OUVRAGES THÉORIQUES GÉNÉRAUX
l'hypothèse de Woodward, dont nous parlerons tout à l'heure. La lecture de ces sortes d'ouvrages fait toujours regretter que des hommes d’un mérite réel à tant d'égards aient ainsi consacré leur temps à des œuvres sans utilité, ce dont il faut d’ailleurs accuser leur époque plutôt que de leur en faire un reproche personnel.
R. Hook (1), dans son traité posthume des mouvements de la terre, explique les Inégalités de sa surface par des tremblements de terre, par l’affaissement des cavernes et l’action des leux souterrains.
Vers le milieu du x” siècle, la structure et l'origine des montagnes ont été exposées et expliquées d'une manière trèsremarquable par £. T. Needham (2), qui, né à Londres en 1715, séjourna longtemps dans les Pays-Bas, et y publia même une partie de ses ouvrages. Les montagnes sont, dit-1l, composées de couches concentriques, d'égale épaisseur de bas en haut, visiblement soulevées et rompues après qu'elles eurent acquis une certaine résistance, depuis l’état presque fluide où elles se sont nécessairement trouvées à leur formation et, comme Île prouvent les coquilles et les enipreintes de poissons et de plantes distribuées régulièrement danstoute leur étendue. Légale épaisseur qu'elles conservent sur toute la pente d'une montagne est encoreune preuvequ'ellesont été formées horizontalement avant leur soulèvement. Aucune autre théorie, même la plus plausible, telle que celle de M. de Buffon, ne peut donner, continue-t-1l, une raison physique de ces phénomènes, si ce n'est celle d'une lorce expansive agissant doucement après le dépôt régulier des couches dont les montagnes sont composées. Un courant, ou un phénomène atmosphérique quel qu'il soit, ne peut jamais dis-
(1) Tractatus de terræmotibus. Londres, 1705. (Dans ses Œuvres posthumes.)
(2) Nouvelles recherches physiques et mélaphysiques sur la nature et la religion, avec une théorie nouvelle de la terre et une mesure de la hauteur des Alpes; — 2° partie, Nouvelles recherches sur les découvertes Mmicroscopiques et la génération des corps organisés. Traduit de l'italien par l'abbé Regley, in-8. Londres, Paris, 1769.
R. Hook.
Needhan.
Hutton
tribuer et fixer également sur une pente des coquilles et d'autres substances légères, encore moins élever une montagne dont les couches concentriques, d'abord molles, se trouvent partout également épaisses (p. 140). Les plus grandes élévations de la terre ne constituent qu'une très-petite partie du total des gonflements superliciels que nous appelons des contiuents, et leur valeur est très-faible en comparaison de la masse totale. Toutes les montagnes considérables qui font partie des srandes chaînes portent visiblement l'empreinte du feu souterrain d’où elles tirent leur origine, Needham admet done une force interne produite par le feu central de Buffon, modifiée par la gravitation, pour pousser en dehors les principales chaînes. Comme L. Moro, il exagère beaucoup l'effet des volcans, et comme il fallait toujours, dans ces sortes de questions, revenir à la Bible, l'auteur fait voir (p. 134, nota), que les jours de la Genèse ne doivent pas être pris pour des jours de 24 heures, mais doivent être regardés conune des périodes d'une trèslongue durée. Cette mterprétation, que nous avons vu de Luc donner depuis (antè, p. 102) comme étant de lui et que nous verrons être bien plus ancienne, a encore été reproduite de nos jours comme nouvelle. 1 Malgré la supériorité, à certains égards, de la théorie de Hutton (1) sur les précédentes, on ne peut pas dire qu'elle ait eu une influence bien prononcée sur la partie de la science qui nous occupe. L'auteur a parfaitement reconnu et admis la suecession des principaux phénomènes qui ont amené la surface de la terre à son état actuel, l'existence des anciens animaux et des végétaux enfouis dans les lits successifs de la mer, la consolidation des dépôts et leur élévation ultérieure au-dessus des eaux jusqu'aux altitudes où nous les observons aujourd’hui. Ces
(1) Transact. r. Soc. of Edinburgh, vol. 1, 1788. — Le mémoire Sur la durée de la terre avait été lu à cette Société en 1789. Il fut traduit par Iberti et inséré dans le vol. XLIIT du Journal de Physique (1795). Le traducteur, disciple de la Métherie, opposa au savant écossais le système de cristallisation de son maître. — Theory of the earth with proofs und illustrations, ? vol in-8 en 4 parties. Édimbourg, 1799.