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TRAVAUX DESCRIPTIFS. ÿ © En 1785, Ant. de Luce (1) décrivait un crinoïde du caleure de Dudley, sous le nom de Palmier marin.
En 179% parut le premier numéro de l'ouvrage de W. Martin sur les pétrifications du calcaire carbonifère du Derbyshire (2). Cet ouvrage, terminé seulement en 1809, est, avec celui de Solander et: Brander, dont nous venons de parler, ce que les paléontologistes iconographes d'Angleterre avaient jusqu'alors exécuté de plus utile et de plus important, par l'exactitude el le nombre des objets figurés. Lei l'auteur se sert encore du mot d'Anomia pour désigner toutes les coquilles de brachiopodes. Au commencement de ee siècle nous voyons J. Parkmson publier un travail beaucoup plus considérable et plus général que les précédents, intitulé : Débris organiques de l'ancien monde, contenant l’éxamen complet des végétaux et des animaux du monde antédiluvien (3), et accompagné de 50 planches coloriées, d’une bonne exécution. Le premier volume est consacré d’abord à une histoire de la science qui, sans être aussi complète que celle de Walch, est mieux coordonnée et prouve des connaissances fort 1 sur les auteurs anciens; puis il traite des bois pétrifiés, des forêts sous-marines, dont 1l cite de nombreux exemples, de la tourbe, de sa production et de son emploi, ainsi que de l'ambre. Le second volume comprend les spongiaires, les polypiers et les‘crmoides; le troisième, les Astéries, les crinoïdes, les échinides, les mollusques, les crustacés, les poissons, les amphibies et les mammifères. On doit, en outre, à Parkinson des observations sur la craie blanche et les couches tertiaires des environs de Londres (4), observations dans lesquelles les fossiles sont distribués avec
(1) Journ. de Phys., vol. XXVE, p.115, 1785.
(2) Petrefacta Derbiensia, or Le gures and descriptions of petrifications collected in Derbyshire, in-4 avec 52 pl. Wigan, 1809. — Account of some species of fossils sn found in Der bysh. (Transact. Linn. Soc, vol. IV, p. 14.)
(3) Organic remains of a former world, ete., 3 vol. in-4 avec 50 pl. Londres, 1808-1811.
(4) Transact, geol. Soc. of London, vol. I, p. , 1SLL.
soin dans les couches d'où ils proviennent. Il a aussi donné «
des remarques sur les Hippurites de la Sicile (1) et établi que les dépôts marims du crag, du Suffolk, reposaient directement sur l'argile de Londres. Il a bien constaté que leurs fossiles différaient de ceux de l'argile bleue, que plusieurs d’entre eux. étaient meconnus, tandis que d’autres étaient identiques avec des espèces qui vivent encore sur les côtes d'Angleterre.
Dix ans après, J. Miller a donné un excellent livre sur lhistoire naturelle des crinoïdes ou animaux en formes de lis, avec des observations sur les genres Astérie, Eurvale, Comatule et Marsupite (2). Cet ouvrage, bien supérieur à ce qui avait été publié en Allemagne sur le même sujet, et entre autres à celui de Rosinus, a servi de base à toutes les études dirigées depuis sur cet embranchement des animaux rayonnés.
J. Laskey a publié un catalogue général du Musée Huntérien de Glasgow, dans lequel il à exposé brièvement lhistoire des diverses opinions sur les fossiles (3); Edw. King a décrit une pétrification trouvée sur la côte de l'East-Lothian (4), et F. Nimon a mentionné les fossiles de Lough-Neagh (Irlande) (5). Une énumération des localités les plus riches en fossiles de l'Anglelerre à aussi été publiée (6), et d’autres naturalistes, occupés de recherches plus locales, tels que Moreton, Borlase, Price, Calcott, ont encore apporté de précieux matériaux pour la géologie de leur pays. Stokeley essaya de réaliser le projet d’une carte géologique, déjà suggéré par Lister, mais Huchinson et son école d'écrivains physico-théologiques ne contribuèrent guère à l'avancement de la science.
Enfin, nous ne pouvons mieux terminer la liste des prinet-
(1) Transact. geol. Soc. of London, vol. H, p. 277, 1814.
(2) 4 natural history of the crinoidea or Lilyshaped animals, elc., in-4 avec 47 pl. Bristol, 1821. — Observations sur le genre Mctinocamax (Transact. geol. Soc. of London, vol. I, n°6, 1814).
(3) General account of the Hunterian museum, im-8. Glasgow, 1813.
(4) Philos. transact., p. 3, 1779.
(9) Hamb. Magax., vol. I, n° 38, p. 156.
(6) lbrd., vol, XX, p. 129. -— Journ. économ. et littéraire, vol. XX, p. 110.
paux travaux iconographiques auxquels ont donné lieu les fossiles d'Angleterre, au commencement de ce siècle, qu'en citant ici le Mineral conchology de la Grande-Bretagne (1), commencé en 1812 et continué pendant près de 20 ans. Il a été longtemps le recueil de ce genre le plus considérable qu'on ait entrepris, car il forme 6 volumes grand in-8 avec plus de 600 planches, et, si depuis d'autres l'ont dépassé par le nombre et l'importance du texte et des figures, il n’en restera pas moins un témoignage des plus honorables pour le zèle scientifique et les connaissances variées de l’auteur comme de ceux qui lui ont succédé. Les données géologiques relatives aux divers terrains d’où proviennent les fossiles sont exactes et en rapport avec l’état de la science stratigraphique, que Sowerby n'avait pas la prétention de diriger, et dont ilacceptait les renseignements, Les descriptions d'espèces sont généralement suffisantes, suivant l'état des échantillons, et les figures coloriées, sans être d’une exécution remarquable, ont un caractère de ressemblance frappante lorsqu'on leur compare des échantillons pris dans les mêmes localités que ceux qui ont été représentés.
La classe des reptiles, qui n'avait encore offert que des restes peu remarquables dans les terrains d'Angleterre, s’enrichit, vers ce temps, de types fort extraordinaires, qui ouvrirent un nouveau champ d'études à la paléontologie et à la zoologie comparées. Plusieurs de ces types furent réunis ensuite sous le nom d’énaliosaures ou de Lézards marins, offrant des vertèbres semblables à celles des poissons, des dents qui les rapprochent des Crocodiles, un tronc analogue à celui des Lézards, et des pattes conformées comme celles des cétacés. On y établit d’abord deux genres : les Ichthyosaures et les Plésiosaures.
Cefut en 181% que sir Evrard Home (2) publia quelques observations sur une tête bien conservée et des os trouvés dans le lias des environs de Lyme-Regis (Dorset). La position des narines,
(1) The mineral conchology of Great Britain, ete., 6 vol. in-8 avec 609 pl. Londres, 1819-1893.
(2) Transact. philos. 1 814.
Animaux vertébrés.
Reptiles.
Ichthyosaure,
les pièces osseuses qui entourent la sclérotique, et la forme des vertèbres biconcaves, celles qu'avait déjà figurées Lhwyd sous le nom d'Ichtha éLpoRs ylus, lui semblèrent devoir faire rapporter à des poissons ces débris, pour lesquels Künig, conservateur du musée de minéralogie, proposa le nom d’Ichthyosaurus.
En 1816 et 1818, de nouvelles pièces, provenant de la même localité, firent abandonner ce premier rapprochement, et, en 1819, un squelette entier, trouvé par de la Bèche et Birch, permit de constater que l'animal était pourvu de quatre membres. Les narines, dont on croyait avoir bien déterminé la place dans les premiers échantillons, s'étant trouvées complétement obstruées et méconnaissables dans celui-ei, on crut s'être trompé, et Evrard Home, par suite de certaines ressemblances des vertèbres avec celles des Protées et des Sirènes, imagina le nom de Proteosaurus, qu'il substitua au précédent.
En 1821, de la Bèche et Conybeare (1), ayant repris Fexamen de ce reptile, montrèrent que l'anneau de pièces osseuses de la sclérotique était un caractère des Lézards et non des poissons; ils rétablirent, deux ans après, la véritable position des narines contiguës au Jacryvmal à la jonction des nasaux et des intermaxillaires; enfin ils firent voir les rapports et les différences de la tête avec celle des Lézards. Les caractères des dents leur servirent à distinguer quatre espèces d'Ichthyosaures : l'I. communis, la plus grande de toutes, dont les dents sont en couronne conique, peu aiguës, légèrement arquées et profondément striées; l'L. platyodon, dont les dents sont à couronne comprimée, avec des arêtes tranchantes; l'L. temwrostris, à dents grêles et à museau long et mince, et l'I. intermedius, à dents plus aiguës et moins profondément striées que celles de PE. communis.
La grandeur de l'œil et le cercle de pièces osseuses qui renforce la sclérotique sont ce qui frappe au premier abord dans la tète de ces reptiles, et le second de ces caractères ne se re-
(1) Transact. geol. Soc. of London, vol. V, 1" série, p. 59, 3 pl. — vel], 2° sér., p.106?
TRAVAUX DESCRIPTIFS. 185 trouve aujourd'hui, comme on sait, que chez les oiseaux, les tortues et les Lézards.
Par leurs vertèbres, les Ichthyosaures se rapprocheraient des poissons et des cétacés; elles sont toutes biconcaves, semblables à des dames à jouer. Le sternum, l'épaule et les naeoires antérieures, en forme de palette, rappellent les Salamandres et les Dauphins. Ces dernières sont composées de 5 ou Ü rangées d'osselets, comparables aux phalanges des Dauphins, mais aplatis et beaucoup plus nombreux, puisqu'on en compte jusqu'à 20 et davantage dans chaque rangée. Leur disposition en série et leur forme en pavé et sub-hexagonale rappellent aussi les rangées de plaques de certains échinodermes, tels que les Ananchytes quand on les trouve écrasés.
Ainsi, dit Cuvier (1), nous possédons le squelette de l'Ichthyosaure dans toutes ses parties, et rien ne nous empêche de nous représenter complétement cet animal. Sa queue était médiocre, le museau long et pointu, armé de dents aiguës, Kes yeux, d'une grosseur énorme, devaient donner à sa tête un aspeet tout à fait extraordinaire et lui faciliter la vision pendant la nuit. Il n'avait probablement aucune oreille extérieure, et la peau passait sur le tympan. Il respirait l'air en nature, et devait venir souvent à la surface de l’eau; ses membres ne lui permettaient que de nager; il ne pouvait probablement pas ramper sur le rivage autant que les Phoques, et devait y rester immobile comme les Balemes et les Dauphins, s'il venait à y échouer.
Les quatre espèces précédentes ont été recueillies dans le lias de Lyme-Regis, et d’autres l'ont été dans l’oolithe inférieure, la grande oolithe, l'Oxford-clay, le coral-rag, le Kimmeridgeclay d'Angleterre, et jusque dans la craie du même pays, puis ont élé retrouvées plus tard, sur le continent, dans des dépôts correspondants.
(1) Recherches sur les ossements fossiles, vol. X,p. 441: Éd. de 1836. — Quoique nos. citations soient empruntées à la 4° éd. de cet Ouvrage que nous avons sous les yeux, elles appartiennent primitivement au texte de la seconde, publiée en 1829.
Plésiosaurce.
Téléosaure.
Le Plésiosaure, dont le nom indique son affinité avec les Lézards, offre, en effet, une tête assez analogue à celle de ce dernier genre, puis des dents de Crocodile, un cou extrêmement long, ressemblant au corps d'un serpent. Le tronc et la queue ont les proportions ordinaires des quadrupèdes; les côtes rappellent celles des Caméléons, et les pattes celles des Baleines.
Signalé seulement en 1821 par Conybeare et de la Bèche, dans le mémoire précité, le Plésiosaure fut mieux connu par la découverte d'un squelette entier, découvert trois ans après dans le lias de Lyme-Regis. La tête, qui offre aussi quelques caractères de celle du Crocodile et de l'Ichthyosaure, a les narines près de l'orbite, comme dans ce dernier genre et les cétacés, puis des dents grêles, pointues, cannelées et inégales.
Le corps des vertèbres est à peine concave et se distingue par deux petites facettes ovales à la face inférieure. La différence entre le diamètre transverse et l'axe est, par conséquent, moindre que dans les vertèbres d'Ichthyosaure. On en compte 90, dont 33 cervicales, 27 dorsales, 26 eaudales et 2 sacrées. La queue, proportionnellement assez courte, ne rappelle point celle des reptiles; et l'animal, dans son ensemble, devait avoir une forme d'autant plus insolite, que ses extrémités, comme celles de ses contemporains dont nous venons de parler, étaient de véritables uageoires semblables à celles des cétacés. Les extrémités se composaient de 3 séries de phalanges allongées, représentant les 5 doigts comme dans les Baleines. La longueur totale de l'animal pouvait être de 9 mètres.
Le Plésiosaure de Lyme-Regis fut nommé par Conyheare P. dolichodeirus ou P. à long cou, et celui du Kimmeridgeclay, P. recentior. D'autres ont été signalés dans les divers termes de la série secondaire, depuis le lias jusqu’à la craie.
En 1718, W. Stukely (1) avait décrit des restes de reptiles provenant de Newark (Nottinghamshire), et, en 1758, Woller et Chapmann (2) découvrirent des restes semblables dans les
(1) Transact. philos., vol. XX, p. 965.
(2) Ibid., vol. L, 1798
TRAVAUX DESCRIPTIFS. 185 schistes alumineux du lias de Whitby (Yorkshire). Ce fossile, voisin du Gavial, désigné plus tard sous le nom de Teleosaurus par Geoffroy, fut appelé T. Chapmanni par Kœnig ; 11 appartient à la tribu des amphicæliens, qui ont le corps des vertèbres légèrement concaves des deux côtés. Un squelette plus complet fut ensuite découvert à Saltwick, localité non loin de la précédente et aussi dans le lias supérieur.
Un autre reptile, rangé depuis dans l'ordre des dinosauriens, caractérisés par les cmq vertèbres soudées du sacrum, a été déerit d’abord par W. Buckland (1), et avait été découvert dans les couches oolithiques de Stonesfield (Oxfordshire). Ses restes consistaient en portions de màchoires, des os longs, des vertèbres, un coracoïde et quelques autres moins importants, qui ont permis de lui attribuer une longueur totale de 50 à 36 pieds; Cuvier, d'après les dimensions du coracoiïde, lui en donnait 70. Les dents sont comprimées, aiguës, arquées en arrière, à deux tranchants finement dentelés. Désigné par ce savant sous le nom de Megalosaurus Bucklandi, 11 surpassait, à coup sûr, dit-il (2), «les plus grands Crocodiles connus, et approchait, « pour la taille, d'une petite Baleine. D'après la forme tran- « chante de ses dents, il n'est pas douteux qu'il ne fût d'un « naturel extrêmement vorace. Tout ce qui accompagne ses « débris dans les carrières où il a été enseveli annonce qu'il « était marin. »
Ce genre n'est point d'ailleurs exclusivement propre aux dépôts jurassiques d'Angleterre et de France (calcaire de Caen), car on le retrouve jusque dans les divers termes du groupe wealdien.
Cuvier (5), ayant reçu de G. Mantell quelques dents qui lui offrirent les caractères particuliers d'avoir leur pointe et leur fût usés transversalement, comme chez les quadrupèdes herbivores, pensa néanmoins qu'elles pouvaient provenir d’un rep-
(1) Transact. geol. Soc. of London, 2 sér., vol. [, 1829. (2) Recherches sur les ossements fossiles, vol. X, p. 196. (3) Ibid., p. 199.
Mégalosaute.
Iguanodon.
Mammifère:
didelphes.
tile saurien encore plus extraordinaire que tous ceux dont nous venons de parler. Ces dents, prismatiques, étaient plus larges à la face externe, et portaient trois carènes mousses longitudinales. La couronne a des bords tranchants, dentelés, rappelant celle des dents de l'Iguane, d'où le nom d'Iquanodon, que Mantell (1) assigha à l'animal.
Quelques années plus tard, un squelette presque entier, découvert dans les grès de Tilgate, a permis de se faire une idée plis exacte de cet énorme reptile, qui devait être un herbivore terrestre, Les dimensions comparatives des os montrent qu’il était haut sur iambes, les membres postérieurs étant sensiblement plus longs que les antérieurs, et que les pieds étaient : courts et robustes (2). Mantell estimait que l'animal atteignait une taille de plus de 60 pieds, avec une circonférence de T4 pieds et demi, dimensions que M. R. Owen réduit à 27 pieds de long. L'Iquanodon Mantelli, ainsi nommé par M. H. de Mever, est jusqu'à présent la seule espèce bien connue.
Ainsi, quelques années ont suffi pour faire découvrir, en Angleterre, des formes d'animaux étemts les plus singulières et les plus gigantesques. Quelques fragments avaient bien été signalés et même figurés par d'anciens auteurs, tels que Lhwyd, Walch, Merek, ete.; mais on n’en avait pu déduire aucune connaissance positive sur les caractères des êtres auxquels 1ls avaient appartenu.
Il était encore réservé à Cuvier, visitant les collections d'Oxford en 1818, d'y reconnaitre, dans deux fragments de màchoires provenant des calcaires schisteux oolithiques de Stonesfield, des restes de maminifères didelphes (5). C'était la première fois qu'un animal d'un ordre aussi élevé était signalé dans des couches secondaires, et le savant anatomiste français comprit toute l'importance de cette détermination,
(1) Philos. magax., 1824. — Geology of Sussex, p. 67, pl. 4,11, 12, 14, etc.
(2) Pictet, Traité de paléontologie, vol. T, p. 472.
(3) Recherches sur les ossements fossiles, vol. X, p. 197.
confirmée par des recherches ultérieures faites dans la même localité, d'abord, en 1823, par W. Buckland, et ensuite par d'autres naturalistes. Ces débris ont été rapportés à deux genres, dont le premier, le genre Thylacotherium, comprend le T. Prevosti, qui est l'espèce mentionnée par Cuvier; l'autre est le genre Phascolotherium. Tous deux ont donné lieu à des diseussions, à cause de leurs caractères, dans lesquels plusieurs zoologistes croyaient reconnaître ceux de reptiles sauriens (1).
Quoique les travaux géologiques et paléontologiques que nous venons de rappeler ne soient pas aussi considérables, ni aussi nombreux que ceux publiés en Italie, en Suisse et dans les diverses parties de l'Allemagne, du xvi° au xix° siècle, on peut remarquer cependant, lorsqu'on les compare à ces derniers, qu'ils sont généralement empreints d'un caractère de précision plus prononcé, soit sous les rapports stratigraphique et géographique, soit sous celui de la distribution et de la distinction des corps organisés. Il y a dans ces anciens travaux de nos voisins d'outre-Manche un sentiment plus vrai de Ja nature des choses, et leur marche, quoique encore incertaine, est plus rapprochée du but, ce que nous attribuons, ainsi que nous l'avons déjà fait entrevoir, aux caractères physiques du sol de l'Angleterre, lesquels traduisent avec une grande netteté, même pour un observateur superficiel, ses caractères géologiques.
En effet, un coup d'œil jeté sur une carte de ce pays montre de suite, dans sa partie orientale et centrale, une série de bandes ou zones régulièrement dirigées du N.-E. au S.-0., plus ou moins parallèles, de nature différente les unes des autres, mais généralement constante dans toute leur étendue, et dont les caractères minéralogiques se traduisent à la surface par les formes et la couleur du sol, son mode de culture, sa végétation, ete, En outre, les côtes qui bordent l'ile, souvent en falaises abruptes plus ou moins élevées, mettent à décou-
(1) Voyez à ce sujet Histoire des progrès de la géologie, vol. VI, p. 108,
Géologie généia!e,
W. Smith.
vert les relations naturelles des diverses couches dans des profils disposés en quelque sorte pour le plus grand bénéfice des séologues. Or, dans aucune contrée de l'Europe on ne rencontre une disposition générale aussi avantageuse, et l’on doit dire aussi que les observateurs anglais n’ont pas manqué à leur bonne fortune. Vers la fin du dernier siècle, les esprits étaient, dans ce pays, parfaitement préparés à recevoir une impulsion rationnelle ; il n’y avait point de préjugés d'école, de routme, ni de ces influences personnelles qui arrêtent la propagation de la lumière et paralysent es tendances les plus heureuses; aussi, dès que cette lumière apparut, fut-elle accueillie par tous avee empressement et sans protestation.
C'est à Williams Smith, ingénieur des mines, que celte impulsion est due. Il commença ses recherches en 1790, aux environs de Bath, et dressa, cette même année, un tableau des couches du pays, qui fut le point de départ de toutes ses observations ultérieures. Entre cette première date et le commencement du siècle, 1l publia de nombreux documents géologiques dans les divers volumes du Conseil de l'agriculture (Board of agriculture). Une série de rapports, qui parut en 1794, contient des cartes géologiques de la partie du Yorkshire appelée North-Riding, du Derbyshire, du Nottinghamshire, et une moins exacte du Devonshire, La carte du Kent, pubhiée en 1796, est tout à fait complète, ce que faclitait d’ailleurs celle de Packe, que nous avons vue exécutée dès le commencement du xvin° siècle.
De 1796 à 1815, les cartes de neuf autres comtés (Sussex, Surrey, Berks, Bedford, Gloucester, Wiltz, Lincoln, Durham et Cheshire), ainsi qu'un second rapport sur la minéralogie du Derbyshire par Farey, furent mis au jour, pendant qu'une excursion de Maton, faite, en 1796, dans les comtés de l’ouest, permettait d’esquisser une carte géologique de celte dernière partie de l'ile.
Le texte relatif aux cartes de W. Smith ne parut, après de longs délais, qu'en 1815; mais on n'en doit pas conclure, comme l'ont dit quelques personnes, que les publications ou les
droits de l'auteur ne datent que de cette époque. Les cartes sont l'expression graphique la plus directe et la plus positive des recherches de W. Smith, et elles constituent pour lui un droit de priorité tout aussi mcontestable que le texte destiné à les accompagner. Quant à la valeur et aux mérites de ses travaux, nous rappellerons ici le jugement qu'en portait, en 1819, un élève de Werner, l'un des propagateurs de sa méthode en France, et dont l'opinion, par conséquent, ne peut être suspectée de partialité.
« Ce que les minéralogistes les plus distingués ont fait dans «une partie de l'Allemagne en un demi-siècle, dit d'Aubuis- « son (1), un seul homme l'a entrepris et exécuté pour toute « l'Angleterre, et son travail, aussi beau par son résultat qu'il «est étonnant par son étendue, a fait conclure que l'Angleterre
« est régulièrement divisée en couches, que l'ordre de leur su- « perposition n'est jamais interverti, et que ce sont exactement des fossiles semblables qu'on trouve dans toutes les parties « de la même couche et à de grandes distances. Tout en payant « au travail de M. Smith le tribut d'admiration qui lui est dû, « il me sera permis de désirer que des observations ultérieures « en confirment l'exactitude, et déjà sur plusieurs points les « travaux des minéralogistes anglais l'ont confirmé. »
Les désirs bien justes exprimés ici par le savant diseiple de Werner ont été remplis; aussi avons-nous pu dire longtemps après lui, et sans crainte d’être démenti : « Les géologues an- « glais, appréciant la profondeur et la justesse des vues de
« W. Smith sur les dépôts secondaires de leur pays, ont conservé sa classification et sa terminologie, encore vraies et suf-
« fisantes après une épreuve de quarante années. Ils ont res- « pecté cette terminologie, non pas seulement parce qu'elle « avait été établie par un de leurs compatriotes et sur leur «propre sol, mais encore parce qu'elle était l'expression la « plus naturelle des faits; et, comme si la géologie stratigraphique était destinée à leur devoir plus qu'à toute autre
(1) Traité de gévgnose, vol. HW, p. 253, 313, 523. Paris, 1819.
« nation, ce fut aussi vmgt ans plus tard qu'un digne émule de « W. Smith fondait la classification de tout le terrain de tran- « sition, classification qui put faire ensuite, avec non moins « de bonheur, le tour du globe, sans avoir été trouvée en dé- « faut (1). »
Les couches tertiaires postérieures à la craie n’ont été représentées que d'une manière générale par W. Smith; mais les limites des roches crétacées, étudiées précédemment comme on l’a vu, ont été tracées avec exactitude. À partir de cet horizon Jusqu'au nouveau grès rouge et même jusqu'au calcaire carbonifere, tout le classement lui appartient, car ce qui avait été fait auparavant, comme arrangement général, était peu important. On lui doit la détermination, presque toujours heureuse, des divisions géologiques les plus essentielles de la série, et de les avoir suivies et mdiquées d'une extrémité de l'ile à l’autre. Les districts carbonifères ont été étudiés aussi, mais avec moins de soin et de détails que le terrain secondaire. Quant aux roches plus anciennes, elles sont encore moins représentées dans les travaux de W. Smith. 1
Disons maintenant en quoi consistent le mérite particulier et l'originalité de ses recherches. Ge n’est pas d’avoir tracé sur les feuilles de l'atlas de Cary les limites des divers systèmes de couches dont 1l avait déterminé Les positions relatives ni d'avoir distingué ces systèmes par des teintes différentes, mais c’est la méthode qu'ilemploya, on peut même dire qu'il inventa et appliqua, pour fixer ces rapports de la manière la plus simple, la plus naturelle et la plus pratique à la fois. Elle consiste à constater d'abord la présence des fossiles qui, par leur constance, caractérisent le mieux chaque couche partout où celle-ci existe, et
(1) D'Archiac, Hist. des.progrés de la géologie, vol. VI, p. 6, 1856.— Nous faisons 1c1 allusion aux recherches de sir R. 1. Murchison sur le terrain de transition du centre et de l'ouest de l'Angleterre, pour lequel ce savant fit ce que W. Smith avait exécuté pour le terrain secondaire. On ne peut donc refuser à l'école anglaise le mérite d'avoir établi les véritables bases géologiques de la classification des deux séries secondaire et intermédiaire, c’est-à-dire de la plus grande partie des terrains de sédiment.
ensuite la différence des fossiles d’une couche à une autre, ou, en d’autres termes, à déterminer les relations qui existent entre l’âge ou la position d'une couche donnée et les fossiles qu'elle renferme.
Ce résultat, on le conçoit, ne pouvait être obtenu qu'après une étude préalable, sur un grand nombre de points, des rapports stratigraphiques des couches, car il fallait d'abord prouver le parallélisme ou la continuité de celles qui contenaient des fossiles semblables, et la discontinuité ou la non-contemporanéité de celles qui en renfermaient de différents. Or, dans Le pays qu'il explorait, une même couche ou un même ensemble de bancs pouvant être suivi sans interruption sur de très-grandes étendues, il était à même de s'assurer de ces deux éléments fondamentaux de sa méthode.
Les nombreuses applications qu’il en a faites sont exposées dans son tableau géologique des fossiles d'Angleterre, qui établit l'identité et la continuité des couches dans leur ordre naturel de superposition {1). Ce tableau, publié en 1819, est en tête de l'ouvrage intitulé : Système stratigraphique des fossiles, composé d'après la collection du British Museum, accompagné de tables de la distribution géologique des échinodermes (2). Quatre parties seulement ont été publiées d'un autre ouvrage intitulé : Les couches identifiées par leurs fossiles (5).
C'est à W. Smith que fut décernée, en 1851, la première médaille de Wollaston, et la Société géologique de Londres ne pouvait mieux répondre à l'intention de l'illustre fondateur, puisque nul n'avait alors plus contribué au progrès de la science dans son pays. Mais, à l'étranger, son mérite parait avoir été
(1) W. Smith donna successivement trois tableaux de la série des couches qu'il avait étudiées. Le premier remonte à 1799: on y remarque plusieurs omissions réparées dans le suivant, qui accompagnait la carte publiée en 1812: À geological map of England and Wales with part of Scotland. — Gevlogical table of British organised fossils, ete., 1815.
(2) A stratigraphical system of organised fossils, ete., in-4, 1817.
(3) Strata identified by organised fossils, in-4, 1816.
Berger, Middleton, Webster, Buckland, Winch, W. Philipps, G. Mantell, EC meLC,
moins généralement apprécié, car nous ne trouvons point le nom de W, Smith parmi les Correspondants de l Académie des sciences de l'Institut de France; aussi pourrions-nous lui ap-
pliquer, comme une juste réparation, ce vers si connu de Saurin :
Rien ne manque à sa gloire: il manquait à la nôtre.
Pendant que W. Smith développait ou appliquait ainsi successivement ses principes, d’autres géologues les appliquaient, de leur côté, à d’autres terrains ou à d'autres provinces. Ainsi, J. F. Berger (1) faisait connaître la structure physique du Devonshire et du Cornouailles, Middleton (2: donnait une énumération fort exacte des dépôts tertiaires, depuis les plus récents
jusqu'à la craie, Webster (5) une description des couches d'eau
douce de l'île de Wight, avec quelques observations sur celles qui recouvrent la craie dans ie sud-est de l'Angleterre. Les planches jointes à ee travail en augmentent beaucoup l'intérêt, en ce que jusqu'alors la représentation graphique des dépôts tertiaires avait été fort négligée. Indépendamment des coupes de l'île, ces planches en donnent une carte géologique, une seconde du bassin tertiaire de Londres, et une troisième montrant la disposition géographique relative des dépôts tertiaires du nord de la France et de l'Angleterre. Le même observateur a déterminé aussi les relations géologiques des couches crétacées de Reigate et de Nutfield, au sud de Londres (4).
W. Buckland (5) publia un mémoire particulier sur les plus anciens dépôts tertiaires, désignés sous le nom de plastie clay, et eut occasion de confirmer, par l'examen de quelques parties des
(1) Transact. geol. Soc. of London, 1" série, vol, I, p. 93, avec carte,
(2) On the mineral strata of Great Britain. (Monthly magaz., oct. 1812.)
(3) On the freshwater formation, ete. — Transact. geol. Soc. of London, vol. I, p. 161, pl. 9-11, 1814.
(4) Ibid. vol. V, p. 353, 1821.
(5) Ibid., vol. IV, p. 277, avec carte et coupes, 1817.
Alpes et de la France, la justesse des vues de son compatriote (1). Les fossiles qu'il recueillit lui permirent d'établir, entre des points fort éloignés, un parallélisme qui n'aurait pu être aperçu: par aucun autre moyen, ef que nous verrons aussi constaté dans le même temps par un géologue français. Bueckland a donné encore la description d’un groupe de roches isolées, schisteuses et dioritiques, du Cumberland et du Westmoreland, sur la côte orientale d'Appleby, entre Melmerby et Murton (2), et il a fait connaitre des corps siliceux de la craie du nord de Frlande, désignés sous le nom de Paramondra (5). Son mémoire sur les quartzites de Lickey (Worcest.) et ses considérations sur les preuves d'un déluge récent dans une grande partie du centre de l'Angleterre ont mis en lumière beaucoup de faits importants (4). On doit à N.S. Winch (5) un mémoire fort étendu, accompagné de cartes et de coupes sur la géologie du Northumberland et du Durham, mémoire dans lequel il a fait figurer des poissons (Ghætodon) provenant du calcaire magnésien de Low- Pallion. Les dépôts contemporains de ce dernier, aux environs de Bristol, ont été étudiés avec soin par W. IE Gilby (6), tandis que C. Cumberland (7) préludait aux recherches de Miller sur les crinoïdes par deux mémoires sur les fossiles de cet ordre, recueillis, les uns aux environs de Bristol, les autres dans le lias de Lyme-Regis. Les calcaires carbonifères des rives de l'Avon et les calcaires magnésiens qui les recouvrent furent également décrits par lui (8).
W.T. Brande (9), qui, vers ce temps, publia les leçons qu'il avait faites, en 1816, à l'Institution royale, ne mentionne nulle
1) Ann. of Philosophy. Juin, 1821.
2) Transact. geol. Soc. of London, vol. IV, , p. 105, 1817. 3) Ibid., p. 412.
) Ibid., 2° part., p. 506
(5) Ibid.
) ) Ibid., vol. V, p. 87, pl. 22 (1821) et p. 579. Ibid , p. 95.
) ) Outlines of geology, ete., in-8 avec coupes. Londres, 1817.
Mac Culloch, Jameson, \. Bouné,
T. Weaver,
part les travaux de W, Smith, et l’on s’étonnerait que Le secrétaire de la Société royale fût aussi peu au courant de la science de son propre pays, si nous n'avions bien des exemples semblables à citer encore ailleurs.
W. Phillips (1) a démontré, mieux qu'on ne l'avait encore fait, la correspondance des couches des deux côtés du Pas-de- Calais; et les fossiles qu'il avait recueillis, étudiés par Parkinson, ont confirmé les données stratigraphiques. G. Mantell (2) s’est montré le plus fécond et le plus laborieux des successeurs immédiats de W. Smith. Le Sussex et les parties voisines du Kent, qui ont été le champ spécial de ses recherches, lui doivent une véritable illustration et d’être devenus des localités types pour la série crétacée et wealdienne.
Malgré leur grande importance géologique, on conçoit que nous n'avons qu'à mentionner ici les travaux étendus de Mac Culloch (5), de Jameson (1) et de M. A. Boué (5) sur
(1) Transact. geol. Soc. of London, vol. V, 1820. — Parkinson, Remarks on the fossils, etc., ibid., p. 52.
(2) The fossils of the South-Downs or illustrations of the geology of Susseæ, in-4 avec 42 pl. de cartes, coupes, vues et fossiles. Londres, 1892. — Îllustrations of the geology of Sussex, in-4 avec carte, coupes et 20 pl. de fossiles in-4. Londres, 1827. — The geology of South-East of England, in-8. Londres, 18353.
(5) À description of the Western islands of Scotland, including the isle of Man, ete., 2 vol. in-8 et 1 vol. de planches, vues et coupes. Édimbourg, 1819. — Observations sur le mont Cruacham, dans le comté d'Argyle (Transact. geol. Soc. of London, 1"° série, vol. IV; 9 part., p. 117;,1817} — Corrections et additions à l’Esquisse de la minéralogie de l'ile de Sky (insérée dans le vol. I), ibid., p. 156. — Observations sur la colline de Kinnoul (Pertishire) (ibid, p. 2920), et surtout son travail si original et si complet sur les Parallel roads of Glen-Roy, accompagné de cartes et d’excellents dessins, qui ont fait connaitre l'un des plus curieux phénomènes de l'époque quaternaire, si peu apprécié jusque-R. (Jbid., p. 514.)
(4) Outlines of the mineralogy of the Scotish isles, ete., 2 vol.in-4. Édimbourg, 1800. — Éd. allem. Leipzig, 1809. — Mineral descript. of Scotlund, in-8. Édimbourg, 1804. — Geological travels through Scotland, Orkney and western Islands, 2 vol. in-8. Édimbourg, 1820.
(>) Essai géologique sur l'Écosse, in-8 avec 2 cartes et 7 pl. de coupes. Paris, 1820.
l'Écosse, travaux qui sont beaucoup plus minéralogiques, pétrographiques et orographiques que paléontologiques. Et il en est de même du grand mémoire sur les relations géologiques de l’est de l'Irlande, par M. T. Weaver (1), travail accompagné de cartes coloriées et d’une multitude de vues et de coupes qui en font un des plus précieux spécimens de l'état de la science descriptive à cette époque.
Enfin, il nous reste à signaler deux publications d'un grand intérêt, en ce qu'elles résument, chacune sous la forme qui leur est propre, le point où était arrivée la connaissance du sol de l'Angleterre au moment même où se termine notre revue historique.
L'une est la carte géologique de ce pays, dressée par M. Greenough en 1819, presque à la même échelle que celle de Smith. Rien d'aussi complet en ce genre n'avait encore paru en Europe, et l'on ne peut que s'étonner de la rapidité des perfectionnements réalisés en si peu d'années. Un coup d'œil jeté sur cette carte suffit pour donner la mesure non-seulement de l'avancement de la science dans le pays, mais encore de la distance où elle laissait derrière elle les résultats obtenus partout ailleurs sur le continent.
L'autre publication à laquelle nous venons de faire allusion est celle où W. D. Conybeare et W. Phillips exposent, avec une admirable clarté, toute la théorie des terrains secondaire et tertiaire de la Grande-Bretagne (2). Ils y proclament hautement le principe de la distribution des espèces fossiles en rapport avec l’âge des couches, et le développent d’une manière plus complète qu'on ne l'avait encore fait.
Les débris organiques, disent-ls dans l'Introduction d'un livre qui restera comme un modèle de sagacité et de la géologie comprise dans son véritable sens, ne sont pas distribués irrégulièrement à travers toute la série des formations, mais, au
(1) Transact. geol. Soc. of London, 1° sér., vol. V, p. 117; 1819. (2) Outlines of the geology of England and Wales, in-8 avec une carte et des coupes. Londres, 1822.
Grecnouoh,
W. D. Conybeare et W. Phillips.
contraire, répartis par familles, chaque formation contenant une association d'espèces particulières, différentes de celles des autres et l'accompagnant dans toute son étendue, de manière que, sur deux points donnés de l’affleurement d'un même système de couches, on est sûr de rencontrer les mêmes associations de fossiles.
Il suffit, pour prouver l'exactitude de cette loi, de jeter les yeux sur deux des principales formations de l'Angleterre, la craie et le calcaire inférieur à la houille ou calcaire carbonifère. Si l’on examine les fossiles de la craie de Flamborough (Yorkshire) et des falaises de Douvres, et l’on pourrait ajouter ceux de la Pologne et des environs de Paris, on trouvera les mêmes coquilles associées aux mêmes échinides, beaucoup desquels appartiennent à des genres inconnus aujourd’hui et qui ne se trouvent point ailleurs que dans la craie. Si l'on étudie de même une collection de fossiles carbonifères du Northumberland, du Derbyshire, du sud du pays de Galles et du Somersetshire, on trouvera qu'ils s'accordent également les uns avec les autres, tels que les crinoïdes, les Productus, les Térébratules, les Spirifers, ete. On les distinguera tous immédiatement si l'on vient à les comparer avec les fossiles crétacés précédents.
Les différences organiques entre ces formations très-éloignées dans le temps sont beaucoup plus prononcées, à la vérité, qu'entre celles qui sont plus rapprochées, mais même dans ces dernières elles demeurent toujours sensibles.
Conybeare et Phillips jettent ensuite un coup d’œil rapide sur la suite générale des terrains d'Angleterre, depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents; ils esquissent à grands traits, mais avec infiniment de justesse et de précision, les caractères les plus généraux des fossiles et des roches des divers termes de cette série, et nous croyons devoir reproduire encore ce passage de leur livre, qui pourra nous servir plus loin de terme de comparaison.
A la base de toute la série se montrent les roches primitives dépourvues de restes organiques, et auxquelles succèdent celles de transition renfermant un petit nombre de polypiers, des cri-
noïdes et des mollusques différents de tous ceux qui vivent actuellement, Les fossiles du calcaire carbonifère qui vient ensuite sont presque les mêmes que les précédents, mais plus abondants. Les dépôts houillers, qui reposent à leur tour sur le calcaire, offrent à peme quelques traces de coquilles, tandis que les restes de végétaux terrestres y sont très-répandus ; ce sont des fougères, des roseaux, des jones d'espèces inconnues et des trones de grands arbres étrangers à la nature actuelle. Le calcaire magnésien qui les surmonte offre encore une faune marine, tandis que la période du nouveau grès rouge semble avoir été presque complétement dépourvue d'être organisés, comme si la nature eût voulu se préparer pour un nouve ordre de choses. Celui-ci commence avec le las, continue par les roches oolithiques, les argiles et les sables verts et ferrugineux, pour se terminer à la crate, Toutes ces couches renferment des polypiers, des crinoïdes, des échinides, des coquilles, des crustacés, des poissons et des quadrupèdes ovipares, dont les failles diffèrent souvent de celles qui ont eu des représentants pendant les époques de transition et carbonifère, et dont les espèces diffèrent également d'un système de couches à un autre.
Jusqu’alors les fossiles sont généralement à l’état de pétrification; mais, au-dessus de la craie, le test des coquilles est plus souvent conservé etne diffère de celui des coquilles vivantes que par sa fragilité et l'absence de coloration. Des couches remplies de coquilles d'eau douce alternent avec celles à coquilles marines, comme si elles avaient été déposées successivement dans les eaux douces et les eaux salées. Dans les plus élevées de cette nouvelle série, les coquilles du crag montrent une grande analogie avec celles qui vivent actuellement sur les côtes d’Angleterre; et, enfin, au-dessus de tous ces strates s'étendent indistmetement des accumulations de sable et de gravier semblables au produit d’un déluge, contenant de nombreux débris de grands mammifères terrestres, dont plusieurs appartiennent à des espèces qui n'existent plus, associées avec d’autres étrangères aux climats où on les trouve actuellement,
Société géologique de Londres.
et avec un certain nombre qui habitent encore sur les lieux mêmes,
Les auteurs ajoutent (1) que les lois générales de la distribution des fossiles ont été surtout déduites de la structure géologique de l'Angleterre, le seul pays qui ait été attentivement étudié sous ce rapport. Cette remarque est vraie, en général; mais nous verrons que, pour le terrain tertiaire inférieur, au moins dans le nord de la France, cette loi avait été reconnue et appliquée dans le même temps, et l’on peut dire d’une manière indépendante de ce qui se faisait de l’autre côté du détroit.
L’esquisse d’une carte géologique d'Angleterre, et surtout les coupes stratigraphiques générales jointes au texte fort concis de l'ouvrage de Conybeare et Phillips, témoignent encore d’une profonde intelligence dans la manière de comprendre et d’expliquer les relations des divers systèmes de couches.
Nous ne devons pas non plus omettre de mentionner ici une des causes qui ont le plus contribué au développement et à la bonne direction des recherches dans les Iles Britanniques. La Société géologique de Londres, fondée le 13 novembre 1807, sur les bases les plus larges et les mieux entendues, marchant sur les traces de sa sœur aînée, la Société Royale, s'est toujours maintenue depuis à la hauteur de la mission qu'elle s'était donnée. Elle a offert l'exemple d’une institution libre, servant en quelque sorte d'école permanente aux uns, ayant des encouragements constants pour favoriser les publications des autres, et décernant ses récompenses spéciales aux plus méritants chez toutes les nations où les sciences sont cultivées.
Les nombreux mémoires qui composent les cinq vol. in-4° de Ja première série de ses Transactions, imprimée de 1811 à 1821, montrent aussi les qualités d'exécution que nous avons si souvent regretté de ne pouvoir signaler dans les travaux géologiques du continent, c'est-à-dire la multiplicité des cartes coloriées, des coupes ou profils tracés avec soin et dans des proportions relatives se rapprochant de la nature, des vues ou
(1) Introduction, p. 13.
TRAVAUX DESCRIPTIFS. 199 paysages qui contribuent à faire saisir les caractères physiques et l'aspect du pays, enfin tous les détails qui prouvent comment, dès l’origine, cette Société avait compris son rôle, et comment ensuite elle l'a rempli pendant plus d’un demi-siècle, pour le plus grand avantage de tous.
En résumé, ce qui nous frappe dans l'histoire de la géologie stratigraphique et de la paléontologie en Angleterre, et ce qui sans doute a puissamment contribué à l'avancement de la première de ces sciences, c'est que dès le commencement, et surtout depuis 60 ans, tous les géologues ont suivi les principes de W. Smith; ils ont marché avec le même esprit, guidés par les mêmes lois. Ils n’ont pas supposé que celles-ci pussent être mises en discussion ni suppléées par d’autres; ils n’ont pas perdu de temps à explorer des chemins de traverse qui n’auraient conduit à rien, ni à des discussions oiseuses ou personnelles. Ils ont parcouru jusqu à ce jour, avec ensemble, confiance et fermeté, la voie qui leur avait été tracée, ce qui fait honneur à leur bon sens pratique, la première des qualités dans les sciences d'observation, où l'imagination et les idées préconçues sont de si perfides conseillères.
Résumé.