‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · BIARAIS TOURBEUX DU DANEMARK · texte numérisé non relu

BIARAIS TOURBEUX DU DANEMARK

ment. De même le Ilétre croit concurremment avec leChéno dans la plupart de nos grandes forêts, et l'on ne voit pas qu'une de ces esseiices de bois tende à y disparaître an profil des autres.

^ D'une autre part, le Peuplier-tremble a Vécu pendant toute la période' des tourbières, et il prospère encore dans le pays, tandis que le Bouleau (fi. alba) des couches inrôrieures est remplacé dans les supérieures parle fi. verrucosay qui vit encore dans les mêmes lieux.

Quant aux objets d'industrie humaine, ils sont très-communs dans les tourbières, mais ne descendent pas jusque dans la tourbe amorphe des Skovmoses. LMiomroe ne semble avoir commencé à liabiter le pays que lors de la végétation des Pins de la zone extérieure. On y trouve en effet des produits de Tâge de pierre, qui parait s'être continué jusqu'au commencement de la végétation du Chcne^ car Tâge de bronze correspondrait plus particulièrement à cette dernière, aucun objet de ce métal -n'ayant été rencontré au-dessous. L'âge de fer et les traditions historiques appartiennent essentiellement à la dernière période de végétation, celle du Hêtre ; de sorte que la végétation forestière du Danemark aurait trois phases bien distinctes en rapport avec trois degrés de civilisation de ses habitants.

M. Worsâe, considérant que les haches trouvées en France dans les dépôts de transport de la vallée de la Somme, puis on Angleterre et aiAeurs, dans des gisements analogues, doivent appartenir au terrain quaternaire, est disposé à admettre deux âges de pierre : l'un antérieur aux phénomènes diluviens et l'autre postérieur , opinion que tous les faits acquis depuis à la science nous semblent rendre très-probable. En eiïet, aucune arme danoise en silex ne ressemble aux fdus anciennes formes des pays et des dépôts que nous venons de rappeler; et il est certain, d'un autre côté, que les Kjôkkenmôddings sont postérieurs au grand phénomène erratique du centre et du nord de J'Europe, sans quoi ils auraient été détruits pour la plupart, et ce qui en resterait porterait des traces évidentes de ce phénomène.

Né«nnioins les Kjôkkenroôddings sont d'une très-liaute antiquité, probablement les plus anciennes traces de rexistcnce de rbomme dans le pays, et Ton n'y rencontre aucun débris de Rhinocéros ni d'Éléphants avec les restes de son industrie, cirêonstance qui tend encore à distinguer les deux âges de pierre, comme on vient de le dire.

En outre, dit M. Lubbock (p. 294), il est étident quc^ rhonune est. originaire de pays plus chauds que le Danemark, et qui! n*a pu supporter le climat du Nord qu'après avoir, atteint un certain degré de civilisation relative, au moins jusqu à ce qu'il ait appris à se procurer et à se servir du feu, à se vêtir et à s'abriter. D'après cela, les antiquités du Danemark n'auraient encore, comme nous le disions tout à l'heure, qu'une ancienneté relative et indépendante de l'ancienneté absolue de l'espèce humaine, dont le berceau ou les berceaux restent à découvrir. Les traditions locales de certains peuples ne sont que des. documents d'une faible valeur, Tamour-propre des uns et l'ignorance des autres' s'unissant en quelque sorte pour épaissir le'voile qui entoure notre origine premièrc.

i 4. BabiUlMMB* lacmlret.

Si nous redescendons actuellement au S., vers le centre saîMe. de l'Europe, nous y verrons les premiers établissements de PWiibauien. l'homme montrer d'autres caractères : ce sont ceux que l'on a g^^l^g^^'p'ÎÎJqûe appelés en Suisse PfMbautm, c'est-à-dire ouvrages ou constructions sur pilotis.

Pendant l'hiver de 1855 à 1854, le froid prolongé et la sécheresse qu'il occasionna firent diminuer les eaux des rivières et des torrents qui descendent des montagnes, et par suite abaissèrent le niveau des lacs à un point où on neles avait pas vus depuis 1674. IJne large zone fut ainsi mise à sec sur leur

littoral, dit M. Lubbock (i), tandis que sur d'autres points des iles apparurent. Sur la rive nord du lac de Zurich, dans une petite baie située entre Ober-Meilen et Dallikond, M. ,€ppli observa le premier des restes de constructions.

C'étaient, dit M. Trayon (^), de nombreux pilotis au milieu desquels se trouvaient des daUcs brutes provenant d'anciens foyers, du charbon, des ossements brisés et des ustensiles divers qui prouvaient que ce point avait été fort anciennement occupé. Les recherches dirigées d'abord par M. F. Keller ne tardèrent pas à se généraliser, et l'on put bientôt se convaincre que les anciens habitants de la Suisse construisaient une partie, sinon toutes leurs demeures, au-dessus des eaux, comme le fout encore de nos jours plusieurs peuplades, telles que les Papous dç la Nouvelle-Guinée (5), et comme le pratiquaient dans Tantiquilé historique les Pœoniens du lac de Prasias, au rapport d'Hérodote (i).

Après M. Keller, qui publia les résultats de ses observations en 1 854-58-60 dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Zurich^ M. Troyon a donné un ouvrage plus considérable que nous venons d'indiquer, accompagné de 17 planches représentant un grand nombre d'objets de l'industrie des habitants des Pfaldbauten, En 1856, à la suite du dessèchement partiel du petit .lac de Moosseedorr, situé à 2 lieues de Benic, MM. Albert John et le docteur Uhlmann entreprirent des fouilles qui ont été très-fructueuses (5). M. Rùtimeyer a de son côté publié deux ouvrages importants sur les restes organiques trouvés dans les emplacements de ces anciennes bourgades (6|.

(1) Note sur les anciennes habiiaUons lacustres de la Suisse (Natur, hist. review, n- 5, janvier 1862. — Trad. française par M. Alph. llilne- Edwiïrds, Ann, des se. nat., h" scr., vol. XVII; 1862.

(2) Habiiations lacustres des Umps anciens et modernes, p. 5. in- 8, avec planches. Lausanne, 1860.

(5) Dumonl d'Urville, Voyage autour du monde, vol. IV, passim.

(4) Histoire dHérodote, vol. I, p. 409. Trad. deLarcher, éd. de 1850.

(5) Die Pfahlbau-A Iterthiitner vonMoosseedorf im Kanton Bern, 1857. — Arch. de la BibL univ. de Genève, mai 1857.

(6) Untersùch d. ThierresU aus d, Ffahlb, d. Schweix, 1860.

M.lleer en a étudié la flore; M. Relier a fait paraître un nouveau mémoire, fruit de ses dernières recherches, et M. de Morlot une notice que nous rappellerons ci-après. On doit aussi à M. Desor (t) une note snr les constructions lacustres du lac de Neuchâtel, et à M. Gilliéron (2) uno notice sur celles de Pontde-ThielIe.

Ces restes d'habitations, poursuit M. Lubbock, qui a résumé une partie des faits connus, ont été constatés dans les lacs de Zurich, de Constance, de Genève, deNeuchâtel, deBienne, de Morat,deSe9ipachet dans quelques autres plus petits (Inkwyl, Pfaffikon, Moosseedorf, Luissel, Nussbaumen, Wanwyl). M. Keller signale 11 établissements de cette sorte dans le lac de Bienne, 26 dans celui de Neuchàtel, 24 dans celui de Genève, 16 dans celui de Constance, et il en reste sans doute beaucoup d'autres à découvrir.

Ces huttes sur pilotis étaient citculaires, comme on peut en Empiacejuger d'après des portions de parois en terre qui ont été re- "p^^i^Jn^ trouvées, portant les empreintes de branches entrelacées. Elles <)^ devaient avoir de 3 à 5 mètres de diamètre, eidger un travail «tnicUoD». considérable, et elles supposent une population nombreuse. Aussi a-t-on essayé d'évaluer celle-ci d* après les traces de ce qu'il en reste. Ainsi M. Troyon (loc. cit., p. 403) a constaté que rétablissement de Morges, l'un des plus grands du lac de Genève, s'étendait, parallèlement au rivage, sur une longueur de près de 3 kilomètres et une largeur de 50 mètres, donnant une surface de 150,000 mètres carrés. En supposant des cabanes de 5 mètres de diamètre, occupant la moitié de la surface, on trouve qu'il pouvait y en avoir 311. En les supposant en moyenne habitées par 4 personnes, elles donnent pour ce village sub-aquatique une population de 1244 personnes. En s' appuyant sur des données analogues,. on aurait une population de 900^ âmes pour les bords du lac deNeuchâtel ; et, d'après les autres recherches, la population de la Suisse

(1) Biblioth. univ, de Genève, 1862, p. 16. (î)Porrenlniy,i862.

i38 HABlTATIOiNS LACUSTRES.

n l*àge de pierre, auquel ces constructions sont rapportées, aurait pu être de 31,879 habitants. Les restes de 68 villages de la période suivante ou du bronze, observés dans la partie occidentale du même pays, devaient contenir 42,000 âmes.

Quant au motif qui a pu faire choisir ce mode de constructions et ces emplacements de préférence à la terre ferme, qui semblait olfrîr plus de commodité, on doit le chercher dans la nécessité où étaient les habitants de se soustraire aur attaques des bétes fauves, sans doute fort nombreuses alors, telles que hrs Loups, les Ours, les Sangliers, TUrus, et peut-être pour se dé^ fendre plus facilement contre les hommes eux-mêmes.

Au Steinberg, dans le lac de Sienne, une île semblable aia ^rannoges d'Irlande, dont nous parlerons tout à Thenre, a été construite dès l'âge de pierre et continuée dans le suivant.

M. Pupikofcr a fait connaître près de Fnuienfeld (Turgovie^ un système particulier de canstruction lacustre consistant en une accumulation de fascines ou de radeaux superposés, louchant au fond de Teau et s élevant jusqu'à la surlace, de manière à présenter un sol immobile et sur lequel pouvait être élevée Thabitation (i).

Des recherches et des observations très-attentives ont fait connaître le mode de construction de ces habitations lacustres de la Suisse, et Ton trouve à cet égard, dans louvrage de M. Fréd. Troyon (2), des détails très-intéressants et fort instructifs; tels sont la grande quantité de pilotis qui leur servait de- fondation, et qui, dans la seule localité de Wangen, a été évaluée à 40,000 ; le nombre des couches d'arbres constituant la plate-forme qu'ils supportaient, mais sans qu'on ail encore pu constater comment celle-ci était Gxée, aucun trou, aucune entaille, mortaise ou trace de liens ne subsistant. Restei '^^^'^ 1^^ objets Irouvés autour ou sur remplacement de ces habitations, et ils sont en quantité prodigieuse, à Wangen, dans le lac de Constance, à Wanwylc, Robauhensen (lac de Pfaflikon/,

(1) Ikr Pfahlbau bei FrauenfeLd. Frauenfeld, 186i.

d'indtt^lnc.

sont en pierre, en bois ou eu os. Les armes de bronze' provienoeot d'autres habitations lacustres qui avaient une civilisation plus avancée.

Les arm^ de pierre sont grossièrement façonnées avec des matériaux du pays. Quelques-unes, en silex, ont probablement été apportées de la France. A Wangen et à Moosseedorf, les pierres ont été travaillées sur place. Quelques échantillons de néphrite orientale, roche qui n'est pas connue en Suisse, feraient supposer que des rapports existaient avec des nations éloignées.

Les instruments de l'âge de pierre sont ici des marteaux, haches, couteaux, scies, pointes de lances, de flèches, des pierres à écraser le grain, des polissôires, etc. Quelques marteaux sont en serpentine avec un trou à l'une des extrémités. Cestunc circonstance d'ailleurs fort rare de trouver une pierre percée, si- ce n'est tout à fait à la fin de la période.

La hache doit être regardée comme l'arme primitive par eicellence ; c'est le principal instrument, l'outil usuel de Tantiquité. Elle servait à la guerre, à la chasse, aux usages domestiques. Cdles de Wangen et de Concise (lac de Neuchâtel) étaient fort petites^ comparées surtout à celles du Danemark. La serpentine était la roche la plus généralement employée. On ajustait la pierre h des poignées en corne ou en bois. Les pointes de flèches étaient en silex, quelques-unes en quartz, de formes variées d'après trois modèles principaux. Les os des animaux étaient aussi travaillés et employés à plusieurs usages (harpons, poignards, tètes de flèches, javelots, épingles, aiguilles, ornements divers). Les planches III à YII de Touvrage de M.Troyon représentent une multitude de ces objets et peuvent donner une idée de leurs formes, de leurs dimensions et de leur emploi.

Les débris d'animaux rencontrés dans les Pfahlbauten ont Re>u>s été principalement étudiés par M. Rûtimeyer, qui a publié, comme nous l'avons dit, deux ouvrages importants sur ce sujet, et dont M. Lubboek a exposé les principaux résultats.

Les 08 longs sont dans le même état que ceux des

(fanimaus.

440 HABITATIONS LAGUSTAES.

Kjôkkènmôddings, c'est-à-dire qu^ils ont été fendus pour en extraire la moelle. Certains os manquent tout à fait, et dans d'autres certaines parties ont complètement disparu, de sorte qu'on ne peut reconstruire un seul squelette complet, malgré la multitude des matériaux que Ton possède. 66 espèces de vertébrés ont pu être déterminées, dont iO poissons, 3 reptiles, i7 oiseaux et 36 quadrupèdes. 8 de ces derniers ont vécu à Tétat de domesticité (le Chien, le Porc, le Cheval, TAnc, la Chèvre, le Mouton et deux Bœufs). Les débris de Cerf et de Bœuf égalent en nombre tous les autres ensemble, et même ceux de Cerf dépassent ceux de Bœuf dans les anciens établissements de Moosseedorf, de Wanwyl, de Robenhausen, ce qui est rinverse dans les établissements plus récents des lacs de rOuest (Wangen,Meilen).

Le Cochon vient ensuite. Les restes de Chevreuil, de Chèvre, de Mouton sont plus rares. Pendant l'âge de pierre, on mangeait les Renards, mais. on n'en trouve pas de débris dans les habitations de Tâge de bronze. Le Chien, dans le premier âge, était plus r*are que le Renard, mais moins cependant que le Cheval et TAne. Dans le petit lac de Moosseedorf on a recontrc les restes de trois Chiens, de 4 Renards, de 5 Castors, de 6 Chevreuils, de 10 Chèvres, de iO Moutons, de 16 Vaches, de 20 Porcs et d'autant de Cerfs.

La Souris, nos deux espèces de Rats, le Chat domestique et nos oiseaux de basse cour n'ont été jusqu'à présent trouvés ni dans les habitations lacustres de la Suisse, ni dans les Kjôkkenmôddings du Danemark. Les os de Cerf et de Sanglier indiquent souvent des animaux plus forts et de plus grande taille que ceux de nos jours, tandis que ce serait l'inverse pour ceux du Renard. Les Chiens, peu variés alors, devaient ressembler à nos chiens d'arrêt et à nos chiens couchants. Les Moutons différaient des nôtres par leur petite taille, les jambes grêles, les cornes courtes, semblables à celles de la Chèvre, caractères que l'on retrouve dans les variétés du Nord et des montagnes (lies Shetland, Orkney, pays de Galles, les Alpes).

Les restes de Chevaux sont très-rares dans l'âge de pierre,

mais fréquents dans celui de bronzé; ils appartiennent d'ailleurs à l^espèce actuelle. M. Rûtimeyer désigne sous le nom ic Sui scrof a palustrisV espèce ou la variété la plus abotidante (jiril croit pouvoir séparer du Sanglier et du Porc domestique actuel. 11 distingue parmi les ossements du genre Bos ceux du B. primigenius^ du Bison etiropxus et des races du Bœuf domestique. Il y a comparativement peu de restes humains>, et le plus grand nombre de ceux qu'on a rencontrés provenaient (l^cnfants sans doute tombés dans l'eau par accident. Dans les tombeaux de cet âge, les corps étaient placés assis, les genoux ramenés sous le menton et les mains croisées sur la poitrine.

Ainsi, à Texception des coquilles et autres produits marins qui manquent nécessairement ici, la faune, dont les débris ont été retirés des lacs de la Suisse, s^accorde avec celle des Kjôkkenmôddings. Dans Tune et Taulre se montrent TUrus, le Bison (Aurochs), r Élan, le Cerf commun et le'Sanglier. Suivant quelques auteurs, TUrus ou grand Bœuf fossile, aujourd'hui éteint, aurait seulement disparu vers le seizième siècle, si c^est celui que mentionne César. L'Aurochs se serait éloigné de TEurope occidentale, car en Suisse on ne le vit plus après le (iiiièmc siècle. Il existait encore au douzième dans la foret de Wonns; en Prusse, le dernier fut tué en 1779, et Ton sait que, 8*il n*a pas été complètement détruit en Lithuanie, c'est seulement à cause des mesures administratives particulières et conservatrices dont il est l'objet. L'Élan s'est aussi retiré du reste de TEurope ; le Bouquetin ne se rencontre plus que dans les massifs qui entourent le mont Iseran. L'extermination de l'Ours comme celle du Bouquetin aurait commencé par TEst, car il vit encore dans le Jura, TUnterwald et les parties sudest de la Suisse. Le Castor, au contraire, n disparu plus récemment, ainsi que le Cerf.

Les animaux des Pfahlbauten avaient commencé à vivre avec les Éléphants, les Rhinocéros, TOurs et Tllyènc des cavernes, espèces aujourd'hui éteintes, et la plupart d'entre eux habitent encore les mêmes lieui. Cependant il ne peut résulter deces faits aucune confusion géologique. Les phénomènes phy-

Ak% HABITATIONS LACUSTRES.

siques quaternaires, et probablement un laps de temps trèsconsidérable, séparent l'âge de pierre anté-historique de l^époqué où vivaient paisiblement, dans l'Europe ceotrale et occidentale, VElephasprimigenius^ le Rhinocéros tichorhimuei les autres grands mammifères éteints, qui manquent dans l<^ Pfahibauten aussi bim que dans les Kjôkkenmôddiags et les marais tourbeux du Danemark. Le Renne, aujourd'hui relégué dans le Nord, avait également disparu de TEurope occideutale à cette époque.

Quant à ranciennetc relative probable de ces divers établissements, M. L. Rûtimeyer regarde la petite localité de Moossecdorf comme offrant le plus ancien, puis viendraient ceux de Wanwyl, de Wangen, de Meilen, et en troisième lieu les habitations lacustres de la Suisse occidentale. Hnie» Relativement aux restes de vcgétaux,^des grains de fromenl

yé *'uux °"^ ^*® recueillis à Meilen, à Moosseedorf et à Wangen. L'flordeum hexastichon (espèce cultivée par les Egyptiens, les Grecs et les Romains) y a été rencontré. On a même découvert de? espèces de pains ou galettes rondes, plates, de (r,10 à (r,15 de diamètre sur 2 à 5 centimètres d'épaisseur. On a trouvé de< grains qui avaient été grillés, broyés entre deux pierres, puis entassés dans des vases de terre, coutume qui existait encore aux îles Canaries lorsqu'elles furent découvertes. Cependant, hormis la faucille, aucun instrument aratoire n'a été rencontré.

Des poires et surtout des pommes sauvages, entières ou coupées en 2 ou en 4, des noyaux de prunes sauvages ont été observés, mais aucune trace de l'existence de la Vigne, du Cerisier ni du Prunier de Damas n'a été constatée. Des graines de Framboisiers, du Mûrier, des noisettes et des faines ont été trouvées dans des vases ; de sorte qu'on peut conclure que les habitants de ces âges reculés se nourrissaient en Suisse de grains^ de fruits, de poissons et de la chair des animaux sauvages oo domestiques et sans doute aussi de lait.

Poierir». La potcric, très-grossière alors, n'est connue que par de^ fragments ou un petit nombre de vasos entiers dont la cuisron

UABITATIONS LACUSTRES. >(43

était forl imparfaite. Leur forme est souvent cylindrique, (|ueique^nssont arrondis à la base ; on n'y remarque aucun orne* ment représentant des animaux, mais seulement des lignes droites ou courbes. '

Plus récemment, M. F. Troyon a fait connaître le résiiltat •

(les fouilles exçcutées dans remplacement lacustre de Concise, sur le bord du lac de Neuchàtel (i), emplacement dont Pétendue était (le 140 mètres de long sur 76 de large. Plus de 750 objets d'industrie de Page de pierre en ont été retirés sans aucune pièce de métal ; celles de cette nature, trouvées en 1859, provenaient d*une des extrémités de rétablissement et probablement d'habitations moins anciennes. L'auteur estime que le nombre des pièces retirées lors des dragages exécutés pour le chemin de fer qui passe près de e«t endroit n'est pas moindre de 2 1000, à en juger.par les sommes qu'elles ont rapportées aux ouvriers attachés à ces travaux.

On a vu quels étaient les lacs où avaient été découvertes des Ages habitations de Tàge de pierre. Disons quelques mots de celles bronze de Page de bronze, quoiqu'elles puissent rentrer dans la période ^ ^® ^' de rhistoire. Ces établissements existent dans les lacs de Genève, de Luissel, de Neuchàtel, de Morat, de Bienne et de Scmpach, c^e^t-à-dire dans la partie occidcntalp et le centre de la Suisse ; ils sont ordinairement situés à une grande distance du rivage, dans des eaux plus profondes, et sont plus solidement construits. On y trouve des épée^ des poignards, des haches, des pointes de lance et de flèches, des couteaux, des épingles et des objets' d'ornement toujours en bronxe. Pour donner une idée de la quantité de ces objets, nous dirons que dans rétablissement d'Estcvayer, sur la rive orientale du lac de Neucbâtel, on a recueilli 56 épingles à grosse tète sphérique et ornée, 92 à tête ordinaire, 26 couteaux, 15 bracelets, 27 \\eu\s anneaux, 2 boutons, etc. A Morges, sur la rive nord du Léman, on a retiré 42 hachettes et 13 épingles; au Steiu'

\\) SimiteUi$te vaudoiêy 31 dcc. i^SOt.

bcrg, dans le lac de Bienne, 500 épingles à cheveux et divers ornements de la même forme que ceux recueillis dans d'autres parties de TEurope. Les cpces y sont aussi caractérisées par la la petitesse de la poignée. On a d*ailleurs acquis la certitude • qu*on les fabriquait sur les lieux mêmes.

Les poteries, plus variées et plus soignées dans leur exécution que celles de Tàge de pierre, étaient faites avec la roue. Des anneaux en terre cuite sont fréquents. Quant aux matières mêmes du bronze, le cuivre et Tétain, il fallait qu'elles fussent apportées par le commerce, puisqu'elles n'existent point eu Suisse.

Disparition Ccs Pfahlbautcn ont diminué graduellement en nombre, deriahibauten. puis l'âge de pierre, où elles s'étendaient sur tous les lacs du pays, depuis l'âge de bronze, où elles étaient confinées dans la Suisse occidentale, jusqu'à celui du fer, où il n'en existait plus que dans les lacs de Bienne et de Mcuchâtel. Pendant ce dernier âge, les formes des instruments et des armes étaient différentes ; la poignée des épées est plus large, plus ornée, les couteaux ont les bords droits, les faucilles sont plus graiidi's aussi ; les poteries, plus soignées, sont ornées de diverses couleurs, et le verre apparaît pour la première fois. Sous la domination romaine, Içs habitations lacustres n'étaient plus que des exceptions, et elles durent disparaître tout à fait peu de tcmp> après.

De ce qu'on ne troyve point dans les Kjôkkenmôddings des restes d'animaux domestiques comme dans les Pfahlbautcn de la Suisse, il serait prématuré d'en conclure avec M. de Norlot qu'ils sont plus anciens que ceux-ci ; il n'y a pas, comme nous l'avons dit au commencement, nécessairement contentporanéité entre deux civilisations analogues et non-contemporanéité entre deux civilisations différentes.

Quant aux traces d'habitations lacustres de Tàge de pierre, signalées dans divers pays, elles sont jusqu'à présent kau* coup moins importantes ^quc celles dont nous venons de parler. Elles sont purement locales, accidentelles, et n offrent point ce caractère de généralité qui, en Suisse, consti-

tuait tout un système de constructions contemporaines, propre aa pays.

Les crannoges dlrlande sont des iles artificielles, composées iru&de. de pierres et de terre, soutenues par de nombreux pilotis, et qui servaient en même temps de forteresses. On y a trouvé une prodigieuse quantité d'ossements qui ont été exploités et employés comme engrais. Leur origine remonte certainement à Tàge de pierre ; mais, ayant été habités et modifiés par les populations de tous les âges jusqu^au dix>septième siècle, les restes des civilisations qui s^y sont succédé s'y trouvent mélangés. M. Wilde a publié un ouvrage spécial sur ce sujet en 1856.

En Angleterre, dans le comté de Norfolk, à six milles au nord Angleterre, delhetfort, on a trouvé, dans un bassin tourbeux, des produits de riodustrie de Fâge de pierre, des pieux nombreux plantés verticalement, dont l'extrémité supérieure était taillée en pointe, le tout paraissant provenir d'un ancien établissement lacustre. Des indications de constructions analogues ont encore été données sur divers points du Hanovre et de la Hollande.

Des traces de l'âge de pierre ont été signalées par MM. Gar- F"ncerigoa et Filhol dans les cavernes de la vallée de Tarascon (Ariégc) (i), particulièrement dans celles de Pradiêres, de Bedeillac, de Sabart, de Niaux, d'Ussat et de Fontanet. Dans la terre qui en constitue le sol on a rencontré, à une certaine profondeur, des restes de foyer, des cendres, du charbon, des os d'animaux cassés et fendus pour en extraire la moelle, d'autres calcinés, des amas à^Helix nemoralis ayant dû servir à la nourriture des habitants, des objets divei*s travaillés en os de Bœuf, de Mouton, etc., tels que des poinçons, des pointes de flèches et de lances, des fragments de silex, des schistes siliceux taillés en grattoirs, et d'autres usés en forme de couteaux, dés haches en leptynite et en serpentine, des meules piquées comme celles de nos moulins, en granité, en syénite et de diverses grandeurs, des fragments de quartzite taillés, enfin de

(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, vol. LYII. p.859; 1863.

nombreux débris d^ poteries grossières, dans la pâte desquelles on reconnaît les grains de quartz, les paillettes de mica, etc. Les animaux dont les ossements ont été déterminés sont le Cervus elaphtiSj deux Bœufs, un Mouton, une Chèvre, une Antilope, un Chamois, un Bouquetin? le Sus scrofa et un autre plus petit, domestiqué, le Cheval? le Loup, le Chien, le Renard, le Blaireau, le Lièvre et deux oiseaux.

De ces faits les auteurs concluent « qu'il y a eu dans cette « partie des Pyrénées, et sans doute aussi dans le reste de la « chaîne, une population anté- historique dont les mœurs et le « degré de civilisation étaient semblables à celles des populations c( de Tâgc de pierre, en Suisse. Ces peuples habitaient l'entrée « des cavernes les plus saines et les plus spacieuses, se nour- « rissaient de la chair des animaux qui abondaient dans le « pays, faisant des armes de leurs os les plus résistants, ainsi «r que des roches les plus dures. Ils cultivèrent probablement « le frofïient, comme leurs frères de la Suisse, et c'est à sa « trituration qu'étaient sans doute destinées les nombreuses c< meules que nous avons découvertes. Les métaux leur furent Cl inconnus. » i

lÊriic. L'usage des habitations lacustres n'était pas moins répandu \

en Italie qu'en Suisse. M. Gastaldi (l) a publié les dccou- l vertes de ce genre faites dans les tourbières, marUères ou inor- | nières de Mercurago, près d'Arona, où se trouvent des instruments de Tàge de pierre ; les poteries de Castellazzo di Fontanellato, dans le duché de Parme, d'Enzola et de quelques autres lo« calités sont surtout très-curieuses. M. Keller (2) en a signalé dans le lac de Garde, près de Peschiera ; M. de Mortillet (3) dans le lac deVarèse, d'après M. Desor. Dans l'Italie centrale, les

(1) Nuovi cenni sugli oggetli di alla antichilà trovati nelle torbiere c nellc marnierc dcW Ilalia, in-4 avrc 6 pi. Turin, 1862. — Vorei aussi: Cetini su alcune arwi di pietra e di bron%o irovate nelT ImoUset etc. {Atti délia Società itaL di scietne naturaii, vol. 111, p. il; 1861.)

(2) Baichl ûber der PfahlbatUen. Zurich, 1863.

(3) Vllûlia, 6 mai 1863. — Ikvuc scientifique italienne, i" anoce, p. 19 18G3.

nABITATIONS LACUSTRES. Ail

recherches de M. Pcllegrîno Strobel et de M. L. Pigorini (i) ont beaucoup contribué à faire connaître les restes d'habitations et les objets d*industrie primitive de TÉmilie et du Parme, san. M. Scarabelli (2) a trouvé aux environs dlmola des bouts de lances et de flèches en silex et des haches en diorite ou en diaspro noir; M. Forel(3), des instruments en silex avec des ossementsdeCerfs, Chevreuils, Brebis, BccuEs, Chevaux, Cochons, Loups, Chats; des coquilles et du charbon dans les cavernes de Menton ; M. Capellini (4), une flèche en diaspro de la Spezia.

Les terremare , disent MM. Strobel et Pigorini, sont des nccumulations naturelles ou artificielles de terres plus ou moins marneuses contenant des cendres, du charbon, des débris d'animaux et de végétaux, avec des armes, des ustensiles dW haute antiquité. Les palafitte sont des constructions sur pilotis analogues à celles de la Suisse. Ce sont surtout les fouilles exécutées par M. Strobel dans l'ancien établissement de Castione, près Borgo San Donninô, qui ont apporté la plus grande quantité d'objets intéressants et ont donné lieu à des publications accompagnées de planches, auxquelles nous ne pouvons que renvoyer le lecteur.

Jusqu'à présent, il ne semble pas cependant que ces anciennes habitations au pied sud des Alpes aient jamais offert un développement aussi considérable qu'au nord, ni suggéré aux archéologues des distinctions d'âges ou chronologiques aussi tranchées. Nous devons donc nous borner à ces indications, en attendant que le zèle et la science bien connus des personnes

(1) Le terreniare deW Emilia. Prima relaiione, in Ntwtn cenni, etc., 2'i(2.suprà. — DieTerramara-Lager der Emilia, Erstcr Bcricht, in-4. Zurich, 1865. — .4t'rtwii preromani raccolti nelle terremare e palafille deW Emilia, Fascicolo i*, avec 4 pi., in-8. Parme, 1863. — Lettera scritlaal ^giL Bâbheno, direltore délia Gaxaelta di Parma, 10 «loùt 1803.— Pttlafiua di Coitione; GazielU di Parma, n*" 234, 255; 1862. — L. Pigorini, Terramara di Casaroldo in Samboseto. Ib., n* 277.

{fj Anuali délie scienze nal. di Bologna, 1850.

(o) Sotice sur les instnimenls en silex, etc., in-S, Lausanne, noveinbn;1860.

(4) Le scheggie di diaspv dei monti délia Spezii, in-8. Bologne, 18C2.

qui s'occupent de ces recherches soient parvenus à des résultats plus précis.

§ 5« Ouvrages en terre de rAmérlqne du Mord.

Si nous poursuivons actuellement ces études dans le nord de rAmérîque, nous verrons combien sont différents les travaux exécutés par les premiers peuples qui ont habité le bassin du Mississipi, combien les traces de ces premiers établissements humains, dans ce que nous appelons le nouveau monde, diflerent de ce que nous venons de décrire dans une partie de l'ancien ; néanmoins, nous n'avons encore aucune preuve de la conteroporanéité des uns et des autres ; mais nous voyons qu'ils ont cela de commun d'être .antérieurs à toute tradition hi.storique, à toute reproduction de la pensée par des signes conventionnels et postérieurs aux derniers phénomènes quaternaires.

obserraiioDs Nous cxtrairous d'abord du grand travail de M. S. F. Ilaven, sur l'archéologie des États-Unis (l), quelques généralités sur ce sujet, et nous donnerons ensuite des détails plus circonstanciés puisés dans l'ouvrage spécial de MM. Squier et Davis. Les monuments les plus anciens et caractéristiques de l'industrie humaine aux États-Unis sont des constructions ou plutôt des ouvrages en terre, plus ou moins -élevés, plus ou moins étendus, de formes très-diverses, et souvent bordés en dehors par un fossé. Ils manquent dans les États qui longent l'Atlantique au nord-est ; à peine quelques exemples peu importants et d'une ancienneté douteuse s'observcnt-ils dans le Maine et le New-Hamsphire; dans l'État de Nev^-York, ils commencent à être plus nombreux, surtout vers Touest ; au delà des Al-

(1) Archasology of ihe UniUd States or skelches historical and hibiùh graph., etc., of antiquity in the U. Stafes: Smithsotiian conlribttlîotts la knowledge, 1855.

générales.

ieghanies et à l'est du Mîssissipi , ils s'étendent depuis les bords des grands lacs, au nord, jusqu'aux plages du golfe du Mexique, au sud. Ils existent en plus ou moins grand nonibre dans les parties méridionales, vers TAtlantique, remontent jusque dans les Carolines, et sont connus sur la péninsule de la- Floride. A l'ouest du Mississipi, on en a constaté jusqu'à 1,300 milles de son embouchure, et il y en a le long de la Kaosas et de la rivière Flatte. On n'en cite point au Texas, au NouYeau-Mexicpie, le long du pied oriental des Montagnes- Rocheuses, ni sur les deux rives du Missouri.

M. Haven rapporte quelques faits qui tendraient à prouver contemponla contemporanéité de Thomme avec certaines espèces de ^^ "homme grands mammifères éteints; mais si cette contemporanéité »^^c,

» 111 . 1» • • 1 • . 11 '*^* espèces

n est pas absolue, du moms 1 extmction de ceux-ci parait-elle perdues? avoir été très-rapprochée de l'arrivée des premiers hommes dans le pays. On sait qu'au Brésil l'association d'os humains avec ceux d'espèces perdues, signalée par M. Lund dans les cavernes, a été attribuée à une circonstance locale. Aux États- Unis, les exemples cités sont d'une autre sorte.

Nous avons déjà dit, en traitant de l'histoire de la paléonlologie(Premiér^jiflr(i^,p.216),que les restes de Megatherium et de Mastodonte se rencontraieilt presqu'à la surface du sol, et ne montraient aucune preuve qu'ils eussent été transportés ni roulés par des eaux torrentielles ; que de l'estomac d'un Mastodonte trouvé dans un petit marais du comté de Warren (New-Jersey), OD avait retiré sept boisseaux de substances végétales dont il s'était nourri, et qui provenaient du Cèdre blanc, qui végète encore sur les lieux; que les os d'un squelette presque entier, provenant de Newbury (New-York), contenaient encore presque toute leur gélatine; ({n un Megatherium déterré lors du creusement du canal de Brunswick était tellement près de la surface que les racines des Pins se prolongaient parmi les os ; enfin que toutes les coquilles fluviatiles et terrestres recueillies non-seulement avecles ossements, mais encore au-dessous d'eux, sont celles qui vivent aujourd'hui dans le pays, de sorte que ces divers motiis tendraient à prouver que les conditions du climat n'a-

vaient pas sensiblement changé depuis que ces grands mamnrh fcres habitaient la contrée.

M. Haven rappelle que Ton a signalé dans le comte de Gair connade (Missouri) un Mastodonte que Ton supposait avoir éiv tué à coups de pierres par les Indiens et en partie consumé par le feu. Il y avait auprès, avec des os et des bois brûlés, des haches, des couteaux et des pointes d'armes en pierre. Les cendres et les charbons, en plus grande quantité sur la tête et le cou de Tanimal, semblaient prouver que le feu y avait été entretenu plus longtemps. Par la position du squelette, on ^pouvait présumer que le Mastodonte s*était enfoncé dans la vase par son train de derrière, que, n'ayant pu s'en retirer, il était tombé sur le côté droit, et que c'est dans cette situation que les indigènes l'auraient tué. Entre les pierres et les cendres, on trouva de grands lambeaux de peau ressemblant à celles qui ont été récemment tannées et beaucoup de petits fragments de parties molles (nerfs, artères) de la grandeur de la main qui ont été recueillis et conservés dans Talcool (l).

Mais peut-être n'y a-t-îl ici qu'un de ces exemples quf nous avons cités et auquel l'imagination du voyageur aum ajouté quelques circonstances pour lui donner plus d'intérêt. Nous avons dit, en effet {Première partie^ p. 216), que dans certains marais on avait trouvé des squelettes entiers de Mastodontes, debout, ensevelis dans la vase ; or on conçoit qu*il aura suffi de rencontrer un de ces squelettes dans la position indiquée, avec quelques pierres dans son voisinage, et même des traces de feu et de la présence de l'homme, pour en conclure une contemporanéité que les faits ne suffisent pas à démontrer.

De son côté, M. Eichwald (2) rapporte, sans citer la sourci^ tm il Ta puisé, un autre fait que voici : A l'emboucburi' de la rivière Pomme^de-Terre , affinent du Mississipi, on a trouvé dans un dépôt d'alluvion un squelette entier de Mas-

(i) Amer, Journal de SîlHman,Tol. XXXVI, p. iQO. (S) Uiltœa rossica, p. 352.

lodonte et tout près qiieljpies pointes de flèches en silex de la forme de celles, qu'emploient les Indiens actuels, quoique beaucoup plus grandes. L'une de ces flèches était placée aur dessous de Tos du bassin sur lequel elle avait laissé des traces. L auteur suppose que l'animal aura été tué à la chasse par les naturels. Il était recouvert d*uu dépôt de transport de i oictre à i^^^SS d'épaisseur, renfermant beaucoup de végétaux des tropiques (Cyprès, Cannes, Strelitziaj Palmiers, etc.), puis venaient au-dessus une argile de diverses couleurs et des couches très-modemes remplies de feuilles de Chêne, de Snule et d'autres arbres de la flore de nos jours, a ce qui prouve, dit «tTauteur, que le Mastodonte habitait encore rAmérique • septentrionale pendant les temps historiques. » 11 y a dans ces bits comme dans la conclusion des contradictions trop évidentes avec ce que Ton sait d'autre part, pour qu'on ait besoin de les faire ressortir.

M. le colonel Smith, dans son Histoire naturelle de T homme (l ) , dit aussi qu'au Brésil les os de Megatherium se rencontrent à la surface du sol, ayant l'apparence d*os tout a fait récents {in a reeetU state)y et, ajoute-t-il, peujt-on concevoir qu'ils aient ainsi résisté à la destruction, exposés pendant quatre ou cinq mille ans à l'action du soleil et des pluies tropicales? Les indigènes se servent des os du bassin de ces grands animaux pour établir leurs foyers temporaires.

Dans l'Amérique du Nord, les légendes ou traditions des ,

naturels font mention de grands mammifères qui auraient dis- |

paru, tels que le grand Élan ou Buffalo, le Mastodonte appelé {

le Père aux Bœufs, et d'autres détails fournis par les Indiens '

se rapporteraient au Megalonyx,

Dans la Nouvelle - Zélande , nous savons aussi , d'après M.J.IIaast, que des instruments en pierre indiquent l'existence d'une population primitive antérieure aux Maories actuels.

Quoi qu'il en soit de ces divers exemples, il n'y a pas encore, dans le nouveau monde plus que dans l'ancien, de preuves

* I (\) Nal. Hisl, of the human species, p. 104.

irrécusables de la contemporancîté des espèces de grands animaux éteints avec l'espèce humaine postérieurement aux phénomènes de Tépoque quaternaire. Nous rechercherons plus tard si cette contemporanéité a eu lieu auparavanl, mais nous avons dû rappeler ce qui avait été dit à ce sujet avant de nous occuper plus particulièrement des ouvrages en terre auxquels nous revenons actuellement en prenant pour guide le grand et important mémoire de MM. E. G. Squier et E. H. Davis sur les anciens monuments de la vallée du Mississipi (l). Beciierehes Après avoir jeté un coup d'œil sur les recherches qui ont B. lî.^ûicr précédé les leurs, MM. Squier et Davis font remarquer que les „ „ ®J^ . anciens monuments de l'ouest des État»-Unis consistent pour

E.H.Davis. ^ . /

— la plupart en élévations et en ouvrages en terre et en pierre, *gé(^* exécutés avec une grande dépense de travail, et avec un but pwpH"*. détermine. On y trouve aussi réunis divers objets qui ont servi d'ornements, d^armes, d'instruments ou ustensiles de loute sorte, quelques-uns en métal, mais le plus grand nombre en pierre. Ces ouvrages sont répartis dans le bassin entier du Mississipi et de ses nombreux affluents, puis sur les plaines fertiles qui bordent le golfe du Mexique. On connaît, en outre, une multitude de petits tumulus sur le territoire de l'Orégon ; il y en a sur le Rio Gila de la Californie, sur les tributaires du Colorado de Touest, mais il reste à décider s'ils sont semblables à ceux du Mississipi et s'ils ont la même origine.

On observe particulièrement ces travaux en terre dans les vallées des rivières et des grands ruisseaux, rarement très-loin des cours d'eau ; quelquefois ils se trouvent sur les collines ou dans des pays accidentés, mais ils sont alors peu fréquents et toujours de petites dimensions.

Malgré leurs analogies, qui témoignent d'une origine commune, ils peuvent être considérés, relativement à certains caractères, comme répartis dans trois régions géographiques, où ils

(l) Ancient monumenU of the Mississipi valley, etc., avec 48 pi. el 207 dessins insérés dans le texie. (Smithsonian contributions toKno»' Udge, loll 1848.)

OOYRAGES EN TERRE DE L^AMÉRIQUE DU iNORD. 453

se montrent très-différents, mais dont les limites n'ont rien d'absolument tranché, car ils passent graduellement de Tune à l'autre.

Dans la région qui borde les grands lacs, à une certaine distance, dans les États deMichigan, d'Iowa, du Missouri et surtout dans celui du Visconsin, les monuments en terre affectent «ne série de formes singulières et n'offrant qu^une ressemblance éloignée avec ce que Ton voit ailleurs. Le plus grand nombre sont des représentations grossières de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles et même d'honunes, de dimensions gigantesques, et semblables à d'immenses et informes bas-reliefs épars ou couchés à la surface du pays. Souvent ils sont disposés en longues rangées; ils constituent aussi des monticules (mounds) ou tumulus, et des lignes de fortifications formant des enceintes. Ces effigies d'animaux sont surtout nombreuses dans le Visconsin, le long de la rivière de ce nom et de la rivière Bock. Dans riowa et le Michigan elles sont alignées comme les bâtiments d'une ville moderne, et occupent une surface de plusieurs acres (i).

Plus au sud, dans le bassin de TOhio, les ancienis travaux eo terre sont plus grands et mieux caractérisés ; il y a peu de formes d'animaux, et ils semblent avoir été élevés sur des principes différents et pour un objet également différent des précédents. Il y a beaucoup de monticules coniques ou pyramidaux, parfois de très-grandes dimensions. Les pyramides sont toujours tronquées au sommet et les faced sont taillées en gradins. De nombreuses clôtures ou enceintes en terre ou en pierre sont en relation avec ces tumulus. Ce sont de beaucoup les travaux les plus reniarquables qu'aient laissés les peuplades sborigènes et ceux qui donnent la plus haute idée du nombre et de la puissance des habitants qui les ont construits.

Plus au sud encore, dans les États qui bordent le golfe du Mexique, les buttes, les monticules ou tumulus augmentent de grandeur, sinon en quantité, et leurs formes sont plus régu-

(l) I/acre anglais équivntil h 40 ares.

^'oDibrc

des ouvrages en terre.

Forme»

el

dimensjnns.

45i OUVRAGES EN TERRE DE LWMÉRIQUE DU NORD.

Hères. Les formes coniques deviennent comparativement rares, celles qui sont en pyramides tronquées et garnies de gradins pour atteindre le sommet , comme les Teocallis du Mexique, sont plus fréquentes et affectent une certaine dépendance dans la position qu'elles oceupentles unes par rapport aux autres. Le^ enceintes, au contraire, diminuent de dimension ; elles sontmoinsnombreuses et perdent beaucoup ducaractère qu'elle» avaient au nord, tout en conservant néanmoins une ressemblance générale. Ici on commence à trouver des' restes de briques dans les monticules et les murs de clôture.

Le nombre de ces constructions en terre est si considérable qu'on les avait attribuées^ sinon toutes, au moins pour la plu.< grande partie, à des causes naturelles, à des résultats d^actions diluviennes, modifiés peut-être ensuite par Tliommc, mais daus aucun cas n'étant dus à lui seul. Cependant cette opinion n'a pu se maintenir après un examen attentif de la composition, de la structure, de la forme de ces ouvrages et des divers objet< qu'on y a trouvés.

Si Ton prend pour exemple, avec MM. Squier et Davis, la vallée de la rivière Scioto, aux environs de Chillicothe (Ohio), on y voit les clôtures en terre de diverses formes géométriques, régulières ou nom, telles que le cercle, le carré, le demi-cercle, le trèfle, etc. , entourant un plus ou moins grand nombre de monticules ou buttes (mounds). Dans le comté de Ross (Obioi on ne compte pas moins de 100 enceintes de diverses grandeurs et 5U0 tumulus. Dans tout cet État il y a environ 10,000 tumulusetlOOO à 1500 enceintes. Quelques-unes de ces dernières ont jusqu'à 2 milles et demi de tour.

Ces ouvragés ne sont guère moins répandus ,sur la Reahawa, en Virginie, que sur la Scioto, sur les bords de la Miamie, h Whi te -river, le Wabash , le Kentucky, le Cumberland, b' Tennessee et les autres tributaires de TOhio et du Mississipi.

Quant à leurs dimensions, elles sont aussi remarquables qu(^ leur nombre. Certaines lignes d'enceinte ont de 1 mètre 50 à 10 mètres de hauteur, circonscrivant des espaces de 1 à 50 acres. Ce sont les plus communs. Ceux de 100 à 200 acres

OLYUâGES en terre de L'AMËRIQUE du nord. 455

sont moins fréquents. On cite des enceintes comprenant des e^Kices de 400 et même de 600 acres de supeHicie.' Il n'y a pas d'ailleurs toujours de rapport entre l'espace entouré et la grandeur ou Timportance des travaux exécutés autour.

Lestumulus {mounds) sont de toutes les dimensions, depuis i", 50 de hauteur sur quelques mètres de diamètre jnsqu^à 21 mètres sur iQO, comme celui qui est à l'embouchure du Gra?e-Creek (Virginie). Le tumulus de Miamisburgh (comté de Montgomery, Ohio) a 20 mètres de haut et 260 mètres de circonférence à la base. La pyramide de Cahokia (Illinois) a 27", 36 de hauteur et 600 mètres de circonférence. Son sommet a* plusieurs acres de surface^- Le grand monticule de Sckerstown (Mississipî) occupe une surface de 6 acres ou près de deux hectares et demi. Les ouvrages de cette dimension sont plus fréquents dans la région sud, quoiqu*il y en ait aussi quelques-uns au nord. Les plus communs ont de 2 à 10 mètres . de hauteur sur i2 à 50 de diamètre à la base.

Toutes ces constructions sont en terne ou en pierre, et quelquefois les deux sortes de matériaux ont' été employées dani» le même ouvrage. Lorsqu'il n'y a point de fossé intérieur ou extérieur qui ait fourni les matériaux du terrassement, on remarque dans le voisinage les anciens trous d'où la terre a été tirée. Quelquefois cependant elle a été apportée de loin.

JiS plus grande partie de ces enceintes présente des formes régulières, parmi lesquelles le carré prédomine ainsi que le cerde. Il y a des parallélogrammes , quelques ellipses, des polygones réguliers et irréguliers.

Les travaux réguliers sont presque invariablement placés sur Emles terrasses de niveau qui bordent les rivières. Les travaux H»"^""*"**irréguliers ont particulièrement le caractère de lignes de défense, se conformant aux accidents du sol et suivant les contours de la crête des collines. Les carres et les cercles sont souvent combinés de diverses manières. Les lignes détachées parallèles sont également fréquentes. On observe en outre des chaussées et des gradins descendant aux rivières, aux courants ou allant ^ d'une terrasse à Tautre.

Les plus grands et les plus singuliers de ces ouvrages se trouvent dans les vallées les plus ouvertes et les plus fertiles. Les points choisis par les Européens dans le dernier siècle et dans celui-ci pour rétablissement des villes, des bourgs et des villages sont souvent ceux qu avaient aussi préférés les premiers habitants du pays. Ainsi Marietta, Newark, Portsmouth, Chillîcothe, Circlevillc et Cincinnati (Ohio), Franquefort (Kentucky), Saint-Louis (Missouri) sont des centres de populations actuelles qui l'étaient déjà lorsque florissait la race mystérieuse des tumulus, DestiMiion. Lcs monumeuts des aborigènes de la vallée du Mississipi, soit en terre, soit en pierre, sont des enceintes bordées de parapets de circonvallation ou de murs. On y distingue les enceintes de défense, les enceintes sacrées, les tumulus des sacriGces, les tumulus des temples, ceux des sépultures, etc. , dans lesquels ont été trouvés de nombreux restes dUndustrie, tels que poteries, ustensiles et outils, armes et objets d'ornements en pierre, en os, en métal, des ossements humains, etc. MM. Squier et Davis étudient successivement ces divers sujets, dont ils donnent de nombreux dessins, des plans et des descriptions détaillées. Nous citerons comme exemples un tumulus destiné aux sacrifices et un autre qui avait servi de sépulture.

Les autels ou monticules qui servaient aux sacrifices se trouvent presque toujours dans les enceintes ou à une faible distance. Les matériaux qui les constituent sont stratifiés ou ont été disposés par couches. Ils contiennent dans leur intérieur ou à leur base des autels de forme symétrique, en argile cuite ou en . pierre, sur lesquels sont déposés des débris qui ont toujours conservé les traces du feu. La disposition stratifiée des matériaai de ces ouvrages les dislingue de tous les autres. Les couches ne sont jamais horizontales, au moins dans les tumulus à autels du nord et du centre, mais courbées parallèlement aux surfaces extérieures, ce qui dénote suffisamment leur origine arliScielle.

Les bassins trouvés dans l'intérieur sont de formes diverses, arrondis, elliptiques, carrés, en parallélogramme, etc. Il y en a

OUVRAGES EN TERRE DE L'AMÉRIQUE DU NORD. 457 de 0*^60 de large seulement, d^autres ont 15 mètres de long sur 3 ou 4 de large. Leurs dimensions les plus ordinaires sonldel", 50à2",80.

La coupe d'un de ces tumulus de sacrifice, de 2"*, 25 de haat, a présenté \&i détails suivants : 7 ou 8 couches superposées et arquées régulièrement étaient de haut en bas compo* sées successivement de gravier, de sable et de cailloux, de sable fin, déterre, de sable et de terre recouvrant un bassin en argile cuite de 3*" de diamètre à la base, et de 1"", 60 à sa paiiie supérieure, déprimé en fonne de coupe et contenant des cendres sèches, fines, mélangées de fragments de poterie d'une forme élégante. Sur les cendres était un lit de feuilles de mica. Au-dessus et au milieu du bassin des os humains en partie brûlés, circonstance particulière qui ne s'est présentée qu'une fois.

On trouve fréquemment, au contraire, des restes liumains, niénie des squelettes entiers, des populations actuelles, qui ont été ensevelis plus ou moins profondément dans les tumulus anciens ; mais les restes reex^nnaissables des populations contemporaines de ces travaux sont extrêmement rares. Lorsqu'on atteint le centre des tumulus qui ont servi de sépulture^ on rencontre les ossements écrasés ou tombant en poussière au moindre contact. Le seul exemple d'un crâne un peu complet et incontestablement de la race contemporaine des monuments' a été observé dans un tumulus situé au sommet d'une colline qui domine la vallée du Scioto, à 4 milles au-dessous de Chillicothe. Le monticule, de 2°',50 de hauteur sur 15 de diamètre à la base, était formé d'une couche d'argile dure, jaune, recouvrant un amas de pierres disposé en dôme, et au sommet duquel était une large plaque de mica; au-dessous et au centre se. trouvait un dépôt charbonneux, de terre cuite et de petites pierres entourant quelques os et un crâne assez bien conservé. Le caractère le plus remarquable de celui-ci était sa forme arrondie. Son diamètre vertical était de 6 pouces 2 lignes, le diamètre longitudinal de 6 pouces 5 lignes, et la distance entre les pariétaux de 6 pouces. Ce seraient, suivant M. Norton, les caractères du

type de la race américaine, particulièrement de la famille des Toltèques, et dont la tcte des Péruviens est le modèle. Hétaux I^e cuivre a été le métal le plus anciennement employé par oh eu ^^ populations primitives de rAmérique du Nord; Targent

4'industric. qu*on y trouvo et ses autres caractères prouvent qu^il provient des mines si riches encore des bords du lac Supérieur. Le minerai n était point d'ailleurs fendu, mais battu à froid.

Les poteries trouvées dans ces ouvrages sont très-perfeclionnées, et, quant aux armes en pierre, on remarquera que celles qui ont été recuillies en Asie, en Europe et en Amérique sont tellement semblables par la forme et le genre de travail, qu'on pourrait les regarder toutes conune l'ouvrage d^un seul et même peuple.

Populations MM. Squieret Davis résument ensuite leurs nombreuses re-

aiiongencs. ^j^^p^ij^g ^^ terminent leur travail par les conadérations suivantes : Ces travaux sont, disoni*ils, la preuve de Texîsleiice d'une population nombreuse et agricole. Les instruments en pierre, en bois, en os et en cuivre qui nous restent n*ont cependant pu être que de faibles moyens pour les constnicieurs, qui ont dû principalement se servir de leurs mains et de ressources étrangères bien peu puissantes pour creuser le sol et accumuler jusqu'à 20 millions de pieds cubes de matériaux comme ceux qui constituent, par exemple, le seul tomulus de Cadiokia. Ces ouvrages sont, en outre, presque exclusivement confmés aux vallées fertiles, aux plaines alluviales productives (les bords des lacs et du golfe du Mexique, là oii la culture du sol était le plus avantageuse. Aussi les auteurs voient-ils dans ces travaux, comme dans les objets d'industrie, les poteries, les armes et une culture supposée assez avancée, la preuve que ces populations auraient eu des lois, des coutumes et une re* ligion.

ADcienneii-. Maintenant, quelle peut être Vancienneté relative de ces nombreux travaux? sont-ils tous contemporains? ou bien pour* rait-on y découvrir une certaine succession? tous ces monuments , qui occupent de si vastes surfaces , sont-ils l'œuvre d*unc seule race; sont-ils le résultat d'une seule pensée, d'une

stnile impulsion, d'une seule coutume? A cet égard, les auteurs ne nous paraissent pas concevoir le moindre doute ; ils sont pour Taflirmative.

Cependant il sera permis, à la distance où nous sommes des lieux et des temps, de ne pas avoir une certitude aussi complète, si l'on songe surtout qu'à Pépoque des recherches de MM. Squier et Davis, Tidée, qu'il y avait eu une certaine succession dans les peuplades qui avaient habité un pays avant toDte tradition historique, n'était pas encore répandue parmi les archéologues. Lorsque l'on compare les produits de l'industrie humaine dans cette partie du monde, ou reconnaît qu'il y en a qui sont certainement plus récents que d'autres, et les poteries à contours réguliers ornées de dessins symétriques ne peuvent pas provenir du premier état sauvage de ces populations. Il Tant que la civilisation, quelque imparfaite qu'elle ait été, qui a tracé et construit ces travaux dont les formes sont géométriquement exactes, ait été précédée d'un état beaucoup plus barbare où n'existaient encore aucune des notions nécessaires pour les exécuter. Nous sommes donc porté à regaixler les populations qui occupaient alors le bassin du Mississipi comme étant déjà loin de Thomme primitif, ou bien il y aurait dans les divers faits observés une succession ou une chronologie qui n'a été ni distinguée ni caractérisée.

Il faut remarquer, d^un antre côté, que, malgré tout ce dë- Tcloppement de force, d'industrie, d'intelligence appliquée et de civilisation supposée par MM. Squier et Davis, on ne voit encore cités, parmi les objets trouvés dans ces ouvrages si nombreux et dont plusieurs des plus remarquables ont été fouillés en tout sens, aucune médaille, aucune monnaie de métal, aucune inscription sur la pierre, symbolique ou autre, aucune manifestation de la pensée traduite par des signes quelconques et transmise de générations en générations. Bien plus, on ne mentionne pas de restes caractérisés des habitations de ces peuples ; aucune des constructions qui les abritaient n'a survécu, n'a résisté à l'action du temps ; on ne signale pas une {Herre, pas une brique, pas un morceau de bois qui provienne

évidemment de leurs maisons, dont la forme, les dimensions, les caractères et les matériaux nous sont complètement inconnus. Ainsi, rien n^est resté pour nous guider à cet égard dans la profondeur des temps où vivaient ces peuplades, dont tout ce qui pouvait se détruire a disparu.

Moyen:» Non-sculement Thistoire est muette envers eux comme pour Lur'^ les établissements de l'Europe, mais encore les données arancienneté, chéologiqucs, commc on le voit, ne peuvent nous fournir, jusqu'à présent du moins, de chronomètre de quelque valeur. De ce que ces travaux et les divers objets qu'on y a trouvés semblent indiquer une civilisation plus avancée que celle qui a constniit les habitations lacustres de la Suisse cl accumulé les Kjôkkenmôddings du Danemark, ce n'est point, comme on Ta dit, un motif suffisant pour les rapporter à une époque moins ancienne.

Cherchons donc si, par l'examen des phénomènes naturels, il ne serait pas possible de suppléer au silence des traditions et à Tabsence de tout document écrit.

MM. Squier et Davis font remarquer qu^aucun des anciens monuments dont on vient de parler ne se trouve sur la terrasse la plus récente des diverses vallées du bassin de TOhio, et si les terrasses marquent l'abaissement successif du niveau des rivières, celle-ci, qui est la quatrième, s'est formée depuis que ces cours d'eau suivent leur lit actuel. Or on ne Toît pas pourquoi les habitants n'auraient pas construit ces ouvrages sur cette dernière aussi bien que sur les trois autres, et, s'il y eu avait eu, pourquoi on n'en retrouverait pas les traces.

Si l'on suppose, par exemple, que la terrasse inférieure de la rivière Scioto ait été formée depuis l'âge des monuments en terre, on peut admettre que le pouvoir d^excavation des rivières de l'ouest diminue dans le temps â mesure que le pays environnant s'approche davantage du niveau général. Sur le JOssissipi inférieur, où seulement les anciens travaux sont quelquefois envahis par l'eau, le lit du torrent s'élève par les sédiments apportés des régions supérieures, où Vexcavation se produit. Cette puissance d'érosion est d'ailleurs inverse du carré

de la profondeur, c est-à-dire qu'elle diminue comme le carré delà profondeurs accroît; par conséquent la dernière terrasse, due à Faction des mêmes causes, doit avoir exigé pour sa formation, toutes choses égales d*ailleurs, plus de temps que chacime des trois autres. Ainsi le temps depuis lequel les rivières suivent leurs directions actuelles semble pouvoir être divisé en autant de périodes qu'il y a de terrasses. Ces périodes auraient été d'inégales longueurs, et la dernière, celle que Ton suppose formée depuis que vivaient les populations qui ont construit les ouvrages en terre, est aujourd'hui la plus basse, et ferait remonter ces constructions à une haute antiquité, si Ton en juge par la marche actuelle des choses.

Mais un fait d'où l'on peut tirer peut-être une conclusion plus directe, c*est que ces travaux sont aujourd'hui recouverts de forêts qu'il est impossible de distinguer de celles qui les entourent, sur des points oii il n'est pas probable qu'aucun dé- Irichement ait été fait, et qui ont par conséquent tous les caractères des forêts que Ton peut supposer être primitives, comme si la nature s'était plu à voiler elle-même toutes les traces de ces peuples sans nom.

Ici nous ne trouvons rien de comparable à ces flores forestières qui, dans le nord de l'Europe, succédant à Tâge de pierre, semblaient y accompagner chaque âge des premières civilisations humaines. En Amérique, la nature reste uniforme : les arbres des forets se succèdent sans modifier leurs essences; ceux qui recouvrent les travaux des hommes ne diffèrent point do ceux qui les avaient précédés; l'apparition de ces races ])crdues n'a été qu'un accident momentané après lequel la même végétation a repris tout son empire.

Quelques-uns des arbres de ces forêts qui couvrent les monuments ont une ancienneté certaine de 600 à 800 ans, et si l'on accorde un temps convenable pour le développement général de ces mêmes forets, après que ces ouvrages curent été abandomiés par ceux qui les avaient élevés, et pour la période sans doute fort longue qui a dû s'écouler entre cet abandon et la date de leur construction, nous nous trouvons reportés en-

core, comme par Vautre moyen d évaluation, à une Irèstgrande ancienneté.

Non-seulement les forêts qui ont succédé à ces popalations sur les lieux mêmes qu* elles occupaient présentent les mêmes essences d'arbres que celles qui n'ont jamais été exploitées, mais encore ces essences y sont exactement dans les mêmes proportions et offrent le même aspect tout à fait primitif, circonstance qui avait vivement frappé le président Harrison. Lorsqu'une surface de pays a été défrichée, puis abandonnée de noqveau à elle-mcmc,' on a calculé qu'il faUait au moins cinq siècles pour que Télat de la forêt fût rétabli, et lorsqu'on observe l'aspect actuel de celles qui recouvrent les monuments en terre, on reste convaincu qu'il a fallu plusieurs de ces périmes de cinq siècles pour imprimer à ces forêts comparativement nouvelles tous les caractères des anciennes.

Enfin, MM. Squier et Davis pensent qu'il devait y avoir des communications entre les diverses parties de la vallée du Mississipi, puisqu'on trouve à la fois dans les mêmes tumulus le cuivre natif du lac Supérieur, le mica des Allégfaanies, les coquilles marines du golfe du Mexique et l'obsidienne des massifs ignés des régions montagneuses de ce dernier pays. II n'y aurait point eu alors, comme quelques auteurs l'ont supposé, de migrations de ces peuples soit au N., soit au S. (i).

§ 6. RéflezSoiif généralei sur ranmennetè de iTioiminr.

Les détails que nous avons rapportés relativement aux reste des premières populations de l'ancien et du nouveau monde avaient pour but de nous faire remonter aussi loin que possible dans la période actuelle, afin de nous rapprocher de celle qui l'a immédiatement précédée; mais nous devons faire remarquer que les régions dont nous nous sommes occupé ne sont précisê-

. (1) Voyez aussi : Ab original monvmenls of the state of New-York^ par M. E. G. Squier {Smithsonîan contributions, vol. Il, îSbi).

SUR L^ANGIENNETË DE L*UOMME. 465

ment pas celles qoi pouvaient être regardées, avec le plus de probabilité, connue ayant été le berceau de l'humanité. Pour nous éclairer à cet égard, il faudrait posséder, sur les diverses parties de l'Asie qui ont été le théâtre des plus anciennes civilisations, des documents analogues à ceux dont nous venons de ptrler car ces civilisations pourraient fort bien être contemporaines de Tàge de pierre du nord et du centre de l'Europe, comme les populations sauvages de TAmérique centrale, de la Polynésie et de TAustralie le sont de notre civilisation moderne.

Les plus anciens moumnent» de Tlnde et de TAsie orientale, dus à des nations dont les noms sont restés inconnus, sont les preuves d*un art déjà Irès •avancé et témoignent d'une longue application de l'intelligence, aussi bien que les caractères gravés sur la pierre, destinés à reproduire et à transmettre la pensée. Or c'est dans ces pays surtout qu'il serait curieux de retrouver des tncesde Texistence de l'homme, antérieures à tous ces produits de la civilisation, qui sont pour nous la limite extrême de l'bis* toire,des traces d'un* âge de pierre qui pourrait avoir précédé de beaucoup l'âge de pierre des nations primitives de l'Europe et du nord de T Amérique, enfin, de constater leurs relations avec les dépôts quaternaires de ces mêmes pays supposés avoir vu naître l'homme ; là peut-être trouverait-on la solution du problème que nous cherchons?

Ainsi les grottes grossièrement creusées sur les flancs des collines de la vallée de Cachemire, les temples souterrains d'ElIore, de Salsette et d'Elephanta (l),avec leurs myriades de figures et de statues sculptées dans la roche, l'antique cité de Mavalipouram, en face de Ccylan, les bas-relicrs taillés sur les parois des montagnes de la Perse et couverts d'inscriptions cunéiformes , les splendides et bizarres constructions de Khofsabad, de Persépolis, de Pasargade et de Babylone, les temples excavés dans le grès d'Ipsamboul, en Nubie (2), ces innombrables et prodigieux monuments de TÉgypte ,

(1) Bitt. de$ progrés de la géologie, toI. lU, p. 509. (2) /fr. vol. V, p. 427, .

c[ui nous paraissent si anciens, étaient probablement aussi éloignés eux-mêmes des premiers établissements de Thomme en Asie et en Afrique, d'un âge dç pierre réellement primitif dan» ces régions , que le Partlicnon , Saint-Pierre de Rome et le Louvre sont éloignés des Kjôkkenmôddings du Danemark, des habitations lacustres de la Suisse, etc.

L*étudc de T Asie sous ce point de vue doit donc être le grand desideratum de la géologie et de Tarckéologie. Déjà les recherches récentes de M. de Filippi (1 ) , qui était attaché en qualité de savant à Tambassade envoyée en Perse par le gouvernement italien, ont fait connaître dans la vallée de TAbhar des dépôts iort anciens renfermant, à divers niveaux, des restes de charbon végétal, des os et des fragments de poteries en pâte noire trèsgrossière. Les Tepés^ ou monticules coniques, isolés, composés de matériaux incohérents, renferment les mêmes traces d*industrie primitive, de l)^aucoup antérieures sans doute à la fondation de Ninive et de Babylone. D'un autre côté, l'interprétation des caractères cunéiformes , déjà si avancée , ne peut manquer, si Ton parvient à recueillir tout ce que le temps a épargné, d'apporter aussi quelques éclaircissements sur les commencements de ces nations, dont nous ne connaissons encore que très-imparfaitement les temps de prospérité et d'éclat.

La simultanéité des civilisations n'existant pas, nous*pouvons seulement penser qu'il y a toute probabilité pour que rétablissement des premiers hommes ait commencé en Asie, où se montrent aussi les restes des civilisations les plus anciennes ; mais une remarque qui s'applique à tous ces premiers établissements connus, c'est la rareté des débris humains comparés à Tabondance de ceux des animaux qui ont sei*vi de nourriture à ces peuplades. Ces ossements, pour la conservation desquels les habiLiuts ne prenaient certainement aucun soin, se trouvent par milliers, et ceux de l'homme lui-même, lorsqu'on fouille la terre, oe présentent que quelques spécimens incomplets.

(1 ) Acad, r. des sciences de Turin, U dcc. i862« — De Morliliel, Rev9ic scientifique itulienne, i" année, p. 178; 1863.

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