‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphiqueChapitre 35 sur 63 · CLASSIFICATION DE · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DE

11. Formation du limon d'’atterrissement (ancien et moderne, cailloux roulés, sables, graviers, poudingues, etc.).

10. — du second terrain d’eau douce (marnes et meulières à coquilles d’eau douce).

J, des meuières sans coquilles et du sable argileux

() Vol. Xi, année 1810, publié en 1811

du grès marin supérieur.

— du grès sans coquilles et du sable.

— des marnes marines,

du gypse à ossements et du premier {crramn d'eau douce —- du calcaire siliceux.

— du calcaire grossier et de son grès marin.

— de l'argile plastique.

— de la craie.

= LO C1 Cr I D |

La formation de la craie est décrite comme ci-dessus, avec quelques détails de plus et l’indication plus complète des fossiles. Dans celle de l'argile plastique sont distinguées les fausses glaises, où des fossiles sont signalés, Dans la description du calcare grossier el de son grès coquillier marin, on retrouve d'abord la même incertitude quant aux sables de l'argile plaslique, puis les mêmes détails, exactement reproduits jusqu'à la page 25, où se trouve ajoutée une petite liste de fossiles de chacune des trois divisions inférieure, moyenne et supérieure, ou systèmes introduits dans la formation. Or, d'après les auteurs, les deux systèmes supérieurs seraient quelquefois entièrement remplacés par des grès solides ou friables, blanes, gris ou foncés, remplis de coquilles bien conservées, mélangées parfois de cailloux roulés, « Tantôt, ajoutent-ils (p. 23), ces grès et les silex sont placés immédiatement sur les couches ou dans les couches du calcaire mariu:; tantôt ils semblent remplacer entièrement la formation du calcaire. En comparant les fossiles de ces grès avec ceux de Grignon, ils trouvent assez de différences pour les regarder comme ayant vécu dans des circonstances qui n'étaient pas absolument les mêmes.

On remarquera d’abord que précédemment Cuvier et Brongniart regardaient les coquilles du grès marin supérieur comme semblables à celles du calcaire grossier de Grignon, et qu'iciles fossiles des sables de ce même calcaire grossier sont au contraire différents de ceux de ce calcaire; ensuite ils citent la localité de Beauchamp comme l’une de celles où les grès remplacent entièrement la formation calcaire.

Cette manière de voir se comprend très-bien lorsqu'on examine cette localité, où les relations stratigraphiques étaient alors

assez obscures; mais ce que l’on conçoit moins, c'est que, depuis que l'erreur a été reconnue, quelques personnes, par un singulier contre-sens, se soient obstinées à désigner sous le nom de grès de Beauchamp ce grand ensemble de sable, de grès et de calcaire, aussi puissant que le calcaire grossier lui-même, et s’étendant presque autant que lui dans toutes les directions. Vouloir consacrer ainsi le souvenir d’une erreur, c’est être peu soucieux de la gloire du maitre ; les continuateurs de Werner, en pareille circonstance, se montraient plus intelligents.

Le mélange de coquilles lacustres et terrestres avec les coquilles marines a été signalé aussi sur ce point, de même qu'à Pierrelay, par Gillet de Laumond et Beudant.

Le calcaire siliceux est maimitenu au niveau du calcaire grossier; mais, plus conséquents que dans leur Essai de 1808, les auteurs le décrivent immédiatement après les sables et les grès dont nous venons de parler, tout en continuant de le placer immédiatement au-dessus de l'argile plastique.

Les articles 5 et 6, consacrés au gypse, à la première formation d'eau douce et de marnes marines, présentent toujours la pierre à plâtre placée aussi immédiatement au-dessus du calcaire marin, relations appuyées sur les mêmes motifs. Les petites coquilles ou plutôt les empreintes et les moules du lit de marne placée vers la partie supérieure, désignés d'abord comme ayan appartenu à des Tellines, sont rapportés ici au genre Gythérée. Une liste est donnée des fossiles de la pierre à plâtre et des marnes marines situées au-dessus. La distinction de la formation n° Gest en partie bien motivée par la différence de l'origine des dépôts. Ces fossiles sont distribués comme 1l suit, de bas en haut,

Formation d'eau douce. Masse gypseuse avec mammifères, oiseaux, reptiles, poissons, mollusques (un seul individu de Gyclostoma mumia); marnes blanches supérieures avec palmiers, poissons, Limnées et Planorbes; formation marine, comprenant des marnes jaunes feuilletées avec des Cythérées, des poissons, le Gerithium plicatum, des marnes vertes, des marnes jaunes avee des coquilles marines, des marnes calcaires avec Ostrea

FRANCE NORD, 987 longirostris, ete., et des marnes avec Ostrea cyathula, linguatula, cochlearia, des Balanes et des crustacés.

La formation des sables et des grès sans coquilles portait aussi le n° 7 dans l'Essai de 1808, parce qu'elle ne venait qu'après les sables et grès marins.

Quant à celle du sable et du grès marin supérieur, sa place est intervertie; elle est ici au-dessus du n° 7 au lieu d’être audessous, ce qui n’est pas plus exact, puisque en réalité ces deux formations sont le prolongement l’une de l'autre ou placées au même niveau et faisant partie du même tout.

Il y à en outre ici une erreur comparable à celle du calcaire siliceux mis en parallèle avec le calcaire grossier, c’est d'avoir confondu, avec ces sables et ces grès supérieurs, ceux qui apparliennent au niveau inférieur au gypse, dont nous avons parlé tout à l’heure, à Beauchamp, à Pierrelaye, à Triel, et que les auteurs regardent comme une modification locale et latérale du calcaire grossier. C'est ainsi que les sables et les grès de la butte d'Aumont dans la forêt de Senlis, de la Chapelle, d'Ermenonville, de Nanteuil et de Lévignan sont rapportés à cette formation supérieure, Cuvier et Brongniart admettent alors aux environs de Paris trois sortes de grès, parfois semblables minéralogiquement, mais très-différents par leur position ou leurs caractères géologique. En réalité, il n’y en avait encore que deux, l'un au-dessus et l'autre au-dessous du gypse, et ce dernier est indépendant ou distinct du calcaire grossier au lieu d'en être une modification locale.

La formation des meulières sans coquilles est ici séparée de la suivante, à laquelle elle avait été réunie précédemment. Ce sont des sables argilo-ferrugmeux, des marnes argileuses verdâtres, rougeàtres ou blanches, et des meulières proprement dites, le tout sans fossiles. Quant au second terrain d'eau douce, outre que sa position par rapport à la formation précédente n'est pas exacte, on voit, par la citation des localités, que les auteurs ont aussi confondu, de même que pour les sables et grès marins supérieurs, des calcaires lacustresinférieurs au gypse (Saint- Ouen, le Bourget, Chàteau-Landon, la Ferté-sous-Jouarre),

avec d'autres supérieurs (Montmoreney, Saint-Cyr, Trappes).

Cuvier et Brongniart ont fait suivre cet exposé des résultats généraux et théoriques de leurs recherches par une description, détaillée dans chacune des petites régions naturelles du pays, de tout ce qu'ils avaient observé dans leurs différents voyages. Ce sont, à proprement parler, les preuves à l'appui, preuves dans lesquelles on trouve çà et là des faits particuliers ajoutés après coup, et qui ne s'accordent pas toujours avec les déduclions générales plus anciennes.

Si nous comparons maintenant ces résultats stratigraphiques avec ceux déduits des observations de Lavoisier et de Coupé (antè, p. 378), quiavaient établi la position relative, l'un de la meulière supérieure, des sables supérieurs, du calcaire grossier, des sables inférieurs, de l'argile plastique et de la craie, l’autre, celle du groupe lacustre et du gypse dont la véritable origine avait été démontrée par de Lamanon, on reconnaitra que les auteurs de la Description minéralogique des environs de Paris, après des recherches plus mutipliées sur des surfaces plus étendues, qui ont apporté dans la science beaucoup de faits nouveaux et intéressants, n'ont cependant résolu aucune des questions secondaires que leurs prédécesseurs n'avaient point abordées.

Ainsi, tout le grand étage si complexe des sables inférieurs leur est à peu près resté inconnu, l'étage que nous appelons des sables et grès moyens a été mal compris, puisqu'une partie était regardée comme une modification du calcaire grossier, et l’autre placée au-dessus du gypse; le calcaire lacustre moyen ou calcaire siliceux a été mis au niveau du calcaire grossier au lieu de lui être superposé, et dans certaines localités il a été assimilé au calcaire lacustre supérieur, distingué de la meulière.

Sous ces divers rapports, le travail complet de 1814 avec les descriptions locales, une carte géologique et des coupes, quoique différant à plusieurs égards de l’Essai publié trois ans auparavant, n'est cependant pas plus exact. Les erreurs de superposition du premier travail n'ont pas été corrigées dans le second, qui, de plus, en présente de nouvelles, de sorte que

stratigraphiquement parlant, on ne peut pas dire que ces études aient rien ajouté de bien essentiel aux modestes esquisses de Lavoisier et de Coupé.

On doit remarquer néanmoins, pour ne rien omettre, que dans leur coupe générale et idéale (pl. 4, fig. 4) Cuvier et Brongniart indiquent un terrain d'eau douce inférieur, avec Limnées et Planorbes , entre le gypse et le grès marin inférieur, et reposant également sur le calcaire siliceux. Ce même terrain d'eau douce est indiqué dans la coupe n° 2, au-dessous du gypse de Saint-Leu, dans le puits de la rue Rochechouart et à Saint-Ouen; mais, excepté la coupe du puits donnée (p. 170), nous ne voyons nulle part ce fait si important, mentionné dans le texte (p. 9 et 26), où, au contraire, le premier et le plus ancien {errain d'eau douce, caractérisé par des Limnées et des Planorbes, est toujours représenté par les marnes blanches supérieures au gypse.

Le système adopté dans la construction des profils que Cuvier et Brongniart ont joints à leur mémoire peut aussi expliquer, jusqu'à un certam point, leurs incertitudes, le défaut d’ensemble dans leurs vues générales et les erreurs de stratigraphie. La disposition tronçonnée ou discontinue des coupes, les vides ou lacunes laissés entre leurs diverses part'es, l'excessive exagération des hauteurs par rapport aux distances horizontales, étaient plus propres à masquer les fautes qu'à les faire apercevoir et à les corriger, car on n'est point alors forcé de remplir ces lacunes, ni d'expliquer la relation des terrains sur tous les points d'une ligne donnée, et l’on ne représente que ceux que l’on a vus ou que l’on connaît le mieux. En outre, ces recherches, limitées aux parties centrales du bassin, devaient en exagérer l'importance relative, et elles ne donnaient pas d’éclaircissements suffisants sur certains faits, sur certains rapports dont l'explication ne pouvait se trouver quevers les extrémités nord et est de cet ensemble de dépôts. Nous verrons, en effet, tout à l'heure, que la véritable théorie générale de ceux-ci n’a été bien saisie que par un autre géologue, qui, dans le même temps, procédait en s’avançant des bords du bassin vers son centre.

Mais, considéré à un autre pot de vue très-essentiel aussi, celui de la distribution des corps organisés fossiles dans les différentes couches, hâtons-nous de reconnaitre que le travail de Cuvier et de Brongniart ouvrait à la science, dans notre pays, une voie à peine indiquée, et lui imprimait en même temps une marche plus sûre, semblable à celle que W. Smith suivait de l'autre côté du détroit, et en s'appuyant sur le même principe. On ne peut trop insister sur ce service rendu par les auteurs de l'Essai sur la géographie minéralogique des environs de Paris, et nous verrons même l’un d'eux dépasser dans cette direction, par la hardiesse de ses vues, tout ce que l'on avait fait jusque-là dans le reste de l'Europe.

Dans les travaux exécutés en commun, il est souvent difficile d'apprécier exactement la part qui revient à chaque auteur, et c’est même un sujet assez délicat à traiter pouÿ que la erttique s’en abstienne; mais ici la tâche est très-simphifiée, car lun d'eux a été, en quelque sorte, au-devant de cette recherche. Nous verrons, en effet, plus loin, que Cuvier, en rendant une éclatante justice à son savant collaborateur, a reconnu que la plus grande part de leur ouvrage revenait à Alex. Brongniart. Tout nous prouve, en effet, que ce dernier est l’auteur du principe dont il fit, quelques années après, de si remarquables applications.

Maintenant, devons-nous chercher à qui appartient la priorité de ce principe, appliqué dans le même temps en France et en Angleterre ? Nous croyons à la simultanéité et à l'indépendance de la découverte des deux côtés du détroit, Tout semblait en effet préparé pour que les germes depuis longtemps semés se développassent simultanément sur plusieurs points. C’est ainsi que le caleul intégral prit naissance en Allemagne pendant que la méthode des fluxions voyait le jour sur les bords de la Tamise, et que Leibnitz eut aux veux de la postérité la même gloire que Newton; de même la relation des faunes avec l'ancienneté des couches doit, suivant nous, faire autant d'honneur à Alex. Brongniart qu'à W. Smith qui eurent aussi:pour précurseur l'abbé Giraud- Soulavie.

Dans l’intervalle des deux publications que nous venons de

rappeler et de comparer, Alex. Brongniart avait donné un Memoire sur des terrains qui paraissent avoir été formés sous l'eau douce (1). Ces dépôts, dit-il, sont composés de trois sortes de pierres, savoir : des calcaires, des silex et du gypse, définiüon beaucoup trop restreinte, car les marnes, les argiles, les sables peuvent avoir la même origine. En ne faisant aussi remonter la distinction des couches d’eau douce qu'à de Lamanon et à Coupé, on voit qu'il ignorait que cette observation avait été faite en Italie plus d'un siècle auparavant et qu'elle avait été répétée par beaucoup de naturalistes de ‘ce pays où cette circonstance était admise comme une chose fort ordinaire.

Brongniart décrit ensuite 8 espèces de sa première formation d'eau douce et 15 de la seconde, réparties dans les genres Cyclostome, Potamide, Planorbe, Limnée, Bulime, Maillot, Hélice. Il signale en outre des bois de palmier dans l'une, puis d’autres végétaux et des Gyrogonites dans toutes deux.

Guidé par la nature des roches et Ia présence des coquilles fluviatiles et terrestres, il mentionne, après les dépôts d'eau douce des environs de Paris et d'Orléans, ceux du Mans, à l'est et au sud ceux d'Aurillac et de Thiezac dans le Cantal, de Nonnette, sur la rive droite de l'Allier, entre Saint-Germain-de- Lambron et Issoire, avec des Potamides Lamarckii, des Hclix Gocqii, du puy de Corent, de Gergovia et d’autres localités de la Limagne, les calcaires à Indusia (tubes de Phryganes), ceux de Vertaison et de Pont-du-Château, etc. Après avoir insisté sur les caractères pétrographiques généraux communs à tous ces dépôts et sur la présence d'un certain nombre d'espèces qui se retrouvent dans chacun d'eux, il pense que ces coquilles sont analogues à celles qui vivent encore dans les eaux douces. Les couches à coquilles marines n’en renfermeraient point, suivant lui, qui aient vécu dans des eaux non salées, et celles que l’on avait prises pour telles doivent appartenir à des genres différents.

Peut-être pourrait-on s'étonner qu'avec des faits aussi précis, aussi nombreux et aussi concluants, Brongniart n'ait pas adopté

(1) Ann. du Muséum, vol. XV, p. 557, 2 pl.; 1810.

1°" mémoire de . d'Omalius d'Halloy.

de suite l'hypothèse, ou mieux, l'explication fort naturelle d'anciens lacs, suggérée par de Lamanon et par d’autres observateurs. « Nous possédons, dit-il, trop peu de faits pour établir aucune « hypothèse raisonnable sur la formation de la terre (p. 405). « Nous nous contentons d'annoncer aux naturalistes qu'il existe « des terrains formés avant les temps historiques, qui sont tous « composés de la même manière, qu'ils représentent les mêmes « caractères, quoique situés à de grandes distances les uns des «autres, et que ces terrains, au lieu de renfermer des produc- « tions marines, ne contiennent généralement que des produc- « Lions terrestres ou d’eau douce. » La conséquence était 1e1 tellement directe, qu'on ne se rend pas compte de l'extrême réserve de l’auteur lorsqu'il vient d’insister lui-même sur l'absence du mélange des coquilles d'eau douce avec les espèces

inaripes.

Si nous passons actuellement aux observations que faisait et publiait aussi, vers le commencement de ce siècle, un autre séologue, moins versé peut-être dans la connaissance des corps organisés que Cuvier et Brongniart, mais doué d’une profonde sagacité, d'un jugement droit, hibre d'idées systématiques ou préconçues; nous le verrons prendre aussi une grande part à l'avancement de la géologie stratigraphique du nord de la l'rance et de quelques contrées voisines.

En 1808, M. d'Omalius d'Halloy (1) distinguait dans cette région deux ordres de terrains. Dans l'un, dit-1l, les couches sont toujours horizontales, dans l’autre, elles sont ordimairement inclinées, quelquefois même verticales. Dans un même bassin, les terrains en couches horizontales sont toujours moins anciens que ceux en couches redressées. Les caractères dilférentiels des roches et des fossiles de ces sortes de terrains sont en rapport avec leur ancienneté relative. Les terrains inclinés se divisent en ceux qui contiennent des corps organisés el ceux qui n'en renferment pas.

(1) Essai sur la géologie du nord de la France (Journ. des Mines, vol. XXIV, p.123; 1808).

Après avoir examiné les diverses sortes de roches qui les composent, l’auteur passe à leur description dans chaque région géographique naturelle, ce qui, vu l’état de la science, était alors on ne peut plus rationnel.

La région connue sous le nom de Campine offrait peu d’mtérêt; mais, dans la Flandre, M. d'Omalius décrit la craie et un grès calcarifère dont les fossiles semblent être les mêmes que . ceux de la craie des environs de Paris. Sous le nom de chaux carbonatée grossière, il comprend les roches coquillières des alentours de Bruxelles, dont nous avons vu que de Launay et Burtin avaient fait connaitre les fossiles, puis le calcaire grossier des bords de la Meuse, particulièrement aux environs de Maëstricht dont il rappelle les fossiles décrits par Faujas. Il établit bien la postériorité du calcaire grossier de la Flandre et du Brabant à la craie et en même temps son parallélisme avec celui de Paris, mais il place le calcaire de Maëstricht sur Île même horizon, opinion qu'il n’a pas d’ailleurs tardé à désavouer. Il distingue non moins nettement les dépôts meubles plus récents.

Toutes les couches qui constituent la région du Condros, située à l’est de la précédente, sont non-seulement plus ou moins inclinées, mais encore contournées, repliées, bouleversées en divers sens. Elles affectent cependant une direction commune N.-E., S.-0., à peu près comme les vallées longitudinales du pays, de telle sorte que celui-ci est partagé dans sa longueur en bandes composées des mêmes roches dans toute leur étendue et arrangées de la même manière, comme on a vu que l'avait indiqué Limbourg en 1774. Ces bandes ne sont point d'ailleurs absolument parallèles ni continues, et l’auteur donne à leur ensemble le nom de formation bituminifère, les supposant colorées par du bitume. Ces bandes sont composées de calcaires, de chaux carbonifère bituminifère, de quartz ou de grès el de schistes.

Considérant en particulier ces divers chaînons, leur composition et les substances minérales qu'ils renferment, M. d'Omalus fait remarquer surtout que, le pays étant divisé par des

vallées longitudinales, le milieu de celles-ci correspond aux couches calcaires et les sommets des collines à celles de grès et de schistes, circonstance contraire en apparence à cet autre fait que dans les vallées irrégulières et profondes que parcourent les rivières, le calcaire a toujours été la roche la plus résistante, constituant les escarpements perpendiculaires, tandis que les schistes et les grès sont arrondis en pente douce. L'ordre de succession de ces divers systèmes de roches n’est pas encore nettement tracé. Ce difficile problème ne devait être résolu que vingt ans plus tard.

Passant ensuite à l'examen du terrain houiller de cette même région, M. d’Omalius y distingue quatre bassins principaux qu'il décrit successivement, ainsi que leurs gisements métall fères. Ce sont les bassins d’Aïx-la-Chapelle, de Liège, d'Huy et de Namur.

Dans le Hainaut, le même savant décrit les roches ignées ou porphyres de Quenast et de Lessines, les schistes ardoises qui les entourent, puis sa formation bituminifère, prolongement de celle du Condros, dont plusieurs des chaînons peuvent être retrouvés. Après avoir mentionné les marbres des Écaussines, connus sous le nom impropre de petit granite, il étudie le terram houiller de Charleroi, de Mons, de Valenciennes et de Douai, localités sur lesquelles des mémoires spéciaux avaient élé publiés, mais sans vues générales ni d'ensemble. Aux environs de Tournay, les strates calcaires sont horizontaux, circonstance exceptionnelle pour les roches de cet âge dans ce pays où elles sont surmontées de grès blanc et de sables également horizontaux, décrits précédemment par l'abbé Witry.

Dans l’Artois, toutes les couches affectent cette dernière disposition et comprennent la craie de structure et de texture variables avec des silex gris ou blancs, et les sables, prolongement de ceux du Hainaut, qui occupent la même position. Au nord-ouest, dans le Bas-Boulonnais, où les marbres et le terrain houiller sont analogues à ceux du Condros et du Hainaut, c'est, dit M. d'Omalius, le dernier terme de cette série de bassins houillers qui traverse tout le nord de la France, et

la ressemblance que nous avons observée entre tous ces bassins ne permettrait pas de douter que celui-ci ne füt encore semblable aux autres.

Le sol de l’Ardenne, dont les caractères physiques sont ensuite esquissés, appartient à la formation ardoisière de M. d'Omalius ; les schistes et les quartzites y alternent, plus ou moins inclinés, souvent verticaux, courant généralement du N.-E. au S.-0., mais moins tourmentés et moins variables dans leur inclinaison que les couches de la formation bitumineuse. Les roches et les substances minérales qu'elles renferment ayant été décrites, le savant auteur passe à l'étude de l'Eifel, pays compris entre l'Ardenne, le Rhin et la Moselle, et où s'observent les formations basaltique, ardoisière, bituminifère, le grès rouge et le terrain volcanique proprement dit, et enfin à celle du massif montagneux du Hundsruck, du Luxembourg et du Palatinat \1).

Les distinctions, établies pour la première fois par M. d'Omalius dans cette étendue de pays si varié, compris entre la Manche et le Rhin, la répartition de ses divisions, les caractères stratigraphiques généraux et leurs rapports indiqués font de ce travail le meilleur exposé de sa géologie que l'on ait eu jusqu'alors ; aussi avons-nous dû insister à son égard, parce qu'il s'éloigne de la marche si longtemps suivie dans les observations faites en France, en Belgique, dans les provinces rhénanes, et qu'il inaugure, en quelque sorte, une ère nouvelle dans l'étude de leurs terrains sédimentaires.

Si, pour mieux suivre l’ordre des idées et des faits en même temps que l'ordre géographique, nous intervertissons, dans leur date de publication, deux des mémoires,de M, d'Omalius, dont il nous reste à parler, nous verrons que celui où il traite de l'Étendue géographique des terrains des environs de Paris,

(1) Faujas avait donné quelques notices sur certunes parties de cette région si variée. Description du lignite ou terre d'ombre de Cologne (Journ. des mines, n° 56, Ann. du Muséum, vol. L, p. 445). Voyage géologique de Mayence à Oberstein (Ann. du Muséum, vol. V, p. 294).

9e mémoire.

lu à l'institut, le 16 août 1813, mais imprimé seulement trois ans après (1), renferme des résultats plus importants encore que le précédent.

Il esquisse d'abord la distribution de ces terrams sur une surface d'environ 170 myriamètres carrées, formant un polygone irrégulier, allongé du N. auS., ct dont le grand axe serait représenté par une ligne de 50 myriamètres entre Laon et Blois. Dans toute cette étendue, le terrain tertiaire repose sur la craie qui circonserit la dépression dont Paris occupe le centre. Il étudie ensuite sa portion orientale, les limites et les caractères de la craie, ceux des collines qui lui sont superposées, les argiles à lignites, dontil constate la vraie position sur les bords de la Marne, le gisement coquillier de Courtagnon et d’autres semblables, puis, au-dessus, la présence de calcaires et de marnes sans coquilles, d’autres couches plus élevées, renferment le Cyclostoma mumia et le Cerithium lapidum, des marnes vertes, des calcaires avec des Limnées et de petites Paludines, surmontés, à leur tour, par une meulière sans coquilles, Ces trois dernières assises sont d'origine d’eau douce.

Dans leur disposition générale, ces couches s’abaissent du N. au S. de manière à présenter des espèces de coins placés les uns au-dessus des autres comme les tuiles d’un toit, avec cette circonstance cependant que le coin inférieur atteindrait, suivant M. d'Omalius, la plus grande élévation, ce qui n’est pas tout à fait exact aujourd’hui, les calcaires lacustres de la montagne de Reims et de la forêt de Villers-Cotterets offrant de plus grandes altitudes que les couches marines sous-jacentes. Le savant auteur regardait, à la vérité, le calcaire à Gérites comme le premier étage, et le signale à 300 mètres de hauteur absolue sur le plateau de Laon à sa limite nord; mais il y a ici une erreur de chiffre qui en a entraîné une dans le raisonnement, car, d'après les mesures barométriques de Lemaïître, auquel il renvoie, cette altitude ne serait que de 100 toises, élévation encore plus

(1) Ann. des mines, vol. I, p. 251; 1816.

considérable que celle donnée depuis par les mesures géodésiques, qui n’est que de 185 mètres.

Néanmoins, et c’est là le plus essentiel, le fait général est vrai, puisqu'à partir du sommet de ces collines ou mieux de ces plateaux les bancs calcaires s'abaissent constamment au $,, pour disparaître au delà de la Marne ou du Morin, et à une certaine distance de la rive gauche de la Seine. On voit d’après cela que tout, ou du moins la plus grande partie du groupe si complexe des sables inférieurs, dont la puissance, sur la limite nord du bassin, est plus que double de celle du calcaire à Cérites, a été omis dans cette étude comme dans celle des auteurs de l'Essai sur la géographie minéralogique des environs de Paris, et cependant c’est en réalité ce groupe qui forme le coin inférieur ou la base de tout le système, et qui, en s'abaissant au N. comme tous les autres, se réduit à quelques mètres dans le voisinage immédiat de la capitale.

Le secand étage de M. d'Omalius ou première formation d’eau douce avec des gypses subordonnés est, suivant lui, plus élevé sur sa limite orientale que partout ailleurs, et plonge au S.-0., ce qui est très-vrai, car au-dessus de Verzy, à l'extrémité est de la montagne de Reims, le calcaire lacustre se trouve à 280 mètres d'altitude; c’est le point le plus élevé qu'atteignent les dépôts tertiaires entre la vallée de la Loire et la mer du Nord, En réunissant ici le calcaire siliceux de Cuvier et de Brongniart à la formation gypseuse, l'auteur rectifie l'une des méprises les plus graves de ses prédécesseurs.

Le troisième étage affecte une disposition différente. Il comprend avec raison les marnes marines supérieures au gypse, les sables et les grès sans coquilles ainsi que les grès coquilliers supérieurs, qu'on peut regarder comme les parties d'un même tout complétement distinct, par son origine marine, des couches d’eau douce placées au-dessus et au-dessous. C'était encore un point de vue très-juste qui modifiait celui de Cuvier et de Brononiart. Peu développé en surface au nord de la Seine, cet étage s'étend, au contraire, beaucoup au sud, au delà des limites des précédents, s'incline aussi dans cette direction où, malgré sa

plus grande épaisseur, son élévation est moindre qu'au nord.

Il disparait à son tour sous la seconde formation d'eau douce ou le quatrième étage de l'auteur, qui recouvrait la plus grande partie du bassin, quoique fréquemment interrompu là où se montrent les étages inférieurs. Il acquiert plus à mesure qu'il se rapproche de la rive gauche de | au delà d'une ligne tirée de Chartres à Nemours les grès du troisième étage, il règne seul ensuit lui-même sur la craie, comme au nord, à l’ posent les dépôts les plus inférieurs

d'épaisseur a Seine, et , Où s'arrêtent e pour reposer est et à l’ouest, re-

de toute la série tertiaire.

Plus au sud encore, au delà de Montargis et de Neuville, en

s'approchant de la Loire, ces calcaires lacustres sont recouverts eux-mêmes par un dépôt sableux qu'on pourrait jusqu’à un certun point, considérer comme un cinquième et dernier étage venant se confondre avec les sables de la partie nord de la Soogne.

C Ainsi, dit M. d'Omalius, les formations principales du bassin «dela Seine, outreleur superposition successive, affectent encore une véritable distribution géographique qui partage le pays en «régions physiques distinguées par leur aspect général et leur «agriculture, » Eneffet, la plupartdesgrandes forêts, et même les bois d’une moindre importance, depuis la forêt de Coucy, au nord, jusqu'à celle de Fontainebleau, au sud, sont sur l’un des trois grands étages sableux ; les plaines de la craie, les plateaux du calcaire grossier, les plaines du calcaire siliceux de la Brie, comme celles du calcaire lacustre supérieur de la Beauce, sont particulièrement consacrés aux céréales, et les vallées qui les séparent aux prairies naturelles.

Si tous les points restés douteux vers le centre du bassin n'ont pas été éclaircis par ces recherches de M. d'Omalius, on doitreconnaître, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, qu'il a apporté deux modifications fort importantes aux vues de Cuvier et de Brongniart : 1° en démontrant que leur calcaire siliceux était superposé au calcaire grossier et non placé bout à bout comme ils le disaient ; 2 en prouvant que les grès coquilliers et non coquilliers supérieurs ne formaient qu'un seul dépôt marin.

En outre, il a beaucoup étendu les horizons déjà tracés, et il a saisi avec une rare justesse de coup d'œil cette disposition générale si remarquable des dépôts tertiaires du nord de la France, que personne n'avait comprise auparavant, et qui ne pouvait l’être qu’en procédant, comme l'a fait M. d'Omalius, des bords ou des limites extérieures du bassin vers son centre.

En réunissant ensuite ces observations à celles qu’il avait déjà dirigées sur les rives de la Loire jusqu'à Cosne, où se relèvent les couches de la craie, le même géologue fait voir que les dépôts des environs de Paris, qui, sur leur pourtour au nord, dominaient si longtemps cette même craie, s’abaissent tellement au sud que, d'abord arrivés à son niveau, ils finissent, à leur extrémité méridionale, par occuper une vallée plus basse encore. En outre, continue M. d'Omalius, les dépôts d'eau douce, la seconde formation marine et l'argile plastique du bassin de la Seine, s'étendent bien au delà de ses limites géographiques actuelles.

Mais 1c1 1l y a, comme on pouvait le prévoir, une certaine confusion dans les rapprochements proposés par l'auteur, qui croyait que le calcaire grossier ou son premier étage reposait immédiatement sur la craie, entre Reims et Damerie (p. 235), qui rattachait les ferres noires avec lignites à l'argile plastique en face de Château-Thierry, ce qui est vrai, puis au calcaire à Cérites, ce qui ne l’est plus, et qui fait remarquer que ces mêmes argiles se prolongent assez loin çà et là, au nord des limites de ce dernier calcaire, Cette observation est encore juste; mais les grès que l’on trouve aussi fréquemment dans cette direction, loin de représenter la seconde formation marine, appartiennent à celte grande division si naturelle des sables inlérieurs au calcaire à Gérites ou calcaire grossier, toujours méconnue où mal appréciée depuis Lavoisier, malgré son développement entre la Marne, l'Aisne et l'Oise. Ce rapprochement devait paraître d'autant plus singulier qu'il est complétement en opposition avec la disposition générale des divers systèmes, si bien indiquée du N.auS. par M. d'Omalius. Quant à l'exten-

sion des sédiments lacustres dans le bassin de la Loire, elle ne s'applique qu'à ceux de la formation supérieure.

Pour le calcaire à Cérites, il est au contraire circonscrit par les limites du bassin proprement dit, ce qui, suivant l’auteur, est une circonstance très-digne de fixer l'attention; il ne l’a point en effet rencontré ailleurs, malgré tout ce que l'on a prétendu d'après certaines analogies dans les caractères de quelques roches en réalité plus anciennes.

Mais, sans se borner à nous faire connaître dans ce mémoire les dépôts du nord de la France plus récentsque la craie blanche, M. d'Omalius poursuit ses études dans le temps, etesquisse avec non moins de bonheur les caractères et la disposition des dépôts plus anciens.

« Des couches plus ou moins différentes de la véritable craie, ditil, {p. 252), par leurs caractères minéralogiques, par « leur nature chimique et même par des fossiles particuliers, sé- « parent ce terrain de l'ancien calcaire horizontal (calcaires ju - « rassiques actuels), mais se rattachent à la craie proprement

« dite par des nuances insensibles. » Il distingue dans cette nouvelle série, limitée ainsi en haut et en bas, quatre modificalions, savoir : 1° craie à silex pâles; 2 craie tuffeau ou grossière souvent chloritée; 3° sables et grès presque toujours mélangés de calcaire; 4° argile grisàtre, ordinairement marneuse, rarement plastique, quelquefois feuilletée.

Bien que certains passages ou alternances de ces diverses roches ne semblent pas permettre à M. d'Omalius d'y tracer un ordre de superposition très-constant, il ne laisse pas que d’ajouter que la craie à silex pales est la plus récente, et que Îles assises argileuses constituent le premier terme ou la base de la formation. C'est ce que depuis l'on a appelé le gault. Quant au niveau réel des grès et des sables, son incertitude était d'autant mieux justifiée qu'elle a régné dans la science jusque dans ces derniers temps.

Les détails qui suivent, relatifs à la distribution générale de ces divers systèmes de couches dans le Perche, le Maine, la Touraine, le Berry, la Puysaie et la Champagne, où l'étage argileux

forme une bordure continue, hnitant d’une part, la craie chlorilée et de l'autre les calcaires plus anciens, sont exacts, pris dans leur ensemble. Cette dernière division se fait remarquer par la coustance de ses caractères, dans toute la région de l’est jusqu'à la imite de l’Ardenne, en constituant le fond d'une dépression comprise, ainsi qu'on vient de le dire, entre les plateaux de craie et l'ancien calcaire horizontal (étages néocomiens et jurassiques supérieurs).

La craie qui formait les plaines basses de la Champagne, en sortant de dessous les dépôts tertiaires des environs de Reims ct d'Épernay, se relève graduellement à son tour dans la direction de l'E., pour atteindre une élévation au moins égale à celle de ces dépôts, et se terminer à la limite orientale de la région par un escarpement dont le pied est bordé par la zone d'argile m arneuse précitée.

Les principaux caractères du pays de Bray, comparé à une ile allongée ou au sommet d'une montagne, entouré par le grand dépôt crayeux, ont été aussi fort bien compris par M. d'Omalius, qui rapporte à la craie les calcaires gris-jaunâtre du centre de l’ellipse, tout en les distinguant néanmoins des roches environnantes, et en signalant leur ressemblance mméralogique et géolo pique avec des calcaires fort éloignés, dans le Berry, la Lorraine, le Bas-Boulonnais, les côtes de Normandie, ete, Seulement, l’auteur prend, dans ce dernier cas, pour les analogues de ses couches du pays de Bray, celles des falaises des Vaches-Noires au li eu de celles de la base du cap la Hève, ce qui, pour le temps où il écrivait, était une méprise bien légère.

À ce travail, déjà si remarquable par la netteté et l'étendue des aperçus, sont joints encore une carte coloriée comprenant une grande partie du nord de la France et un profil tracé du N. au S., d'Hirson à Guéret, mettant en évidence la disposition générale des divers terrains entre les schistes ardoisiers de l’Ardenne et les roches cristallines du plateau central. Ce sont les premiers essais systématiques de ce genre exécutés en France sur une grande surface, et qui puissent être regardés comme ayant une valeur réelle; car, si l’on compare ces résultats

Dépôts lacustres.

M. d'Omalius.

et la marche suivie pour les oblenir avec ceux de Guettard et de Monnet, on sera de plus en plus convaincu que les cartes minéralogiques de ces derniers, non-seulement ne représentent que les caractères du sol superficiel, mais encore ne permettent pas de croire que leurs auteurs soupçonnassent la continuité souterraine des roches dont elles indiquent les affleurements.

M. d'Omalius avait déjà étendu ses recherches sur les dépôts d'eau douce bien au delà des limites comprises dans le travail dont nous venons de parler. Ainsi, dans le département du Cher (1), 1l décrit entre Levet et Bruère, sur la route de Bourges à Saint-Amand, des calcaires d’eau douce reposant directement sur les couches jurassiques. Ces calcaires sont blanchâtres, friables, grumeleux, semblables à celui de la Beauce, des environs de Blois et d'Orléans. On y trouve des Planorbes, des Limnées et des silex se fondant dans la pâte. On les observe encore lorsqu'on remonte la vallée de l'Allier et qu’on se rapproche des plateaux granitiques. De Gannat à Chantelle se montrent des collines de calcaire lacustre comme entre Bourbon-l’Arehambault et Saint-Pierre-lès-Moutier, entre Soligny et la Palisse. Les localités de Thiaux et de Biard, aux environs de Nevers, sont parüculièrement signalées et comparées à celles des environs d'Orléans, décrites par Bigot de Morogues (2).

Considérant ensuite La disposition des calcaires lacustres dans les vallées de la Loire et de l'Allier, en Auvergne et jusque dans le Vélay, celle des plaines sablonneuses de la Sologne jusqu'aux plaines crayeuses de la Champagne et de la Picardie à l'est et au nord, enfin les caractères de ces dépôts à l’ouest, aux environs du Mans et de Tours, dépôts tous horizontaux, mais situés à des niveaux très-différents, M. d'Omalius en conclut qu'ils se sont déposés, non dans une vaste mer, mais dans des lacs séparés, échelonnés, se déversant les uns dans les autres suivant un vaste plan incliné, qui s’abaissait depuis les montagnes d'Auvergne

(1) Journ. des mines, vol, XXXII, p. 45; 1812. (2) Sur la constitution minér. et géol. des environs d'Orléans, 1810. — Voy. aussi de Tristan, Note sur la géologie du Gatinais, 1812.

FRANCE NORD. 403 jusqu’au delà de la Seine. Ceslacs, peu étendus dans les régions montagneuses élevées, couvraient au contraire des surfaces considérables dans les plaines de l’Orléanais et des environs de Paris.

Appuyé ainsi sur ses propres observations, sur d'autres dont vous avons déjà parlé et sur celles que nous rappellerons tout à l'heure, le savant géologue réfute aisément l'opinion opposée à l'existence de ces anciens lacs d’eau douce, et qui se basait principalement sur les alternances des dépôts marins et d’eau douce, sur le mélange des coquilles marines et fluviatiles, sur la possibilité que les mêmes espèces de mollusques aient pu vivre dans les deux liquides; car il y avait alors, comme toujours dans la science, ce que nous appellerions actuellement un parti de la résistance, représenté par Faujas, Brard, de Lamétherie, ete., tandis que Cuvier, Brongniart, de Férussac, d'Omalius, Marcel de Serres,etc., étaient du parti avancé ou du mouvement.

L'étude des dépôts d’eau douce était alors à la mode; c'était pour le plus grand nombre une nouveauté qui paraissait d'autant plus piquante, qu'on eroyait que le sujet n'avait pas encore été traité. M. d'Omalius ne s'arrêta pas là, etnousle voyons en Italie retrouver aussi des calcaires de même origine, blancs, durs, compactes, celluleux, placés sous une couche d'argile grise près de Cisterna, à l'entrée des Marais-Pontns, sur la route de Rome à Naples. Ces calcaires avec des Limnées et des Planorbes seraient plus anciens que les produits volcaniques du Latium que recouvre le travertin moderne des environs de Rome (1). Les mêmes calcaires d’eau douce se voient à Colli, dans le bassin de l’Elsa, remplis de Limnées, de Planorbes, d'Hélices, et occupent une plaine horizontale, Les coquilles de ces dépôts diffèrent de celles du travertin, identiques avec celles qui vivent encore dans le pays.

Enfin, dans le bassin du Danube, aux environs d'Ulm, M. d'Omalius signale des dépôts semblables, tels que ceux d'Urspring, sur la route de cette ville à Stuttgard, où abondentles Hélices,

(1) Voy. L. de Buch, Geognostische Beobachtungen. Berlin, 1809.

De Férussac.

les Planorbes, les Limnées, les Ancyles, les Bulimes, ete., et qu'il place sur l'horizon du calcaire siliceux des environs de Paris.

Parmi les naturalistes de cette époque, de Férussac fut un de ceux qui se livrèrent avec le plus d’ardeur à l'étude de ces mêmes dépôts lacustres. Dans un mémoire présenté à l’Institut le 27 avril 1812 (1), 1l compare d’abord deux Melanopsis des lignites tertiaires inférieurs du Soissonnais avec des espèces qui vivent encore en Orient dans les eaux douces; puis il examine au même point de vue les dépôts coquilliers lacustres des environs de Mayence (colline de Weisenau), dont il décrit les petits gastéropodes comme étant des Cyclostomes et non des Bulimes, et comme ayant leurs analogues vivants dans les rivières du pays.

Pendant son séjour en Espagne, il avait constaté la présence de couches de même origine entre Logrogno et Burgos, et au delà de cette dernière ville les calcaires exploités sont remplis de coquilles fluviatiles (une petite Paludine analogue à celle de Mayence, la Limnæa stagnalis, une multitude de Planorbes, etc.). [l'en existe aussi sur les limites des provinces d’Estramadure et de Séville.

Dans le midi de la France, les plateaux supérieurs du Querey et de l'Agénais sont formés par un banc fort épais de mollasse, surmontée d'une couche de 8 à 10 pieds d'épaisseur, de calcaire d'eau douce sans le moindre mélange de coquilles marines. De l’érussac le désigne sous le nom de culcaire d'eau douce de seconde formation, n'ayant point découvert ceux qui seraient contemporains de la première formation du bassin de la Seme.

La description des caractères et de la répartition générale de ces calcaires entre le Lot et la Garonne est bien faite, et l'auteur y ajoute l'énumération des espèces de coquilles fluviatiles et terrestres qu'il y a trouvées, savoir : 4 Helix dont les analogues ne sont pas connues à l'état vivant; 6 Limnées toutes vivantes dans le pays; 5 Planorbes, dont 5 ont leurs représentants

(1) Mémoire sur des terrains d'euu douce observés en divers lieux, el sur les fossiles terrestres et fluviatiles.

FRANCE NORD. 409 vivants soit dans le pays, soit en Allemagne: 1 Physe vivante du pays, 3 Paludines toutes vivantes aussi, et 9 Glans (Bulimes), aussi vivants.

En 1814, dans la réimpression de ce mémoire, où se trouve exposé l’état de la scence à ce moment sur les dépôts d’eau douce, de Férussac insiste avec raison sur la nécessité d'observer et de décrire, d'une manière uniforme, tous les terrains de cette nature dans un grand pays comme la France, de prendre et de comparer les niveaux des couches et d'établir Les rapports de toutes les observations ainsi recueillies. « On pourrait alors, continue-t-1l, « construire une cartedes parties couvertes par les eaux douces à « Lel ou tel moment. » Cette pensée fort juste et le vœu émis, il v à 90 ans, par le savant naturaliste, n'ont encore reçu d'exécution que dans quelques localités, et ce qu'il demandait était un travail d'ensemble qui ne parait pas devoir être exécuté de longtemps.

Il signala aussi des ossements de mammifères dans Îles couches des environs te Moissac, sur la paroisse de Saint- Laurent. Ce sont des restes d'Hippopotames, de Palæotherium ct d'Anoplotherium qui lui font regarder ces dépôts et ceux du bassin du Tarn, comme parallèles au gypse des environs de Paris.

Dans ses Considérations générales sur les mollusques terrestres et fluvialiles et sur les terrains d'eau douce, mémoire sur lequel Cuvier fit un rapport à l'Académie des sciences, le 10 février 1815, de Férussac pose en principe que, dans l'étude des dépôts lacustres, les espèces seules de coquilles fluviatiles, et non les genres, doiveut servir de preuves pour établir leur origine, puisque plusieurs de ceux-ci ont des représentants qui vivent, les uns dans les caux douces, les autres dans les eaux salées. Dans le catalogue qui termine le mémoire on trouve réunies toutes les espèces alors connues dans ces dépôts. Ce sont T8 Hélices, { Bulime, 2 Maillot {ces deux genres sont réunis au premier par l'auteur), 2 Vertigo, 23 Limnées, 10 Planorbes, 1 Physe, 5 Cyclostomes, 11 Paludines, 4 Cérite, 3 Mélanopsides, 5 Mélanies, 2 coquilles de genres indéterminés et des Né-

Lrurd,

ritines également indéterminées, en tout, 85 ou 86 espèces d'univalves, car on n'avait encore découvert aucune lrace d’acéphales, Cette circonstance particulière qui n'avait pas échappé à Brongniart est rappelée par de Férussac; et en effet les Cyclades, les Mulettes et les Anodontes habitent aujourd’hui les mêmes eaux que les gastéropodes précédents. Si depuis lors on en a rencontré dans ces dépôts lacustres, on doit reconnaitre qu'ils sont encore loin d'y être en nombre égal ou en proportion de ce que l’on voit dans les eaux douces actuelles. On avait done à ce moment trouvé à l’état fossile presque tous les genres de vastéropodes fluviatiles et terrestres, représentés dans la faune de nos jours. En outre, plusieurs espèces fossiles avaient leurs analogues vivants, d’autres auraient vécu là où on ne les observe plus aujourd’hui, enfin il y en a beaucoup qui paraissent éteintes.

Après avoir rappelé les diverses localités de l'Europe, où des dépôts de cette nature ont été indiqués, « il reste à savoir, dit « l’auteur, s'ils sont les suites d'une cause générale ou bien d'é- « vénements particuliers. La succession, l'égalité des couches « qui les composent, pourront servir à le vérifier ainsi que leur « position par rapport aux terrains sur lesquels ils reposent; « mais surtout ce qui est bien important à déterminer, c'est « l'analogie des espèces fossiles qui se trouvent dansles couches, « afin de découvrir si elles sont les mêmes que celles qui vivent « dans le pays où on les voit fossiles, si leurs analogues vivent « dans des climats semblables ou différents, enfin, si telles « espèces sont communes aux deux formations d'eau douce que « l’on admet, »

Si ces remarques de Férussac n'avaient pas été précédées de quelques années par les travaux dont nous avons parlé, elles eussent eu une bien grande valeur; car nous y voyons exprimés les vrais principes de la paléontologie stratigraphique; néanmoins, c’est encore un mérite réel que de les avoir compris aussi vite et appliqués avec autant de discernement.

Vers le même temps, Brard étudiait d'une manière toute spéclale les coquilles d’eau douce des dépôts lacustres des environs

FRANCE NORD. 407 de Paris. Dans un premier mémoire (1), il décrit les Limnées, les Planorbes, un Cérite de la formation supérieure, et fait voir, contrairement à ce que l'on avait avancé, que toutes les espèces sont diférentes de celles qui vivent encore. Dans un second mémoire (2), 1l continue cette étude pour les couches inférieures au gypse et y ajoute quelques espèces terrestres (Cyclostome). Un troisième mémoire (3) est consacré à l'examen des Paludines, et le quatrième (4) traite des coquilles fluviatiles.et terrestres provenant de gisements plus ou moins éloignés, tels que les départements de la Drôme et de Vaucluse, les environs d'Angers, de Bouxwiller, l'ile Sheppey, et en particulier des Hélices de Mayence, de Gergovia, d'Orléans, de Ronca, de Nice (espèce vivante des brèches osseuses), puis des Mélanies, des Bulimes, des Ampullares, ete.

Ces mémoires de Brard constituent donc un ensemble de documents importants sur ce sujet. Néanmoins, ses idées sur la nature même et l'origine des dépôts lacustres n'avaient point toute la netteté de celles que nous avons rapportées, et Marcel de Serres, qui avait appliqué dans le Languedoc les vues très-justes de Brongniart et de M. d'Omalius, accumula de nombreuses preuves à l'appui dans son Mémoire sur les terrains d'eau douce ainsi que sur les animaux et les plantes qui vivaient alternativement dans les eaux douces et dans les eaux salées (5). combattit les arguments que Brard, Faujas et Beudant dédsaient de la présence des coquilles fluviatiles et terrestres avec les coquilles marines dans certaines localités ; 11 fit voir que ces assertions devaient tomber devant un examen un peu attentif des faits, et que l'existence indépendante des sédiments d’eau douce devait être acceptée dans toutes ses conséquences comme une vérité démontrée. Outre les deux formations lacustres du bassin

(1) Ann. du Muséum d'hist. nalur., vol. XIV, p. 426; 1809. (2) lbid., vol. XV, p. 406; 1810.

(3) Ibid.

(4) Ibid

(o) Journ de phys , vol. LAXXVIL AIS, 161; 1818:

Marcel de Serres,

lélenimaites,

de la Seine, Marcel de Serres en admet deux plus récentes : l'une qui avait pour type les calcaires de Montredon, et l’autre, développée aussi aux environs de Montpellier, sur divers points du département de l'Hérault, puis aux environs d'Anduze,de Mende, de Lodève, dans la vallée du Rhône, près de Lyon, etc.

4, Paléozoologie.

Nous réunirons, dans cette section, ce que nous avons à dire sur les travaux des zoologistes du commencement de ce siècle, qui ont traité des animaux fossiles d'une manière plus ou moins étendue et à des points de vue différents. Nous rappellerons d'abord quelques publications particulières à certames funilles et à certains genres d'invertébrés, puis nous passerons aux ouvrages plus importants, dans lesquels les fossiles ont été considérés, soit comme faisant partie de la série animale, soit en eux-mêmes et d’une manière spéciale.

Sage (1), remontant jusqu'à Éhrhart (2), qui regardait les Bélemnites comme des coquilles voisines du Nautile et de la Spirule, semble adopter sa manière de voir; il eroit les reconnaître dansles dactyli Idæi de Pline, et en distingue onze formes particulières. J. A. de Luc (5) les considère aussi comme des céphalopodes, mais il diffère du précédent quant à leurs rapports avec les Orthocératites. Faure Biguet (4) se prononça aussi dans ce sens; mais, par une étude plus attentive et plus détaillée avec des matériaux plus nombreux, il commença à distinguer les espèces. Il en caractérisa 20, rangées sous les désignations de comprimées, cylindriques et coniques, provenant toutes des environs de Die et de Lyon, mais sans aller toutefois jusqu à

(1) Journ. de phys., vol. LI, p. 564; 1800. — Ibid., vol. LVIIT, p. 458 et 499; 1804.

(2) De Belemnilis suevicis dissertatio, in-4, 1724.

15) Journal de phys., vol. LE, p. 360.—1bid., vol. LVIHH, p. 181; 1804.

(4) Considérations sur les Bélemnites, etc. Lyon, 1810. — Mem. de nuncr. et de géologie, ol. F, p. 1. Lyon, 1819.

PALÉOZOOLOGIE. 409

en faire l'application à la connaissance des divers terrains d'où elles provenaient. Il décrivit également einq espèces de Rhyncholytes. De son côté, Beudant (1), sur une donnée tout à fait insuffisante, faisait des Bélemnites des pointes d'Oursins, renouvelant ainsi l'idée qu'émettait Klein en 17354.

L'étude des Rudistes devait naître en France, car nos provinces du sud-ouest et du sud-est présentent des types plus variés et des individus plus nombreux jusqu'à présent qu'en aucun autre pays; cependant, à l'exception de l’espèce figurée par de Sauvages en 1746, et de celles des Corbières, prises pour des Orthocératites et des Huitres par Picot de Lapeirouse trentecinq ans après, il faut arriver au commencement du x1x° siècle pour voir les naturalistes s'en occuper d’une manière un peu sutvie, Hors de France, nous ne trouvons que le fossile décrit par ie docteur Thomson (2) sous le nom de Cornucopia, qui se rapporte à cette famille; il est très-abondant dans les calcaires du cap Passaro, en Sicile. En 1801, de Lamarck (5) place près des Chames certaines formes qu'ilnomme Radiolites, rapprochement qui semble le plus naturel encore aujourd'hui, et d’autres, les Orthocératites de Picot de Lapeirouse, parmi les céphalopodes, en les désignant sous le nom d'Hippurites. En 1809 (4), il réunit ses Radiolites avec la Calcéole et les Cranies aux ostracées, les Hippurites restant entre les Orthocères et les Bélemnites, Dans l'Extrait du Gours, modifie peu sa classification; mais, en 1819, dans l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (5),1l établit la famille des Rudistes, comprenant les genres Sphérulite, Calcéole, Birostrite, Discine et Cranie, et la place entre les ostracées ctles Brachiopodes. Trois de ces genres ont dû rentrer dans cette dernière famille, et un, le genre Birostrite, a dû disparaitre,

(1) Mém. du Muséum, vol. XVI, pl. 3, 1810.

(2) Nouv. de littér., sc. et arts, vol. If, n° 23. Naples, 1801.— Journ. de phys., vol. LIV, p. 245; 1802. (C'est probablement l'Hippurites cornu vACCinum .)

(3) Système des animaux invertébrés, p. 51, in-8; 1801.

(4) Philosophie zoologique, vol. X, p. 317.

o) Vol. VI, p. 230; 1819.

Rudistes.

Ammonites, Térébratules,

comme n'ayant été formé qu'avec des moules de coquilles connues sous les deux premiers noms. Quant aux Hippurites qui restèrent parmi les céphalopodes, elles se trouvèrent sinoulièrement placées entre les Nodosaires et la Spirule.

De la Métherie (1) avait créé le nom de Sphérulite pour une espèce large et déprimée(S. agariciformis), et Bruguières désignait ces corps sous le nom d'Acardes. Denys de Montfort, en 1808, désigna certaines espèces d'Hippurites sous le nom de Batholites, et Desmarest (2) créa le nom d'Ichthyosarcolite pour un corps qu'il croyait faire le passage des Hippurites de Lamarck aux Orthocératites, et qu'il rangeait, par conséquent aussi, avec les mollusques céphalopodes. Mais personnene s’occupait du gisement de ces fossiles; on ne supposait pas, même en 1817, que cette circonstance pût avoir quelque intérêt, et, cependant, si la famille des rudistes, aujourd'hui rendue plus homogène par les changements qu'elle a subis, est une des plus extraordinaires de la classe des acéphales, elle n’est pas moins digne de l'attention du paléontologiste, car, malgré la variété des types qui la constituent, leurs dimensions souvent énormes et la mulliplicité des individus qui forment des couches puissantes à eux seuls, elle est jusqu'à présent propre à la formation crétacée dans l’ancien comme dans le nouveau monde. Elle est done aussi précieuse pour le géologue que les trilobites du terrain de transition, que les Bélemmites et les Ammonites du terrain secondaire, que les Nummulifes du terrain tertiaire inférieur.

Les Ammonites (3) et les Térébratules (4) n’ont pas été l'objet de travaux assez importants/pour que nous nous y arrêtions 1€1.

(1) Journ. de phys., vol. LXT, p. 396; 1805.

(2) 1bid., vol. LXXXV, p. 42; 1817.

(3) B. G. Sage, Observations sur les deux siphons des cornes d’Ammon. (Journ.de phys., vol. 1, p.104; 1800.) — Denys de Montfort. Sur une nouvelle espèce de corne d’Ammon, corne d'Ammon turbinée (ce sont les Turrilites costatus et tuberculatus de Rouen), &b., vol. XLVIT, p. 141; 1798. — Desmarest, Mém. sur deux genres de coquilles cloisonnées, ib., vol. LXXXV, p. 49; 1817. Ge sont les Baculites gigantesque, dissimilis et Faujasti.

(4) Sage, Journ. de phys , vol. EX, p. 126; 1805.

PALÉOZOOLOGIE. Al

De petits corps sphériques ou ellipsoïdaux, couverts de stries Gyrogonites. très-délicates, régulières, hélicoïdes, se réunissant aux deux extrémités de l'axe, avaient été signalés, dès 1785, par Du'ourny de Villiers (1), dans les meulières supérieures des environs de Paris, associés avec des coquilles lacustres. En 1801, de Lamarck (2), les prenant pour une coquille de mollusque sub-uniloeulaire, les désigna sous le nom de Gyrogonites; Coupé (3) les décrivit assez bien sans les nommer. Brard (4) les figura aussi sous le nom de Gyrogonites; Desmarest (5) s’en occupa également, mais ce fut Leman (6) qui reconnut leur véritable origine végétale, en les comparant à des graines de plantes aquatiques du genre Chara. Néanmoins, dix ans après, de Lamarck persistait à les placer dans le règne animal, entre les Miliolites et les Mélonies (7), sous le nom générique de Gyrogone (Gyrogona), tout en déerivant l'espèce connue alors, sous le nom de Gyrogonites medicaginula.

De son côté, Bosc (8) a décrit, sous le nom d'Indusia tubu- jausn lata, des tubes de Phryganes constituant par leur accumulation une véritable roche aux environs de Moulins ; les étuis ou cylindres sont formés de petites coquilles agglutinées, et le tout est relié par un dépôt calcaire.

J. G. Bruguières, médecin, naturaliste et voyageur, né à Montpellier en 1750, dont les travaux sur les coquilles vivantes et fossiles ont bien plus d'importance que les observations de botanique que nous avons rappelées, établit d'abord quatre divisions dans le grand genre Anomia de Linné : c'étaient les genres Crania, Anomia, Terebratula et Placuna (9). En

Bruguières.

(1) Académie des sciences, 10 juin 1785.

(2) Système des animaux sans vertébres, p. 401; 1801. (3) Journ. de phys., vol. LIX, p. 116; 1804.

1) 2) 5) k) Ann. du Muséum, vol. XIV, p. 428, pl. 27, fig. 27, 28, 29: 1809. ) )

(5) Journal des mines, vol. XXXII, p. 321; 1812.

6) Nouv. Bull. de la Soc. philomathique, vol. HE, n° 58, p. 108; 1812.

(7) Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, vol. VIT, p. 613;

(8) Journ. des mines, vol. XVII, p. 397, pl. 7. (9) Journ. d'hist. naturelle, vol. F, p.419; 1799.

Denys de Montfort, F. de Roissy, Bose,

Lamouroux.

caractérisant Le type des Térébratules, et adoptant le nom que nous avons vu proposé par Lhwyd dès 1699, il décrivit deux espèces fossiles très-remarquables des environs de Vérone, les T. pileus et cor. Dans sa coopération à l'Encyclopédie méthodique, Bruguières avait commencé d’utiles réformes parmi la orande classe des mollusques qu'il désignait encore, avec lillustre naturaliste suédois, sous le nom général de Vers. Plusieurs genres fossiles ont été étudiés, déterminés et classés par lui avec beaucoup de sagacité; malheureusement une fin prématurée a laissé fort incomplet ce grand travail, qui a été repris, longtemps après, par un savant très-capable de le continuer avec succès.

Denys de Montfort, dans sa Conchyliologie systématique (1) cl dans les quatre premiers volumes de l'Histoire naturelle des Mollusques, faisant partie des Suites à Buffon, éditées par Sonnini, a établi plusieurs genres pour des coquilles fossiles, particulièrement de la classe des céphalopodes où se trouvaient compris alors la plupart des rhizopodes actuels, Ces genres, soumis à un examen plus sévère, ont dû ètre rejetés presque tous par les conchyliologistes consciencieux, et disparaître de la nomenelature générale où ils ne méritaient pas de figurer. F. de Roissy, en continuant ce dernier ouvrage dans un meilleur esprit, n'a pas laissé que d'y mentionner tout ce qui était connu à l'état fossile sur les genres dont il a eu à traiter. On peut en dire autant de l'Histoire naturelle des coquilles, de Bose, qui fait partie des Suites à Buffon (2).

Dans son Exposition méthodique des genres de polypiers (5), Lamouroux à décrit et figuré un assez grand nombre de vrais polypiers et d’autres corps fossiles, remontés plus tard dans la série zoologique et compris sous le nom de bryozoaires. Ce travail, s’il n'a pas eu une bien grande influence sur les progrès de la zoophytologie, n’en a pas moins eu le mérite d'appeler l’atten-

(1) In-8, 1808-1810.

(2) Ed, de Déterville, 1802.

(3) In-4, 1821. — Hist. des polypiers, in-8 avec pl., 1817.

PALÉOZOOLOGIE 15

lion sur des corps fossiles, très-négligés depuis Guettard, et d'en faire connaître un assez grand nombre, provenant de la erande oolithe du Calvados.

Le chevalier Monnet de Lamarck, né à Bazantin (Somme),

en 174% et mort en 1829, est un des savants qui ont jeté Le plus d'éclat sur le Muséum d'histoire naturelle par son enseignement et ses nombreuses publications. Botaniste d'abord, il devint ensuite zoologiste éminent, sans cependant avoir poussé trèsloin les études anatomiques. Il s’oceupa plus particulièrement des animaux invertébrés, à la comparaison et à la classification méthodique desquels il n'a cessé de travailler pendant les vingt premières années de ce siècle. Esprit élevé, philosophique, trop philosophique même, il a souvent cherché, dans des théories abstraites sur l'origine et la succession des êtres, à développer et à propager des doctrines déjà anciennes, qui ont été vivement combattues et sont encore, aujourd'hui, soutenues par quelques adeptes, tant en France qu'à l'étranger.

* Mais en nous bornant à signaler dans le vaste domaine que de Eamarck a parcouru ce qui se rattache à notre sujet, nous rappellerons que c'est dans les Annales du Muséum, vol. Là XIV, publiés de 1802 à 1809, que ce savant à fait réellement connaitre d’une manière scientifique, par de bonnes descriptions accompagnées de planches, la faune tertiaire du bassin de la Seine (1). Ce que l’on avait essayé auparavant était sans valeur, et ces mémoires sont la base fondamentale de tout ee qui a été fait depuis sur un sujet que les recherches ultérieures ont agrandi au delà de toutes prévisions. Il fallait un esprit aussi éminemment classificateur que le sien, pour ranger en aussi peu de temps, avec les données que l’on possédait alors, une telle masse de faits appartenant aux débris d'animaux invertébrés de ce bassin.

Le Tableau de la classe des Mollusques, dans le Système des animaux sans vertèbres, publié en 1801 était déjà un grand

(1) Les planches de tous ces mémoires ont été réunies sous le titre de Recuci! des planches des fossiles des environs de Paris, in-4, 1895.

De Lamarck,

pas pour la classification générale, Mais lesgenres y prennent leur rang d'une manière qui laissait quelquefois à désirer quant à leurs vrais rapports naturels. Ainsi, comme nous venons de le dire, les Hippurites sont placés parmi les céphalopodes ou plutôt les coquilles univalves multiloculaires, comme :l les appelle, avec certains rhizopodes, tandis que la Carinaire et l'Argonaute sont réunis aux gastéropodes ou avec les coquilles univalves à ouverture entière sans canal à la base. Les céphalopodes à coquilles polythalames se trouvent aussi placés à une très-grande distance des céphalopodes nus. Ces classements peu naturels furent d'ailleurs en partie modifiés dans ses travaux subséquents.

L'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1) a beau-

(1) 7 vol. in-8, 1815-1822. — Nous reviendrons ici sur un fait assez important qui, malgré des démentis répétés, vient d'être encore reproduit comme vrai : c’est la prétendue existence à l'état vivant du Cerithium giganteum, la coquille la plus remarquable du calcaire grossier du bassin de la Seine. De Lamarck (Hist. natur. des anim. sans vert., vol. VIE, p. 65; 1822) raconte toute une histoire sur l'échantillon unique qu'il avait acquis de Denys de Montfort comme provenant des mers de la Nouvelle-Hollande. Mais M. Deshayes (Descript. des coquilles foss. des env. de Paris, vol. W, p. 300) soupçonna avec beaucoup de probabilité qu'il y avait eu de la part de Montfort une supercherie dont de Lamarck aurait été dupe. Plus tard, le témoignage de M. Kiener vint le confirmer dans sa supposition (2° éd. de l'Hist. natur. des anim. sans vert., vol. IE, p. 285, Nota), mais il se borna à consigner cette observation dans une note, maintint le C. giganteum en tète de la liste des espèces vivantes et en reproduisit encore la description parmi les espèces fossiles. Malgré ces dénégations qui auraient dù mettre en garde l’auteur du Manuel de conchyliologie, nous voyons M. Chenu, en donnant une figure de l'échantillon en question (vol. I, 2° partie, p. 280, 281, fig. 1884; 1860), reproduire textuellement la note écrite de la main de de Lamarck avec la date du 7 janvier 1811, note qui accompagne l’échantillon aujourd'hui dans la collection de M. Delessert, et il ajoute que c’est pour dissiper les doutes souvent manifestés à ce sujet. Mais cette reproduclion tendant, au contraire, à confirmer et à perpétuer l'erreur, nous avons dù chercher de nouveau à la détruire. A cet effet, M. P. Fischer, attaché au Muséum, à examiné l'échantillon, objet de la discussion, et a constaté une circonstance qui met la supercherie hors de doute : c’est qu'à sa surface on voit adhérer, comme dans la plupart des individus de Grignon et de Courtagnon, des valves de l'Ostrea flabellula, partout si fréquente dans le calcaire grossier. L'individu qui, d'ailleurs, paraît avoir subi une préparation, comme on l'avait remarqué, était déjà roulé lorsque les Huïtres s’y sont fixées.

PALÉOZOOLOGIE. AE

eoup ajouté aux mémoires publiés dans les Annales du Muséum, non-seulement pour tous les fossiles tertiaires du bassin de la Seine et d’autres parties de la France, mais encore pour les polvpiers, les échinodermes et les mollusques du terrain secondaire, de sorte que cet ouvrage doit rester comme le point de départ de tout ce que l'on a fait depuis.

Georges Cuvier est né à Montbéliard, le 23 août 1769, l'année même où naquirent Napoléon, Alex. de Humboldt, Wellington et Chateaubriand, c’est-à-dire plus de génies qu'il n’en faudrait pour illustrer tout un siècle!

Jusqu'à présent les panégyristes de Cuvier ont été des z0olooistes, et il nous appartient, moins qu'à tout autre, d'appeler ici des éloges qu'ils ont donnés à l'illustre naturaliste pour ses travaux d'anatomie comparée sur les animaux vivants et fossiles, et nous nousinclinerons toujours, aveeun profond respect, devant une renommée si justement acquise. Mais, en ce qui concerne son importance géologique, son influence sur les progrès de la théorie de la terre, on nous permettra de ne point partager entièrement l'opinion des naturalistes qui à diverses reprises ont prononcé son éloge et de ne pas admettre avec l'un, qu'il a créé dans la géologie un nouvel ordre d'idées dont les développements féconds ont changé le caractère de sa philosophie; avec l'autre, que les restes d'animaux vertébrés ont donné, entre les mains de Cuvier, les lois les plus assurées de la géologie positive; avec un troisième, que l'idée d'une création entière détruite et perdue venait donc enfin d'être conçue dans son ensemble, ete.

Toutes ces phrases, dues à des plumes savantes et même éloquentes, ne sont que de brillantes hyperboles pour quiconque a étudié un peu l'histoire des sciences et cultivésuffisamment la géologie positive. Mais, avant de considérer Cuvier au point de vue du géologue, considérons-le au point de vue du zoologiste, ct cherchons à donner une idée de limmensité des services qu'il a rendus à la connaissance des animaux vertébrés fossiles.

Le mémoire sur les restes d'Éléphants fossiles, comparés aux espèces vivantes, a été lu dans la première séance publique de l'institut, le 1" novembre 1796. L'auteur y démontre qu'ils pro-

Travaux de G. Cuvier.

Paléozoologie.

viennent d'une espèce distincte de celles qui vivent aujourd'hui, et il annonça qu'il établirait la même distinction pour les débris lossiles de Rhinocéros, d'Ours et de Cerfs.

En 1812, les nombreux mémoires que Cuvier avait publiés successivement dans les Annales du Muséum furent réunis en un corps d'ouvrage, dont une seconde édition fut publiée de 1891 à 182%, sous le nom de Recherches sur les ossements fossiles (1). C'est à celle-ci qui fut précédée du Discours sur les révolutions de la surface du globe, que nous devons nous arrêter.

«Le premier objet de l'ouvrage, dit M. Flourens (2), juge «st compétent sur cette matière, est la co nparaison des espèces « fossiles avec les espèces vivantes, et cette comparaison porte « principalement sur deux classes d'animaux vertébrés : les «mammifères et les reptiles. L'auteur commence cette his- «toire comparative des espèces des anciens mondes et des «espèces du monde actuel par les pachyderines; 1l continue « par les ruminants, les carnassiers, les rongeurs, les édentés, «les cétacés, et finit par les reptiles. »

Le résultat fondamental de ces recherches est qu'aucune espèce fossile de ces deux classes n'aurait son analogue parmi les espèces vivantes, ou, en d’autres termes, que toute espèce lossile est une espèce éteinte. Quoi qu'il en soit de l'exactitude absolue de cette assertion, l'auteur, pour se prononcer, a dû revoir et étudier avec le soin le plus minutieux toutes les espèces découvertes jusqu'alors dans les couches de la terre, tous les os, dents ou fragments connus, et les comparer attentivement pour reconstruire, avec ces éléments disséminés, l'ensemble des caractères de chaque espèce, et arriver ainsi, par une marche analytique rigoureuse, à des lois précises sur la coordination de toutes les parties d'un animal.

Nous venons de dire que Cuvier avait distingué d’abord des éléphants vivants la seule espèce d’éléphant fossile connue alors, par son crâne allongé, le front concave, lés alvéoles

(1) Vol. in-4 avec 7 planches.

?) Analyse raisonnée des travaux de G. Cuvier, p. 164, in-19; 1841.

l'ALÉOZOOLOGIE. 117

des défenses très-longues, la mächoire mférieure obtuse, les dents mâchelières plus larges, parallèles, marquées de rubans plus serrés. C’est l'Elephas primigenius de Blumenbach, c'est le Mammouth de la Sibérie, dont les débris se retrouvent aussi dans tout le nord de l'Europe, et qui est peut-être le même que celui de l'Amérique septentrionale. Cuvier créa, comme on l'a vu, le genre Mastodonte avec des ossements ressemblant beaucoup à ceux de l'Éléphant, mais dont il diffère essentiellement par ses dents molaires tuberculeuses ou mamelonnées. Il a pu distinguer plusieurs espèces dans ce senre qui n'a aucun représentant dans la nature actuelle.

L'Hippopotame, au contraire, qui existe encore, lui a présenté plusieurs espèces éteintes, et il en est de même du genre Rhinocéros dont une des espèces perdues, le R. tichorhinus, caractérisé par ses narines cloisonnées, et qui portait deux cornes, était contemporain de l'Elephas primigenius avec lequel on le rencontre presque partout. Une autre espèce d'Italie, également bicorne, manquait aussi d’incisives. Les autres espèces fossiles restèrent indéterminées faute de matériaux suffisants.

La distinction du cheval fossile est moins satisfaisante, et le senre Sus n'avait pas encore été rencontré dans des couches antérieures à l’époque actuelle.

On a fait remarquer avec raison que, dans ses descriptions, Cuvier ne s'était astremt à aucun ordre bien déterminé, soit z0ologique, soit géologique. Ainsi, il occupe d’abord des pachydermes de ce qu'il appelle le terrain meuble, avant de traiter de ceux des gypses des environs de Paris, et renverse l'ordre géologique, tandis qu'en les éloignant les uns des autres il rompt jusqu'à un certain point les affinités organiques. Îl suit seulement l'ordre dans lequel ses recherehes et ses découvertes ont été faites. C'est la marche que l’on peut suivre dans le travail préparatoire du cabinet, et non pas celle que l'on doit définitivement adopter dans un ouvrage où il n’est pas nécessaire de faire participer le lecteur aux tâätonnements, aux incertitudes et aux longueurs inséparables des recherches sue-

4LS FRANCE NORD; DEUXIÈME l'ÉRIODE.

cessives; cependant, on doit reconnaitre que cette mamère de procéder pouvait avoir ici sa raison d'être, car aucun travail de ce genre n'ayant été entrepris, il n'était pas inutile de montrer comment, dans chaque sujet, il était arrivé de proche en proche, d'induction en induction aux conséquences les plus rationnelles et les plus frappantes. C'est une instruction profonde que l'on puise dans ces détails qui, d'ailleurs, par leur clarté et ja sobriété du style, ne semblent jamais de trop à celui qui les étudie sérieusement.

Nous avons souvent eu occasion, dans le cours de ce Précis historique, de parler des travaux de Cuvier se rapportant à des animaux vertébrés fossiles de divers pays et de divers terrains ; il nous reste encore, pour compléter cette esquisse bien rapide des grands résultats qu'il a obtenus par l'application de sa méthode, à indiquer ici les découvertes qu'il a faites dans les plâtrières de nos environs. La restauration de toute une faune de vertébrés inconnus sur un aussi petit point n'est pas une des moindres merveilles de la science moderne.

Dans le cadre où nous devons nous renfermer, nous ne pouvons mieux faire, pour atteindre ce but, que de suivre d'abord son savant historiographe, M. Flourens, sauf à ajouter ensuite les détails que nous croirons nécessaires. Les pachydermes dont nous allons parler sont presque tous de cette formation d’eau douce dont nous avons déterminé ci-dessus la position géologique, et que caractérisent particulièrement les amas de gypse. Ce sont les Palæotherium, les Anoplotherium, les Lophiodon, les Anthracotherium, les Gheropotamus, les Adapis.

«Les os de tous ces genres, dit le savant Secrétaire per- « pétuel de l’Académie des Science:(1}, ou plutôt de toutes ces «espèces, car la plupart de ces genres en ont plusieurs, étaient « mêlés et confondus ensemble, Il a fallu commencer par les « démêler; il à fallu rapporter ensuite chaque os à son es- « pèce; il a fallu reconstruire enfin le squelette entier de chà- «cune d'elles; et c’est ici que se montre dans toute sa force

(1) Flourens, Analyse raisonnée, elc., p. 174.

PALÉOZOOLOGIE. 419

la méthode imaginée par l'auteur pour cette reconstruction. « En fait d'espèces fossiles, les dents sont toujours la pre- « mière partie à étudier et la plus importante; car on déter- « mine par les dents si l'animal est carnivore ou herbivore, et «même, dans quelques cas, à quel ordre particulier d'herbi- « vores ou de carnivores il appartient. M. Cuvier, ayant rétabli « la série complète des dents qui se trouvaient les plus com- «imunes parmi celles qu'il avait recueillies, vit bientôt qu'elles « provenaient de deux espèces différentes, dont l’une était pour- « vue de dents canines saillantes, et dont l’autre en manquait.

« La seule restitution des dents donnait donc ainsi deux es- « pèces de pachydermes : l’une, à canines saillantes, est le « Palæotherium ; l'autre, sans canines saillantes, ou à série de « dents continues, est l’Anoplotherium. De plus, cette seule « restitution montrait déjà, dans chacune de ces espèces, le « type d’un nouveau genre, deux genres voisins des Tapirs et « des Rhinocéros, mais deux genres entièrement perdus, car «aucun pachyderme vivant ne reproduit même générique- « ment leur système dentaire.

« Et telle, d'un autre côté, était la rigueur des lois suivies « par l'auteur, que, les dents lui ayant donné deux genres dis- « Lincts, 1l ne pouvait douter que toutes les autres parties du «squelette, la tête, le tronc, les pieds, toutes parties mélées «et confondues entre elles et avec ces dents, ne fussen « aussi de deux genres déterminés. Il prévit donc aussitôt, « pour chacun de ces genres, une tête, un tronc, des pieds « d’une forme particulière, comme 1l leur avait trouvé un sys- «ème dentaire propre; et il ne tarda pas à trouver tout ce «qu'il avait prévu.

« Les dents étant rétablies, 1l fallait s'occuper de la restitu- « Lion des têtes, et bientôt il fut évident qu'il y en avait aussi de « deux genres. Les pieds sont après les dents et la tête, les par- « Lies les plus caractéristiques du squelette, et leur restitution « donna de même deux genres. Il ne restait done plus qu'à rap- « porter chaque pied à sa tête et chaque tête à son système « dentaire,

« Or, la restitution des pieds de derrière en avait donné de deux sortes, les uns à trois doigts et les autres à deux seulement ; et la restitution des pieds de devant en avait pareillement donné de deux sortes, les uns à trois doigts, les autres à deux. S’aidant tour à tour de l'analogie générale des espèces qu'il reproduit avec les espèces vivantes les plus voisines et des rapports particuliers de proportion et de grandeur des diverses parties dont il s’agit, les uns avec les autres, M. Cuvier réunit d'abord les pieds de derrière à deux doigts avec ceux de devant qui en ont deux; il réunit ensuite les pieds de derrière à trois doigts à ceux de devant qui en ont trois aussi; et, toujours guidé par la même analogie, par les mêmes rapports, il réunit les premiers au système dentaire sans canines saillantes, et les seconds au système dentaure à canines sullantes.

« Il réunit successivement ainsi, pour chaque genre, tous les os du crâne, du tronc, des extrémités ; il refait enfin leur squelette entier; et à peine ce grand travail est-il terminé, que, par un hasard singulier, un squelette à peu près complet de l’un d'eux, trouvé à Pantin, vient confirmer tous les résultats déjà obtenus. Dans ce squelettesi heureusement découvert, tous les os étaient réunis, joints ensemble, comme les avait réunis Cuvier; et la nature n'avait pas agi autrement que n'avaient agi et les lois admirables saisies par lui et sa sagacité merveilleuse. »

Une première espèce de chaque genre étant amsi recon-

struite, et en quelque sorte, de nouveau rendue à la lumière,

leur nombre ne tarda pas à s’accroitre. Cuvier compta bien- Lo jusqu'à six espèces d'Anoplotherium. L'A. commune, de craudeur naturelle, a fourni le plus grand nombre d'os épars

dans les plâtrières ; sa tête est un peu moindre que celle de FAne; l'A. secundarium, un peu plus petit que le précédent; V'A. gracile

sous-genre Xiphodon), à museau aigu, à molaires antérieures longues et tranchantes, et de la taille d'une petite Gazelle; l'A. leporinum (sous-genre Dichobune), tête moindre que celle du Renard et plus forte que celle d'un Lièvre; machoires plus larges

PALÉOZOOLOGIE. 421

que celles de la précédente ; molaires moins comprimées, moins allongées aussi, à tubercules doubles des postérieures et plus mousses; FA. murinum, à molaires plus aiguës: tête moindre que celle d'un Chevrotin ; l'A. obliquum, de la taille du précédent, et dont la tête est caractérisée par la branche montante de la màchoire inférieure, moins large et se dirigeant plus obliquement.

Le caractère d'une série continue de dents, qu'on observe dans ce genre, ne se retrouve parmi les mammifères quadrupèdes que chez les imsectivores, tels que les Hérissons et les Musaraignes, et celui des pieds de derrière à deux doigts n’exis- Lait que dans les ruminants; mais chez ces animaux les métatarsiens sont réunis pour former le canon tandis qu'ils sont encore séparés dans les Anoplotherium.

Les débris de Palæotherium présentèrent aussi à Cuvier 6 espèces : le P. medium, dont les os du nez sont courts, le evlindre des molaires inférieures un peu plus ventru et les camines plus grosses : le P. crassum, de grandeur moyenne aussi, à os du nez longs, la tête un peu plus grande que celle du Pécart où Cochon de Siam; le P. magnum, dont la tête égale celle des plus grands Chevaux: Le P. latum, un peu plus petit que les deux premiers; le P. curtum, d'un üUers plus petit que le P. medium, la tête étant de la taille de celle d'un Chevreuil ; le P. minus, dont la tulle est la moitié de celle du P. medium et dont les molaires antérieures d'en bas n'ont pas de double croissant.

Les genres Adapis et Chéropotame ont été établis pour des restes encore peu nombreux de pachydermes provenant des mêmes gisements.

Une portion de tête et de màchoire d'une grande espèce de carnassier appartenant à un genre de la famille des Coatis, des Ralons, ete., prouve que ces nombreux pachydermes et les autres herbivores, qui vivaient sur les bords des lacs où se déposaient le gypse et les marnes, avaientun ennemi très-redoutable, car les dents, la forme très-écartée de l'arcade zygomatique et celles des crêtes sagittales et occipitales qui caractérisent ces restes dénotent une grande force et un naturel très-feroce.

A ces débris de vertébrés déjà si nombreux dans nos plàlrières les recherches de Cuvier ont encore ajouté une mâchoire de chien fort incomplète, d’une espèce inconnue, une portion de tête et de mâchoire inférieure du genre des Genettes, et des os provenant de divers carnivores.

« C'estsans doute une chose bien admirable, dit Cuvier (1),que cette riche collection d'ossements et de squelettes d'animaux « d’un ancien monde, rassemblée par la nature dans les cirrières qui entourent notre ville, et comme réservée par elle « pour les recherches et l'instruction des äges précédents ; « chaque jour on découvre de nouveaux débris, chaque jour « vient ajouter à notre étonnement, en nous démontrant de « plus en plus, que rien de ce qui peuplait alors le sol de cette «partie du globe n’a été conservé sur notre sol actuel, et ces « preuves se multiplieront, sans doute, à mesure qu'on y mettra « plus d'intérêt et qu'on y donnera plus d'attention. Il n'est « pas un bloc de gypse, dans certaines couches, qui ne recèle « des os. Combien de millions de ces os n’ont-ils pas déjà été « détruits depuis qu’on exploite les carrières et que l’on emploie « le gypse pour les bâtiments ! Combien n’échappent pas encore

CS

« par leur petitesse à l'œil des ouvriers mêmes les plus atten- « tifs à les recueillir ! On peut en juger par le morceau que Je « vais décrire. Les linéaments qui s’y trouvent imprimés sont si « légers, qu'il faut y regarder de bien près pour les saisir; et ce- « pendant que ces linéaments sont précieux !' Is sont l'empreinte « d’un animal dont nous ne retrouvons pas d'autre trace, d'un « animal qui, enseveli peut-être depuis des centaines de siècles, reparaîit aujourd'hui, pour la première fois, sous les yeux des naturalistes. »

CS

Telles sont les remarques dont Guvier fait précéder l’un des passages les plus curieux de son livre, celui où l'ingénieuse sagacité du naturaliste se révèle dans toute sa profondeur, jointe à une simplicité si naturelle dans l'exposition, qu’on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, de la délicatesse de la main, de la

(4) Recherches sur les ossements fossiles, vol. V, p. 508. (Éd. de 1834.)

P'ALÉOZOOLOGIE. 493

finesse du jugement ou de la clarté de l'expression. C'est de la découverte d'un petit mammifère didelphe, voisin des Sarigues, dont il est ici question, et qui prouve « cette proposition déjà « bien singulière et bien importante, dit Cuvier (p. 532), qu'il « y a dans les carrières à plâtre qui environnent Paris, à une « grande profondeur et sous diverses couches remplies de co- « quillages marins, des débris d'animaux qui ne peuvent être « que d'un genre aujourd'hui entièrement particulier à l'Amé- « rique, où d’un autre entièrement particulier à la Nouvelle- « Hollande. »

Cuvier signale encore, comme provenant du même gisement, un rongeur du genre Loir, une mâchoire inférieure d’une autre espèce et une tête d'Écureuil. Les oiseaux dont l'existence était déjà connue depuis longtemps lui ont présenté les restes de 9 espèces, dont une d'oiseau de proie, un échassier, une Bécasse, une Chouette, une espèce voisine du Pélican et un second échassier voisin de l'Ibis. Parmi les chéloniens, il a décrit des débris de Trionyx, dont les côtes, non ossifiées dan toute la longueur, ne s’articulent point par leur extrémité inférieure avec un rebord osseux, et dont la surface de la carapace esttoujours chagrinée; d'autres proviennent d'Émydes ou tortues d'eau douce. Un os frontal et un humérus de Crocodile sont les seules preuves de l'existence de reptiles sauriens sur les bords de ces anciens lacs. La classe des poissons à fourni 1 espèces : un Spare, un nouveau genre, une espèce voisine des Amia, une autre du Brochet, des Mormyres du Nil ou des Pæcilies de la Caroline, une sorte de Truite, une autre ressemblant au Cyprinodon, des Cyprins et plusieurs espèces inédites.

« Ainsi, dit Cuvier (p. 636), tous ceux de nos reptiles et de « nos poissons du gypse desquels on a pu obtenir des frag- « ments suffisants annoncent, comme nos coquilles, que les « couches remplies d'os de Palæotherium et d'autres quadru- « pèdes inconnus n'ont pas été formées dans l'eau de la mer, «et s'accordent avec tous les autres phénomènes développés « dans notre travail général sur les environs de Paris, pour

Géologie.

Rapport de

«prouver que la mer est venue envahir une région qui n'avait «été longtemps arrosée que par les eaux douces. »

Quant aux genres Anthracotherium et Lophiodon, créés aussi par le savant anatomuste, le premier comprend des espèces de pachydermes trouvées dans les dépôts tertiaires charbonneux de Cadibona, près de Savone, et dans ceux des environs du Puyen-Vélay, le second des animaux voisins du Tapir et provenant des dépôts lacustres d'Issel (Aude), d'Argenton (Indre), des environs d'Orléans, de Soissons, de Laon et de Bouxwiller (Bas-Rhin).

Nous n’avons point eu occasion, jusqu'à présent, de parler des ruminants et des carnassiers fossiles, qui ont également fourmi de nombreux sujets d'étude; mais généralementils n'avaient point encore, à cette époque, présenté de types aussi curieux que les animaux dont nous avons parlé, et ce sont surtout les dépôts quaternaires ou diluviens, les brèches osseuses et les cavernes, qui out offert le plus grand nombre de débris de ces deux ordres, Nous ne nous étendrons point davantage sur cette partie si 1mportante des travaux de Cuvier, dont nous aurons souvent occasion de parler par la suite, il nous à suffi d'indiquer sommairement quelques-uns de ses résultats les plus essentiels représentés par la description de 168 espèces de vertébrés fossiles, répartis dans 50 genres, dont 15 au moins sont nouveaux.

Considérons actuellement Cuvier comme la personnification d'une certaine école géologique, ou si l'on veut paléontologique, et voyons en quoi consiste réellement les idées qu'on lui attribue.

Dans son Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles, depuis 1789, présenté à l'Empereur le 6 février 1808 (1), il s'exprime ainsi : « Il est cependant indubitable que «les couches les plus profondes, et par conséquent les plus « anciennes parmi les secondaires, fourmillent de coquilles et « d'autres productions qu'il a été impossible de retrouver « dans aucun des parages de l'Océan; et, comme les espèces

(4) P. 495, in-8; 4810.

PALÉOZOOLOGIE. 425

semblables à celles que l'on pêche aujourd'hui n'existent que dans les couches superficielles, on est autorisé à croire qu'il y a eu une certaine succession dans les formes des êtres vivants.

«Les houilles ou charbons de terre paraissent aussi être d'anciens produits de la vie; ce sont probablement des restes de forêts de ces temps reculés que la nature semble avoir mis en réserve pour les âges présents. Plus utiles qu'aucun autre fossile, elles devaient naturellement attirer de bonne heure l'attention. Leur profondeur et la nature des couches pierreuses qui les renferment annoncent leur antiquité; et les espèces, toutes étrangères, de plantes qu’elles recèlent, s'accordent avec les fossiles animaux pour prouver les varialions que l’organisation a subies sur la terre.

« Il n'est pas jusqu’à l'ambre jaune qui ne recèle des insectes inconnus et qui ne se trouve quelquefois dans des fentes de bois fossiles qui ne le sont pas moins.

« À la vue d’un spectacle si imposant, si terrible même, que celui de ces débris de la vie formant presque tout le sol sur lequel portent nos pas, il est bien difficile de retenir son imagination et de ne point hasarder quelques conjectures sur les causes qui ont pu amener de si grands effets.

« Aussi, depuis plus d'un siècle, la géologie a-t-elle été si fertile en systèmes de ce genre, que bien des gens croient qu'ils la constituent essentiellement et la regardent comme une science purement hypothétique. Ce que nous en avons dit jusqu'à présent montre qu'elle à une partie tout aussi positive qu'aucune autre science d'observation; mais nous croyons avoir montré, en même temps, que cette partie positive n’est point encore assez complète, qu’elle n’a point encore assez recueilli de faits pour fournir une base suffisante aux explications. La géologie explicative, dans l'état actuel des sciences, est encore un problème indéterminé dont aneune solution ne l'emportera sur les autres tant qu'il n'y aura pas un plus grand nombre de conditions fixées. Les systèmes ont eu cependant le mérite d’exeiter à la recherche des faits,

Discours sur les révolutions de la surface du globe.

«et nous devons, à cet égard, de la reconnaissance à leurs « auteurs. »

Nous ne trouvons done encore ici rien de plus que dans les Époques de la nature; même incertitude dans les causes, même

vague dans la connaissance des effets.

Cherchons maintenant à nous rendre compte de la partie théorique des vues que Cuvier a rassemblées dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe, publié pour la première fois en 1822 (1); peut-être y reconnaîtrons-nous encore qu'à 45 ans d'intervalle ce discours diffère bien moins qu'on ne le pense de la dernière expression des idées de Buffon.

En effet, le commencement de ce travail, imprimé douze ans après le rapport précédent, est encore une sorte de paraphrase des deuxième, troisième et quatrième Époques de la nature. Ce sont toujours ces aperçus généraux qui ne résument rien et n’expliquent rien. « Les déchirements, les redresse- «anents, les renversements des couches plus anciennes, dit « l’auteur (p. 18), ne laissent pas douter que des causes subites «et violentes ne les ait mises en l'état où nous les voyons, et «même la force des mouvements qu'éprouva la masse des eaux «est encore attestée par les amas de débris et de cailloux roulés « qui s’interposent en beaucoup d'endroits entre les couches « solides. La vie a donc souvent été troublée sur cette terre « par des événements effroyables. Des êtres vivants sans nombre ont été victimes deces catastrophes; les uns, habitants de «la terre sèche, se sont vus engloutis par des déluges; les «autres, qui peuplaient le sein des eaux, ont été mis à see avec « le fond des mers subitement relevé ; leurs races mêmes ont « fini pour jamais et ne laissent dans le monde que quelques « débris à peine reconnaissables pour le naturaliste, »

Nous retrouvons done encore ici la phraséologie et toutes ces grandes machines, comme les appelait de Saussure, qu'mvoquaient les naturalistes des xvn° et xvin° siècles. Ainsi, pour

(1) Nous suivons ici la 6° éd, de ce livre, publiée en 1830: c'est la dernière qu'ait revue l'auteur.

PALÉOZOOLOGIE. 497

Cuvier, en 1822, comme pour Buffon, en 1778, il n'y avait que des montagnes primitives, une masse considérable de dépôts sédimentaires postérieurs, renfermant des débris organiques, puis les résultats du phénomène diluvien qui tient toujours une grande place dans ce genre de spéculations, en raison de la urosseur des animaux que ses dépôts présentent, et non en raison de son importance réelle, puisque ce phénomène, tel qu'on le comprenait alors, n’était pas une époque mesurable dans la durée des temps, mais bien une action brusque, rapide, uénérale, interrompant momentanément l'ordre régulier de 1. nature; c'était un instant de trouble et non une période,

(P. 19-20.) Cuvier reproduit les erreurs, bien excusables pour Buffon et de la Métherie, que les montagnes et les roches les plus élevées sont les plus anciennes et renferment d’autant moins de fossiles ; mais, pour le collaborateur d'Alexandre Brongniart, le collègue de Ramond et d'Alexandre de Humboldt, le contemporain des observations de Buckland dans les Alpes, de pareilles assertions ne sont plus pardonnables, On savait alors que les montagnes dites primitives sont loin d’être toujours celles qui s'élèvent au-dessus des neiges perpétuelles, et tout le raisonnement qui s'applique à la composition générale des chaînes est la reproduction de ce que nous avons vu exposé par Pallas, à Saint-Pétersbourg, l'année même où parurent en France les Époques de la nature.

On y voit bien germer l'idée de la succession des êtres organisés, mais à l’état de simple raisonnement, & priori, comme faisaient les anciens, sans exemples à l'appui, sans démonstration directe, ce que cependant permettaient déjà les matériaux recueillis à cette époque.

L'examen des causes actuelles ,auquell’auteur se livre ensuite, telles que les alluvions, les dunes, les éboulements, les falaises, les dépôts au fond des lacs et de la mer, les stalactites, les lithophytes, les incrustations, les volcans, les causes astronomiques constantes, cet examen, disons-nous, est tout à fait insuffisant pour justifier ses conclusions, et sa revue rétrospective des anciens systèmes cosmogoniques est bien inférieure à ce qui

avait été éerit seulement en France par de la Métherie et par

Desmarest. En outre, ici, comme dans son Histoire des sciences naturelles, Cuvier s'attache plus à faire ressortir les erreurs qu'à signaler et à distinguer les bonnes observations et les

idées justes. Loin de le suivre dans cette voie, nous reproduirons au contraire les passages suivants, où d'abord, sous la

forme interrogative, les questions les plus importantes à résoudre sont posées par lui avec une profonde sagacité, et où ensuite le but et l'utilité de l'étude des fossiles sont beaucoup mieux définis et mieux présentés qu'on ne l'avait encore fait.

(P. 56.) « Y a-t-1l des animaux, des plantes propres à certaines couches, et qui ne se trouvent pas dans les autres”? Quelles sont les espèces qui paraissent les premières ou celles qui viennent après? Ces deux sortes d'espèces s'accompagnent-elles quelquefois? Y a-t-1l des alternatives dans leur retour; ou; en d'autres termes, les premières reviennent-elles une seconde fois, et alors les secondes disparaissent-elles? Ces animaux, ces plantes, ont-ils tous vécu dans les lieux où l'on trouve leurs dépouilles, ou bien y en a-t-1l qui aient été transportés d'ailleurs? Vivent-ils encore tous aujourd'hui quelque part, ou bien ont-ils été détruits en tout ou en par- Ue? Y a-t-1l un rapport constant entre l'ancienneté des couches et la ressemblance ou la non-ressemblance des fossiles avec les êtres vivants? Y en at-il une de climat entre les lossiles et ceux des êtres vivants qui leur ressemblent le plus ? Peut-on en conclure que les transports de ces êtres, s’il yen a eu, se soient faits du N, au S., ou de l'E, à O., ou par irradiation ou mélange, et peut-on distinguer les époques de ce transport par les couches qui en portent les empreintes”? « Que dire sur les causes de l'état actuel du globe, si l'on ne peut répondre à ces questions, si l'on n’a pas encore de motifs suffisants pour choisir entre l’affirmative ou la négative? Or, il n’est que trop vrai que pendant longtemps aucun de ces points n'a été mis absolument hors de doute, qu'à peine même semblait-on avoir songé qu'il fût bon de les éclaircir avant

« de faire un système.

P'ALÉOZOOLOGIE. 499 « On trouvera la raison de celle singularité, si l'on réfléchit que les géologistes ont tous été ou des naturalistes de cabinet qui avaient peu examiné par eux-mêmes la structure des montagnes, ou des minéralogistes qui n'avaient pas étudié avec assez de détail les innombrables variétés des animaux el la complication infinie de leurs diverses parties. Les premiers n'ont fait que des systèmes, les derniers ont donné d'excellentes observations; ils ont véritablement posé les bases de la science, mais ils n’ont pu en achever l'édifice, « En effet, la partie purement minérale du grand problème de la théorie de la terre a été étudiée avec un soin admirable par de Saussure, et portée depuis à un développement étonnant par Werner et par les nombreux et savants élèves qu'il a formés... D’autres savants étudiaient, à la vérité, les débris fossiles des corps organisés; ils en recueillaient et en fusaient représenter par milliers: leurs ouvrages seront des collections précieuses de matériaux; mais, plus occupés des animaux et des plantes, considérés comme tels, que de la théorie de la terre, en regardant ces pétrifications ou ces fossiles comme des curiosités plutôt que comme des documents historiques, ou hien, enfin, se contentant d’explicalions partielles sur le gisement de chaque morceau, ils ont presque toujours négligé de rechercher les lois générales de position ou de rapport des fossiles avec les couches. « Cependant l'idée de cette recherche était bien naturelle. Comment ne voyait-on pas que c'est aux fossiles seuls qu'est due la naissance de la théorie de la terre; que sans eux l’ou n'aurait peut-être jamais songé qu'il y ait eu dans la formation du globe des époques successives et une série d'opérations différentes? Eux seuls, en effet, donnent la certitude que le globe n’a pas toujours eu la même enveloppe, par la certitude où l'on est qu'ils ont dû vivre à la surface avant d'être ainsi ensevelis dans la profondeur. Ce n’est que par analogie que l'on a étendu aux terrains primitifs la conclusion que les fossiles fournissent directement pour les terrains secondaires, et, s'il n'y avait que des terrains sans fossiles,

« personne ne pourrait soutenir que ces terrains n’ont pas été « formés tous ensemble, »

Cette dernière phrase n'est cependant plus exacte et montre les préoccupations du z0ologiste, car la stratification et la superposition des couches de même nature ou de natures différentes, non-seulement suffisent pour faire voir qu’elles se sont déposées les unes après les autres, mais encore c’est cette même superposition qui a permis de reconnaître la succession des divers êtres organisés eux-mêmes, ou, en d'autres termes, la série des couches sédimentaires d’un pays donnée pouvait être déterminée par la simple observation directe, tandis que la succession des faunes et des flores qu'elles renferment exigeait cette constatation préalable de l'ordre chronologique des dépôts.

(P. 62.) Cuvier indique ici la préférence que dans ses recherches il a donnée aux débris de vertébrés sur ceux des invertébrés. Il'avait, en effet, parfaitement le droit de choisir le champ de ses études; mais dire que les ossements de quadrupèdes pouvaient conduire, par plusieurs raisons, à des résultats plus rigoureux qu'aucune autre dépouille de corps organisés, qu'ils caractérisent d'une manière plus nette les révolutions qui les ont affectés, que, pour les coquilles, les changements d'espèces pourraient provenir de changements légers dans la nature du liquide, que dans le fond de la mer certaines espèces et certains genres, après avoir occupé plus ou moins longtemps des espaces déterminés, ont pu en être chassés par d’autres, tandis que l'apparition des os de quadrupèdes, et surtout celle de leurs cadavres entiers, annonce que la couche même qui les porte était autrefois à see, que c'est par eux que nous apprenons les irruptions répétées de la mer, dont les produits marins seuls ne nous auraient pas instruits, et que c’est par leur étude que nous pouvons espérer de reconnaître le nombre et les époques de ces irruplions, ete., etc., tout cela n’est pas sérieux, c'est méconnaître la nature même des choses, c’est entasser supposition sur supposition, incerlitude sur incertitude, et aucun géologue pratique n'admettra les raisonnements du célèbre anatomiste, qui n’avait nul besoin d’ailleurs de ces petits paradoxes pour justifier

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son choix, pour motiver la direction de ses travaux. Ceux-ci avaient par eux-mêmes un but assez élevé pour qu'il ne fût pas nécessaire de l’appuyer par des raisonnements auxquels nous opposerons les remarques suivantes.

La plus simple réflexion fait voir que les animaux invertébrés marins ou d’eau douce, qui ont vécu dansle milieu et le plus ordinairement à la place même, où se sont formés les sédiments qui les renferment, et qui nous traduisent, par conséquent, toutes les conditions physiques ou les circonstances environnantes, que ces invertébrés, disons-nous, ont une bien autre valeur et un bien autre caractère de précision que des débris de quadrupèdes terrestres ou amphibies. Ces derniers, en effet, ont vécu dans d’autres conditions, à un moment et à une distance du lieu de leur enfouissement que rien ne nous permet de fixer rigoureusement, car l'habitat et la contemporanéité des mammifères terrestres trouvés dans des couches marines ou lacustres reste toujours à prouver, et on l’admet plutôt par la difficulté de prouver le contraire que par la démonstration du fait lui-même, tandis que lesrestes d'animaux aquatiques portentaveceux ladémonstration.

Les restes de mammifères fossiles sont d'ailleurs, dans le plus grand nombre des cas, de même que les coquilles fluviatiles, lacustres et terrestres avec lesquelles on les trouve, restreints à des bassins limités, sans relations directes entre eux, et dont le parallélisme des couches ne peut pas être déterminé avec la même rigueur que celui des couches marines, continues, au contraire, comme les eaux de mer où elles se sont déposées.

Les quadrupèdes fossiles ne sont guère connus que par les excavations artificielles; ils sont toujours, comparativement, plus ou moins rares; sans elles on ne les connaitrait pas, et l'on ne peut pas faire ouvrir des carrières partout où cela serait supposé nécessaire. Nous avons déja insisté sur cette circonstance, à laquelle il faut en ajouter une autre plus importante encore, c’est lacontinuité des horizons ou niveaux géologiques déterminés par la présence, sur d'immenses étendues, des mêmes animaux aquatiques marins qui se sont reproduits et multipliés à profusion, sous l’empire des mêmes conditions, qui ont cessé partout en même temps

ou à très-peu près comme ils avaient commencé, el qui nous offrent ainsi unchronomètre naturel d'une certitude que ne peuvent jamais avoir pour l'observateur les débris de mammifères et de reptiles épars ou accumulés çà et là par des causes irrégulières, locales, indépendantes des phénomènes de la sédimentation ou qui n'en sont qu'un résultat secondaire. Ce raisonnement semble se présenter si naturellement à l'esprit, qu'on s’étonne de l'importance accordée à l'opinion inverse, d'autant plus que dès 1808 et 1810, Cuvier et Alex. Brongniart, ainsi que nous l'avons dit, avaient été les premiers à constater toute la valeur des mvertébrés comme moyen de repère dans la détermination du synchronisme des dépôts marins, ou de leur continuité sur d'assez grandes étendues.

Les pages suivantes (64-96), consacrées à démontrer qu'il y a peu d'espérance de découvrir de nouvelles espèces de grands quadrupèdes, prouvent encore les préoccupations zoologiques de l’auteur et l'idée incomplète qu'il se faisait de la géologie positive et de l'immensité des temps écoulés. Il ne s'occupe guère que de deux périodes : l’une comprenant ce que nous appelons aujourd'huiles faunes quaternaire, tertiaires supérieure et moyenne ; l'autre, qui était plus ancienne, les couches lacustres et gypseuses de Montmartre, ete. Les vues de Cuvier sont donc ici trèscourtes, parce qu'il prend un sujet très-limité, par rapport aux généralités qu'il en voudrait déduire. En 1820, la connaissance des terrains secondaire et de transition était assez avancée pour rendre ses prétentions injustifiables et pour ne pas admettre la suprématie des vertébrés dans l’étude des terrains. En parlant avec dédain des géoloques de cabinet, 1 ne se montre ict, luimème, qu'un paléontologiste de cabinet, et n'eût pas pu tracer le moindre profil stratigraphique avec toutes ses connaissances 0stéologiques. A quoi lui eussent-elles servi pour faire une simple coupe de la Salpêtrière à Meudon, par exemple? Or, l'application directe est la pierre de touche de l'utilité d’une science, et icrun fragment de coquille, d'échinide, de polypier, que l'on est toujours plus ou moins sûr de rencontrer sous son marteau, est un indice infiniment plus certain que ces rares débris de quadrupèdes.

PALÉOZOOLOGIE, - 453

ILest donc évident pour nous que Cuvier ne comprenait pas la paléontologie dans son véritable sens, lorsqu'il cherchait à l'appliquer, c'est-à-dire qu'il n’accordait pas aux divers corps organisés fossiles une importance proportionnée à leur utilité réelle dans l'étude de la géologie sédimentaire, ni dans l'histoire vénérale de la vie à la surface du globe, puisque les mammifères Lerrestres n'apparaissent que lort tard dans cette histoire et que les reptiles à la vérité plus anciens sont toujours plus ou moins rares. En cela il était moins avancé que Buffon.

Si Cuvier eût travaillé seul ou entouré de zoologistes et de ses élèves, on comprendrait qu'il se fût isolé dans sa propre et haute personnalité, comme cela se voit souvent; mais ayant fravaillé avec le savant qui le premier a le mieux compris eu France les vrais rapports de la zoologie fossile avec la géologie proprement dite, cela se conçoit moins. Comment l'esprit fin et sagace d'Alexandre Brongniart avec qui Cuvier faisait des exeursions géologiques n'a-t-1l pas réagi sur les idées de ce dernier! Brongmiartn'était pas pour Cuvier ce qu'étaientDaubenton, l'abbé Bexon et autres, pour Buffon; il était beaucoup plus que cela, comme nous le dirons tout à l'heure, mais son action n'a point élé effective ou du moins assez continue.

(P. 97.) Les principes de détermination que donne ensuite Cuvier sont de la pure zoologie comparée, et il termine lexposé des résultats généraux de ses recherches en disant : « C'est ainsi que nous avons déterminé et classé les restes de « plus de 190 mammifères ou quadrupèdes ovipares. Consi- « dérés par rapport aux espèces, plus de 90 de ces animaux « sont bien certainement meonnus jusqu'à ce jour des natura- « listes; 11 ou 12 ont une ressemblance si absolue avec des « espèces connues, que l’on ne peut guère conserver de doute «sur leur identité; les autres présentent avec des espèces « connues beaucoup de traits de ressemblance, mais la compa- « raison n'a pu encore en être faite d'une manière assez scru- « puleuse pour lever tous les doutes.

« Considérés par rapport aux genres, sur les 90 espèces in- «connues 1] y en a près de 60 qui appartiennent à des genres

« nouveaux ; les autres espèces se rapportent à des genres ou « SOUS-genres CONNUS.

QI n'est pas inutile de considérer aussi ces animaux par « rapport aux classes et aux ordres auxquels ils appartiennent. « Sur les 150 espèces, un quart environ sont des quadrupèdes « ovipares, et toutes les autres des mammifères. Parmi celles-ci, « plus de la moitié appartiennent aux animaux à sabots non « ruminants.

« Toutefois, 1l serait encore prématuré d'établir sur ces « nombres aucune conclusion relative à la théorie de la terre, « parce qu'ils ne sont point en rapport nécessaire avec les nom- « bres des genres ou des espèces qui peuvent être enfouis dans « nos couches. »

(P. 112.) Quant à l’ordre d'apparition des espèces connues, il résulte des recherches précédentes que les quadrupèdes ovipares se sont montrés avant les vivipares, et qu'ils sont même plus abondants, plus forts et plus variés dans les anciennes couches qu'à la surface actuelle du globe. Les Monitors de la Thuringe sont les plus anciens ; mais Cuvier, qui semble avoir peu de confiance dans les déterminations stratigraphiques de l’école de Werner, ajoute : « Si les schistes cuivreux qui les «renferment au milieu de toutes sortes de poissons que l'on « croit d’eau douce sont au nombre des plus anciens lits du « terrain secondaire? » Or on sait que la véritable position de ces schistes cuivreux était établie bien avant Werner, et 1l y avait déjà plus de 60 ans, lorsque Cuvier émettait encore ce doute.

Les [chthyosaures, les Plésiosaures, les Tortues, plusieurs Crocodiles existent dans Les divers dépôts jurassiques, le grand saurien et la Tortue de Maestricht dans la craie supérieure, el nous en avons cité sur bien d’autres points dans des couches différentes, de sorte qu’il existait des terres émergées et des eaux douces pendant le dépôt de ces dernières. À une seule exception près, les mammifères ne s'étaient pas encore montrés.

Cuvier signale des restes de mammifères marins, Phoques et Lamantins, dans le calcaire grossier des environs de Paris

PALÉOZOOLOGIE. 4159 \iais, lors de la première édition du Discours que nous analysons, les restes d’Anoplotherium et de Lophiodon trouvés depuis dans le calcaire grossier supérieur de Nanterre ne lui étaient pas connus.

(P. 1415.) «Il est à remarquer, dit-il plus loin, que ces « calcaires grossiers, ceux dont on se sert à Paris pour bâtir, « sont les derniers bancs qui annoncent un séjour long et tran- « quille de la mer sur nos continents. Après eux on trouve « bien encore des terrains remplis de coquilles et d’autres pro- « duits de la mer; mais ce sont des terrains meubles, des « sables, des marnes, des grès, des argiles, qui indiquent plu- « tôt des transports plus où moins tumultueux qu'une précipi- « tation tranquille; et, s'il y a quelques bancs pierreux et ré- « guliers un peu considérables au-dessous et au-dessus de ces « terrains de transport, ils donnent généralement des marques « d'avoir été déposés dans l’eau douce.

« Presque tous les os connus de quadrupèdes vivipares sont « donc, ou dans ces terrains d’eau douce, ou dans ces terrains « de transport, et par conséquent il y a tout lieu de croire que « ces quadrupèdes n’ont commencé à exister, ou du moins à « laisser de leurs dépouilles dans les couches que nous pouvons « sonder, que depuis l’avant-dernière retraite de la mer, et « pendant l’état de choses qu'a précédé sa dernière irruption. « Mais il y a aussi un ordre dans la disposition de ces os entre « eux, et cet ordre annonce encore une succession très-remar- « quable entre leurs espèces. D'abord, tous les genres incon- « nus aujourd'hui, les Palæotherium, les Anoplotherium, etce., « sur le gisement desquels on a des notions certaines, appar- « tiennent aux plus anciens des terrains dont il est ici question, « à ceux qui reposent immédiatement sur le calcaire grossier, « quelquefois dans le calcaire grossier lui-même... Les plus « célèbres des espèces inconnues qui appartiennent à des « genres connus où à des genres très-voisins de eeux que l’on « connaît, comme les Éléphants, les Rhinocéros, les Iippopotames, les Mastodontes fossiles, ne se trouvent point avec ces genres plus anciens. C’est dans les seuls terrains de

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