‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 2)Chapitre 33 sur 57 · RESTES DUNDUSTRIE HUMAINE · texte numérisé non relu

RESTES DUNDUSTRIE HUMAINE

le célèbre auteur du Système silurien est porté à regarder File de Gothland comme ayant éprouvé une élévation assez prononcée depuis l'époque actuelle, et même depuis un petit nombre de siècles. Les habitants, à la vérité, attribuent ce changement de niveau à l'abaissement de la mer, et non au soulèvàncnt de rUe, mais on sait combien il est Tacile, dans ce cas, de prendre un effet pour l'autre (i).

M. Murchison rappelle ensuite que H. Nilsson a trouvé, ai> dessous de 3 mètres de tourbe, près d'Ystadt en Scanie, un squelette de Bos unis ou primigenius^ dont les cornes étaient profondément ensevelies dans Pargile bleue sous-jacente. Il y avait dans la même couche des ossements de l'Aurochs, qui vit encore dans la Lithuanie, de Daims et d'autres mammifères terrestres. Un trou qui pénétrait obliquement à travers la première, la seconde et même la troisième vertèbre lombaire de l'Urus a été reconnu par H. Nilsson pour avoir été tait avec la pointe d'un javelot d'un ancien aborigène, kmi l'homme se trouverait contemporain d'animaux perdus et d*autres qui existent actuellement, et les marais qui renferment ces débris auraient été recouverts de gravier et de sable depuis cette même époque.

'M. G. Bischof (2), à la suite de ses recherches sur la cause des volcans, des tremblements de terre et des sources thermales, a essayé d'y rattacher les soulèvements contemporains tels que ceux dont nous nous occupons. M. Berzelius avait cm que les vides produits entre la croûte solide du globe et le noyau liquide, par suite du refroidissement de la masse, pouvaient donner lieu à des plissements et à des courbures de certaines portions de cette croûte qui s'élèverait ainsi d'un côté et s'abaisserait de l'autre ; mais le savant chimiste de Bonn fait voir, contrairement à l'opinion de son illustre confrère de Stockholm, que les masses solides peuvent être soulevées très-

(1) Quart, Joum. geot. Soc. ofLondûH, nov. 1846, p. 36i.

(2) On the nalurat history of voteanos, etc. [Edinb, new phîL /ovra*. vol. XUln* 5, janvier 1839).

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lentement par le même agent qui élève les laves liquides dans les cheminées volcamques. Cet effet peut se continuer encore après que Faction de la vapeur a cessé, et cela par suite de Texpansion qu'occasionnerait le calorique dégagé de la vapeur pendant sa condensation. Si Ton suppose, par exemple, que sous la Scandinavie l'écorce de la terre ait une épaisseur de 139,840 pieds et que son expansion par la chaleur soit dans le môme rapport que dans la poterie, une augmentation de température d'environ T^9 R. pendant 100 ans soiTira pour produire une expansion de 4^,26 dans une couche de répaisseur supposée, ce qui est la proportion indiquée pour le soulèvement. En outre, le sol de la partie de la Scandinavie qui s'élève est formé par le granité, tandis que celui de la Scanie qui s'abaisse est occupé par les couches crétacées. Le gra* nite de Bornbolm, quoique situé en face de la côte de Shonen qui s'abaisse, ne s'élève pas moins que celui du nord. L'idée d'attribuer à la différence de conductibilité et de dilatabilité (les roches les oscillations du sol avait été déjà proposée plusieurs années auparavant.

et de Ter.

§ a. IJôlikmiiiiôadîngt éa

De ces divers témoignages de l'industrie humaine trouvés Ages enfouis dans les dépôts marins de Touest de l'Europe avant debrooM ces soulèvements si récents, passons à ceux que les premières populations des Iles du Danemark ont laissés à la surface même du sol émergé alors.

D*après les recherches qui ont été faites dans les tufntdi ou an* cienncs sépultures du Danemark, dans des amoncellements de restes d'animaux, dontles hommes se nourrissaient, et de Texamcn des tourbières du même pays, il est résulté une prodigieuse quantité de produits de l'industrie des premiers habitants du pays, lesquels, étudiés, comparés et arrangés par les archéologues, forment à Copenhague un des plus curieux musées

Jm KJOKKENMODDINGS DU I>lBEHJL1iK.

d'antiquités qui se puissent voir. MM. Thomsen, Nib^n, Lund et plusieurs autres savants, par la comparaison attentive de tous ces matériaux et des divers gisements d'où ils provenaient, ont cru y distinguer les résultats de trois âges de civilisation différents et successifs, caractérisés chacun par la principale substance employée dans la confection des instruments, outib, armes, ornements, etc., et ils ont désigné le premier ou le plus ancien de ces âges sous le nom à'âge de pierrej celui qui lui a succédé sous le nom à^âge de bronxej le troisième sous celui à^âye de fer^ et le quatrième daterait de l'introduction du christianisme dans le pays.

Mais hâtons-nous de faire remarquer que tout en étant successiCs, ces âges ne peuvent être comparés à des périodes géologiques, non-seulement à cause de leur faible durée, mais surtout parce qu'ils sont relatifs à tel ou tel pays, et que dans des pays différents ils ne se correspondent point quant au temps. Un peuple pouvait en être encore à Fàge de pierre pendant qu'un autre avait atteint Tàge de bronze, et un troisième Tâge de fer. C'est ainsi qu'aujourd'hui que nous pourrions, pour suivre la même expression figurée, appeler notre époque l'âge du platine et de l'aluminium, il y a encore des populations sauvages qui en sont à Y âge de pierre.

Dans cet âge de pierre, antérieure toute tradition historique, à toute expression de la pensée traduite par des signes ou caractères alphabétiques, phonétiques ou hiéroglyphiques, âge qui doit le plus nous occuper, parce que c'est celui qui se rapproche aussi le plus des tetnps géologiques, les hommes n employaient encore aucun métal ; les os d'animaux sauvages, les cornes, les pierres et surtout les silex, diversement taillés, en tenaient lieu. On en faisait des instruments tranchants de première nécessité et des armes offensives. La découverte du feu dut amener l'introduction du bronze, composé de 9 parties de cuivre et de 1 d'étain. Il reste encore à expliquer comment ce dernier métal, connu et exploité sur si peu de points en Europe, a pu être sitôt répandu, qu'on le retrouve partout dans cet alliage.

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Nous Tenroiis que dans TAinérique du Nord un âge de cuivre aurait précédé Tàge de bronze, ce qu'explique la grande quantité de minerais de cuivre connue aujourd'hui dans ce pays. Quoique le fer soit de tous les métaux usuels le plus ré* pandu dans la nature, la réduction de ses minerais exige des traitements plus compliqués qui n ont pu être trouvés qu'à une époque de civilisation avancée.

Dans la Séelande, les ile^ de Fyen, de Moen , de Samsoe, dans Kjdkkenmddle Jutland, le long du Lumfjord, du Mariageriiord, etc., dit ^'^^' X. de Horlot (l), se trouvent'dès amas de coquilles marines, pris d*abord pour des bancs formés naturellement au fond de la mer, mais qui sorit en réalité les restes de mollusques et d'autres animaux dont se nourrissaient les premiers habitants du |)ays. Cette origine est démontrée par les débris d'industrie grossière qu^on y trouve disséminés. Ces amas ont reçu le nom ^i^ressif de Kjôkkermôddings composé de deux mots danois, IqôUeeii^ qui veut dire cuisine, eimôddingSy rebuts, restes, or* dures. C'est à MM. Forchhammer, Worsaœ et Steenstrup que >ont particulièrement dues les recherches dont ces singuliers amas ont été lobjet.

On ne les observe guère que le long des fiords et des bras de mer où Faction des vagues est faible. Us sont gâiéralement placés sur le bord même de Teau; quelques-uns cejpendant en sont actuellement à 2 milles de distance, soit qu'il y ait eu un soulèvement de la plage depuis leur formation, soit qu'ils s'é* tendissent réellement jusque-là.

L'épaisseur des Kjôkkonmoddings varie de 1 mètre à 1"^,60; quelquefois elle atteint 3 mètres. Leur longueur est parfois de plus de 500 mètres, et leur largeur varie de 50 à 65 mètres. L'intérieur n'offre aucun caractère de stratification; quelquesuns montrent des matériaux roulés, disposés par lits et prouvant ainsi des invasions locales et temporaires de la mer. Le charbon et les cendres trouvés dans ces amas proviennent, en grande partie, de Zostera maritima.

(1) Bull, de la Sue. wmdoise des se. natur.t vol. VI* n*46, p. 263, anti&BO. *

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Les coquilles qui, les constituent sont, suivant leur abondance, YOstrea ednlis, le Cardium edule^ le Myiilus eduUs et la Littorina littorea, qui servent encore aujourd'hui de nourriture à rhomme. Les individus sont constamment adultes. liC Buccinum undatum, le B. reticulatum^ la Venus puUasîra sont plus rares, ainsi qu'une coquille terrestre, VHelix nemoratis. VOstrea edtdis a disparu de tout rintéricur du Catégat, circonstance attribuée à la diminution de la salure de Teau depuis cette époque, et dans laquelle aujourd'hui les Cardium et les lÀttorina offrent une taille moindre que ceux des Kjôkkenmôddings.

Les restes de poissons y sont assez fréquents (Harengs, Cabillaux. Limandes, Anguilles), ainsi que ceux d'oiseaux terrestres et aquatiques (Coq de bruyères, Canard, Oie), mais il n'y en a point de Poules, d'Hirondelles, de Moineaux, ni de Cigognes. Le grand Pingoin, qui y a laissé des traces, n'existe plus dans le pays.

Partout on trouve avec ces restes des ossements de Cerfs, de Chevreuils, de Sangliers dont se nourrissaient aussi les habitants. Ceux d'Unis, de Castor, de Phoques y sont également fréquents. Le Castor a depuis longtemps disparu du pays, et rUrus, qui, suivant l'auteur, serait, le Boi primigeniuSj est tout à fait éteint. Des restes do Loup, de Renard, de Lynx, de Chat sauvage, de Marte, de Loutre s'y rencontrent encore, et le Chien aurait été le seul animal réduit à l'état de domesticité chez ces peuplades primitives.

On a remarqué que les tètes des os longs manquent toujours, et Ton ne trouve ni côtes ni vertèbres; des os de la tête, il ne reste que la mâchoire inférieure, circonstance qui, suivant M. Steenstrup, prouverait que ces portions d'os sont celles que les chiens n'ont pu détruire. Un autre caractère particulier que présentent ces os, c'est qu'on les a fendus dans leur longueur pour en extraire la moelle, très-recherchée comme le mets le plus délicat.

Des armes ou instruments grossiers fabriqués avec des silex, substance très-répandue dans les couches crétacées du pays,

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avec des os et des bois de Cerf, sont les restes d'industrie les plus communs dans ces accumulations de débris d'animaux, (les témoins, laissés par les premières réunions d'hommes qui ont vécu sur les côtes du Danemark, s'observent avec les méfnes caractères de Vautre côté de l'Atlantique, sur les rivages des Étals-Unis (l), aussi bien qu'à l'extrémité opposée du nouveau continent à la Terre-de-Feu où, suivant M. Ch. Darwin (2), les naturels vivent aujourd'hui comme ces populations primitives du Nord. Un dépôt de coquilles, d'unetout autre origine et beaucoup plus récent, puisqu'il appartient à l'ère bistorique, est celui que signale M. Aucapitaine dans la partie sud du port de Saïda, l'ancienne Sidon, en Syrie. Il est entièrement formé de Murex brandaris^ tous brisés près du canal, et qui étaient recueillis pour l'extraction de la couleur pourpre si renommée et l'une des branches de l'industrie du pays. (Joiirn, de conchijliolofjie, vol. ÏII, p. 395 ; 1863.)

Ce qui distingue les Kjôkkenmôddings des dépôts coquillicrs naturels, c'est que leurs coquilles sont presque toutes adultes, n'appartiennent qu'à un petit nombre d'espèces, les mêmes partout, et à celles que Ton mange encore aujourd'hui, sans qu'elles en offrent les divers âges et les variétés, et sans qu'elles soient associées avec d'autres espèces et un mélange de sable et de gravier, comme on l'observe toujours dans les dépôts formés par la mer. On peut aussi supposer que ces amas indiquent l'emplacement ou le voisinage des habitations.

Les hommes de ces temps reculés étaient donc exclusivement pécheurs et chasseurs, vivant comme c^ux de l'extrémité de l'Amérique méridionale de nos jours. Les armes en pierre les mieux travaillées ont été trouvées dans les anciens tombeaux, et la forme des haches différait un peu suivant les pays. On y trouve encore des pierres d'une forme qui fait présumer qu'elles devaient être lancées avec une fronde.-

(1) Yanuiem, Amer, Jmim., vol. XLl, p. 168. — Lyell, A second vi- «t,elc.. voLl, p. 358; II, p. 106. 115; 1850. W i<mm. of researches, p. 228; 1840.

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Les tombeaux sont des espèces de chambres formées par d'énormes blocs de pierre*. Les cadavres y étaient placés assis, le dos appuyé contre la paroi. Il y en avait quelquefois plusieurs dans la même pièce, et le tombeau était recouvert de grandes dalles" au-dessus desquelles on amoncelait de la terre. La base de ce monticule était ensuite entourée d*unq rangée de pierres {l). Les crânes de ces populations étaient trcs-arrondis, ressemblant à ceux des Lapons de nos jours, avec Tarcade sourcilièrc plus avancée. Comme chez les Groenlandais actuels, les incisives ne se croisaient pas en mangeant à la manière des autres peuples, mais se rencontraient en se superposant simplement.

Les races de Tàge de pierre durent être soumises et en partie remplacées par des nations plus civilisées venues d'Orient, et qui, au lieu d'ensevelir leurs morts, les brûlaient et recueillaient les ossements dans des urnes funéraires. Aussi trouve-t-on beaucoup de squelettes du premier âge et point du second. La petitesse de la main chez les hommes de l'âge de bronze est constatée par la dimension de la poignée des armes, semblable à celle des Indous actuels. Les tumulus n*ont jAn^ aussi les dimensions de ceux de l'âge de pierre; ce sont dos amas de terre ou de petites pierres recouvrant les restes des cadavres brûlés, enfermés dans des vases en poterie avec des objets de métal. Avec la population de l'âgcsuivant ou de fer, les animaux domestiques se multiplient, Tagriculiure se développe et l'industrie se manifeste par des produits particuliers.

Ces divisions, on le conçoit, sont surtout relatives au pays que Ton considère et nh[)nt point partout des limites ci des caractères absolus correspondants. Ces phases ont été plu:» rapides ou plus lentes dans un pays que dans un autre; ain.«i nous verrons qu'en Suisse les animaux domestiques étaient connus dès l'âge de pierre, que dans la Scandinavie le bronze a été plus rare et le fer découvert plus tôt qu'en Danemark, etc.

(1) Lu]»bock, Natur, hiu, remew\ iT 4, p. 489; 1861. Trad. par Alph. Miliie E(l\\artls, Ann. des se. nalur.f 4* sor., vol. XVII ;%4 868.

MAIIAIS TOURBEUX DU DAiNF.IIARK. 451

§ 3. Umrmh toarbeus du Danncnark (l).

Dflijs un mémoire publié dès 1842 par M. Stecn^trup Ç2), ce savant a distingué; parmi les amas de végétaux qui remoDient aux premiers temps de la période actuelle en Danemark, et en prenant en considération les circonstances de lieux ou de leur emplacement, puis leur étendue et Içur composition intérieure :

1*" Les Kjaermoses ou Engmoses (Heidemoor^ allem.), ou marais de prairies; T les Lynmosei, Svampmoses ou Hocimoses (Reidmoor^ allcm.), marais à Bruyères ou hauts marais; 5° les Sk&mosesiWalmoorj allem.) ou marais à forets.

Les Kjaemuffes on marais de prairies occupent les parties inférieures des larges vallées, le long des cours d'eau et bordent souvent les lacs et les côtes basses. Ils sont formés surtout de plantes herbacées, de roseaux avec quelques mousses. Cer- Uines parties sont au-dessous de^'eau, d'autres au-dessus. Ils ."^ont moins profonds que les autres- amas de ce genre et leur épaisseur «st de 1",60 à 4 mètres.

Les Ly/imos^5,marais à Bruyères ou hauts marais, s*étendent souvent dans de nrastes plaines. Formés au-dessus de Teau par des Sphaignes et des Hypnumj ils ont de 2*^,60 à 5 et i*,50 de profondeur, et finissent par être envahis par les bruyères.

Les Skovmoses ou marais à forêts, les plus curieux de ces 'iilTérents dépôts, occupent des dépressions dans les sédiments quaternaires. Ils ont jjisqu'à 10 mètres de profondeur et même

(I) Noos IrailoQS ici de ce sujet à cause de ses relations avec les divers %l dont nous avons parlé et avec ce qu'il nous reste encore h on dire, sans quoi nous eussions dû nienlionner ces dépôts en parlant de la tourbe, dont ils ne sont que des nu)difications locales.

{% Mém, deCAcad. des se. de Copenlinguef voK IX; de Norlot. Btil 'ielaSoc. vaudoise, fol. VI, p. 263; 1800.

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