I. Sels
43. D'après la définition que nous venons de donner des sels , ce sont des systèmes moléculaires composés de deux parties : le métal et le non-métal; la faculté du double échange en forme le caractère fondamental.
Ici, nous devons tout d’abord faire une remarque importante : le rôle de métal ou de non-métal ne dépend pas seulement de la nature d’un élément,
mais aussi de ses proportions, ainsi que de la nature
et des proportions des éléments avec lesquels il est combiné. Tel élément, jouant habituellement le rôle de métal, peut donc, dans une autre combinaison , se comporter comme non-métal.
Le fer, par exemple , fonctionne presque toujours comme métal : la rouille , le vitriol vert , la pyrite de fer, le fer spathique, etc., sont autant de sels dans lesquels le fer peut s’échanger pour un autre métal. Mais dans le sel jaune, appelé lessive du sang (ferrocyanure de potassium), employé dans la teinture en bleu , le fer ne présente plus les caractères métalliques ; il fonctionne comme non-métal , c’està-dire que , dans les doubles échanges , il suit les
autres éléments non-métalliques, carbone et azote, contenus dans le sel. Il n’y a de véritablement métallique que le potassium. En effet, si l’on y ajoute un autre sel, on trouve que le métal de ce dernier ne s’échange qu’avec le potassium, tandis que le carbone, l’azote et le fer s’échangent avec la partie non-métallique. On a , par exemple, avec le vitriol bleu ou sulfate de cuivre :
Avant.
Ferrocyanure C6N6Fe2(K4) de potassium
Sulfate 2S04(Cu2) de cuivre
Après.
C6N6Fe2(Cu4) Ferrocyanure
de cuivre.
2S04(&2) Sulfate
de potassium.
Si l’on ajoutait au sel jaune un sel de fer, le potassium s’échangerait encore pour du fer, et l’on aurait alors une combinaison (bleu de Prusse) renfermant le fer sous deux étals différents, sous forme de métal et sous forme de non-métal.
Les combinaisons dans lesquelles l’hydrogène est associé à du carbone (combinaisons organiques), offrent fort souvent cette double forme pour le même élément. Ainsi, par exemple, le vinaigre ou acide acétique renferme du carbone, de l’oxygène et de l’hydrogène ; mais le quart seulement de ce dernier est métallique , c’est-à-dire remplaçable par du po-
tassium, du plomb, de l’argent, etc., tandis que les trois autres quarts jouent si bien le rôle de non-métal, qu’on peut y substituer du chlore; si l’on met du vinaigre en contact avec un autre sel, on a, en effet :
Avant.
Acide acétique. . . . C202H3(H) Sel quelconque. . . .N(M)
Après.
Si l’on fait agir du chlore sur le vinaigre , celuici échange pour du chlore les trois quarts de son hydrogène , c’est-à-dire tout l’hydrogène, fonctionnant comme non-métal , tandis que l’hydrogène métallique n’est pas attaqué.
Acide acétique C20§H3(H).
Acide chloracétique C202C13(H).
44. Pour distinguer l’hydrogène, qui joue ie rôle de métal, de l’hydrogène non-métallique , on désigne le premier sous le nom d 'hydrogène basique , et, en général , on appelle la base d'un sel le métal ou les métaux susceptibles de l’échange par double décomposition.
Dans les échanges salins , les rapports numériques qui existent entre les éléments non-métalliques, ainsi qu’entre ces éléments et la base, ne subissent ,
comme on le voit, aucun changement. Il n’y a de changé , après la réaction, que Y espèce du métal; le premier sel contient alors le métal du second , et le second sel, le métal du premier; voilà tout, les éléments non-métalliques ne bougent pas.
On peut donc , dans un sel, transporter tous les métaux sur les mêmes éléments non-métalliques , sans altérer les caractères génériques du sel, c’està-dire les caractères qui dépendent de ces derniers éléments.
Exemple. Le salpêtre se compose d’azote , d’oxygène et de potassium :