l’iode seulement s’accomplit par l’action d un corps compose contenant de l’oxygène condensé. Si , au moyen des corps oxydants , nous pouvions transformer les fluorures, chlorures, bromures et iodures en fluates, chlorates, brômates et iodates, comme nous transformons les séléniures et les sulfures en séléniates et en sulfates, nous ne serions pas dans l’obligation d employer les corps isolés, et par conséquent d attendre la découverte du fluor pour arriver à la formation des fluates.

Pour comprendre pourquoi des oxydations de ce genre nont pas lieu, il suffît de connaître l’action de la chaleur sur les chlorates, brômates et iodates, ainsi que la manière dont se comportent les acides anhydres et hydratés sur les chlorures, bromures et iodures.

35. Composés sulfurés. Ce qui a été dit du soufre dans les combinaisons qu il forme, ce que nous savons de son analogie avec 1 oxygène, devrait nous faire penser que ce corps, en contact avec le fluor, le chlore, le brome et 1 iode, produit tous les composés correspondants à ceux auxquels l’oxygène donne naissance; qu’ainsi on pourrait obtenir les composés :

Cl2 S5 Cl2 S7, correspts aux acides chlor. et hyper -chlor. Br2 S5 — bromique.

I2 S5 I2 S7 — iodique et liyper-iod.

Cependant il n’en est point encore ainsi, et de toutes les combinaisons qui se rangent dans cette série, nous ne connaissons que Cl2 S2, correspondant à un composé inconnu ou non encore isolé du chlore et de l’oxygène (Cl2 O2). '

On trouve la cause de cette anomalie dans les circonstances où les composés prennent naissance. En effet, ce n’est que par la réaction du chlore et de l’oxyde potassique sous l’influence de l’eau et de différents degrés de températures, que l’on est parvenu à réaliser les nombreux composés auxquels le chlore donne naissance, en se combinant avec l’oxygène. Or, si le soufre est réellement l’analogue de l’oxygène, s’il peut comme lui être un El (— ) par rapport au chlore, nous pourrons réaliser ces composés, en mettant le chlore en présence d’un sulfo-base , et en opérant les combinaisons à l’abri du contact de l’eau, de l’air sec et de l’air humide.

En traitant les sulfures par le chlore, on parvient à faire des combinaisons cristallines et définies qui méritent de fixer l’attention des chimistes; car leur étude est en quelque sorte un acheminement à la connaissance des chloro - sulfates , ou des sulfo -chlorates, ou peut-être même à celle de ces deux classes de sels. La plus grande difficulté ne consiste pas à obtenir ces composés salins, mais à isoler les sulfîdes et les chlorides une fois formés, parce que, de même qu’un certain nombre d’oxacides, ils ne peuvent exister libres qu’aulant qu’ils se trouvent en présence d’une base ou de l’eau.

Bans la série de ces combinaisons on ne trouve pas de composés comparables à l’eau, car le sulfide et le

chloride hydrique ne remplissent pas le même rôle basique que ce liquide.

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