‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphiqueChapitre 32 sur 63 · Partie Lord · texte numérisé non relu

Partie Lord

8° des sables blancs supportant le tout. Il donne une énumération des fossiles telle qu'on pouvait la faire alors, et fait remarquer leur bel état de conservation.

Plus loin dans cette direction, les mémoires de Poiret Sur Les tourbes pyriteuses du Soissonnais (1), s'ils avaient été mieux appréciés, auraient pu prévenir les discussions que ces dépôts occasionnèrent un demi-siècle plus tard. Ces mémoires, en effet, non-seulement renferment d'excellentes observations sur la composition, l’origine, le mode de formation et les usages de cette substance, mais encore des appréciations fort justes sur leur position et leur âge. « Ces tourbes, dit-il (2), n’ont pas été « déposées par les eaux de la mer, mais dans les eaux douces, «à l'endroit où on les trouve aujourd’hui, ce qui est prouvé « par le banc de coquilles fluviatiles, placé entre deux couches de « tourbes. Des dépôts marins sont venus recouvrir oetie tourbe « formée et précipitée dans des eaux douces; donc son existence « est antérieure à la présence des eaux de la mer dans ce pays. » Mais, n'ayant pas encore observé la tourbe pyriteuse sous les montagnes calcaires, 1l n’admet qu'avec réserve son antériorité à ces mêmes montagnes. F. Lemaître, dans son Essai sur la topographie minéralogique du ci-devant district de Laon et d'une partie de celui de Ghauny (5), avait aussi étudié avee soin ces dépôts, connus dans le pays sous le nom de cendrières; mais il n'était pas certain non plus qu'ils passassent sous Les plateaux calcaires, et cela parce qu'il ne retrouvait pas leurs affleurements au même niveau de l’autre côté des collines. Cette raison était beaucoup meilleure que toutes celles qu'ont données depuis les antagonistes de l'antériorité; cependant elle n’était pas concluante, parce que ces mêmes dépôts constituent des amas discontinus et non des couches suivies comme les sables et les calcaires qui les recouvrent. Quant à l'opinion de Coupé (4), qui

(1) Journal de ÿhys., vol. LI, p. 292; 1800. — Jb., vol. LUE, p. 1; 1801. — 1b., LIL, p. 249.

(2) 2° Mém., loc. cit., vol. LUE, p. 17; 1801.

(3) Juurn. des mines, an V, vol. VE, p. 853.

(4) Lettre à Poiret (Journ. de phys., vol. LH, p 150; 1801).

FRANCE NAORP, 919 pensait que les dépôts de lignites et Les lits coquilliers qui les accompagnent sont postérieurs au creusement des vallées, adossés au pied des talus des couches régulières, et qu'ils résulteraient de l'entrainement par les eaux des parties supérieures, elle prouve que cet observateur les avait mal étudiés, et ressemblait en cela à ceux qui depuis ont marché sur ses traces.

Lavoisier, que nous avons déjà vu associé aux recherches de Guettard, prouva qu'il aurait pu être aussi bien un grand naturaliste que le premier de nos chimistes. Dans ses Observalions générales sur les couches modernes (1) il distingue, sous le nom de bancs littoraux, les dépôts formés le long des côtes, et, sous celui de bancs pélagiens, ceux qu'il suppose avoir été formés à une certaine distance, sous des eaux plus profondes. I fait voir les différentes natures de leurs sédiments, la différence des coquilles ou des autres productions marines qu’ils doivent renfermer, enfin quels sont les mouvements de la mer auxquels on doit les attribuer. Il admet que les diverses couches sont dues à de très-lentes oscillations du niveau des mers, lesquelles se sont reproduites un certain nombre de fois; d’où il résulterait, suivant lui, qu'une coupe des bancs horizontaux compris entre l'Océan et les hautes montagnes doit offrir une alternance de bancs successivement littoraux et pélagiens, composés de substances différentes. « Si l’on pouvait prolonger «celte coupe assez profondément pour atteindre l'ancienne « terre, expression de Rouelle, dont se sert ici l'illustre chi- « miste, on pourrait, dit-il, juger, par le nombre des couches, « du nombre des excursions que la mer a faites. Enfin, lorsque « les couches du fond ou du sol immergé étaient de nature « meuble comme des argiles et des sables, elles ont dû être fré- « quemment détruites par le retrait des eaux. »

A l'appui de ces idées, Lavoisier a donné des coupes fort exactes qui prouvent qu'il avait bien le sentiment de celte géologie stratigraphique si tardivement développée chez nous. Ce sont des coupes des environs de Villers-Cotterets, de la des-

(1) Mém. de l'Acad. r. des sciences, 1789, p. 350, pl. 7.

Lavoisier.

Coupe.

cente de Sèvres et de Saint-Gobain à La Fère. Il les compare, fait voir leurs rapports, leurs différences et leurs dispositions générales au-dessus de la craie qui partout leur sert de base,

On doit donc reconnaitre, dans ce mémoire de Lavoisier, la première ébauche d'une classification rationnelle du terrain tertaire du bassin de la Seine. On y voit très-nettement indiquées les relations de la meulière supérieure, des sables et grès supérieurs, du calcaire grossier, des sables inférieurs, de l'argile plastique et de la craie. Il n’y manque que la distinction, fort nnportante d’alleurs, du groupe lacustre moyen et du gypse qui se trouve compris ici avec le calcaire grossier.

Coupé (1), qui avait déjà donné un mémoire sur la pierre meulière, la marne et les coquilles d’eau douce qu'on y trouve, travail dans lequel, tout en commettant quelques méprises, il n'en a pas moins bien saisi les rapports des meulières supérieures, des argiles, des grès et des sables sous-jacents, puis décrit lort exactement, mais sans leur donner de nom, les petits corps désignés plus tard sous celui de Gyrogonites; Coupé, disonsnous (2), vint, 15 ans après Lavoisier, combler la lacune que ce dernier avait laissée. Sans doute, le style entortllé et les expressions baroques de l’auteur ont pu contribuer à le faire ma apprécier de ses contemporains et oublier par ses successeurs; mais nous devons ici tenir compte des faits, et nous allons voir qu'à travers la bizarrerie de la forme on découvre au fond des vues très-exactes.

« Le Parisis, dit-1l, présente cinq dispositions distinctes qui «ont été placées successivement et par époques différentes « l’une au-dessus de l'autre. » Puis il énumère successivement la plus inférieure, qui est la craie, en masse continue et non divisée par lits, qui se fait distinguer encore par ses coagulations siliceuses noires, alignées, placées en cordons les unes audessus des autres (Bougival, Meudon), et dont on n’aperçoit que les parties les plus élevées. La seconde est une nappe de

(1) Journ. de phys., vol. LIX, p.161; 1804.

(2) 1bid., vol LXI, p. 365: 1805.

qlaise bleue (Gentilly, Issy, Auteuil). La troisième au-dessus est un ensemble de lits successifs qui composent les carrières de pierre de taille. La quatrième est la déposition gypseuse, composée aussi de lits de gypse, de glaises et de calcaires alternant et diversement mélangés, formant comme les précédentes un ensemble dont les éléments ont été déposés de la même mamière. La cinquième est une nappe épaisse de sable fin, uniforme, blane, recouvrant tout le pays. Coupé ne parle point ici de la meulière supérieure ni des argiles, mais il les avait décrites l’année précédente dans le mémoire que nous venons de rappeler, et l'on ne peut douter qu'il ne les considérät comme une sivième disposition. |

Quant au mode de formation de la craie et à son âge relatif, l’auteur émet les idées les moins admissibles. Dans un mémoire subséquent, il la confond (1) avec les calcaires lacustres moyens de Champigny, d'Essonne et de Corbeil, qui n’en seraient qu'une modification. « Ainsi la craie ordinaire, celle de Meudon, par « exemple, en se semi-colliquéfiant, dit-1l, a formé des nerfs de « réfrigération; tout cet ensemble s’entre-soutient et compose « des voûtes imébranlablement suspendues. » C'est-à-dire que la craie qui aurait été à demi liquide se serait consolidée plus tard, et la silice, au lieu de se trouver en rognons de formes défimes el disposés par cordons, se serait alors irrégulièrement disséminée dans la pâte calcaire. Coupé mentionne aussi les fossiles de la véritable craie, fait remarquer leur état particulier de conservation, et pense que les silex qu'il appelle des larmes siliceuses noires,s ysontconsolidésou, commeil dit, colliquéfiés et coagulés depuis son dépôt ou pendant ce qu'il appelle sa subterranéation.

Il passe ensuite à la description des glaises bleues, des lits de pierres à bâtir, qu'il désigne par l'expression imagée et assez juste de pilé marin, du gisement coquillier de Grignon, ete, La limite nord du pilé marin de Paris se trouve, suivant lui, au delà de Senlis, sur la route de Flandre, au bord de l'Oise, où la craie de Picardie commence à lui succéder,

(1) Journ. de phys., vol. LAN, p. 279, 1806.

Les dépôts de gypse et les marnes qui les accompagnent sont étudiés ensuite fort exactement. L'origine de la pierre à plâtre se trouverait, suivant l’auteur, fort éloignée du côté du nord et de l’est. Coupé ne semble d'ailleurs avoir eu aucune idée de la distinction des faunes suivant les diverses couches: car on le voit mentionner en même temps les reptiles de Maëstricht, des mammifères de Montmartre et ceux des dépôts de cailloux roulés ou diluviens. Il admet six divisions principales dans la hauteur de la butte Montmartre; elles sont bien justifiées par l'observation, et la dernière, celle des sables, « s'étend, dit-il, des bords de l'Oise à Fontainebleau, et même au delà, comme une vaste nappe de sable fin, pur et uniforme. »

Si l’on fait maintenant la part des hypothèses plus que hasardées sur l'origine de certains dépôts, de la bizarrerie de certaines expressions que semble affectionner Coupé, on reconnaîtra que sa classification est encore la plus complète que l'on ait donnée jusque-là. Et si nous la mettons en regard de celle de Lavoisier, on aura, en les combinant, les divisions les plus importantes du bassin de la See dans leurs vraies positions relatives. Nous substituerons, pour faciliter la comparaison, les désignations actuelles à celles des deux auteurs.

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