LS
(1) In-8. Pau, 1815,
eux, semblent avoir été écrits par autant de personnes qu'il y a de sujets différents. Les uns traitent des graviers, des blocs et des cailloux roulés des bassins du gave de Pau et de l'Adour, d'autres des diverses espèces de chênes, des tremblements de terre, des oiseaux de passage, etc.
En parlant de l'inclinaison des strates dans les montagnes, l'auteur dit (p.414) : «Pour moi je persiste à présumer que l’'inclinaison générale des couches date de la même époque que leur origine, car il ne paraît pas vraisemblable, comme je l'ai dit dans l'Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées, que les eaux de la mer aient pu former des.bances horizontaux sur les flancs des montagnes de granite primitif, au-dessus desquels les matières de seconde formation reposent...» Nous avons vu, en effet, de Saussure, sur l'opinion duquel Palassou s'appuie, admettre ce mode de formation au commencement de ses études; mais bientôt, éclairé par les faits et la réflexion, il est revenu à des idées plus saines, exemple qu'aurait dû s’empresser de suivre aussi le naturaliste des Pyrénées, au lieu de s’obstiner dans une si fausse voie.
Dans la Suite des Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des Pyrénées et des pays adjacents (1), le même observateur s’est proposé de distinguer comme secondaires tous les calcaires et les schistes fossilifères de ces montagnes, distinction dans laquelle la présence des fossiles et leurs caractères spécifiques n'entrent pour rien, et qui reposait sur des données exclusivement stratigraphiques. C’est un essai analogue à celui qui avait été tenté quelques années auparavant dans les Alpes de la Tarentaise, et qui ne pouvait avoir de résultat absolu. C'étaient les idées appliquées depuis longtemps en Allemagne, celles de Pallas à l’Europe orientale, de de Saussure, de de Luc aux Alpes, etc.; mais il n’y avait là aucun principe original, comme l'ont prétendu quelques personnes, auxquelles l'histoire comparée de la science est peu familière,
Palassou n'admet point le terrain de transition : il le regarde
(1) In-8. Pau, 1819.
FRANCE SUD. 399 comme une distimelion inutile, ce qui prouve qu'il ne le comprenait pas encore et ce qui se conçoit d'ailleurs pour Les Pyrénées à l'époque où il écrivait, comme on conçoit également qu'il aurait pu mettre, ainsi qu'on venait de le faire dans les Alpes, tout le terrain secondaire dans le terrain de transition; il n'v avait pas de meilleure raison pour l’un que pour l’autre, Ses roches secondaires embrassent ainsi toute la série des terrains de transition, secondaire et tertiaire inférieur. Aucune séparation n'est tracée entre eux, par suite de la différence des fossiles qu'on y trouve, de sorte que le principe déjà appliqué alors (en 1819), en Italie, en Allemagne, en Angleterre et dans le nord de son propre pays, était complétement ignoré de Palassou.
Dans la seconde partie de ce livre il traite des corps marins observés dans les pierres calcaires, grenues ou compactes des diverses parties de la chaîne. Déjà il en avait signalé en 1776, puis dans son ouvrage de 1802, auprès des Eaux-Chaudes et d'Etsaut. Il rappelle les observateurs qui, dans l'intervalle, en ont aussi Imdiqué; mais il avait d’ailleurs si peu l’idée d’une relation entre les espèces et l'ancienneté des couches, que c'était sur l’état plus ou moins altéré des fossiles qu'il jugeait de leur àge.
Ses conclusions sont les suivantes (p. 92) : « Les calcaires grenus et les calcaires compactes ne doivent pas être séparés; les calcaires de la chaîne, produits dans un temps déterminé, sont secondaires; les alternances de calcaires et de schistes argileux inclinés généralement, et dirigés O.-N.-0., E.-S.-E., sont le résultat d’une action simultanée postérieure à la formation du gramite. Les couches calcaires comprises dans les couches de granite feuilleté en sont contemporaines, et celui-ci est moins ancien que le granite massif. Il y avait 70 ans que Lehmann était plus avancé sur la géologie de la Saxe et du Harz, régions qui ne laissent pas non plus que de présenter de nombreuses difficultés,
Disons ici qu’en traitant des roches désignées sous le nom d'ophite (p.100), Palassoules assimile bien, minéralogiquement, au grunsiein des géologues allemands et à la diabase de Bron: gniart; ce sont donc ses successeurs qui, en consacrant ce nom,
Picot de Lapeirouse.
l'ont fait dévier de sa véritable acception originaire et ont ap. porté une confusion fâcheuse dans la terminologie,
Persistant dans son point de vue, Palassou attribue la formation des vallées des Pyrénées à l’action érosive des cours d’eau et rejette l'origine attribuée à celles des Alpes, par suite des dislocations et des bouleversements que celles-ci ont éprouvés, aussi bien que les courants marins.
Enfin, dans une dernière publication (1) destinée à compléter les précédentes, Palassou continue à observer les rapports stratigraphiques généraux, mais sans en tirer plus de lumières sur la position relative des couches ni sur leur situation première, qu'il suppose toujours avoir été plus ou moins inclinée et telle qu'on la voit aujourd'hui. Ainsi non-seulement l’auteur semble ignorer tout ce qu s’est fait autour de Jui, non-seulement 40 années d'observations et de comparaisons n’ont apporté aucun changement dans ses vues, mais encore il méconnait les lois Les plus simples de la physique et de la mécanique naturelle. Il semble qu'isolé du monde entier, Palassou, qui était cependant Correspondant de l’Institut, ait voulu laisser après lui un exemple frappant de la persévérance dans les recherches jointe à l'immobilité complète dans le progrès.
Ce qui reste en résumé de ses nombreux travaux, et surtout de son Essai de 1789, c’est d'avoir reconnu le premier, dans les Pyrénées, le parallélisme général de la direction de la chaine avec celle des couches qui la composent et qui est dirigée O.-N.-0., E.-S.-E., d'avoir observé l'inclinaison de ces couches partout avec un grand soi , l'alternance des calcaires et des schistes, la présence du granite dans les parties les plus basses aussi bien que dans les plus élevées, l’enchevêtrement du granite schisteux avec le granite massif et l'existence du calcaire dans ces mêmes roches cristallines.
De son côté et dans le même temps, Picot de Lapeirouse (2)
(1) Nouveaux Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des Pyrénées el des pays adjacents, in-8. Pau, 1893.
(2) Excursion dans une partie du comité de Foix. — Hist. et Mém. de
FRANCE SUD. 341 concluait de ses recherches (p. 413) que les roches des Pyrénées étaient, les unes vitrifiables, les autres calcaires et schisteuses. Les montagnes calcaires renferment des débris d'êtres organisés où en sont dépourvues. Celles qui en renferment se trouvent placées en dehors de la chaîne principale et présentent aussi des grès, du jayet, du charbon, du bois bitumineux, etc. Celles de l'intérieur sont sans fossiles. Les couches verticales ne doivent pas leur situation à un bouleversement Elles ont dû être formées telles qu'elles existent aujourd'hui. «n'en a pas plus coûté à la nature, dit l’auteur, pour élever « des couches verticales que pour lés poser symétriquement « les unes au-dessus des autres, » La position et l’arrangement des chaines et des montagnes calcaires avec le granite, la serpentine et les autres roches dites primitives, prouvent qu’elles ont été élevées dans le même temps et par la même cause (1).
De Lapeirouse distingue deux sortes de calcaires : lun déposé dans les eaux où vivaient les animaux dont on y trouve Îles restes, l’autre contemporain des roches les plus anciennes, mélangé avec elles et entrant dans leur composition. Les montagnes de dépôts plus récents sont formées de grands blocs roulés et de galets de granite avec d’autres roches, enveloppés de gravier, de sable ou de terre, qui remplissent la plupart des vallées. Plus ces dépôts sont éloignés de la chaîne et plus les cailloux en sont variés.
Ces débris, déposés avec ordre en lits horizontaux, contrastent avec la structure habituelle des montagnes, et les collines qu'ils constituent sont évidemment plus récentes que les roches qui ont fourni leurs matériaux et celles contre lesquelles elles s'appuient. L'origine de ces dépôts est d’ailleurs bien appréciée par l'auteur.
Le même ingénieur avait signalé des ossements de quadru-
PAcad. r. des sciences de Toulouse, vol. HE, p. 584, 1788, lu en 1786. — Trailé sur les minerais de fer du comté de Foix. — Voyage au Mont- Perdu et Observations sur la nature des crêtes Les plus élevées des Pyrénées. — Journal des mines, an VI (1797-98), p. 39.
(1) On doit supposer que par le mot élevées l'auteur entend formées, sans quoi il serait en contradiction avec ce qui précède.
Ramond.
pèdes trouvés pêle-mêle avec des coquilles et des polypiers, probablement non en place, sur la pente supérieure du Mont- Perdu (1). Ils étaient dans un fort mauvais état de conservation, et rien ne prouvait leur contemporanéité avec les fossiles marins. En outre, ces circonstances, que leur coupe transverse est nette et unie, que leur surface porte des entailles vives et profondes, comme si elles avaient été faites par un instrument tranchant et dirigé avec force pendant la vie de l'animal, empêchent d'attribuer à ces restes aucune valeur géologique, ce que Fortis avait d'ailleurs présumé.
Le travail de Laperrouse le plus important pour nous est sa Description de plusieurs espèces nouvelles d'Orthocératites et d'Ostracites (2), qui a appelé l'attention des naturalistes sur des formes de coquilles que l'abbé de Sauvages avait déjà signalées, quarante ans auparavant, sur le versant oriental des Cévennes. Ces corps, qu'il prend les uns pour des céphalopodes à coquilles droites, les autres pour des Huitres particulières, ne sont en réalité ni les uns ni lesautres. Maisles figures, nombreuses et bien faites, ont mis leurs caractères assez en évidence pour qu'elles aient pu être mieux classées par la suite. C’est à l’est des Buns-de-Rennes, dans les Corbières, depuis Montferrand jusqu’à Sougraigne, et surtout à la montagne dite des Cornes, à cause de la prodigieuse quantité de ces corps, souvent fort allongés et un peu recourbés, qui y forment une assise puissante, que l’auteur avait fait une abondante récolte de tous ces fossiles.
Lorsque Ramond commença ses recherches dans les Pyrénées, en 1789, le Mont-Perdu était regardé comme le point culminant de la chaîne; il le décrivit plus tard (5) et montra qu'il était composé de roches calcaires secondaires avee des corps marins fossiles, tandis qu'il n’en avait point rencontré dans les autres roches qu'il regardait comme du même âge. Il signala une Ammonite au Vignemale et une multitude
(1) Journ. de phys., vol. L, p. 81; 1800.
(2) In-f. Erlangen, 1781, avec 15 pl.
(3) Mémoire lu à l'Institut le 21 vend. an VI. — Journ. des mines, n° 97, p. 99, an VI.
FRANCE SUD. 943 de Peignes, de Cames, d'Iuitres, d'Astérites, de polypiers, etc. Dans son Voyage au sommet du Mont-Perdu (1), il estima son élévation au-dessus de la mer à 1562 toises, et en donna une description à la fois pittoresque, physique et pétrographique fort intéressante. Il mentionne des fossiles au port de Pinède et la présence des Nummulites sur beaucoup de points.
(P. 544.) Des plantes monocotylédones aquatiques s'observent dans des grauwackes schisteuses reposant sur les roches cristallines; au delà, dit l'auteur, tout est grès, calcaire ou poudingue. Les fossiles se montrent surtout dans les roches arénacées. Les Lenticulaires numismales y abondent en quantité si prodigieuse, ajoute-t-il, qu'elles épouvantent l'esprit le plus accoutumé à l'idée des grandes distinctions de la nature. Il en décrit de trois dimensions : la plus petite, de 2 millimètres de diamètre, appartient aux cimes mêmes du Mont-Perdu; elle paraît, dit Ramond, avoir beaucoup souffert du transport (2); la seconde, observée dans le val de Broto et le fond du val d'Ordesa, se reconnaît à ses tubercules (3), et la troisième, qui est la plus grande, est très-bien conservée dans les couches les plus basses, au-dessous de Torla et vers la plame.
Les couches sont tantôt horizontales et tantôt verticales. Les premières sont traversées par des fentes perpendiculaires, Ce qui caractériserait essentiellement la chaîne du Mont-Perdu, c’est une disposition à se diviser par des plans verticaux en parallélipipèdes rectangles, et, dans le massif même de la montagne, on remarque une disposition très-prononcée des couches en éventail, qui serait précisément inverse de celle que produirait un soulèvement,
Ramond a cru démontrer aussi l'existence du terrain de transition dans les Pyrénées; mais, comme cette distinction n'était pas fondée sur des caractères paléontologiques, la plupart
(1) Journ. des mines, n° 83, p. 521, an XL.
(2) Cette remarque est fort juste; car cette espèce, que nous avons dédiée à M. Leymerie, s’altère, en effet, sur son pourtour d’une manière qui lui est tout à fait particulière.
(3) C'est la N. granulosa.
Autcurse
des couches qu'il considérait comme telles n'étaient pas le véritable terrain de transition de Werner. C'était une erreur générale alors de prendre pour tel tout ensemble de roches schisteuses ou calcaires, d’une teinte foncée, dures, d'un aspect ancien, en couches plus ou moins redressées et placées à peu de distance des roches cristallines, caractères que l’on sait aujourd’hui pouvoir se rencontrer surtout dans les grandes chaînes, aussi bien dans des dépôts secondaires et tertiaires que dans ceux qui sont plus anciens. On ne comprenait pas non plus que pour classer des roches dans le terrain de transition, ne füt-ce que par leurs caractères pétrographiques et stratigraphiques, il fallait déterminer aussi sa limite supérieure ou la base du terrain secondaire, et c’est ce que l'on ne faisait pas plus dans les Pyrénées que dans les Alpes.
Il nous suffira de rappeler brièvement les publications suivantes, qui n’ont apporté dans la science que des faits de détail sans vues générales, des observations sans conclusions possibles d'une importance quelconque. Ainsi Dralet, dans sa Description des Pyrénées considérées principalement sous les rapports de la géologie, de l'économie politique, rurale, forestière, ete. (1), a donné un certain nombre d'altitudesainsiquelerésultat derecherches sur la température et les caractères physiques de la chaîne dont il décrit les mines, les carrières et autres exploitations. Re boul (2) a publié un mémoire sur les positions respectives des calcaires, des granites, des schistes argileux et des roches siliceuses au Marboré et au Mont-Perdu ; Noguës (3), une notice sur son royage des bains de Barége à Gavarnie; Pasumot, son Voyage physique dans les Pyrénées en 1788 et 89; Vidal et Reboul (4), les nivellements exécutés en 1780 et 90, opérations à la suite desquelles le Mont-Perdu fut dépouillé de la suprématie que lui enleva la Maladetta, visitée plus tard par L. Cordier (1).
(4) 1 vol. m-8; 1813.
(2) Mém. lu à l'Académie de Toulouse, 178$.
3) In-8. Tarbes, 1813,
4) Mém. de l'Acad. de Toulouse, vol. IV, p. 1. ») Journ. des mines, an XII.
Ce dernier savant a donné une description fort exacte du gisement de sel gemme de Cardonne, situé en Catalogne sur le versant méridional de la chaine, et il la termine par les conclusions suivantes : Le système des roches salines et gypseuses de Cardonne est disposé en couches verticales et posées sur la tranche; ce système est recouvert par des couches secondaires de la plus ancienne formation et d’une manière transgressive; d’après les conditions de cette superposition, les couches gypseuses et salines sont sans contredit d’une époque non-seulement antérieure, mais encore tout à fait distincte; 1l existe dans les hautes Alpes des gypses purs et parfois salifères, qui font incontestablement partie du terrain intermédiaire; ces roches gypseuses salifères ont des analogies avec celles du système de Cardonne; enfin, d'après toutes ces probabilités, ce système doit être placé lui-même dans le terrain intermédiaire (2). Depuis lors il a été rapporté d’abord au grès vert et remonté, plus récemment encore, dans lasérie géologique, jusque dans le groupe tertiaire supérieur aux Nummulites. Les roches minéralogiquement analogues auxquelles Cordier les comparait dans les Alpes ont été rangées dans le trias ou à la base de la formation jurassique. j
Bien que l'ouvrage de Charpentier (5) n'ait été publié qu'en 1825, des mémoires antérieurs et diverses communications en avaient fat connaître les principaux résultats; on sait d'ailleurs que toutes les recherches de ce savant furent exécutées de 1808 à 1819, par conséquent dans la période qui nous occupe.
L'auteur, formé à l'école de Werner, avait cet esprit de méthode puisé dans un enseignement sérieux qui manquait absolument
(1) Journ. de phys., vol. LXXXIL, p. 343; 1816.
(2) Essai sur la constitution géognostique des Pyrénées, in-8 avec carte. Paris, 1825. — Voy. aussi : Reboul, Sur la géologie des montagnes Maudites (Malahata où Maladetta), Ann. de chimie et de phys., 1817. — Journal de phys., vol. LXXNXV. 1899. La Description minéralogique du département de la Haute-Garonne, par Brochin, justifie son titre sans avoir pour nous un intérêt particulier (Voy. Journal des mines, vol. XIV, p. #15, et suivantes, 4808).
De Charpentier.
à Palassou; il passa beaucoup moins de temps que ce dernier à étudier la même région montagneuse, et cependant l'Essai sur la constitution géognostique des Pyrénées est, pour le temps, une œuvre complète à son point de vue, aussi bien par le fond que par la forme.
La disposition des principales masses minérales qui constituent la chaîne est bien indiquée sur la carte coloriée qui accompagne le texte; l'étude des substances qui les constituent et de celles qui ne s’y trouvent qu'accidentellement à été faite avec un orand soin; mas, malgré les profils généraux tracés àtravers toute la chaîne et passant par cinq points différents de son axe, les relations stratigraphiques des divers systèmes de couches sédimentaires, soit entre eux, soit par rapport aux massifs cristallins, restent encore assez obscures, et les désignations employées par de Charpentier ne concordent guère avec nos classifications.
Il distingue 8 terrams dans l'étendue de sa carte; ce sont les terrains granitique, du schiste micacé, du calcaire primitif, de transition, du grès rouge, du calcaire alpin et du caleaire du Jura, amphibolique secondaire (ophite de Palassou), tertiaire et d’atterrissements.
Dans ces divisions on trouverait ayjourd'hui que le terrain de calcaire primitif comprend des roches.de transition et jurassiques, le terrain de transition des roches de transition et jurassiques, le terrain de calcaire alpin et du Jura, presque exclusivement des roches crétacées et tertiaires imférieures, les terrains tertiaire et d’atterrissement, des dépôts tertiaires moyens, supérieurs et qualernaires.
En ce qui regarde les fossiles, on conçoit fort bien que, d’après la direction première de ses études et la nature même du vaste champ si accidenté qu'il parcourait, de Charpentier n'ait pas tiré grand profit de ceux qu'il a rencontrés. Il range dans le terrain de transition des roches où il signale des Bélernnites à Angoumer, au bois de Lembége près Saint-Girons, au pie de Bédillae, à la ferme d’Escot dans la vallée d’Aspe, puis des acéphales dans cette dernière, dans celle d'Ossau, de Ger, etc, des Ammonites dans les marbres rouges de Cierp,
dans le marbre blanc de Getus (vallée d'Ossau), dans les calcaires de Lescure, ete., mais toujours assez rares.
Les Entroques seules abondent dans les calcaires schisteux de Port-Viel (vallée d'Estaubé), et particulièrement dans les roches calcaires. Des plantes monocotylédones ressemblant à des roseaux sont signalées dans des schistes argileux très-carburés, dans la grauwacke schisteuse, surtout dans la partie la plus ancienne qui avoisine le terrain primitif et dans les parties les plus élevées de la chaîne, non loin des grandes protubérances granitiques. De Charpentier rappelle aussi les fossiles signalés par ses devanciers dans le massif du Mont-Perdu rapporté par lni à son terrain du calcaire alpin. Les montagnes à l’est du port de Sahun, entre la vallée de la Cinca et celle de l'Essera, sont également fossilifères.
La partie minéralogique et yéoponique de l'Histoire naturelle de la province du Languedoc (1), que l’on doit à de Gensanne, est presque uniquement consacrée aux substances minérales, à leur recherche et à leur exploitation. Les mines de houille, de fer, d'argent, de cuivre, de mercure, de plomb, les eaux thermales, les volcans anciens, les basaltes du Velay, des Coirons, d'Agde, etc., ont attiré l'attention de l’auteur beaucoup plus que la géologie stratisgraphique, et surtout que les fossiles pour lesquels il cite particulièrement les environs de Bugarach et des Bains-de-Rennes dans les Corbières (vol. IV, p. 181-184) et les marbres de Caune (vol. IE, p. 199).
L'origine des cailloux quartzeux des environs de Nismes a été le sujet de deux mémoires intéressants publiés par de Servières (2), qui les regarde comme ayant été apportés par le Rhône, parce qu'ils sont semblables à ceux de la vallée que le fleuve parcourt dans le Dauphiné et la Provence. Les recherches historiques de l’auteur sur les alluvions du Rhône y sont fort étendues et pourraient être encore utilement consultées. Faujas
(1) 5 vol. in-8. Montpellier 1776-79.
(2) Journ. de phys., vol. XXI, p. 570; 1785. — 1b., vol. XXI, p. 48;
Laneuedoc.
de Gensanne, de Servières,
etc.
Giraud- £oulavie.
de Saint-Fond a donné une notice sur une mine de charbon fossile du département du Gard, exploitation dans laquelle ont été rencontrés du suce et des coquilles (1). Dans un second mémoire il s'est occupé d'un rayon ou piquant de poisson du genre des Raïes, trouvé dans une pierre des environs d’Aigues-Mortes, ainsi que d'un os maxillaure de quadrupède provenant des çarrières ouvertes, dans un calcaire coquillier marin de Saint- Grenier, à trois lieues de Montpellier. De son côté, Marcel de Serres (2), qui a consacré une partie de sa longue existence à l'histoire naturelle des environs de sa ville natale, préludait dans le même temps à ses nombreuses publications,
Mais l'observateur qui, au commencement de notre seconde période, avait le mieux compris, dans cette même région, la géologie stratigraphique et qui l'avait appliquée avec le plus de discernement, est sans aucun doute l'abbé Giraud-Soulavie. Dans un mémoire intitulé : Géographie de la nature, ou distribulion naturelle des trois règnes, accompagné d'une carte minéralogique et botanique du Vivarais (5), il établit que la connaissance de toutes les superpositions observées donne la chronologie de leur formation, résultat fondé sur ce principe incontestable que toute carrière superposée est de formation postérieure à celle de la carrière fondamentale. Ainsi les montagnes du Vivarais, composées de 6 couches de natures différentes, placées les unes au-dessus des autres, sont le résultat de 6 époques séparées et distinctes, puisqu'en examinant les roches de bas en haut on trouve : 1° le granite vif très-solide; 2° un granite secondaire composé de blocs de cette roche, réunis par un ciment sableux; 3° une roche calcaire annonçant l'ancienne existence de la mer dans le pays; 4° des couches énormes de poudingues fluviatiles composées de cailloux roulés granitiques, calcaires, quartzeux, basaltiques, avec des coquilles d’eau
(1) Ann. du Muséum, vol. XIV, p. 314; 1809. — 10., p. 576.
(2) Journ. de phys., vol. LAXXVII, p. 51, 118, 161; 1818. — Nous reviendrons plus loin sur ce travail.
(3) In-8. Paris, 1780. — Mém. de géologie el de minéralogie, vol. H.
douce, des ossements, des bois pétriliés, ete.; 5° une assise puissante de basalte semblable à un courant qui se serait étendu sur le dépôt de cailloux roulés; 6° des matières calcaires recouvrant en partie les nappes basalliques des Coirons, vers le bas de la montagne, et remplissant les interstices sous la forme de calcaire spathique.
Suivent des principes de géographie botanique où la distribulion des plantes est mise en rapport avec les altitudes ou l'élévation de lieux où elles croissent, principes que l’auteur applique aussi à la distribution des animaux. La carte colorice jointe à ce pelit travail si original est la première de cette sorte que nous connaissions en France; elle est intitulée : Garte géographique de la nature, ou disposition naturelle des minéraux, des végétaux, ete., observés dans le Vivarais. Toutes les roches d’origine volcanique y sont représentées par une teinte rouge; les volcans à cratère sont distingués par un signe particulier. On y trouve bien marquée la séparation des granites et des calcaires, la ligne de partage des bassins de la Loire et du Rhône, la limite de la culture de la vigne, de l'olivier et des plantes alpines, les filons basaltiques, les basaltes isolés, les substances métalliques, le quartz, le caleaire, ete.
Dans son Histoire naturelle de la France méridionale (x), l'abbé Giraud-Soulavie a appliqué ces principes sur une échelle plus étendue. Il range dans une première époque ou premier âge (vol. F, p. 517) les fossiles du Vivarais, dont on ne trouve plus les analogues vivants. Ils appartiennent à ce qu'il appelle la pierre calcaire primordiale. Ge sont les Ammonites, les Bélemnites, les Térébratules, les Gryphites, les Entroques, ete. Il en signale trois gisements différents, distingue bien les Ammonites des Nautiles par les caractères de leurs cloisons; mais il prend pour des Orthocératites des cônes alvéolaires de Bélemnites, Îl est frappé de la multitude d'Entroques que renfer-
(1) 7 vol. in-8, avec cartes et vues. Paris, 1780-84. — La première partie du chap. vit que nous analysons ici avait été lue à l'Académie des sciences le 14 août 1779 et avait été écrite en 1777.
ment les calcaires des environs d’Aubenas, où elles sont accompagnées de Térébratules plissées et de Bélemnites, dans des roches de diverses natures. Le nom de primordiales qu’il donne à ces dernières, toutes pour nous secondaires, s'explique par cette circonstance que le terrain de transition manquant dans ce pays, elles succèdent immédiatement aux roches massives cristallines. |
Au-dessus d'elles viennent les calcaires secondaires de l'auteur, où il signale des fossiles d'espèces éteintes comme dans les précédentes, mais associées ici à d’autres qui auraient leurs analogues vivants (Games, Moules, Nautiles, Buccardes, Peignes, etc.), et caractériseraient cette époque. Son troisième âge comprend aussi une roche calcaire avec des coquillages d'espèces récentes dont les descendants vivent encore dans nos mers, C'est une pierre blanche, tendre, où manquent les cornes d’Ammon, les Nautiles, les Bélemnites et les autres fossiles des premiers calcaires. Son peu d'ancienneté est encore prouvé par les cailloux roulés d'origine volcanique qu'elle renferme.
Dans un résumé à la fois stratigraphique, paléontologique et orographique, Giraud-Soulavie montre que ces trois séries de dépôts se succèdent dans le pays à niveau décroissant, ou sont d'autant moins élevées qu’elles sont moins anciennes.
Les schistes arborisés ou renfermant des empreintes végétales constitueraient les dépôts d’un quatrième âge, mal défini à cause de la difficulté qu'a eue l'auteur pour établir toujours leurs relaons avec les calcaires. On voit en effet qu'il y a réuni des couches d'àges très-différents. Dans le cinquième sont rangés des poudingues, des brèches avec des restes d'Éléphants.
Le soulèvement des calcaires à Ammonites par suite de l’arrivée au jour des basaltes des Coirons est placé ici, et, dans les dépôts de transport les plus récents qui proviennent des montagnes environnantes, se trouvent encore des ossements d’'Éléphants et peut-être de Bœufs, des fragments roulés de basalte, de laves, de calcaires de différentes époques, ete.
(P.3543.) « Voilà, dit l'auteur, l'aperçu général qu'offrent les « sommets de nos montagnes antiques du Vivarais et les plaines
récentes du Rhône qui mouille la lisière inférieure de la province. La suite des temps, et surtout des observations plus longues et des lumières plus étendues multiplieront les époques et rempliront les lacunes; mais elles ne changeront point les places des époques que nous avons assignées. Nous avons réduit ainsi à cinq règnes seulement l'histoire chronologique de la nature dans les substances calcaires, pour ne pas nous exposer à multiplier les anachronismes en multipliant les époques. Tous les faits subalternes intermédiaires seront un jour développés et rangés les uns à côté des autres selon l'ordre des temps, comme on distmgue, dans l'histoire civile des empires, celle d’un roi d'avec son successeur. »
En résumant la chronologie des êtres organisés, le judicieux
abbé établit : «1° Que les plantes inconnues renfermées dans
les ardoises les plus anciennes et les coquillages marins renfermés dans les marbres primitifs ont occupé les premiers l'empire des mers et des terres; 2° que les plantes aquatiques des bords de la mer ont existé avant celles des continents, puisque les ardoises premières offrent des espèces de Jones; 9° que les animaux marins à coquilles ont vécu avant les autres; 4° que parmi les coquilles il y a des familles qui ont existé avant d’autres; qu'il s'éteignit même diverses familles et qu'il s’en éleva plusieurs autres secondaires; 5° que parmi les végétaux, comme parmi les animaux (1), la nature a multiplié leurs familles, qu'elle a toujours perfectionnées de plus en plus en opérant d’abord le plus simple et ensuite le plus composé; 6° que les arbres, les oiseaux, les quadrupèdes et l'homme ont dû exister après tous les ordres précédents, puisque leur subsistance suppose celle de plusieursautres êtres qui leur ont été nécessaires pour vivre sur la surface de la terre. « Si ces observations, que j'ai faites en Vivarais, sont conlirmées dans d’autres provinces, il en résultera une histoire chronologique des animaux fossiles et vivants, établie par des
(1) ILy à dans le texte minéraux, évidemment par erreur, aucun de ces
paragraphes ne faisant allusion aux corps inorganiques.
« faits incontestables, » Nous n'insisterons pas sur l'accord que signale Giraud-Soulavie entre ces données de l'observation et les récits de Moïse; il failait encore, à ce moment, voiler etmême déguiser la vérité pour la faire accepter et n'être point mquiété.
Considérant ensuite les fossiles, non plus par rapport à l'ancienneté des couches, mais relativement à leurs caractères organiques et à leur origine, le savant abbé oublie tout à fait sa réserve habituelle et se laisse entrainer par les idées de de Mallet à admettre la transformation des animaux marins en animaux terrestres. [| se prononce énergiquement contre la possibilité que le déluge biblique ait occasionné le dépôt de: fossiles, mais il admet que ses eaux ont pu couvrir les plus hautes montagnes et il croit aussi que les diverses couches ont pu se déposer sur des plans fort melinés.
Dans le second volume de son ouvrage, il traite des volcans et des basaltes. Le troisième comprend l'histoire naturelle du Vélay, la description de ses volcans anciens, des calcaires et des avpses des environs du Puy, ete. La coupe qu'il donne du terrain houiller de Saint-Jean-de-Valerisele est fort bien détaillée (p. 322). On y voit 57 couches différentes superposées dans la hauteur de la montagne qui est coupée à pie et dans l'intérieur de laquelle on a poussé douze galeries pour y suivre les couches. Il y en a 9 de charbon, alternant avec des grès, des poudingues et des schistes, offrant des empreintes de fougères qui ne vivent plus dans le pays, mais dont les analogues existeraient en Amérique, puis 9 assises de roches quartzeuses ou arénacées et 17 de schistes divers.
Le volume IV est consacré à la chronologie des volcans éternts de la France centrale, sujet traité d’une manière très-remarquable pour ce temps. L'auteur y distingue six époques d'éruption, étudie ensuite les formes géométriques des prismes basaltiques, passe à l'histoire naturelle de la Méditerranée, mentionne les environs de Bugarach, dans les Corbières, à cause des fossiles qu’on y trouve (p. 357), et étend ses recherches jusqu'aux anciens produits ignés de la Catalogne. Dans le emquième, 1l revient sur les caractères physiques des côtes de la Méditer-
FRANCE SUD. 393 ranée, examine les parties adjacentes des Albères au Sud et du delta du Rhône au Nord, décrit les environs de Montpellier, de Nismes, et se trouve ramené à parler encore de ses calcaires primitifs. Dans l'histoire naturelle du Gévaudan, qui occupe le volume VI, les dépôts que nous désignons aujourd'hui sous le nom de lias sont fort bien indiqués partout où ils existent, puis viennent les calcaires des environs de Mende et la région schisteuse et granitique du même pays.
Enfin, le volume VIT renferme diverses lettres sur des sujets d'histoire naturelle, la description des environs de l'Argentière et une correspondance avec l'abbé Roux, qui s’appuyait sur les idées de Rouelle. Dans ses répliques, Giraud-Soulavie expose clairement, et, à ce qu'il nous semble, pour la première fois en France, les vrais principes de la paléontologie stratigraph'que, en faisant voir que les fossiles diffèrent par leur âge et la superposition des couches qui les renferment, et non suivant les divers lieux géographiques où on les rencontre, ainsi que cela résulterait de la disposition des amas de Rouelle (ante, p. 265), si vantée par Desmarest qui avait adopté aussi les expressions d’ancienne et de nouvelle terres.
«Il est certain, dit l'abbé Soulavie (vol. VIT, p. 156 des Lettres), que telle contrée contient une plus grande abon- « dance de telle espèce de coquilles; mais cette différence ne « dépend pas de la variété du site dans un tel lieu, ni de tel « centre, ni de tel autre placé 1c1 où là, mais de la différence « de l’époque de formation des carrières. Ainsi, la mer ne
« nourrissait plus des Ammonites, précisément parce qu'elle est «aujourd’hui à Marseille et qu'elle n’est plus en Vivarais, où Qil y a des Ammonites pétrifiées, mais elle n'en produit plus « parce que ces coquilles appartiennent à d'autres époques ou « à d’autres climats. La différence des coquilles dans les pierres « est établie sur la différence d'antiquité et non sur la différence « locale; et, quand même une chute de terrain précipiterait le « Bas-Vivarais au-dessous de la Méditerranée, il ne suit pas de « là que cette mer, refluant de ce côté-là, produisit les au- « ciennes coquilles qu'elle produisait alors; la succession des
« temps à fait perdre les espèces; aussi n’en voit-on pas dans « les pierres plus récentes.
«Or, on doit appeler pierre calcaire plus ancienne celle qui, soit « qu'elle existe sur les plus hautes montagnes, soit inférieure- « ment, ne connait aucune autre espèce de pierre calcaire au- « dessous d'elle, mais qui est la base de toutes les autres. Après « celle-ci vient une autre qui lui est posée dessus, et enfin la der- « nière de toutes est celle que la mer a formée tout récemment «et même qu'elle forme encore, car les pierres coquillières, par «exemple, qui ont été employées pour bâtir les remparts de « Montpellier sont visiblement une pierre de formation très-ré- « cente, à laquelle on ne peut comparer cette chaîne de monta- « ynes calcaires du Jura et des Cévennes, que je regarde comme « la plus ancienne de toutes les pierres calcaires du monde. »
Si l’on se reporte au temps où l'abbé Soulavie écrivait et que l’on tienne compte des pays qu'il avait étudiés, on trouvera cette dernière manière de voir suffisamment justifiée. Ainsi, à quelques égards, l'auteur de l'Histoire naturelle de la France méridionale pourrait être regardé comme le continuateur de celui de Telliamed. I en a les qualités comme observateur, avec moins d'originalité sans doute, mais avec plus de suite dans des recherches limitées à une région déterminée. Il avait plus que Guettard le sentiment de la géologie stratigraphique, une idée très-exacte de la succession des êtres organisés dans le temps qu'il a formulée le premier avec des exemples à l'appui; mais on peut dire qu'il écrivait aussi mal, ce qui, à la fin du xvm° siècle, était un tort, même pour un savant. Quoi qu'il en soit, nous pensons que l’on n’a pas rendu à l'abbé Soulavie toute la justice que ses travaux méritaient; il a été un de ceux que l'opinion générale déshérite sans qu’on sache pourquoi. Puissent ces quelques lignes engager les naturalistes qui S’occupent particulièrement des Cévennes et de leurs versants oriental et méridional à ouvrir son livre! Ils y trouveront certainement des renseignements utiles.
Dans un mémoire sur les mines de charbon de ce pays et sur la double empreinte des feuilles de fougères qu'on trouve dans
FRANCE SUD. 209 leurs schistes, J. CG. Bruguières (1) a repris la question déjà traitée par Lhwyd et Woodward en Angleterre, par Scheuchzer pour l'Allemagne et la Suisse, par Ant. de Jussieu en France, lorsqu'il s’occupa des schistes houillers de Saint-Chamond. Ce dernier, sans l'avoir complétement résolue, s'est cependant approché davantage de la vérité que ses prédécesseurs. Quant à Bruguières, il fait remarquer que la face inférieure des feuilles, celle qui porte les fructifications, est, par suite de sa plus grande porosité, pénétrée de la matière de la roche enveloppante et ne se détache jamais de celle-ci. Il en résulte que l’empreinte en relief des fougères doit être la substance même de la feuille à l’état fossile, devenue charbonneuse ou pénétrée par les parties les plus fines du schiste. I n'y a done, à proprement parler, qu'une seule empreinte, c’est celle qui est en creux et qui présente la face supérieure de la feuille ainsi conservée.
Après avoir étudié les plantes fossiles des diverses exploitations des Cévennes, l'auteur pense qu'elles diffèrent souvent dans chacune d’elles; puis, s’occupant plus particulièrement des fougères, car les végétaux rapportés à des bambous, des bananiers,.des palmiers-dattiers et à des troncs d'arbres sont d'une détermination plus douteuse, il a pu distinguer 5 espèces de fougeres caractérisées par de Jussieu, # décrites et figurées dans l'Herbarium diluvianum de Scheuchzer, et 3 dont les analogues vivraient encore à Madagascar.
Des empreintes de poissons et même d’ophidiens existeraient, suivant lui, avec les plantes; quant aux coquilles citées dans des grès, 11 est probable qu'elles appartenaient à l'étage inférieur du lias des environs.
Pour Bruguières, ces couches à empreintes végétales résultent d'un dépôt régulier, lent, dont les plantes ont vécu à peu de distance de la côte et à une faible hauteur au-dessus du niveau de la mer, comme les plantes des continents actuels. Il n° a d’ailleurs aucune analogie entre la disposition générale qu'affectent ces empreintes et celles que l’on trouve dans des tufs
(1) Journ. d'hist. naturelle, vol. I, p. 109; 1792.
Provence.
modernes; aussi rejette-t-1l l'opinion de de Jussieu, qui supposait, comme on l'a vu, que les plantes avaient été apportées par des courants des climats éloignés où elles croissaient, ce qui aurait certainement altéré et détruit tous les caractères si bien conservés qu'on leur trouve encore. En résumé, ces couches ont été formées au fond de la mer avec les détritus des végétaux apportés des terres voisines par les cours d’eau.
Marce! de Serres {1), après avoir rappelé que dès 1724 Ant. de Jussieu avait signalé à la Mosson, non loi de Montpellier, des restes d'Hippopotame, consistant en une tête et des pieds, décrivit à son tour des débris de Rhinocéros, d'Hippopotame et d'Éléphants provenant d'une petite vallée parallèle à la précédente, et enfouis, à ce qu'il semble, dans un gravier quaternaire. D'Hombres-Firmas (2) a donné un Essai sur Les pétrifications, et en particulier sur celles qui se trouvent à Sauvages, près d'Alais (Gard). Ce sont des Gryphées, des Bélemnites, des polypiers siliceux dans des banes de calcaires compactes gris.
Ferlus S'est aussi occupé des fossiles des Bains-de-Rennes (Journ. d'Hist. nat., n°12, p. 465) et Lemonnier des échimides de Bugarach (Aude). |
Darluc, médecin et professeur de botanique à Aix, s’est montré, dans son Histoire naturelle de la Provence (5), zoolooiste et botaniste descriptif assez exact, faible minéralogiste,
mais point du tout géologue n1 paléontologiste. Il attribue en-
core à l'espèce humaine certains ossements {rouvés dans les roches gypseuses des environs d'Aix, malgré ce qu'en avait déjà dit Guettard, et il en altribue d’autres à des animaux marins (vol. E, p. 495). En regardant le gypse du pays comme une formation marine (p. 90), il se montre moins judicieux que P. de Lamanon. Il donne (p. 80) une description suceincte des lignites de Gardane, de Memet, de Greasque, de Fuveau, pris toujours pour de véritable houille. Cette dernière substance est
(4) Journal de phys., vol. LAXXVHH, p. 382, 1819, mém. présenté à l'Acad. des sciences Le 7 août 1816
(2) 1bid., vol. LXXXIX, p. 247, 1819.
(3) 5 vol. in-8. Avignon, 1782-86.
d'ailleurs indiquée à 2 lieues au nord de Fréjus (vol. IH, p.320), et son gisement décrit sommairement.
Dans le second volume de son ouvrage, Darluc désigne encore les minéraux par l'expression de fossiles; il appelle primitives toutes les montagnes qui s'élèvent depuis la Méditerranée jusqu'aux limites du Dauphiné, et l'on ne peut disconvenir, dit-il (p. 265), que ces montagnes n'aient été créées originairement avec le globe. Sa manière de distinguer les montagnes en primitives et secondaires est mal comprise et de beaucoup inférieure à ce qu'écrivait un peu auparavant l'abbé Soulavie sur les terrains de la rive droite du Rhône.
Dans un Mémoire sur la nature et la position des ossements trouvés à Aix dans un rocher (1), P. de Lamanon a rappelé d'abord que Hoppelius, cité par Henckel dans sa Flora saturnisans, rapporte que, vers 1585, on trouva au milieu d’un rocher que l'on avait fait sauter, près de la ville, un cadavre humain pétrifié, assertion qui fut reproduite sans commentaires par tous les auteurs venus ensuite. Le 28 janvier 1760, on rencontra également, dans la pierre, près de l'hôpital général, les ossements décrits par Guettard (antè, p. 292) qui y avait reconnu des restes de poissons.
Ceux-ci, dit Lamanon, se montrent dans la couche appelée feuillette, tandis que c'est plus bas, dans un calcaire très-dur, gypseux, qu'ont été observés les ossements. Ceux qu'il a décrits d’abord proviennent de tortues qu'il désigne par l'expression de Chelonelithes aquensis anomites maximè arcuatus, et qui sont les premiers signalés en France. Les os attritribués au squelette humain proviennent de quadrupèdes mammifères. Quant à leur gisement en général, de Lamanon le regarde comme très-analogue à celui des plâtrières des environs de Paris. Ce rapprochement, fait il y a plus de 80 ans, est très-juste et a été confirmé par les recherches les plus récentes. Nous reviendrons plus loin sur la théorie générale de l’auteur relativement à la formation des dépôts gypseux.
(1) Journ. de phys., vol. XVE, p. 468; 1780.
Ramatuel a donné en 1792 une coupe détaillée des mêmes collines gypseuses. Il à décrit les banes et les caractères pélrographiques de chacun d'eux, signalé les coquilles dans les assises supérieures et des ossements avec des restes de carapace de tortues marines à 20 toises au-dessus du second banc de gypse exploité. Les Huitres à grand talon ou Huîtres à manche de violon, comme on les appelait alors, s’observent, plus bas, à côté de la route de Marseille, au niveau du cours de la ville. Les poissons des marnes feuilletées sont tous posés à plat, et l’auteur les rapporte à des Goujons voisins des cyprinoïdes. Le fossile qu'il mentionne, en lui assignant 12 pieds de long sur 2 de large et 2 1/2 d'épaisseur, semble provenir d’un tronc de palmier aplati.
C'est vers ce même temps que de Saussure parcourait la Provence, le Vivarais et le Dauphiné, et nous avons reproduit quelques-unes de ses remarques les plus importantes (antè p. 72-74). Plus récemment Ménard de la Groye (1) s’est occupé des roches ignées de Beaulieu (Bouches-du-Rhône) et A. Risso a donné des Observations géologiques sur la presqu'île de Saint-Hospice, près de Nice (2). 11 a décrit l'aspect physique du pays, la côte et la baie de Villefranche, et, dans son résumé, 1l distingue trois formations principales comme constituant cette petite région, fort intéressante d’ailleurs. La première de ces époques, en allant de bas en haut ou des plus anciennes aux plus nouvelles, correspond au dépôt des calcaires compactes à grain fin qui sert de base à tous les autres systèmes de couches. On n'y trouve point de fossiles; c'est le moins dérangé dans sa stratification et le moins altéré par les agents extérieurs.
Pendant 11 seconde époque, l'Océan ayant changé de nature, des roches différentes se sont déposées; il'a nourri une immense quantité de corps organisés dont les analogues n'existent plus, mais qui présentent dans leur apparition un ordre de succession évident. Ainsi on trouve : Le le calcaire marneux à
(1) Journ. de phys., vol. LX\XIE, p. 149; 1816. (2) Journ. de phys., vol. LXXVII, p. 197; 1815.
Gryphites (1); 2° la marne chloritée enveloppant le grand amas de Bélemnites, d’Ammonites, etc. ; 5° le calcaire grossier avec Nummulites, Orbitolites, Pecten, ete. Le calcaire à Gryphites, élevé à plus de 2000 mètres dans la montagne, a été très-dérangé dans sa stratification; ceux qui renferment des Bélemnites et des Nummulites sont au contraire plus réguliers et peu inclinés.
Pendant la troisième époque, la mer ne nourrissait plus que des animaux semblables à ceux qui vivent actuellement dans la Méditerranée; elle semble avoir formé deux dépôts distincts : la lumachelle de la pointe méridionale de la presqu'ile, puis Les sables de l’anse de Groseuil, où Risso a recueilli 401 espèces de coquilles, crustacés et polypiers ayant leurs analogues vivants sur la côte; aussi se demande-t-1l st ces derniers sédiments, de o mètres d'épaisseur, n'appartiendraient pas aux temps historiques.
I semble qu'après les mémoires de Guettard sur le Dauphiné, on ne devait pas s'attendre à voir de longtemps reprendre ce sujet aux mêmes points de vue; cependant, Faujas de Saint-Fond, à qui Scheuchzer aurait pu appliquer ce qu'il disait des naturalistes allemands, ne tarda pas à commencer aussi sur £e pays une publication qui devait avoir quatre volumes et qui paraît s'être arrêtée au premier. L'Histoire naturelle de la province de Dauphiné (2) comprend une douzaine de chapitres sur les sujets les plus divers et Les plus étrangers les uns aux autres.
Dans celui qui traite De quelques corps marins pétrifiés de la classe des coquilles (p. 295), l’auteur signale, comme ses prédécesseurs, dont il ne fait d'ailleurs aucune mention, les environs de Clansaye et de Saint-Paul-Trois-Châteaux, puis il décrit etligure des Échinites (Scutella et Schixaster), des Pecten et des Balanes. Plus loin (p. 357), il donne un premier mé-
(1) Le mot Gryphite état souvent employé alors pour désigner la Gryphée arquée du lias, mais 1ci 1l s'applique évidemment à la G. colombe de la craie tuffeau.
(2) In-8. Grenoble, 1781.
Dauphiné.
Tarenta!se.
moire sur divers os fossiles trouvés dans le pays, aux environs de Montélimart, de Saint-Paul-Trois-Châteaux (dans les couches marines tertiares), de Saint-Vallier, de Vienne, ete. C'est un travail sans importance et qui ne doit pas nous arrêter plus longtemps.
En 1807, Brochant de Villicrs (1), après avoir étudié les Alpes de la Tarentaise, sépara du terrain pranitif certaines roches qu'on y avait comprises jusque-là et les rangea dans le terrain de transition. Mais cette tentative, tout estimable qu'elle fût, devait être aussi peu fructueuse au fond que celles de Palassou, de Ramond et de Picot de Lapeirouse dans les Pyrénées, parce qu’elle manquait d'un véritable point d'appui, les caractères minéralogiques et stratigraphiques étant ier complétement insuffisants pour une classification rationnelle et définitive.
[aurait fallu pouvoir déterminer la limite du terrain secondaire au-dessus pour être en droit de dire que lon avait cerlainement sous les yeux le terrain de transition de Werner; mais c'est ce que l'on ne pouvait, guère affirmer alors, et, depuis, la plus grande partie de ces roches séparées du terrain primitif ont dû être rapportées au terrain secondaire.
Quant aux mémoires et aux rapports de Dolomieu, faits la suite de deux excursions dans les Alpes, ils ne nous apprendraient absolument rien sur les sujets qui nous intéressent.
$ 2. France centrale.
Nous réunirons sous ce titre quelques observations qui, sans appartenir exlusivement à la région centrale proprement dite de la France, ne pourraient pas être rapportées non plus à ses parties sud ou nord, au moins géologiquement.
(1) Observalions géologiques sur les lerrains de transition qui se rencontrent dans les Alpes de la Tarentaise el autres parties de la chaîne. Lu à 1 fnslitut en mars 1807. — Journ. des mines, vol. XXII, mai 1808.
On a déjà vu que les dépôts coquilliers ou faluns, si riches dans la Touraine, avaient attiré l'attention de Réaumur et de Buffon. Plus tard, un voyageur anglais, nommé Odanel, confia à Bruguières les notes qu'il avait recueillies à ce sujet et qui furent publiées par ce dernier (1). Les localités de Sainte-Maure, de Bossé, de Sainte-Catherine-de-Fière-Bois, de la Bosselière, où les faluns sont particulièrement exploités, sont décrites avec soin et exactitude. La Sauvagère, qui, dans ses Recherches historiques, avait parlé de ces dépôts sans les avoir vus, est vivement et justement critiqué pour avoir attribué leurs coquilles à une végétation spontanée; il est certain que le temps de ces rêveries était passé. Bruguières ne fait d’ailleurs aucune mention des recherches antérieures qu'il devait connaître. Enfin Veau de Launay s’est aussi occupé de ce sujet (2).
De Gensanne (3), qui avait visité les environs de Doué, en donne une description qui n'est pas sans intérêt. « A deux « lieues de Saumur, près de la petite ville de Doué, il y a, «dit-il, un banc de coquillages très-étendu, presque sans « mélange de substances étrangères, la plupart entiers et bien « conservés, Ces faluns renferment un très-grand nombre de « « marins, des dents de Requins ou Glossopètres, des Our-
CS
coquilles de différentes espèces, des ossements de vertébrés
« sins, etc. Toutes les couches sont disposées par ondes ré- « gulières, telles qu'une mer médiocrement agitée a dû les « arranger, à mesure que ces coquillages étaient déposés par « les testacés qui vivaient dans ces parages. Ce bane, qui a jus- « qu'à 60 ou 80 pieds d'épaisseur, est assis sur un fond de vase « noire qui constitue un des meilleurs engrais pour la culture « des terres. Les maisons du village souterrain de Soulanget « sont toutes taillées dans ces faluns, et les ouvertures snpé- « rieures des cheminées se voient à fleur de terre: ec qu'il
A) Journ. d'hist. naturelle, vol. IE, p. 34.
(2) Journ. de phys., vol. LXT, p. 404; 1805.
(3, Hist. naturelle de la province du Languedoc, vol. IE — Discours préliminaire, p. 6; 1776.
Touraine.
Anjou.
Berry, etc.
Cotentin.
De Gerville,
« ya de plus singulier, remarque l'auteur, c'est que ces ha- « bitations souterraines ne sont n1 humides ni malsaines. « Auprès des murs de Doué, continue-t-1l, un amphithéâtre <a été taillé par les Romains dans ce même banc de faluu. « Juste Lipse nous en a conservé un dessin très-exact ; nous «l'avons confronté et trouvé très-conforme au plan que «nous en avons levé sur les lieux avec toute l'exactitude pos- « sible. »
Tous ces faits venaient confirmer les idées de d'Holbach, que le déluge universel n'avait point influé sur la formation des couches de la Terre, dont l’ordre, la succession régulière et la distribution également régulière des fossiles démontrent qu'elles se sont déposées d'après les mêmes lois que celles de nos jours, au fond ou sur le lit des bassins actuels.
La note de Gourjon de Laverne (1) sur l'ocrière de Moragne, située près de la Motte-d'Humbligny au nord-est de Bourges, nous apprend peu de chose, et les voyages minéralogiques de Monnet (2) en Auvergne sont complétement étrangers à notre sujet. Passimge (3) a signalé des dépôts d'origme lacustre à Espaly, au Puy et à Retournad (Haute-Loire), à Sury-le-Comtat, au nord de Roanne (Loire), de même que Ménard de la Groye, au nord-ouest du Mans, sur la route d'Alençon (Sarthe) (4).
Passinge (5) a publié une série de mémoires pour servir à l'histoire naturelle du département de la Haute-Loire, mais qui sont presque exclusivement minéralogiques.
Au fond du Cotentin, loin de tout centre scientifique, du Hérissier de Gerville, en rentrant de l’émigration, s'était consacré à l'étude des antiquités et de l'histoire naturelle de son pays natal, et, pendant plus de quarante ans, s’oceupa de la recherche des fossiles qu'il renferme. Il réunit ainsi une riche
(1) Journ. de phys., vol. XXXI, p. 11: 1787.
(2) Journ. de phys., vol. XXXII, p. 115, 179; 1788. — 1b., vol. XXXHI, p. 112 et 521; 1788.
(5) Journ. des mines, vol. VI, p. 813.
(4) Ann. du Muséum, vol. XV, p. 380; 1810.
(à) Journal des mines, vol. VI, p. 117, 181, ete.; 1707-98.
collection provenant de terrains très-variés, qu'il fit connaître par deux lettres adressées à M. Defrance, en 1814 et 1817 (1). Nous suivrons l’ordre de haut en bas que l'auteur a adopté dans la seconde de ces lettres, et qui est l'ordre naturel des couches, bien qu’il ne semble pas encore lui accorder une grande confiance, comme il l'avoue lui-même (p. 212).
Les carrières de tuf de Sainteny, de Motier-Saint-Georges, de Saint-André-de Bouhon, d'Auxas, de Saint-Sébastien, de Saint-Germain-le-Vicomte, sont ouvertes au niveau des marais, entre celui de Samt-Georges et ceux de la Taute, dans une pierre qui ressemble à un falun pétrifié ou consolidé en masses irrégulières discontinues, renfermant une prodigieuse quantité de coquilles et de polypiers très-variés. La position et l’âge absolu de ces dépôts tertiaires, les plus récents du pays, n sont pas d'ailleurs très-bien déterminés.
Le banc à Turritelles est peu étendu dans la paroisse du Hasse, près de Montebourg, ete. I est rempli de Troques, de Turritelles, de Cérites, et renferme beaucoup d’oolithes.
Le banc à Cérites est pour l'auteur l’analogue du calcaire grossier de Grignon, par l'abondance et les espèces de fossiles qu'on y trouve, surtout du genre Gérite. Les lambeaux séparés qu'il forme s'étendent de VE. à l'O., de Saint-Sauveur-le- Vicomte à Gourbesville. Ce sont les marnières ou marlières du pays, composées de sable calcaire, de coquilles brisées. Dans la seconde lettre, de Gerville réunit ces trois bancs, sous la désignation générale de faluns, dont il distingue alors 3 variétés, et annonce y avoir recueilli 850 espèces fossiles dont 1l imdique le nombre dans chaque genre.
Le banc à Baculites semble border plusieurs dépôts de faluns qui le recouvrent, comme on lobserve dans les exploitations souvent temporaires de Gourbesville, d’Aufreville, d’Orlandes, de Fréville, d'Hauteville et de Néhou. Dans d’autres communes, le calcaire compacte n’a pas plus de 4 pied d'épais-
(1) Lettres de M. du Hérissier de Gerville à M. Defrance. (Journ. de phys., vol. LAXIX, p. 16, 1814, et vol. LXXXIV, p. 197; 1817.)
seur, Outre les Baculites, qui y sont le fossile le plus abondant et dont l’auteur signale 3 espèces, il mentionne une Ammonite, un Nautile, des Térébratules, des polypiers, etc., en tout 178 espèces.
Le banc à Nautiles, particulièrement observé aux environs de Bayeux (Calvados), se compose de calcaire à gros grains et de calcaire compacte. Celui-ci est blanchâtre, assez tendre, à grain fin, et renferme peu de fossiles, tandis que le premier, d'un jaune sale, peu solide, rempli d'oolithes ferrugineuses, renferme une prodigieuse quantité de débris organiques (Ammonites, Bélemnites, Nautiles, Térébratules, Trochus, Turbo, Cérites, etc.), dont l'auteur a pu distinguer 107 espèces.
Le banc à Bélemnites, suivant de Gerville, serait tellement associé au suivant, avec lequel on le trouve en contact, qu'il a hésité à l'en séparer; néanmoins on peut l'en distinguer par la nature du calcaire. Il s'étend sur le territoire de cinq ou six communes situées au nord-est, et est terminé d'un côté par une zone du banc à Gryphites contre le Grand-Vé, s'étend sur la pointe la plus élevée de Sainte-Marie-du-Mont, de Vierville, ete., jusqu'à Sebwville et Corquebu. Dans le département du Calvados il s’observe à Tilly et à Vieux-Pont. Malgré la dislinction qu'il établit et qui est très-fondée, l'auteur croit que les fossiles de ce banc, dont il signale 60 espèces (Bélemnites, Ammonites, Nautiles, Térébratules, Entroques, etc.), sont les mêmes que ceux du suivant.
Le banc à Gryphites est plus étendu qu'aucun autre bane coquillier du pays. IL occupe le canton de Sainte-Mère-Éclise tout entier et plusieurs communes de ceux de Montebourg et de Carantan. De Gerville mentionne tous les points où il la observé, renfermant des Gryphites et des Ammonites à double sillon, Les couches sont généralement horizontales, quelquefeis inclinées de 10°. Au four à chaux de Blosville, où on le voit au contact du précédent, l'inclinaison change brusquement. Dans le département du Calvados, ce bane existe à Épinay, à Tesson, à l'ouest de Litry et à Longeau. 45 espèces de fossiles, particulièrement des Ammonites, y sont signalées.
Le bane à Pectinites, connu sous le nom de carreau de Valognes, et qui constitue le sol de cette ville, s’observe aussi à Picauville, à Baute, à Coignv, ete. Les couches en sont partout horizontales et séparées les unes des autres par des lits de glaise bleuâtre. Les fossiles, quoique fréquents, entre autres les Peignes, y sont peu variés; une Ammonite est indiquée à Baute; il n’y a point de Bélemnites, L'auteur y mentionne en tout 59 espèces.
Sous la désignation des lettres E et F, de Gerville indique ensuite des grès coquilliers assez répandus dans les arrondissements de Cherbourg et de Valognes, puis les calcaires marbres des carrières de Surtamville, de Pierreville, de Saint-Germain, de la Haye-du-Puits, de Montgardon, du havre de Surville, de Breuville, des environs de Coutances, de Néhou et de Saint- Sauveur, au sud de Valognes ; il indique des Trilobites entre Briquebec et Cherbourg, et, plus au sud, décrit les caleaires de Bahais, de Cavagny, de Moon, sur les bords de la Vire, au nord deSaint-Lô, etc. Outre les Trilobites, les Térébratules, les polypiers, les Entroques, une Calcéole, etc., ont permis de reconnaître 27 espèces fossiles tant dans les grès que dans les calcaires.
En résumé, de Gerville avait, en 1817, rassemblé et distingué 1427 espèces de fossiles invertébrés, réparties dans 10 terrains différents et caractérisés, pour la plupart, par le nom du genre de fossile qui y dominait. Trois divisions du terrain tertiaire, la craie, l’oolithe inférieure, trois divisions du lias, les grès et les calcaires de transition sont des coupes très-jndicieusement tracées, entre Bayeux, Coutances et Cherbourg. À ce moment, aucune province de France ne pouvait se flatter de présenter un bilan paléozoologique, stratigraphique et géographique aussi varié et aussi complet, C'est ce qui nous fait regarder ces lettres de de Gerville comme le travail Le plus original et le plus avancé que l’on ait encore exécuté dans cette voie. Cependant 1l n'eut aucun retentissement et ne fut cité nulle part, ce qui paraît tenir à la manière dont l’auteur a présenté les faits, n'ayant lui-même aucune confiance dans l'ordre où il décrit ses
Vendée.
Fleuriau de Bellevue.
bancs, quoique cet ordre fût parfaitement exact, comme l'ont prouvé les observations subséquentes; en sorte qu’on peut dire que de Gerville ne se doutait pas du mérite de son travail, ce qui ne doit pas nous empêcher de le constater.
Si de Gerville n’a rien publié lui-même des richesses qu'il avait rassemblées, elles ont été extrêmement utiles à tous eeux qui s’occupaient de paléontologie et auxquels il les communiquait avec une bbéralité et une bonne grâce qu'on serait heureux de rencontrer toujours chez les personnes qui s'occupent de collections locales.
On avait signalé depuis longtemps, sur la côte basse et marécageuse de la Vendée, au sud de Luçon et sur la commune de Saint-Michel-en-l'Herm, des bancs d'Huîtres, fort élevés audessus du niveau actuel de la mer et à une certaine distance du rivage. Masse, en 1715, le P. Arcère 1), en 4755, et plus tard, Cavolau (2), ont constaté que les Huitres étaient disposées par couches. Fleuriau de Bellevue (5), qui a de nouveau étudié ces bancs, y a fait pratiquer des excavations pour s'assurer de ce caractère, et l'y a également reconnu. On remarque trois éminences principales, disposées en zigzag à 5000 toises de distance de la mer, élevées de 50 à 45 pieds au-dessus du niveau des marais environnants et dont la plus haute est à 62 pieds au-dessus du niveau qu'occupent les banes d'Huitres de nos jours. La plupart des coquilles sont pourvues de leurs deux valves, et reposent la grande en dessous, formant des banes horizontaux, traversés et séparés çà et là par des amas peu épais et peu étendus de coquilles accumulées pêle-mêle. Fleurrau de Bellevue ne doute pas que les monticules ne soient parfaitement en place et de composition identique avec ceux qui se forment aujourd'hui au-dessous de la mer dans le voisinage. L'espèce d'Huître (0. edulis) et les autres coquilles qui s'y trouvent çà
(1) Histoire de la Rochelle et du pays d'Aunis, vol. I, p. 14; 1755. (2) Annuaire-statistique de la Vendée, an XIE, p. 55. (3) Observations géologiques sur les côtes de la Charente-Inférieure. (Journ. de phys., vol. LXXVIL, p. 401; 1814.)
et là mêlées sont celles qui vivent encore sur la côte. Les talus assez rapides et réguliers de ces sortes de digues flexueuses lui font penser que la mer les a abandonnées par un retrait subit de ses eaux, Mais il ne se prononce point sur la question de savoir si cet effet résulte d'un abaissement de l'Océan ou bien d'un soulèvement de la côte. À ce dernier égard, il fait remarquer qu'on n’en voit aucune trace dans les îlots voisins. Mais un soulèvement de 15 à 20 mètres, qui se serait produit lentement, dans une étendue de plage basse de 15 à 20 lieues de long, pourrait être imappréciable aujourd'hui sans des fémoins de la nature de ces buttes coquillières. C’est d’ailleurs un fait à peu près semblable à celui que, dans le même temps, Risso signalait près de Nice, et dont lanalogie n’a pas non plus échappé à Fleuriau de Bellevue, qui le rappelle.
Si nous nous reportons au nord-est de la France, nous aurons à mentionner seulement les études stratigraphiques auxquelles avaient donné lieu les exploitations de sel gemme de la Lorraine, qui, malgré les recherches de Guettard et de Piroux, n'ont pris un grand développement que par suite de travaux plus récents (1). On doit aussi à Graffenauer un Essai de minéralogie alsacienne économico-technique (2). Bien que les sources salées des environs de Vic fussent exploitées depuis longtemps, l'existence du banc de sel gemme qui les alimentait n’a été constatée qu'en 1819. Mathieu de Dombasle (5) annonça à cette époque que, dans un sondage, le sel gemme avait été atteint à 65 mètres du jour, et que Le banc avait été reconnu déjà sur une épaisseur de 20 mètres divisée en trois parties par des lits d'argile.
A quatre myriamètres au sud-ouest de Mayence Beurard (4) découvrit dans des schistes des empreintes de poissons mouchetées de mercure sulfuré.
(1) Voy. Hist. des progrès de la géologie, vol. VIN, p. 89. (2) In-8 avec carte, Strasbourg, 4806.
(3) Journ. de Phys., vol. LXXXIX, p. 395; 1819.
(4) Journ. des mines, vol, XIV, p. 409; 1803.
Provinces de
l'Est.
$ 3. France nord.
On à vu que Guettard et Lavoisier, qui avaient entrepris l'exécution d'un atlas minéralogique de la France, après des voyages déjà nombreux dans diverses provinces, et après avoir rassemblé beaucoup de matériaux importants, avaient aban- «onné ce travail, dont 16 cartes parurent en 1778. Monnet, qui fut chargé de le continuer, exéeuta aussi plusieurs voyages à cet ellet, et publia, en 1780, la première partie de l'Atlas et description minéralogique de la France, entrepris par ordre du Roi. Cette partie, composée de 34 cartes de détail et d’une carte d'ensemble, comprend le Beauvoisis, la Picardie, le Boulonnais, la Flandre française, le Soissonnais, la Lorraine allemande, une partie de la Lorraine française, le pays messin ct une partie de la Champagne.
En marge de chaque carte se trouvent une ou plusieurs cou pes de détails, soit locale ou d'une carrière, soit théorique et indiquant les principales masses de pierres qui s’observent dans l'étendue de la carte avec des désignations purement pétrographiques. Des signes minéralogiques dont l’explication se trouve aussi en marge indiquent la nature des pierres, les diverses substances minérales, les exploitations, etc.
On voit dans l'avant-propos (p. vij, vi et 1x) que Monnet ne se faisait aucune idée de la succession générale ou de l’ordre des terrains; 1l ne trouve de différence d’un pays à un autre que par la roche de la surface. Il croit que les grandes chaînes de montagnes qui traversent les continents en se dirigeant, ditl, ordinairement de l’un des quatre points cardinaux vers un autre, ne sont pas construites comme les autres, qu'il n’y à jamais de coquilles ni de pierres coquillières dans leur intérieur, qu’elles ne sont point composées de bancs n1 de couches, mais de masses continues de granite ou de schistes graniteux fendillés en divers sens, landis que les petites chaines qui vont dans toutes
FRANCE NORD. 369 les directions, qui entourent les plaines et qui n'en diffèrent que par leur élévation, sont presque toujours le résultat de l’assemblage de coquilles, des parties provenant de la destruction d'anciennes roches ou des débris d'êtres organisés qui ont successivement habité la terre. Monnet rend d’ulleurs ici pleme et entière justice à Guettard, à qui revient, dit-1l, la gloire de lui avoir montré le chemin et d’avoir été le premier à faire voir qu'on pouvait représenter les caractères minéralogiques d’un pays au moyen de signes conventionnels placés sur des cartes disposées à cet effet. Cependant il n’en critique pas moins les bandes sablonneuses, marneuses et schisteuses de son prédécesseur (p. 94), lesquelles, ainst que nous l'avons dit, n'étaient nullement prouvées avoir leurs prolongements souterrains.
Les trois voyages publiés et que Monnet avait faits dans le Nord et l'Ouest, de Paris à Boulogne, dans les Flandres, puis vers Soissons, Reims et la Champagne, et enfin à l’est, dans la Lorraine, peuvent être encore consultés pour les détails locaux qu'ils renferment et qui sont fort exacts. Mais ils sont complé tement dépourvus de toute idée théorique etsystématique quant à l'arrangement des roches que l’auteur décrit avec tant de soin. Il y a joint une table des lieux cités dans le texte et une table des matières des substances mentionnées.
Monnet avait aussi exécuté plusieurs voyages minéralogiques dans d’autres directions, et particulièrement en Auvergne, mais sans aucun résultat fructueux pour la partie de la science qui nous occupe.
Si maintenant nous restreignons nos considérations au bassin de la Seine et aux provinces qui l’avoisinent immédiatement, nous verrons que les environs de Paris, sur lesquels Guettard avait tant écrit, ne cessaient point d'attirer l'attention des naturalistes, qui marchaient toujours un peu au hasard et sans trop essayer de coordonner leurs découvertes.
Parlon (1), dans sa description de Montmartre, prend pour des os humains ceux que l’on avait trouvés dans les plâtrières
(1) Journ. de phys., oct. 1780, p. 289.
Bassin de la Seine.