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CHAPITRE VIII

Les deux naturalistes contemporains dont les travaux nous Observations ont principalement occupé dans le chapitre précédent peuvent F be servir utilement d'exemple pour montrer combien, dans la culture des sciences, on doit se garder des extrêmes, et combien les facultés, même les plus éminentes, restent peu fécondes si elles ne sont point soumises à la méthode, La synthèse la plus élevée, comme l'observation la plus minutieuse des détails, e.t insuffisante pour atteindre le but. Ce ne sont ni le génie, ni la force, ni la persévérance qui ont manqué à Buffon, ce n’est pas l'étude attentive et constante des faits les plus divers qui a manqué à Guettard, mais ç'a été chez tous deux l'absence d'une base, d'un point de départ bien établi, et de cet esprit qui d'abord analyse, discute et compare attentivement toutes les données acquises pour les ranger ensuite, d'après leurs vrais rapports naturels, de manière à en déduire les principes fondamentaux de la science.

Les idées de Buffon, pas plus que les recherches et les descriptions de Guettard, n’influërent sensiblement sur la marche des études géologiques et paléontologiques de la fin du xvin° siècle dans notre pays; les premières étaient trop élevées, les secondes trop diffuses; les unes et les autres ne pouvaient être ni généralisées, ni utilisées et appliquées directement dans la pratique.

La vraie méthode d'observer et de déduire n'étant point trouvée, l'édifice tout entier restait à élever; la géologie et la

paléontologie n’existaient pas comme science, comme corps de doctrine; aussi les premiers naturalistes assez nombreux dont nous allons mentionner les travaux nous offriront-ils encore pour la plupart cette marche incertaine, cette absence de direction et de principe qui font que leurs résultats n'ont qu'un intérêt de localité, par conséquent assez secondaire.

Cependant il serait peu juste de ne pas leur savoir gré de ce qu'ils ont exécuté, quelquefois avec une grande persévérance et beaucoup de dévouement. Ces matériaux recueillis avec soin ont mis leurs successeurs sur la voie de nouvelles recherches: ils ont pu être utilisés et ont, par conséquent, concouru aux progrès de la science.

La seconde période de l’histoire de la paléontologie stratigraphique en France, que nous avons admise, bien plus pour faciliter l’arrangement des matériaux que pour marquer une phase particulière dans la marche de la science, est relativement assez courte ; cependant elle exigera des divisions qui n'avaient pas été nécessaires pour la première. Le nombre et la diversité des publications nous engagent à ranger les unes dans un ordre géographique, sous les désignations de France sud, France centrale, France nord, les autres par ordre de matière sous celles de Paléozoologie, de Traités généraux et enseignement, de Paléontologie appliquée.

Nous commencerons par nos provinces du Midi, qui, vers la fin du siècle dernier, ont donné lieu à des travaux beaucoup plus importants que celles du Nord, ce qui a été précisément l'inverse pour le commencement du siècle actuel. Quelques-unes des recherches qui ont pour objet le nord de la France se sont aussi étendues au delà dans plusieurs directions; mais, comme elles viennent chronologiquement après celles dont nous aurons déjà parlé, leur examen n'aura alors aucun inconvénient. Quant aux ouvrages purement zoologiques où il est traité des fossiles, nous les réunirons et les mentionnerons ensemble, après avoir exposé la plupart des faits de géologie stratigraphique et avant l'examen des dernières recherches qui ont consacré chez nous le principe de la paléontologie appliquée.

Ce qui a d'abord attiré l'attention des observateurs sur la chaîne des Pyrénées, ce sont ses nombreuses sourcesthermales. Le président de Thou, qui était aux Eaux-Chaudes en 1589, en parle avec quelques détails; depuis lors une multitude de mémoires et de notices ont été publiés sur ce sujet, qui sort entièrement de notre cadre. L'Histoire de la province du Languedoc, par Astruc, que nous avons déjà rappelée, et la Carte générale des Pyrénées, par Roussel, ne nous offrant pas plus d'intérêt, nous passerons immédiatement à l’Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées (1), travail de l'abbé Palassou, remarquable pour l’époque.

Le texte est accompagné d'une carte générale du versant nord de la chaîne, que l’auteur a plus particulièrement étudié, de huit cartes minéralogiques de détail, à une grande échelle, où la direction des couches est toujours marquée ctles divers gisements de roches, de minéraux ainsi que les sources thermales sont indiqués par des signes comme sur les cartes de Guettard, et de 12 planches représentant 24 vues de montagnes les plus intéressantes, L'auteur, ens'avançant del'O.àl'E., décrit successivement chaque petite région naturelle, depuis les environs de Bayonne jusqu’à ceux de Perpignan, en notant partout avec le soin le plus scrupuleux l'inclinaison et la direction des couches. Comme il serait impossible de le suivre dans l’énumération des faits relatifs à chaque localité nous nous bornerons à citer quelques passages de son Introduction pour donner une idée de ses recherches et de leurs principaux résultats.

« Ce ne sont point, dit Palassou, des observations isolées faites « au gré du hasard, qui ont été l'objet de mon voyage; un « plan suivi et uniforme les a dirigées. Mon travail commence à

(1) In-4. Paris, 1782. — Un rapport favorable avait été fait sur le manuscrit, à l'Académie des sciences, par d’Arci, Lavoisier et Desmarest, le

4® avril 1778.

Région pyrénéenne.

Palassou,

« l'extrémité de la chaine que l'Océan baigne de ses flots: il con- Ctinue suivant la position successive des lieux jusqu'aux mon- « tagnes qui vont se perdre dans la Méditerranée. La régularité «que la nature a mise dans ses ouvrages a été mon seul guide; «elle a concouru à l'ordre des faits que je me propose de dé- «.crire..,

€ Ine faut donc pas se hâter de prononcer sur la constitu- « lion des Pyrénées; ces montagnes hérissées de pies, déchirées € dans leurs flancs, sillonnées par une infinité de torrents, n'ont « pas conservé leur forme primitive; la terre, couverte de rochers «< confusément entassés, y montre souvent l’image du chaos; ces « grands changements empêchent de reconnaître au premier « coup d'œil le plan régulier que la nature a suivi dans ses opérations; mais, lorsqu'à travers les ruines causées par le temps «on pénètre dans le sein des montagnes, il est facile alors « d'apercevoir l'uniformité constante de leur structure inté- «Crieure! Des couches parallèles dévoilent le travail paisible « de l’agent qui les a formées. »

Ainsi Palassou concluait pour les Pyrénées à l'inverse de de Saussure pour les Alpes, où ce dernier n'avait rien trouvé de constant que leur variété.

«Les monts Pyrénéens, continue-t-il, sont composés de bandes « calcaires et de bandes argileuses ou schisteuses qui se succè- «dent alternativement et de masses de granite. Chaque bande Cest un assemblage de lits qui se prolongent en général de CTO.-N.-0. à l'E.-S.-E., formant un angle de 73° à l'Est et avee «la méridienne de l'Observatoire de Paris. Ces banes sont com- €munément inclinés d'environ 30° avec la perpendiculaire. »

« Le granite n'observe que rarement la disposition régulière « des banes composés de pierre à chaux et de banes argileux ou « schisteux; il est presque toujours en masses. On trouve cette «roche, soit à la base, soit vers le sommet des montagnes, mais Celle ne paraît pas dans toute la longueur de la chaine. Les «monts Pyrénées ne présentent, depuis la vallée d’Aspe jusqu’à «l'Océan, que des lits calcaires et des lits argileux dont quel- €ques-uns sont interrompus, dans le pays de Soule, par des

« amas énormes de galets; c'est une espèce de noyau qui coupe « ces matières ainsi qu'une substance étrangère coupe un filon « métallique... »

« Lorsque je fus parvenu à découvrir que les banes se prolon- « geaient de lO.-N.-0. à VE.-S.-ÆE., 11 me parut convenable, «e pour ne pas suivre un même lit dans toute sa longueur, de « faire mes observations du N. auS. J'exécutai ce dessein avec « d'autant plus de raison que, remontant les grandes vallées que « les eaux ont creusées dans cette direction, j'avais la facilité « de voir, sur des cartes géométriquement levées, la correspon- « dance qui existe entre les matières de différents cantons; je me « suis donc principalement attaché à décrire la substance que « l’on rencontre dans les profondes cavités qui séparent les mon- « tagnes. Chaque vallée a sa description particulière; elle com- « mence à la base des Pyrénées et finit au sommet.

« Comme ces montagnes présentent différents aspects, à « mesure que l’on pénèlre dans la chaine qu'elles forment, je « la divise du N. au S. en trois régions; j'appelle la première région inférieure ; la seconde région moyenne, et la troisième région supérieure. »

Ainsi rien de plus méthodique et de mieux raisonné que cette marche, rien de plus net que ces premiers résultats généraux. La simplicité et la symétrie relative des Pyrénées avaient permis à Palassou d'adopter, dans ses recherches, un procédé plus rationnel que ne l'avait pu faire de Saussure pour les Alpes; on devait donc espérer que, continuant ses observations avec non moins de persévérance que le savant Genévois, il s’éclairerait de plus en plus sur l'origine et la véritable cause des grands phénomènes qu'il étudiait. Mais il n’en fut pas ainsi, et l'Essui sur La minéralogie des monts Pyrénées lussa toujours loin derrière lui les travaux que son auteur a publiés depuis.

Trente ans s'étaient écoulés lorsque Palassou donna ses Memoires pour servir à l'histoire naturelle des Pyrénées et des pays adjacents (1).Ges mémoires, qui n’ont aucun rapport entre

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