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NON OXYDÉS

286. Il semble au premier abord qu’après avoir examiné, comme nous l’avons fait, les phénomènes qui peuvent se passer entre les composés oxydés et les autres corps, tant simples que composés, il ne nous reste plus, pour achever l’étude que nous avons commencée, qu’à connaître l’action qu’exercent quelques corps simples sur les combinaisons binaires auxquelles ils donnent naissance, et dont 1 oxygène ne fait point partie. Il en serait ainsi si l’action qu’exerce un corps sur un autre corps pouvait être établie cl’une manière absolue, et si elle n’était pas constamment susceptible de changer, non-seulement parce que la combinaison n’est pas toujours opérée par les mêmes corps et dans des conditions invariables, mais encore parce qu’une cause, dont nous ne savons pas nous rendre compte, peut changer la manière d’être de deux corps qui se trouvent placés dans les mêmes circonstances, au point d’arriver à la négation de ce qu’on avait affirme précédemment. En effet, comment, après avoir constaté la décomposition de l’eau par le fer, lequel s’empare de l’oxygène et met l’hydrogène en liberté, aurait-on supposé que l’oxyde de fer traite par 1 hydrogéné serait décomposé, l’eau reformée, et que le fer serait mis en liberté? qu’après avoir démontré la décomposition de l’oxyde ferrique par le potassium, Ion verrait plus tard, en examinant faction du fer sur les

oxydes, l'oxyde potassique décomposé par le fer et le potassium mis eu liberté? qu’en voyant le soufre agir sur les oxydes, en les transformant tantôt en gaz sulfureux et tantôt en sulfures métalliques, l’on pourrait démontrer un phénomène opposé dans l’action de l’oxygène sur les sulfures, puisqu’un certain nombre de ces derniers, étant soumis à l’action de l'oxygène, sont transformés en gaz sulfureux et en oxydes? et qu’enfin , après avoir établi la décomposition du carbonate potassique par l’oxyde calcique, l’on pourrait également opérer la décomposition du carbonate calcique par l’oxyde potassique? Ce sont là tout autant de réactions qui prouvent qu’il ne suffit pas seulement d’avoir établi la manière d’être d’un corps A, par rapport aux éléments d’un composé BC, mais qu’il faut connaître en outre l’action isolée des éléments BC sur les composés AB et AC, etc. Cette étude doit inévitablement conduire à reconnaître que la plupart des réactions chimiques peuvent être réalisées de manière à présenter des résultats complètement opposés, et quelles dépendent moins, comme on l’a pensé jusqu’à présent, d’une force particulière qui suppose une action déterminée, que des conditions physiques sous l’influence elesquelles les corps se trouvent mis en présence. D’après cela , nous devrions donc examiner l’action de tous les corps simples sur les composés binaires du premier ordre, ceux-ci étant seuls ou en présence d’un corps étranger faisant fonction d’acide ou de base, parce que la présence ou l’absence de tel ou tel corps composé peut modifier beaucoup la réaction. Les sulfures en contact avec l’oxygène en sont un exemple frappant; soumis à l’action oxydante de l’air, ils sont grillés plus ou moins complètement, et fournissent tantôt du gaz sulfureux et un oxyde, tantôt du gaz sulfureux et un

métal, tantôt enfin du gaz sulfureux et un ox y-sulfure, ou bien un sulfate. Ces mêmes sulfures se comportent plus simplement en présence d’un oxacide stable dans les circonstances de l’opération, parce que le métal du sulfure tend à former avec l’oxygène une base salifiable dont la formation est provoquée par l’acide qui se trouve en contact, et le soufre se comporte comme s’il était libre en passant à l’état de gaz sulfureux. Une étude de ce genre n’a point encore été commencée; en sorte que nous ne connaissons même que quelques faits isolés, comparativement au grand nombre de ceux qui pourraient être connus. L’on sait bien que tous les sulfures, les séléniures, les teliurures, les pliosphures et les arséniures sont attaqués par le chlore, le brome et l’iode; mais l’on ne connaît qu’imparfaitement les produits auxquels ils donnent naissance. Dans plusieurs circonstances on croirait que les éléments des sulfures, des séléniures, des teliurures, des phosphures et des arséniures se comportent comme s’ils étaient libres, c’est-à-dire qu’il y a formation de chlorures , de bromures et de iodures métalliques, et de chlorides, de brômides et de iodides sulfureux, sélénieux, phosphoreux ou phosphoriques. D’autres fois, et notamment dans l’action du chlore sur les sulfures , il y a combinaison pure et simple du chlore avec ces différents composés, ou bien déplacement partiel du soufre, combinaison de ce dernier corps avec le chlore et union des deux composés chlorurés, dont l’un a pour radical le soufre du sulfure et l’autre le métal qui lui était uni. Ce sont les sulfures stannique et antimonique qui présentent ce caractère au plus haut degré.

Quant à l’action que le soufre, le sélénium, le tellure, le phosphore et l’arsenic exercent à leur tour sur les composés fluorés, chlorurés, brômurés, etc., on ne la

connaît encore qu’imparfaitement. Ce que Ton sait trèsbien cependant , c’est que la vapeur de phosphore décompose à chaud les fluorures, les chlorures, les bromures et les iodures mercureux ou mercurique; qu’il y a formation de phosphure mercurique et dégagement de fîuoride, de chloride, de brômide et de iodide phosphoreux. On sait de même que le phosphore en contact avec une dissolution de chlorure aurique peut aussi s’emparer du chlore pour produire du chloride phosphoreux; mais For est précipité à l’état métallique, parce que dans ces circonstances-là le métal ne peut point s’unir avec le phosphore. On voit par Faction que le phosphore exerce sur les chlorures mercurique et mercureux combien il serait intéressant de connaître Faction de tous les corps simples sur les composés binaires, et de savoir comment se comportent le soufre, le sélénium et le tellure en présence des sulfures, des séléniures et des tellurures. Ces derniers composés, correspondant aux oxydes, peuvent, comme eux, faire fonction de radicaux, par rapport au soufre, au sélénium et au tellure. Ceux-ci peuvent aussi exercer une action de déplacement , car tous les corps n’ont pas pour les différents corps simples une égale tendance à former des combinaisons; en sorte que le soufre peut chasser de leurs combinaisons le sélénium et le tellure, comme aussi, à leur tour, ces derniers corps peuvent chasser le soufre d’un sulfure.

Enfin, ce que nous disons de Faction de ces derniers, s’appliquant naturellement à tous les autres corps sans exception, l’on peut se faire une idée du nombre immense de travaux que nécessite ce genre de recherches.

Les carbures peuvent être décomposés par tous les métalloïdes qui se combinent directement avec leurs radicaux : ils sont plus particulièrement attaqués par

le chlore, le brome et l’iode, qui s’emparent du radical ; mais ces corps ne se combinant pas avec le charbon dans les circonstances où l’on opère, ce dernier est mis en liberté.

Les alliages en contact avec les métalloïdes semblent au premier abord se comporter avec eux comme s’ils étaient libres; cependant il n’en est pas tout à fait ainsi , puisque la présence de deux métaux peut modifier Faction qu’un corps étranger pourrait exercer sur l’un d’eux, et cela de telle manière, qu’un. métal qui isolé n’est point attaquable par un corps, le devient lorsqu’il est allié, ou bien s’il produisait plusieurs composés, il n’en formera plus qu’un. Enfin, des métaux étant alliés se combinent successivement aux métalloïdes d’après l’ordre de leur plus grande tendance pour ces corps.

On reconnaît assez généralement que toutes les fois qu’il est possible de fondre des métaux ensemble, on peut les allier; mais on n’a point examiné si des déplacements peuvent s’effectuer lorsqu’on ajoute un métal à un alliage. D’après nos propres expériences nous croyons pouvoir établir que les métaux se déplacent aussi bien les uns par les autres que le font les autres corps simples. En effet, si à un alliage de plomb et d’étain on ajoute 1 éq. de cuivre pour 1 éq. d’étain, il se formera un alliage d’étain et de cuivre en proportion définie d’une densité plus faible que celle du plomb. Cet alliage, qu’il soit fondu ou à l’état solide, resleséparé du plomb, lequel ne renferme plus ni étain ni cuivre. Ainsi donc, de l’étain qui serait contenu dans du plomb pourrait en être enlevé par du cuivre, et du cuivre contenu dans du plomb peut être enlevé par l’étain. Ces résultats prouvent évidemment que les métaux forment entre eux des combinaisons, et que celles-ci peuvent être décomposées par d’autres métaux, lesquels agissent en

déterminant de véritables phénomènes de déplacement. Si l’étude des matières qui devraient composer ce chapitre n’est pas encore faite, et si nous avons été obligés de nous borner à présenter quelques faits épars, disons du moins de quelle manière nous concevons cette étude et comment nous l’avons commencée.

Il faut, à notre avis, chercher à établir l’ordre d’oxvdation, de chloruration, etc., de tous les métalloïdes et de tous les métaux, en prenant ces derniers d’abord isolément, puis ensemble. Il convient ensuite de constater Faction qu’un corps A exerce sur l’oxygène , à l’état libre, et dans toutes les principales combinaisons qu’il peut former. Il reste à étudier après cela l’action de l’oxygène sur ce même corps À à l’état libre, et dans tous les composés auxquels il est capable de donner naissance. En opérant ainsi pour tous les corps, et surtout en précisant les conditions physiques de l’expérience, il est presque certain qu’on parviendrait à saisir des lois qui jusqu’ici ont échappé aux chimistes : ceux-ci, toujours préoccupés d’ailleurs de l’idée que les réactions chimiques ont pour cause une force particulière distincte de l’attraction universelle, qui pour les uns s’appelle affinité pour les autres électricité j n’ont pas toujours été conduits à expérimenter dans des circonstances fixes et déterminées; conditions sans lesquelles il nous parait impossible d’établir quelque chose de durable et de véritablement scientifique. L’avenir de la science dépend bien plus de l’étude et d’une juste appréciation des faits qui existent, que de la découverte de nouveaux corps simples ou composés dans lesquels on se plaît d’habitude à constater des caractères exceptionnels, comme si la matière n’était pas une et soumise à l’influence de lois universelles qui la régissent.

sur l’état des corps dans la nature.

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