Partie centrale
de cette colline ; Pasumot (1), plus éclairé, figure et décrit des ossements et des dents provenant d'un quadrupède mammifère; mais c'est à P. R. de Lamanon (2), l'un des infortunés compagnons de Lapey;rouse, que l'on doit les recherches les plus importantes. Il à d'abord relevé les erreurs de ses devanciers, rappelé les découvertes de Milien, de Morin et du P. Cotte, ce dernier ayant recueilli une mâchoire de mammifère dans les couches gypseuses de Montmorency, puis il a décrit à son tour les restes de mammifères, de poissons et d'oiseaux (5) dont il donne des figures. « On ne peut, dit-il ensuite, rapporter ces « ossements à aucun des animaux terrestres que nous connais- « sions, et il en est de même pour les animaux marins recueillis « dans la même colline. »
La théorie de Lamanon sur la formation des lacs qu'il appelle secondaires, disuncts des lacs primitifs qui se seraient réunis pour former l'Océan, ne laisse pas que d'être assez obscure; quoi qu'il en soit, c'est dans ces lacs secondaires que se seraient déposés les amas de gypse.
Dans le bassin de la Seine et entre Les trois principaux cours d'eau qui durent se réunir, savoir : la Marne, la Seine et l'Oise, sont comprises les collines de gypse, s'étendant sur une longueur de 25 lieues avec une largeur variable. Cette masse énorme de pierre à plâtre repose sur des couches de pierre calcaire remplies de coquilles marines. La nature différente de ces deux pierres prouve qu'elles n’ont pas été déposées dans les mêmes eaux, et de plus on remarque qu'il n’y a point de coquilles dans le gypse qui renferme des ossements, tandis qu'il n’y a point d'ossements dans la pierre calcaire remplie de coquilles. Le gypse est tout à fait indépendant du calcaire sous-jacent qui était consolidé avant son dépôt, et le lac alimenté par les eaux de l'Aisne,
(1) Lettre sur quelques ossements trouvés dans les carrières de Montmartre, 1b., vol. XX, p. 98, pl. 2; 1782.
(2) Description de divers fossiles trouvés dans les carrières de Montmartre, ete., 1b., vol. XIX, p. 173; 1782.
(3) lbid., vol. XXII, p. 309; 1785.
de la Marne, de l'Oise et de la Seine, tenait en dissolution le gypse, qui se déposa de manière à former une île entourée de pierre calcaire. Ge lac devait occuper à peu près l’espace compris entre ces quatre cours d’eau.
La carte jointe au mémoire de Lamanon représente l'étendue présumée du lac gypseux qui, dans l'hypothèse, n’est point assez prolongée à l'ouest vers Marines, ni au sud vers Antony ; mais cet essai n'en était pas moins remarquable pour le temps. L’auteur suppose qu'après l'écoulement des eaux du lae, son lit a été cultivé et habité par les hommes. Ce lit était plus considérable que celui du lac de Genève; il était, comme tous les lacs suisses, plus long que large, et sa première dimension était dans Le sens de la rivière la plus importante.
De Lamanon décrit les alternances de gypse, de marnes et de marnes gypseuses en couches horizontales, parallèles, renfermant des coquilles qui ne vivent point dans la mer, qu'il prend pour des ÜUnio et des Gyclades, et qu'il suppose exister encore dans la Seine, la Marne ou la Bièvre. Il mentionne également un Planorbe, et conclut que des coquilles d'eau douce peuplaient cet ancien lac. Quant à la formation du gypse, il admet que les eaux de la Marne apportaient le carbonate de chaux de la Champagne; la décomposition des pyrites de la craie fournissait l'acide sulfurique, qui, réagissant sur le carbonate, se serait emparé de sa base. Cette hypothèse lui paraissait plus plausible que celle de Lamétherie qui attribuait le gypse à des émanations voleaniques. ,
Après l'écoulement des eaux du lac du côté de Meulan, ou vers l'ouest, les eaux pluviales ont sillonné son lond, les rivières ont creusé leur lit dans ces dépôts, et dès lors le pays a commencé à prendre l'aspect que nous lui voyons.
Des ouvriers des carrières ayant assuré à de Lamanon qu'ils avaient trouvé une clef en fer au milieu du gypse de Montmartre, que d’autres objets du même métal avaient été recueillis dans les inêmes conditions à Belleville et à Charonne, le savant naturaliste ne doutut pomt que l’homme, précédant la mise à sec du sol actuel de l’Ile-de-France, n’eût vécu sur les bords
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sud.
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du lac séléniteux, et n’eût connu dès ce temps l'art de forger le fer.
Les gypses des Sion, de Granges et des autres localités du Valais, ceux d'Aix et des autres points de la Provence, comme ceux de Brizembourg, près Cognac, auraient tous la même origine que la pierre à plâtre des environs de Paris.
De Lamanon à décrit aussi un os provenant d’un très-grand animal qu'il croit être un cétacé, et qui avait été trouvé à Paris dans une couche de glaise au-dessous de la rue Dauphine (1).
Si nous nous éloignons un instant de cette ville vers le sud, vous verrons que, dans le même temps, l'abbé Giraud-Soulavie s’occupant de l’histoire naturelle des environs de Malesherbes (2), décrivait, mieux que ne l'avait fait de Lassone, les grès et les sables qui constituent la base des collines et des plateaux qui s'étendent de Milly à Étampes. H signale au-dessus des grès une couche de pierre à fusil (c'est un grès lustré), en blocs irréguliers, surmonté d'une couche de calcaire qui recouvre le tout. Il croit avoir reconnu la présence d’une Bélemnite dans le grès, mais iln’est point frappé des caractères particuliers du calcaire lacustre. La description du grès quartzeux, parfois calcarifère, est d’ailleurs exacte. Après le dépôt de ces diverses couches, les plateaux furent sillonnés par les eaux pluviales, qui tracèrent les vallées actuelles, et la végétation vint recouvrir le sol.
Plus au sud encore, Defay (5) signale la découverte de nombreux ossements fossiles à Montabuzard, commune d’Ingré, sur la rive droite de la Loire, à une lieue d'Orléans. La carrière présentait la coupe suivante :
1°" Terre végétale. .". . . : 5e « - 12 A ONINR) 2 Calcaire en petits fragments... . . . . 12 à 15 9° Calcaire en bancs continus. . . . . . dà 6
C’est dans l’assise n° 3 que de 1778 à 1781 furent recueillis des ossements que l’auteur rapporte à l'Hippopotame, au Cerf,
(1) Journ. de phys., vol. XVIF, p. 595, pl. 2; 1781. (2) Hist. naturelle de La France méridionale, vol. VE, p. 55; 1784. (3) La Nalure considérée dans plusieurs de ses opérations, ou Mémoire
FRANCE NORD. 313 au Cheval, avec des bois de Chevreuil, des dents ressemblant à celles qu'a figurées Buffon dans les Époques de la nature et que nous avons vues appartenir au Mastodonte, des os longs, des dents de ruminants et d’autres inconnues. Il croit, comme le grand naturaliste que nous venons de citer, que les espèces animales anciennes avaient des dimensions plus considérables que celles de nos jours.
Guettard (1) a figuré ensuite quelques-uns de ces fossiles; Faujs de Saint-Fond (2) s'en est occupé depuis, et Cuvier (5), en v reconnaissant les Mastodontes angustidens et tapiroides, une grande espèce de Lophiodon avec deux plus petites, le Pa. læotherium aurelianense, etc., croyait que la couche qui les renfermait était la même que celle qui, vers le centre du bassin, avait offert des restes de mammifères de ces deux derniers “enres. Cette couche, passant ainsi sous les grès de Fontaine bleau, serait venue affleurer sur les rives de la Loire. « Je ne « doute guère, dit le savant anatomiste, que ces banes de cal- « care d’eau douce ne passent sous les immenses lits de sable « et de grès sans coquilles qui constituent le fond de toute la « plaine de Beauce, et qu'ils ne se rattachent par conséquent à « cette ancienne formation d'eau douce dont nos plâtres de « Paris font partie. » Les données stratigraphiques n’ont pas réalisé ces prévisions.
Reportons-nous actuellement au nord du même bassin; nous y retrouverons encore l'abbé Soulavie décrivant les environs d'Ermenonville et y distinguant de haut en bas, à partir de la terre végétale : 1° un calcaire marneux avec des fossiles ; 2° le sable coquillier ; 5° des bancs de grès également coquilliers ; 4 des sables; 5° un second calcaire avec fossiles ; 6° un troisième banc de sable; T° des sables ferrugineux sans coquilles;
el observations sur diverses parties de l'histoire naturelle, avec La minéralogie de l'Orléanais, m-8, p. 55; 1783.
(1) Mémorres, vol. VI. — Mémoire X, pl. 6 et 7, 1786.
(2) Journ. de phys., vol. XLV, p. 445; 1794.
(3) Recherches sur les ossements fossiles, vol. I, p. 408. — Vol. V, l'- 435$