‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 2)Chapitre 36 sur 57 · SUR L'ANCIENNETÉ DE L HOMME · texte numérisé non relu

SUR L'ANCIENNETÉ DE L HOMME

Dd autre résultat de ces recherches sera de faire dispanitre du langage ordinaire ces dénominations de celtiques^ druidiques j etc., appliquées longtemps, dans Touest de l'Europe, à des ouvrages et à des objets d'industrie, dont les noms des constructeurs ou des fabricants nous sont complètement inconnus, puisqu'ils remontent à des temps antérieurs à toute tradition historique sur ces pays. Les peuples dont nous «avons quelque chose ne sont déjà plus de Tâge de pierre, et beaucoup peut-être sont plus récents que Tâge de bronze, car nous ne possédons encore aucune notion ni sur le moment où ces diverses populations ont commencé à fixer leur pensée par des caractères ou signes représentatifs, ni sur ces caractères euxmêmes; on neconnaîtquedes systèmes paléographiques complets, et Ton ne sait ni quand ni comment chacun d'eux s'est formé dans Torigine, pas plus que les langues qu'ils traduisent.

Nous pouvons donc, comme résultat de ce coup d*œil rapide sur ses premiers établissements dans quelques parties de la terre, entrevoir combieri a été longue renfance de l'humanité, enfance que tant de peuples n'ont pas encore dépassée et ne dépasseront sans doute jamais, puisqu'un si grand nombre dautrcs ont déjà disparu de la terre sans avoir atteint l'âge adulte. Combien de siècles ont dû s'écouler ^vant que les races prédestinées à y arriver soient parvenues à ce qui nous semble aujourd'hui si simple, à transmettre leurs idées par des signes?

Les traces matérielles de l'industrie naissante de l'homme, la marche si lente et presque incommensurable de ses progrès à travers tant de générations qui se sont d^abord succédé, le développement à peine sensible de son intelligence appliquée aux choses les plus usuelles de la vie, et qui ne dépassait pas de beau- <x>up l'instinct de certains animaux, tandisque toute idée élevée sommeillait profondément, que toute application do cette idée à un but immatériel semblait être inconnue, sont sans doute, dans l'ordre intellectuel, un phénomène bien curieux. Que pouvaient iaire présager ces premières manifesUitions de la présence de l'homme, alors que les produits de ces facultés, qui plus tard devaient tenic du merveilleux, étaient loin d'atteindre

ralvéole d'une abeille, l'élégant tissu d'un arachnide et Thabitation d'un castor. Comment la perfectibilité j cet apanage exclusif de certaines races, et dont tant d'autres devaient être i jamais déshéritées, pouvait-elle être soupçonnée?

Aussi, comme nous l'avons dit en commençant, dans Tordre physique de la nature, l'apparition de l'homme ne fut marquée par aucune circonstance particulière. Ses premières générations durent vivre entourées des animaux que nous voyons encore aujourd'hui, et sans apporter parmi eux d'autres changements que ceux qu'exigeait la nécessité de vivre, de se nourrir, de se vêtir et de s'abriter. Rien ne dénotait encore chez lui cette suprématie qu'il a successivement acquise par un phénomène psychologique tout particulier, et dont les diverses phases ne semblent pas avoir beaucoup fixé l'attention des philosofibes qui ont toujours considéré l'homme comme s'il avait été créé contemporain de Péridès ou d'Auguste.

Combien de milliers d'années ont dû se passer avant l'inTention de l'écriture, et si l'on songe que ses signes différent, presque comme les langues, chez les diverses nations, il a fallu que ce moyen de transmettre et de perpétuer la pensée se proDuisii indépendamment chez un certain nombre d'entre elles, et par conséquent sans que les progrès de l'une pussent toujours senir i d'autres! Que de siècles n'a-t-il pas fallu ensuite ptour qu'i l'idée de succession du temps on ait joint le moyen de le mesurer, d'en exprimer la durée, de l'appliquer aux choses de la vie et de la transmettre d'une manière intelligible et durable aux générations futures! Les premiers éléments de la mesare du temps, déduits de l'observation du cours des astres, supposent déjà des études suivies, multipliées, un esprit d'dbservation et de combinaison dont nous n'apercevons aucune trace dans les monuments de l'âge de pierre et de bronze.

Toute l'antiquité, telle que nous la connaissons, avec ce qu'elle nous a transmis de science,- d'art, de littérature, de philosophie, de politique et de dogmes religieux, c»t donc relativement très-moderne et c'est ce dont il faut bien que se persuadent les philologues les plus érudits et les archéologues les

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plus versés dans la conoaissance des moaaments de ses dî- Terses cmlisatioas.

Les dernières déconvertes proaTenioit seulement que la représentation, surtout des animaux, par le dessin est antérieure à celle de la parole par des caractères d^écriturc et que rhûuune a reproduit et transmis les objets qu^il Toyait avan t ses propres idées.

Hais peut-être, demandera-t-on, la création est-elle finie parce que Tbomme est arrivé? Les lois qui ont régi sur la terre l'apparition et la succession des corps organisés depuis la première flore et la première faune ne sont-elles plus aujourd'hui que des lois de conservation? La nature, si féconde jusqu'ici, a-t-elle épuisé toutes ses combinaisons de formes, d'organes et de fonctions? Le Chêne de nos forêts, le Cèdre du Liban, le Baobab du Sénégal, le Dragonnier des Canaries, le Séquaïa de U Californie, les Cyprès d*Oaxaca et les Euealypltis de 1* Australie seraient-ils le dernier terme de sa puissance créatrice pour le régne végétal, et Thomme aurait-il été destiné à marquer la limite extrême de son pouvoir dans l'autre règne, de manière à ne plus laisser d'intervalle à remplir entre lui et le Créateur?

L'observation directe ne peut encore répondre à aucune de ces questions. Mais l'induction d'une [)art, comme nous l'avons déjà dit, et de l'autre un regard jeté sur le passé de la terre pourrait nous faire entrevoir que la création n'est pas finie. Le tableau de Tétat actuel de notre planète n'est pro* bablement pas le dernier qu'éclairera notre soleil, tant que son action d'oii dépendent aujourd'hui tous les phénomènes biolo giques conservera les propriétés qui les produisent.

Mais si, comme tout semble le prouver, la terre a été successivement à l'état gazeux, de fluidité ignée et enHn solide par suite de son refroidissement graduel, le soleil, s'il a la même angine et la même composition que les planètes qui se meuvent autour de lui, subira nécessairement aussi les mêmes phases de refroidissement. C'est donc une simple question de masse et de temps ; et lorsque, à son tour, il sera devenu un soleil eneroùtéj tout notre système n'en continuera pas moins de

se mouvoir suivant les lois de la mécanique céleste , dans un milieu qui ne sera plus éclairé et échauffé* que par le rayonnement stellàire. La vie alors sera depuis longtemps éleinte à la surface de la terre, sans lumière et sans chaleur, sans phénomènes météorologiques et sanssaisons, et la création, comme sur les autres corps de notre système, y aura parcouru son vaste cycle dans l'immensité des temps.

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Appendîoe.

Nous reproduirons ici une observation omise par inadver- cdoe tance (antè^ p. 444) et qui a un véritable intérêt pour la chro- * de noiogie des premiers établissements de Thomme en Suisse. ** Timère.

Le cône de déjection torrentiel, formé par la Tinière, à son €fflboachure dans le lac de Genève, à Villeneuve, ayant été coupé transversalement par les travaux du chemin de fôr, a montré, dit M. Morlot(i), intercalée dans les alluvions du torrent et à \'^,2y de profondeur, une couche représentant un ancien terrea^i de Tépoque romaine. A 5'°,25 une seconde couche correspondait à Fâge de bronze, et à 6'",50 une troisiènoe, de même nature, à Tâge de pierre. En combinant les diverses circonstances qui accompagnent ces faits et en admettant une latitude très-grande soit en plus, soit en moins, on arrive à trouver une ancienneté de 29 siècles au moins et de i'2 au plus pour la seconde couche, dé 47 à 70 siècles pour la troisième, et un laps de 74 à 100 siècles pour Tâge total du Gone depuis qu'il a commencé à se former, évaluation qui serait plutôt au-dessous qu'au-dessus de la probabilité. Chacun de ces anciens sols ne représente pas d'ailleurs la durée totale de chacun des âges correspondants, mais seulement une portion quelconque de chacun d'eux. Ainsi la couche de 3'",25, d'après les objets d'industrie humaine qu'elle a fournis, appartiendrait plutôt à la fin qu'au commencement de l'âge de bronze.

Les données historiques les plus anciennes, en Europe, ne remontent guère au delà de l'âge de fer .

(i) Bail, de la Soc' gM. de France, 2* série, vol. XVni, p. 829; 1860 •

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