‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 4)Chapitre 2 sur 60 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PHÉNœiÈNES GÉNÉRAUX ANTÉRIEURS Â LtPOQUE ACTUELLE. § 1. De ronfiae dei êtres ei de leur dAveloppemesU

S'il est nécessaire, avant d'entrer dans le domaine propre- ObserTatiou ment dit de l'histoire ou du passé de notre planète, de tracer ^^''****un tableau des phénomènes biologiques de nos jours et des conditions de la vie à sa surface, il est certaines questions, d*un (»rdre très*général, qui nous paraissent cependant devoir précéder encore ce tableau.

Ces questions se rattachent, non plus aux conditions actuelles de la vie, mais à celles qui ont dû exister à des époques antérieures, et, malgré le vague qui les entoure encore, nous ne pouvons nous soustraire à Tobligation d'en traiter ici aGn de prévenir, autant que possible, les objections qu'elles pourraient Elire naître. Il ne faut point d'ailleurs confondre ces propositions toujours un peu spéculatives avec les lois générales que nous exposerons plus tard et qui résultent de l'examen comparé des faits ; les unes doivent précéder l'étude des détails

pour r éclairer et la guider, les autres doivent la suivre parce qu'elles en sont la conséquence.

' A cet égard nous nous inspirerons quelquefois des vues émises par un homme éminmit que la science a perdu récemment et qui joignait à de vastes connaissances un véritable esprit philosophique. H. G. Bronn (l) était un savant spiritualiste; Tétudedes corps organisés, à laquelle il se livra avec tant d'ardeur et de persévérance, n'était pas un but pour lui; c'était seulement un moyen de pénétrer les secrets de la nature, de remonter vers l'origine dçs choses, pour entrevoir même, s'il était possible, le plan et la fin que s'était proposé TOrdonnateur de Tunivcrs.

Bronn, paléontologiste profond, se préoccupait ajuste titre de la recherche des k)is générales; son regard embrassait de vastes horizons, où, si parfois il semblait s'égarer, la sûreté de son jugement et l'immensité de ses connaissances positives le ramenaient bientôt aux données de rexpérience et de l'observation directe.

Sort Histoire de la nature d'abord (2) et plus tard son ouvrage intitulé Des loiS'du développement du monde organique (s) sont des œuvres originales, d'une haute portée , qui nous révèlent • toute la profondeur et l'étendue de son esprit. On ne peut trop loS' méditer, et le résultat de cette* étude, qui exige à la vérité une attentioffirès-soutenue et, disons-le, quelquefois même pénible, sera certainement d'élever et d'agrandir les idées du lecteur, de lui faire entrevoir des aperçus nouveaux , des voies encolle inexplorées et très-propres à compléter dfe plus en plus l'histoire biologique de la terre.

Il n'a manqué 3 ce naturaliste penseur, pour réagir davantage sur les esprits de son temps et en dehors de son propre pays, qu'une meilleure méthode dans Texposition et l'arrange-

(1) Henry-Georges Bronn, né h Ziegelhauscn, conseiller et professeur a Funiverrâté d'fieidelberg, est mort dans celle ville le 5 juillet 186^» à l àgc de soixante-deux ons.

(2) Uandhuch einer Geschkhte der Nalur, i" ot 2* parties, 1841-4*2.

(3) Unlersuchiingen ûber die Entwickelungs-Geselze der organischen Welt, in-8. Stuttgart, 1858.

menl des fails, plus de clarté dans le dévelappement et Ten- * chainement des idées et de s'exprimer dans une langue dont les difficultés ne soient pas venues s'ajouter à celles du sujet luimême. ÂTCc ces qualités, indépendantes de la valeur des idées, son nom eût accpis une popularité que d'autres ont obtenue de leur vivant à bien moins de titres, mais que peut-être la jus* lice tardive de l'avenir ne lui refusera pas.

Par un examen attentif des faunes et des flores qui ont suc- ExpoâUoo. cessivementpeuplé la surface du globe nous pourrops arriver, dit Droon(i), à déterminer le moment où telle ou telle espèce aniloâle ou végétale a commencé h paraître dans les eaux ou sur le sol émergé, en un point donné ; nous pourrons également assigner le terme de son existence, sans pour cela que la raison de son apparition ni celle de sa disparition nous soit connue. Il nous >era donc possible d'exposer d'une manière plus ou moins complète, suivant Tétat de la science en chaque lieu, la série des êtres organisés qui s'y sont développés dans le temps, mais la cause même ou la loi fondamentale de cette succession nous échappera probablement toujours, parce qu elle doit tenir au principe lùéme de la création dont nous ne connaissons que les eiïels. Nous ne devons à cet égard rechercher que les probabilités, en écartant de nos spéculations les hypothèses qui nous paraissent les moins fondées.

On a supposé longtemps que Tidée des générations équivo- Hypothèses ques ou spontanées, qui aujourd'hui encore trouve des défen- rori^ine 5curs, bien qu'appliquée aux animaux les plus inférieurs, ceux Jr^anb^. qui se placent à la limite des deux règnes, pouvait servir a cx- [ili/pier Torigine première des êtres plus élevés. On pensait que devenues successivement plus parfaites et plus compliquées par raclion d'une force inhérente à leur nature et favorisées par les Conditions du milieu ambiant, ces ébauches avaient pu atteindre

(I) Essai iune réponse à la question de prix proposée par V Académie des sciences (Supplément aux Comptes rendus de V Académie des Pences. toI. Il, p. 511 M 861). — C'est à ce travail •uronnë par TAca- <)émie en 1856, et dont Pouvnijge précédent est une traduction allemande, <[iie se rapportent nos citations.

4 ORIGINE DES ÊTRES ET LEUR DÉVELOPPEMENT. grAduellemeni aux facultés plus élevées des organismes supérieurs.

Des noms, justement célèbres à d'autres titres dans les sciences, ont, dans ce siècle même, appuyé de leur autorité ces vues d*un autre ftge. DeLamarck et Et. Geoffroy Saint-IIilaire ont eu pour antagoniste dans cette Toie 6. Cuvier qui n'a jamais admis que les influences exercées par les diflerentes manières de \ivre ou pair d'autres causes extérieures aient pu changer une espèce en une autre, et à bien plus forte raison les caractères génériques ou ceux des familles. MM. Oken el d'Alton en Allemagne, Unger à Vienne, Grant en Angleterre, n'en ont pas moins persisté à soutenir que, puisque nous ne connaissons aucune force naturelle qui ait pu produire les espèces, il faut qu'elles soient provenues de la transformation d'une espèce antérieure voisine et ordinairement plus simple. Mais de ce que nous ne connaissons pas une chose il nes^ensuit pas nécessairement qu'une autre soit vraie ou démontrée; or, ici nous ne voyons qu'une simple afGrmation opposée à une négation basée sur l'observation des faits actuels.

Les expériences directes exécutées dans ces derniers temps et avec les précautions les plus délicates semblent avoir démontré le peu de fondement de Thypdthèse des générations spontanées et par conséquent avoir renversé la base mérne de la théorie biologique des transformations ; mais nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre suivant, consacré à YEspieey et nous n'avons à rappeler ici que les données les plus générales déduites de l'observation directe.

Les organismes les plus anciens que nous connaissions, ceux que l'on trouve dans les premiers sédiments de la surface de notre planète, qui en ont conservé quelques traces, détruisent, comme ceux de la nature actuelle, l'hypothèse que les êtres les- plus parfaits proviennent de modifications séculaires d'espèces antérieures moins élevées. Les mollusques et les crustacés ont assisté aux premières manifestations de la vie. Ceux-ci mémc^sont les plus constants et les plus variés dans les couches les plus basses de la série géologique. Ainsi, sur

i7f espèces que Ton comptait eo 1859 dans ce que l'on a appelé la faune primordiale j tant en Europe que dans TAmérique du Nord, il y avait i 22 espèces de crustacés appartenant i 18 genres dont 2 seulement remontaient plus haut, et 1 espèce aussi s'était continuée au delà des limites de celte même faune, dans laquelle se montraient en outre 18 espèces de brachiopodes. Nous ne trouvons donc encore dans la nature aucune preoTedirecle de Thypothèse. La force qui a produit ces premiers or^'anismes semble, à la vérité, s'être accrue et développée de plus en plus dans certaines directions; mais il ne s'ensuit nullement qu'il y ait eu transformation des anciennes espèces dans les nouvelles, et celles-ci ont dû naître, comme celles-là, sans une intervention directe et nécessaire de leurs prédécesseurs.

Maintenant la succession des diverses formes animales et Saccession vêgét^des indique une marche constante et un plan uniforme ocfaoïM^. qui ne peuvent être Teflet du hasard. Chaque espèce n*a qu'une (liirce temporaire; elle disparait après avoir vécu plus ou moins longtemps dans un espace .plus ou moins étendu, cédant ainsi la place à une ou à plusieurs autres dont l'organisation c>l souvent plus compliquée.

Les êtres contemporains, qui constituaient la faune et la ilore à un moment donné de la vie de la terre, offraient un en- M'inble dont toutes les parties étaient solidaires les unes des antres commode nos jours. Ceci est évident lorsqu'on considère tes faunes, non pas en un point, mais en masse, sous le rapport (le leurs fonctions, de leur manière de vivre, de se nourrir, de leurs influences réciproques et de leurs relations sociales, s'il t*sl permis de s'exprimer ainsi.

I/apparition et la disparition desétres ont dû par conséquent mvTe une loi constante pour que ces rapports ne fussent pas rompus, pour que l'équilibre ne fût pas troublé. Les animaux herbivores, en relation nécessaire avec les caractères de la flore ( t les animaux carnassiers auxquels ils servaient de pâture, ont (lu suivre dans les diverses classes une marche parallèle de remplacement. Les grands animaux, comme les petits, ceux dont les conditions de la vie sont si précaires et dont le mode de re-

production expose à tant de chances de mort, aussi bien que ceux qui ont au contraire le plus de chances de consenration, ont toujours dû présenter des résultats analogues a ce que nous avons sous les yeux, et par conséquent se trouver dans des .si* tuations comparables pour accoiYiplir à chaque moment Tœuvrc de la création* Néanmoins il y a eu, comme nous venons de le dire, pour chaque espèce, pour la plupart des genres et pour beaucoup de familles, un moment où ces conditions ont cessé. C'est lorsque leur cycle s'est trouvé accompli, cycles inégaux j)0ur chacun, tantôt très-longs, embrassant même tous les Âges de la terre, tantôt très-limités à ce qu'il semble, ne s'élcndant pas au delà de quelques milliers d'années et peut-être moins encore.

Ainsi nous n'apercevons pas de loi commune absolue quant à la durée du temps pendant lequel les types organiques ont subsisté ; mais peut-être pourrait-on reconnaître la suivante quant aux divers degrés d'organisation, savoir : que k persistance des formes en général se trouverait être en raison inverse de leur élévation dans la série. Les êtres les moins compliqués paraissent être à la fois ceux dont la durée a été la plus longue et qui se sont le plus propagés en surface. Les organismes les plus simples auraient alors mieux résisté aux cliangements ou aux différences de conditions extérieures que les plus compliqués.

De riiommc. Ce plan gradué et néanmoins toujours complet que la nature a suivi jusqu'à l'apparition de l'homme n'a pas eu nécessairement pour but l'existence ni l'ngréraent de ce dernier. Cette idée d'une cause finale bornée, à laquelle nous voyons même encore aujourd'hui bon nombre dVsprits se rattacher, en se fondant sur l'apparence déceptive de certaines données générales que ne justifie nullement une étude plus sérieuse deâ faite, flattait trop notre amour-propre pour n'être pas souvent reproduite . Mais rien jusqu'à présent ne prouve que rhommc soit la fin du le dernier mot de la création, qu'il en soit, comme on Ta dit, le couronnement; et en effet l'idée de créatures plus parfaites, douées d'attributs différents, se retrouve en genne.

dans toutes les théogonies/ chez tous les peuples d'an développement moral assez avancé, comme le pressentiment de ce que Tavenir doit réaliser. RelatÎTcment à Thistoire de la terre, b venue de Thorome n'a rien offert de particulier; elle ne coïncide avec aucun phénomène spécial ; elle se confond avec les mitres éléments d'une faune terrestre remarquable par les'dimensions gigantesques de ses principaux types dont plusieurs ont disparu, tandis que le plus grand nombre vit encore.

Par scscaractères physiques l'homme se rattache évidemment à tout ce qui l'environne comme à tout ce qui Ta précédé ; mais il s'en distingue si nettement à d'autres égards, que certains anthropologistes ont pu être tentés de créer un rèirne à part, le règne humain.

Si le mystère de son origine doit rester constamment voilé [M>ur loi, les êtres plus parfaits destinés à lui succéder pourront comprendre, la raison de leur propre essence. Ainsi auront •ipparu, dans trois phases pnncipales de fhistoire de la terre, (l'abord des êtres possédant seulement ce qui était nécessaire j la conservation de l'espèce pendant un temps déterminé, ne jouant qu'un rêlc passif dans la nature et inconscients des ré- <nltats auxquels ils concourent, puis d'autres doués de facultés plus élevées, de la pensée qui crée, 'de l'intelligence qui con- •'t'It, de la réQexion qui combine et qui^uge, de l'application (|iii exécute et qui perfectionne, du sentiment moral qui dirige, ivant en outre la conscience de leur propre existence et <'<llc des phénomènes du monde extérieur ; enfin d'autres êtres plus complets encore auxquels seront peut-être réservées la «rience du passé et de l'avenir en ce qui les concerne et l'ex- |»!icalion de ces redoutables problèmes autour desquels depuis tint de siècles l'humanité s'agite, sans qu'ils paraissent encore plus près d'être résolus qu'au jour de sa naissance.

Quant an rôle que Fhomme était appelé à jouer dans l'écoiii»mic ^nérale de la nature, soit comme réagissant sur les l»!)énon)ènes physiques ou sur les êtres organisés qui l'entourent, soit comme concourant aussi au maintien de l'équilibre dont DOU9 pariions tout à l'heure, c'est un point essentiel sur

lequel nous aurons occasion de revenir à plusieurs reprises, g^é^es L'exécution de ce plan- admirable et si parfaitement suivi ^^ , depuis l'origine des choses peut être considérée comme l'effet de immédiat de l'activité systématique, continue, d'un créateur la nature, ^^j ^ calculé ct pcsé Tordrc d'apparition, le degré d'organisa^ tion ct la distinction de ces innombrables espèces d'animaux et de végétaux, qui les a créées séparément, suivant le temps et le lieu qui leur convenaient, ou bien ce peut être le résultat d'une forcb naturelle inconnue, ayant produit les espèces végétales ct animales suivant des lois propres à son activité, coordonné et déterminé l'arrangement de leurs rapports généraux et spéciaux.

Dans ce dernier cas, on conçoit que cette force vitale a dû cire soumise à l'influence des forces inorganiques ou des actions physiques et chimiques, présidant au développement progressif, ainsi qu'aux modiGcations de la surface du globe, et réglant de la sorte les conditions de la vie pour les êtres qui devaient s*y établir, et dont le nombre, la variété ct la perfection devaient • s'accroître avec le temps.

On peut seulement expliquer de cette manière comment le développement du monde organique a pu marcher d'un pas égal à celui du monde inorganique, et cette force hypothétique, quelque nom qu'on lui donne, se trouverait alors en parfaite harmonie avec l'économie entière de la nature. Mais, d'un autre côté, nous reconnaîtrons que la succession des êtres dans le temps a dû se faire suivant des lois propres à l'organisme lui-même.

« Un créateur, dit G. Bronn (page 514), qui présiderait au « développement de la nature organique par les seuls effets M a l'attraction et de l'affinité, répondrait en même temps à um n idée beaucoup plus sublime, que si nous admettions qu il « prenne continuellement, pour l'introduction et le changcmcnl « des plantes ct des animaux, dans les milieux aquatiques è « atmosphériques de k terre, les mêmes soins que prend ui « jardinier pour la culture de son jardin.

« Ainsi nous croyons que toutes les espèces d'animaux et d|

sur le [léTeloppe •

ment desêtr».

« végétaux ont été créées origînaiiement par une force natu* 0 relie aujourd'hui inconnue (l) ; qu'elles ne doivent pas leur « origine à une transformation successive de quelques formes « primitîres, et que cette force a été dans la connexion la plus • intime et la plus nécessaire avec les forces et les événements < qui ont réglé le développement de la surface du globe (9). »

En considérant Tordre d'apparition de certains animaux, HjpoUièse^ quelques personnes ont pensé ipie la succession des êtres organisés pouvait répondre au développement de T imparfait au parfait, ou, pins exactement, du simple au composé. MM. Sedgwick, H. Miller, Âgassiz et Bronn ont émis quelques idées dans ce sens, tandis que MM. R. Owen, Aie. d'Orbigny, Ed. Forbcs et plusieurs autres les ont combattues.

Quelques auteurs ont cru reconnaître dans des types anciens de végétaux et d'animaux des points de départ communs pour des séries de formes plus récentes, qui se divisent en branches et en rameaux développés en divers sens. Certains types de rrptiles ont paru se prêter à ces idées; mais il semble y avoir dans ces spéculations plus d'imagination de la part des auteurs

(t) n ne faudrait pas conclare de cette expression qne les forces produc* Iriocs de la nature fassent épaisées et qu*aucune combinaison nouvelle ne poisse être réalisée; il est beaucoup plus probable an contraire qu'il n'y a pas plus d*arrèt dans le présent qu'il n*y en a eu dans le passe.

(S) Nous croyons utile de rappeler ici ce que nous avons déjà dit (Discours d'ouverture, vol. I, p. vui), que li paléontologie, prise dans sa véritable acception, avait, plus qu'aucune antre science, le droit et même le devoir de son- (W le mystère de l'origine des êtres, et cela parce qu'elle possède les documents <pie la coonaissancc du passé et du présent a mis et met joumellemenl h la i.l5poation de l'homme. Devant les faits organiques et inorganiques, soit zoologîqaes, botaniques et physiologiques, soit chimiques, physiques ctgëo< logiques, devant ce tableau des diverses parties de la nature qu'elle doit caôsuller et invoquer incetsamment pour s'éclairer, qui pourrait lui contester cette prérogative? que deviennent en effet ces prétendus systèmes, ces spé- (Ttbtion3 des philosophes raisonnant en dehors de l'observation directe, dans ie vide de leurs entités? ces pures et stériles abstractions du moi et du non moi» efc? combien de gramdes et belles intelligences ont ainsi consiuué rn vain on temps et des facultés qui eussent pu être si fructueusement emi-loiés au progrès des sciences et de Thumanité !

que d'observations réelles, que de faits étudiés directement et de conséquences rigoureusement déduites (i).

En 1849, M. Agassiz (2) distingua les types antérieurs du règne animal dans leurs relations avec les types actuels sous les dénominations àe progressifSjprophétiqueSjSiffUhétiqttes et embryoniques. Ces derniers, qui ont paru les plus importants, ont été adoptés par plusieurs zoologistes cminents. Jh com* prennent les types qui offrent des caractères que les groupes voisins du système, mais d'une période ordinairement plus récente, ne possèdent que pendant Tétat embryonnaire ou la jeunesse des individus. Bronn ayant fait voir qu^il en existait des exemples dans la nature actuelle, on n'aurait point dans ce principe une loi de succession.

M. Agassiz a publié sur ce sujet trois autres mémoires (5), dans le premier desquels il a discuté le rapport qui existe entre le degré d'organisation des êtres et la nature du milieu ambiant pour faire ressprlir rkifluence qu'a dû avoir, ce dernier ; dans le deuxième, il a traité des relations entre la distribution géographique des groupes d'animaux et la perfection de leur organisation comparée à ceux qui ont dû correspondre à des conditions plus ou moins âifférentes de celles de nos jours; enfin, dans le troisième, il compare les uns aux autres les nombres des types génériques et spéciaux des différents embranchements du règne animal dans les périodes anciennes, pour montrer qu'en tous temps il y a eu un grand nombre de formes variées. Dans son Index palaeontologtcHSy G. Bronn (4) avait mis plus de précision dans des considérations analogues.

En 1 854, Ed. Forbes (5) s'occupa d'une loi qu'il désigna par

(1) Voy, R. Owcn, Geological IransaU., 1841. Mom. sttr les Labyrin- Ihodontca^ cte.

(2) Proceed. amer. Àssoc, vol. II, p. 433; 1849.

(o) Amer. Jourtu of Se. de SiUiman, vol. IX, p. 368', I86O. — The Christian Examiner, vol. XLYIll, p. 181; I80O1 — /lm«r. /(wm. of Se. de Silliman, vol. XVII, p. 905; 1854.

(4) Vol. Il, p. 894, 789 cipassim; 1848-49.

(6) Quart. Journ. geoL Soc. ofLondont p. 19-81; 1854*

CUANGEME^TS PDYSiQUES. «

Tcspression de loi des développemenU contrasiauîs dans des directions opposées. Au lieu de voir un développement con*tinu et régulier de l'organisme dans la série des âges, il conccYail qu*à partir de la période pennienne et redescendant jusqu'à la période «ilurienne il y avait eu un accroissement considérable de divers types ou de ce qu'il appelait des idées ijéiiériques^ et au-dessus, à partir de la période tertiaire inférieure jusqa*à l'époque actuelle, il y aurait eu uu accroissement comparable du développement des types. Mais on ne peut pas voir en ceci une loi; c'est un fait seufement dans lequel il faut encore prendre en considération cet autre, non moins réel, du développement tout aussi particulier de l'ofganisme secondaire, qui a ses types également nombreux et aussi bien cai-adériscs que ceux qui les ont précédés et ceux qui les ont sui\is. Le ralentissement, le temps d* arrêt, la diminution même si sensible des phénomènes de la vie animale, pendant ce que nous appelons la période permienne et une grande partie de celle du trias, avaient depuis longtemps d'ailleurs frappé les géologues^ et restent aujourd'hui encore une circonstance remarquable dans l'histoire du globe.

§ 3. Oet duuigeineiiU physiques sarremis dans les eondîtâons de la vîe.

Après avoir rappelé quelques hypothèses sur l'origine et le développement des organismes considérés en eux-mêmes, cherchons quelles ont pu être les conditions extérieiu*es ou les njilicux ambiants dans> lesquels ce développement a eu lieu.

L'extérieur de la terre, dit Bronn, est un grand livre; ses C4>iiches en sont les feuillets; les pétrifications ou les fossiles, les lettres de l'alphabet ; le contenu, Thistoire de la créalion, dont aucun témoin oculaire ne nous a transmis le récit. ^j*s feuillets sont plus ou moins mêlés, déchirés ou altérés, et les caractères que la nature y a tracés plus ou moins effacés*

Il faut donc les restaurer souvent par la pensée comme les papyrus et les palimpsestes de l'antiquité humaipe, relativeoient si moderne.

^ L'alpbabet de ce livre est resté longtemps inconnu, sans ifi-

terprétation réelle, conmieles hiéroglyphes^e TÉgypte^ comme les caractères cunéiformes de la Perse ; le merveilleux, l'impossible, l'absurde même, ont tour à tour été invoqués pour sou explication. Ce ne fut que lorsqu'on chercha à l'interpréter en le comparant avec celui de la nature actuelle que l'on vit que la langue des anciens âges de la terre, que les anciennes lois qui avaient dû présider au développement des êtres organisés, ne différaient pas de celles de nos jours. Las caractères seuls de l'alphabet avaient, comme à l'ordinaire, subi avec le temps quelques modifications dont il était d'ailleurs facile de suivre et d'apprécier Tiinportance, et que nous devons chercher à préciser. • rreuier Lorsquc, par suite du refroidissement graduel de la masse

^ fluide du globe, une croûte solide se fut formée à sa surface, ^ternSîT '^^^4^® l®s vapeurs aqueuses se furent en partie condensées et que les bassins des mers eurent été peuplés, il s'en fallut de beaucoup que les choses restassent stationnaires. Des roodilications incessantes se produisaient, soit par l'effet de la conti nuation du refroidissement, soit par les réactions fréquentes de la masse fluide interne sur son enveloppe, soit enfin parPaction des êtres organisés, dont le nombre et la diversité croissaient à* mesure que les circonstances devenaient plus favorâbles. Ces changements, qui influaient si profondément sur les conditions de la vie, peuvent se rapporter à trois sortes de causes principales : les causes chimiqties^ les causes physiques et les causes météorologiques.

Les premières causes^ dit Bronn, ont dû agir sur toute la surface de la terre à la fois ; les secondes^ exercer leur influence sur certaines zones seulement ; les trmsièmeSj ne produire que des efl'ets locaux. La plupart de ces changements se trouvent également répartis dans la suite des temps ou montrent une énergie décroissante. Les uns sont continus, les autres périodi-

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