‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphiqueChapitre 36 sur 63 · EN · texte numérisé non relu

EN

« Lransport qu'on les découvre, tantôt avec des coquilles de «mer, tantôt avec des coquilles d'eau douce, mais jamais dans «des banes pierreux réguliers. Tout ce qui se trouve avec ces «espèces est où inconnu comme elles ou au moins douteux.

« Enfin, les os d'espèces qui paraissent les mêmes que les «nôtres ne se déterrent que dans les derniers dépôts d’allu- « vions formés sur les bords des rivières, sur les fonds d’an- « ciens étangs où marais, dans les couches de tourbe, dans les « fentes et les cavernes de quelques rochers, ete. »

Ainsi, à l’époque où Cuvier écrivait, il confondait ou mettait ensemble les dépôts tertiaires movens, supérieurs et auaternaires; il ne connaissait guère, en fait de terrain tertiaire, que celui des environs de Paris, et tient peu de compte de ce qui avait été fait en Italie et en Angleterre: il ne semble connaitre ni les travaux de W. Smith sur le terrain secondaire de cette ile, ni ceux de Buckland et de Webster sur le terrain tertiaire, nn la carte générale de Greenough, etc. Quant à sa conclusion tp. 121), elle est d'ailleurs très-larve et très-réservée à la fois, el bien différente de celle que l'on émettrait actuellement, « On

Qnr'accordera, dit-il, qu'il y a eu au moins une et très-proba-

«blement deux successions dans la classe des quadrupèdes

avant celle qui peuple aujourd'hui la surface de nos con- « Lrées. »

Notre illustre anatomiste traite ensuite la question des especes perdues qui ne sont pas des variétés des espèces vivantes, ct le prouve péremptoirement par la stabilité des caractères ‘ondamentaux de l'espèce. «€ Il n’y a done dans les faits connus, «dit-l en terminant (p. 132), rien qui puisse appuñer le «moins du monde l'opinion que les genres nouveaux que j'ai « découverts ou établis parmi les fossiles, non plus que ceux « qui l'ont été par d’autres naturalistes, les Palæotherium, les « Anoplotherium, les Mégalonyx, les Mastodontes, les Ptéro- « dactyles, les Ichthyosaures, les Plésiosaures, ete., aient pu « être les souches de quelques-uns des animaux d'aujourd'hui, «lesquels n’en différeraient que par l'influence du temps ou du « climat; et, quand il serait vrai, ce que je suis loin de croire,

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«que les Éléphants, les Rhinocéros, les Cerfs gigantesques, « les Ours fossiles ne diffèrent pas plus de ceux d'à présent « que les races des chiens ne diffèrent entre elles, on ne pour- « rait pas conclure de là l'identité d'espèces, parce que les «races des chiens ont été soumises à l'influence de la domes- « ticité, que ces autres animaux n'ont ni subie ni pu subir.

« Au reste, lorsque je soutiens que les bancs pierreux con- « tiennent les os de plusieurs genres, et les couches meubles « ceux de plusieurs espèces qui n'existent plus, je ne prétends «pas qu'il ait fallu une création nouvelle pour produire les « espèces aujourd'hui existantes. Je dis seulement qu’elles « n'existaient pas dans les lieux où on les voit à présent, et « qu'elles ont dû y venir d’ailleurs, »

Cuvier expose ici l'hypothèse des migrations géographiques dont les personnes peu familiarisées avec la connaissance des terrains ont souvent abusé. Elle consiste à supposer qu'un continent s'étant abaissé, ou sa surface ayant été envahie par les eaux, les animaux qui vivaient sur cette surface ont été enfouis dans les nouveaux sédiments, puis que dans le même temps une région voisine s’est élevée au-dessus du niveau de la mer, ce qui à permis à des animaux qui vivaient plus loin d’émigrer pour venir habiter cette terre nouvellement émergée; si alors l'ancien continent vient à être de nouveau porté au-dessus des eaux et mis en relation avec lune des terres précédentes, la population de celle-ci s’établira sur les anciennes qui avaient été enfouies lors de la première submersion.

En supposant cette hypothèse fondée, on voit encore qu'elle ne serait applicable qu'aux animaux terrestres qui peuvent se déplacer, et par conséquent à une assez petite partie de lhistoire de la terre. Quant aux reptiles, leur migration serait peu probable ; et, si celle des poissons est plus admissible, la plus grande quantité des animaux inférieurs n’en est pas susceplible directement, comme le prouve leur distribution et leur limitation géographiques actuelles. Ce ne serait que par le transport des germes que ces migrations et ce repeuplement pourraient avoir lieu, et le phénomène serait d'ailleurs, pour

les animaux aquatiques, inverse de celui qui est supposé par l'auteur pour les animaux terrestres, |

Mais depuis que cette idée a été émise, rien n’est venu en démontrer la réalité. Toutes les données acquises, et elles sont aujourd'hui bien autrement nombreuses que celles que Cuvier avait à sa disposition, ont prouvé au contraire que, sauf quelques circonstances particulières très-restreintes et faciles à expliquer, le grand fait de la succession non interrompue des êtres dans le temps, l'absence du retour aux mêmes formes, est l'expression de la loi générale qui régit la nature, loi sur laquelle Cuvier ne pouvait avoir que des idées très-vagues et fort incomplètes, car 1l lui manquait encore trop d’anneaux pour placer bout à bout et réunir toute la série des chaînons plus ou mois brisés et discontinus des âges de la terre.

(p. 159) Cuvier s'attache ensuite à démontrer qu'il n’y a point d'os humains fossiles ; que les os de l’homme se conservent aussi bien que ceux des animaux quand ils se trouvent dans les mêmes conditions. « Tout porte à croire, dit-il @ (P. 142), que l'espèce humaine n'existait point dans le pays « où se découvrent les os fossiles, à l’époque des révolutions «qui ont enfoui ces os, car il n'y aurait eu aucune raison «pour qu'elle échappât tout entière à des catastrophes aussi « générales, et pour que ses restes ne se retrouvassent pas au- « jourd’hui comme ceux des autres animaux; mais je n’en « veux pas conclure, poursuit-il, que l'homme n'existait pas « du tout avant cette époque. Il pouvait habiter quelques con- « trées peu étendues, d’où il a repeuplé la terre après ces évé- «nements terribles; peut-être aussi les lieux où 1l se tenait « ont-ils été entièrement abimés, et ses os ensevelis au fond « des mers actuelles, à l'exception du petit nombre d'individus

« qui ont continué son espece, »

Ainsi nous voilà, en 1822, retombés en plem déluge biblique avec les variantes obligées, tout comme aux xvn° ct xvin® siècles! Encore une de ces vieilles racines que l'éminent naturaliste du xix° siècle n'a pu extirper, encore une de ces vagues hypothèses traditionnelles à Pinfluence de laquelle son

l'ALÉOZOOLOGIE. 1: 9 esprit, ordinairement si positif el si pratique, n'a pu se soustraire. Est ce un doute de sa part, là où il n’y avait en elfet aucune preuve? il serait très-naturel et motivé; si c'est une concession, nous ne l'en féliciterons pas.

Il pouvait d’ailleurs dire que l'établissement de l'homme, dans les pays où l’on avait cité des animaux terrestres fossiles, était postérieur non-seulement au phénomène par suite duquel ces os ont été enfouis, mais encore à celui qui a émergé les couches où ils se trouvent, et qui sont les dernières formées. On ne possédait alors aucune donnée sur la contemporanéité de ces animaux avec l'espèce humaine ; les allusions indtrectes au texte de la Genèse n'étaient donc nullement néces- ‘aires.

En recherchant dans la formation des deltas, des dunes et des tourbières, etc., les preuves physiques du peu d'ancienneté de l’état actuel des continents, thèse que nous avons vue si longuement développée par de Lue, Cuvier se borne à citer quelques points des côtes de l'Europe; mais nous avons rappelé (antè p.325) quelques-unes des évaluations modernes relatives à l'ancienneté des alluvions des grands fleuves, évaluations qui laissent bien loin derrière elles, tout en les confirmant, celles des périodes de Buffon. Ici, Cuvier, au lieu d'agrandir la question, la restreint aux proportions les plus exiguës, en la ramenant à des recherches sur les résultats artistiques ou scientifiques des anciens, et aux chroniques de quelques peuples. Quant aux traditions des Égyptiens, des Juifs et des Grecs, elles semblent être si peu anciennes ou si peu complètes, lorsqu'on cherche à remonter à celles de l'Inde, de la Chine et d’autres nations dont les origines nous sont inconnues, qu'on ne peut rien conclure de pareils documents.

Si les monuments astronomiques ne portent pas de dates trèsreculées, cela prouve seulement ou l'ignorance des peuples, ou que les observations les plus anciennes ne nous sont point parvenues. Les populations de la Polynésie, de l'Australie, de l'Afrique centrale, les Sauvages de l'Amérique, ete., pour raicnt avoir véeu des milliers d'années avant les Chaldéens

sans qu'aucun germe de science se füt développé chez elles. Par conséquent, l'absence ou le peu d'ancienneté des recherches scientifiques ne peut pas être une preuve de la nouveauté d'un peuple; 1l n’y a ici aucune relation entre la cause présumée et l'effet.

De ce que la culture des sciences ne remonte pas bien haut dans l’histoire de l'humanité, on n'est pas en droit d'en conclure que l'espèce humaine n’est pas fort ancienne. Nous ignorons complétement les conditions et la longueur de temps exigées pour que, de l'ignorance profonde où sont encore aujourd'hui certains peuples, ils puissent arriver, par exemple, à la connaissance du mouvement de Sirius. Les monuments de l'art, ceux de l’industrie et les traditions nous semblent encore très-insuffisants pour déterminer l'ancienneté absolue de la race humaine en général, et nous sommes toujours obligés d'interroger les phénomènes de la nature si nous voulons trouver quelques éclareissements à cet égard (1).

Cependant Cuvier consacre cent vingt pages de son livre à prouver, par des recherches historiques, astronomiques, et par la discussion de documents de diverses natures, la nouveauté des continents, et que l'antiquité excessive attribuée à

(1) Ceci est, on le conçoit, tout à fait indépendant des questions d'unité où de pluralité de l'espèce humaine, d'un seul ou de plusieurs centres de création, de simultanéité ou de non-simultanéité de ceux-ci, des affinités ou des dissemblances des races, des migrations par telle ou telle cause, dans telle ou telle direction, etc., questions qui sont toutes anthropolosiques où de zoologie géographique et simplement de relations, tandis que les seules qui nous intéressent ici sont des questions de temps que les précédentes sont impuissantes à résoudre. L'anthropologie est muette à cet égard comme la philologie ou la linguistique, comme larchéologie, en un mot comme toutes les manifestations de la pensée humaine antérieures à celle de la mesure du temps, aux moyens de l'exprimer et d’en transmettre les résultats aux générations qui se sont succédé. C’est l'ibsence de ces données directes qui force à recueillir tous les faits qui, mème par des voies détournées, permettraient d'évaluer approximalivement la durée de ces âges ce l'humanité antérieurs à toute chronique écrite. C'est d'ailleurs un sujet sur lequel nous aurons occasion de revenir dans la seconde partie du cours de cette année.

PALÉOZOOLOGIE. 41

certains peuples n'a rien d'historique. Nous pensons que ces documents ne prouvent absolument rien pour le fond de la question, Si l'on tient compte, au contraire, de cette croyance : générale à un déluge, que l’on retrouve dans la tradition de tous les peuples, et si l'on étudie attentivement les caractères de ce phénomène supposé général et ceux des dépôts qui se sont évidemment formés depuis, c’est-à-dire si l'on compare des effets comparables et de même ordre, qui partout montrent claurement une successivilé réelle, on aura des motifs bien autrement concluants et concordants pour reporter à des milliers de siècles plus loin qu'on ne le fait le phénomène dont les traditions nous ont conservé le souvenir.

Nous arriverons ainsi, sinon à obtenir une évaluation numérique absolue, ce qui ne sera peut-être jamais possible, du moins à des données d'ancienneté relative concordantes et avant un degré de probabilité satisfaisant. Que prouvent ces traditions? un fait d'accord avec l'observation; mais elles ne prouvent rien quant au temps. Il peut et il doit même y avoir un laps où un hiatus incommensurable pour nous entre ce fait et les données scientifiques, archéologiques où autres qui le rappellent seulement. Get hiatus nous est prouvé par les résultats de l'observation des faits naturels en opposition avec le peu d'ancienneté que l’on voudrait attribuer à l'état actuel des choses, résultats qui, seuls, nous offrent des chronomètres en rapport avec la durée du temps.

Voyons maintenant quelles sont les conclusions de Cuvier.

« Je pense done, dit-il (p. 290), avec MM. de Luc et de Dolo- « mieu, que s'il y a quelque chose de constaté en géologie, « c’est que la surface de notre globe a été victime d'une grande « révolution, dont la date ne peut remonter beaucoup au delà « de cinq ou six mille ans; que cette révolution a enfoncé et « fait disparaître Le pays qu'habitaient auparavant les hommes « et les espèces des animaux aujourd'hui les plus connus ; « qu'elle a au contraire mis à sec le fond de la dernière mer « et en a formé les pays aujourd'hui habités; que c’est depuis « cet'e révolution que le petit nombre des individus épargnés

«par elle se sont répandus et propagés sur les terrains nou- « vellement mis à sec, et que, par conséquent, c'est depuis «cette époque seulement que nos sociétés ont repris une « marche progressive, qu'elles ont formé des établissements, « élevé des monuments, recueilli des faits naturels et combiné « des systèmes scientifiques.

« Mais ces pays aujourd hui habités, et que la dernière révo- « lution a mis à sec, avaient déjà été habités auparavant, sinon « par des hommes, du moins par des animaux terrestres; par « conséquent, une révolution précédente, au moins, les avait « mis sous les eaux, et si l'on peut en juger par les différents «ordres d'animaux dont on y trouve des dépouilles, ils avaient « peut-être subi jusqu’à deux ou trois irruptions de la mer. »

Nous avons reproduit ces passages pour montrer combien, dès qu'il sortait de ses études spéciales, Cuvier se trouvait audessous de ce que l’on savait de son temps, non-seulement en Europe, mais encore en Amérique. nvoquer iei de Lue et de Dolomieu, c’est n'être pas plus avancé que les professeurs de géologie du Collége de France et du Muséum d'histoire naturelle dont nous parlerons tout à l'heure. Ces conclusions ne sont encore qu'une de ces formules variées quant à la forme, et à l'abri desquelles les anciens auteurs se croyaient obligés de mettre leurs observations pour les faire accepter. Où sont, en effet, les preuves de cette révolution qui aurait déprimé et fait disparaître les pays habités par les hommes, avec les espèces d'animaux aujourd’hui les plus connus ? de cette révolution qui aurait mis à sec le fond de la mer et formé les pays actuellement habités? Où sont les indices de ce mouvement de bascule en sens inverse de deux portions de la croûte terrestre à cette époque? Comment un esprit aussi positif, aussi logique, aussi sagace que celui de Cuvier, lorsqu'il s'agit de reconstruire tout un animal avec quelques fragments d'os, a-t-il pu s'égarer ainsi en se mettant à la suite des rêveurs de tous les temps?

S'il y a quelque chose de démontré pour quiconque suit sur une carte la distribution des dépôts les plus récents, c’est leur coordination géographique et orographique avec ceux quiles ont

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immédiatement précédés; c’est que la mer n'a été pour rien dans cette dernière révolution, puisque, excepté dans son voisinage immédiat où à une faible distance des côtes actuelles, le long de quelques fleuves et non loin de leur embouchure, les dépôts quaternaires, ceux avec des débris de grands mammifères qui préoccupaient tant et à si juste titre le célèbre anatomiste, ces dépôts, disons-nous, ne renferment aucun débris marin de cette courte période. En outre, loin de se coordonner avec d'anciens rivages, ils rayonnent constamment à partir desreliefs actuels du sol. Aucun fond de mer d'une certaine étendue n'a été émergé alors, et l’auteur eût été sans doute fort embarrassé deciter quelquesmyrianètres carrés qui fussent dans ce cas.

Toutes ses assertions sont donc sans fondement en tant qu'elles s'appliquent au dernier cataclysme dont les animaux quaternaires et peut-être l'homme ont été témoins. Elles prouvent en outre combien, 1l y a quarante ans, on se faisait une idée peu exacte des phénomènes les plus à notre portée, les plus faciles à appréeier, sinon quant à leur cause première, dy moins quant à leurs effets. Attribuer à la mer les dépôts de cailloux roulés et les sables à ossements de nos vallées, et les dépôts argilo-sableux des plateaux dans lesquels il n'y à aussi que des coquilles fluviatiles et terrestres dont les analogues vivént encore aux environs, où bien des coquilles fossiles roulées provenant des roches en place qui bordent la vallée, c’est prouver qu'on n'a jamais examiné une sablière de la plaine de Grenelle ni la plus petite exploitation de terre à brique de la Picardie, c'est perpétuer une erreur manifeste contre laquelle s'élevait déjà, chez nous, il y a trois siècles, Bernard Palissy. Ces généralisations de Cuvier ne sont donc pas seulement faibles et sans originalité, mais encore en contradiction avec les faits.

Ces passages qui semblent résumer si bien les pensées de l'auteur, nous les avons reproduits d’après la sixième édition de son discours, celle de 1830, pour prévenir toute objection; or, s’il était permis, en 4810 et en 1821, d'ignorer le mouvement de la science à l'étranger, il n’en était pas de même à la plus récente de ces dates ; aussi serait-on tenté de croire que cette

pa

rtie du discours a été écrite dans les premières années du sié-

ele et reproduite à diverses reprises sans aucun changement. Nous ne pouvons nous expliquer autrement les différences si

pr pr pa

ofondes dont on est frappé, lorsque l’on compare les passages écités avec les suivants, où l'auteur semble éclairé tout à coup r une nouvelle lumière et apprécier les faits avec une liberté

de jugement cl une exactitude remarquables pour tracer l'avenir

de

la science.

(P. 291). «Jele répète, dit-il, nous voyons assez clairement ce qui se passe à la surface des continents dans leur état ac- (uel; nous avons assez bien saisi la marche uniforme et la succession régulière des terrains primitifs; mais l'étude des terrains secondaires est à peine ébauchée; cette série merveilleuse de zoophytes et de mollusques marins inconnus, suivis de reptiles et de poissons d’eau douce également inconnus, remplacés à leur tour par d'autres zoophytes et d'autres mollusques plus voisins de ceux d'aujourd'hui; ces animaux terrestres et ces mollusques et autres animaux d'eau douce toujours inconnus qui viennent ensuite occuper les lieux pour en être encore chassés, mais par des mollusqueset d'autres animaux semblables à ceux de nos mers; les rapports de ces êtres variés avec les plantes dont Les débris accompagnent les leurs, les relations de ces deux règnes avec les couches minérales qui les recelent, le plus ou moins d'uniformité des uns et des autres dans les différents bassins : voilà ur ordre de phénomènes qui me paraît appeler maintenant impérieusement l'attention du philosophe.

« Intéressante par la variété des produits des révolutions partielles où générales de cette époque, et par l'abondance des espèces diverses qui figurent alternativement sur la scène, cette étude n'a point l'aridité de celle des terrains primordiaux, et ne jette point comme elle presque nécessairement dans les hypothèses. Les faits sont si pressés, si curieux, si évidents, qu'ils suffisent, pour ainsi dire, à Fimagination la plus ardente ; et les conclusions qu'ils amènent de temps en temps, quelque réserve qu'y mette l'observateur, n'ayant

PALÉOZOOLOGIE. qu «rien de vague, n'ont aussi rien d’arbitraire; enfin, c'est dans « ces événements plus rapprochés de nous que nous pouvons « espérer de trouver quelques traces des événements plus an- « ciens et de leurs causes, si toutefois il est encore permis, après « «le si nombreuses tentatives, de se flatter d’un tel espoir. »

Ainsi, comme on a pu le remarquer par un passage que nous avons rapporté (p.428), on peut dire que Cuvier voyait mieux l'avenir de la science que le présent et surtout que le passé.

Tout ce qu'il dit ensuite de la série des terrains est évidemment emprunté aux géologues du temps et plus particulièrement aux idées d'Alex. Brongniart, à qui il rend ici une enère justice pour la plus grande part qu'il a prise à l'ouvrage signé de leurs deux noms, et Cuvier cesse de s’égarer dès qu'il suit un guide aussi sûr. Enfin, il expose (p. 302) un tableau des terrains, tracé par Alex. de Humboldt. C'est, ditAl, le dernier résumé des efforts de tous les géologues, ce que nous avons grand'peine à nous persuader.

En effet, pour le terrain tertiaire, ce tableau ne comprend guère que celui du bassin de la Seine, et encore n’y voit-on pas distingué le calcaire à Hélix du Gâtinais, les sables supérieurs au calcaire grossier, ni les sables inférieurs du Soissonnais, Les lignites de cette dernière localité sont à leur place, et cependant, en parlant plus haut du Lophiodon qu'on y avait trouvé, Cuvier n'accordait pas une aussi grande ancienneté à ces dépôts, où il ne mentionne plus actuellement que desreptiles. L'argile de Londres est mise avec le calcaire grossier, mais il n'est point question du plastic clay ni des dépôts lacustres du Hampshire décrits depuis longtemps. La mollasse et le nagelfluh, probablement de la Suisse, sont placés au niveau de l'argile plastique. Les dépôts tertiaires les plus étendus et les plus anciennement décrits, ceux des collines sub-apennines, sont complétement omis.

La formation crétacée et le groupe wealdien ne sont indiqués que dans le nord de la France, en Angleterre et le nord de l'Allemagne. La formation jurassique, très-réduite, n’y montre point les divisions de W, Smith, et le lias parait être placé au niveau du muschelkalk, bien qu'il soit au-dessus dans le texte

explicatif qui accompagne le tableau. Les marnes irisées n'y sont pas indiquées, et les gisements de sel gemme se trouvent dans le grès bigarré, tandis que le texte les rapporte au calcaire coquilier (muschelkalk) avec les amas de gypse, et que les schistes cuivreux avec empreintes de poissons et reptiles d'eau douce semblent lui succéder immédiatement, omettant alors le grès bigarré mentionné d’abord comme se trouvant entre le muschelkalk et le calcaire alpin. Les formations coordonnées de porphyre, de grès rouge et de houille constituent l’association la plus hétérogène qu’on puisse voir, et, dans le texte, la houille est réunie au rothe todt liegende. Quant au terrain de transition ou intermédiaire, on conçoit qu'il ne devait figurer dans ce tableau que pour mémoire, ainsi que le terram primitif, c'était alors un chaos où la lumière ne s’est faite que depuis.

(P. 3506) Cuvier reprend ici, pour la seconde fois et beaucoup plus longuement que la première, l'exposé de ses propres recherches sur les quadrupèdes fossiles, et en procédant de bas en haut, depuis les schistes cuivreux jusqu'aux dépôts meubles les plus récents. Il ajoute en terminant (p. 560) : «Ce qui «étonne, c'est que, parmitous cesmammifères dont la plupart «ont aujourd'hui leurs congénères dans les pays chauds, il n°y ait pas un seul quadrumane, que l’on n'ait pas recueilli un «seul os, une seule dent de singe, ne fût-ce que des os et des « dents de singe d'espèces perdues.

QI n'y a non plus aucun homme; tous les os de notre es. « pèce que l’on a recueillis avee ceux dont nous venons de par- « ler s'y trouvaient accidentellement, et d’ailleurs leur nombre «est infiniment petit, ce qui ne serait certainement pas si les « hommes eussent fait alors des établissements sur les pays « qu'habitaient ces animaux.

« Où était alors le genre humain? Ce dermer et le plus par- « lait ouvrage du Créateur existait-il quelque part? Les ani- «maux qui l’accompagnent maintenant sur le globe et dont il «n'y à point de traces parmi ces fossiles, l’entouraient-ils? Les «pays où ils vivaient avee eux ont-ils été engloutis, lorsque

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« ceux qu'il habite maintenant, ct dans lesquels une grande « inondation avait pu détruire cette population antérieure, ont « été mis à sec? C'est ce que l'étude des fossiles ne nous dit « pas, et, dans ce discours, nous ne devons pas remonter à « d’autres sources, »

Ainsi, par cette dernière phrase, Cuvier justifie lui-même tout ce que nous avons dit de la partie hypothétique de son livre.

« Ce qui est certain, continue-t-il, c'est que nous sommes « maintenant au moins au milieu d'une quatrième succession « d'animaux terrestres, et qu'après l’âge des reptiles, après « celui des Palæotherium, après celui des Mammouths, des Mas- « todontes et du Megatherium, est venu l’âge où l'espèce hu- « maine, aidée de quelques animaux domestiques, domine et « féconde paisiblement la terre, et que ce n’est que dans les « terrains formés depuis cette époque, dans les alluvions, dans « les tourbières, dans les concrétions récentes, que l’on trouve « des os qui appartiennent tous à des animaux connus et au- « Jourd’'hui vivants. »

Cette fin du Discours reproduit done les idées déjà exprimées sous une autre forme, etrien de plus.

Si l’on jette maintenant un coup d'œil d'ensemble sur ec travail que nous avons dû examiner avec d'autant plus de soin qu'il s'y est attaché une plus grande célébrité, sans doute à cause du nom de l’auteur, on se demandera d'où viennent ces incohérences et ces discordances qui frappent à chaque page, cette ignorance apparente de faits expliqués plus lom avec clarté et simplicité, cette reproduction de vieilles hypothèses dénuées de toute espèce de fondement à côté d'observations qui portent l'empreinte d'un esprit judicieux et profond, doué presque d'une seconde vue? Pourquoi ce manque d'harmonie dans les diverses parties d'un ouvrage si peu étendu ? et cette répétition des mêmes faits et des mêmes idées sous des formes diverses dans un travail qui semble être un testament scientifique, qui a dû être revu et corrigé dans six éditions consécutives? À coup sûr, Cuvier n’a point ici suivi l'exemple ni les préceptes de

D fra.ce,

juffon; son Discours sur les révolutions de la surface du globe,

ainsi qu'on peut en juger, n'est pas une œuvre de haute portée comme synthèse; il est faible, et l’on pourrait même dire presque nul, hormis en ce qui concerne ses propres travaux. Il n'a point de valeur géologique directe, et, comme idée générale on vue géogénique, 1l n'est pas seulement bien au-dessous de la Protogæa et des Époques de la nature, mais nous le placerions encore après ce qu'ont écrit, sur le même sujet, Breislak, Brocchi et plusieurs autres.

On voit done, en résumé, que Cuvier n'avait pas de système arrêté en géologie; 1l suivait de loin, de très-loin même, les idées de son temps ou d'autres plus anciennes, et il n’en a émis aucune qui lui fût personnelle. Il n’est donc le créateur d'aucune méthode d'observation, il n’a découvert aucun principe dont l'application lui appartienne, et les exagérations de ses panégyristes tombent devant une analyse et une discussion raisonnées de l'ouvrage qui doit être regardé comme l'expression la plus générale et la plus complète de ses vues, en même temps qu'elle en est la dernière et comme le couronnement.

Si nous avons tant insisté sur ce discours, c’est, comme nous le disions tout à l'heure, à cause de l'autorité si justement acquise de son auteur en zoologie et en anatomie comparée, autorité que quelques personnes, par suite d'un dévouement qui fait honneur à leurs sentiments pour un si grand maître, voudraient aussi lui attribuer en paléontologie générale, théorique et straligraphique. Cette auiorité, nous croyons, dans l'intérêt de la vérité et de la science, devoir la lui refuser; Cuvier était assez riche de son propre fonds pour n'avoir pas besoin qu'on lu’ attribuât un mérite d'emprunt.

Enfin, le dernier naturaliste qui, dans l'ordre des temps, vient clore cette liste de noms si remarquables par leurs travaux paléozoologiques, ne remplit point comme les précédents de hautes fonctions scientifiques; 1l ne fut revêtu d'aucun des honneurs qui s’y attachent, mais il n'en fut pas moins digne de toute l’estime de ses contemporains, et rendit, par ses recherches, que dirigeait un excellent esprit d'observation, de

PALÉOZOOLOGIE. 149 véritables services dont on doit lui tenir compte. Defrance, né à Caen en 1756, eut le privilège, bien rare, d’avoir connu ou pu connaître tous les savants de la seconde moitié du xviu' stécleet tous ceux de la première moitié du xix°; car nous l'avons vu s’éteindre doucement, à Sceaux, le 12 novembre 1850, dans sa 95° année.

Quoique s'étant occupé de bonne heure des sciences naturelles, ce ne fut que vers 1816, lorsqu'il quitta l'administration à laquelle il avait été attaché, que Defrance se livra tout entier à l'étude des fossiles, dont il avait déjà rassemblé une riche collection, particulièrement des environs de Paris. « Ses travaux, dit « M. Alexis Damour, qui lui a consacré une Notice biographique «fort intéressante (1), se composent surtout d'un grand « nombre d'articles insérés dans le Dictionnaire des sciences « naturelles, publié de 1816 à 1850. Son active collaboration « dans ce vaste recueil, en compagnie des plus illustres savants « de cette époque, est son principal titre au souvenir des natu- « ralistes et en particulier des géologues. » Quoiqu'il soit assez difficile de donner une idée exacte de la valeur de ces articles, disséminés dans 62 volumes, nous essayerons de rappeler ici,

en suivant un ordre zoologique, les genres que Defrance a créés parmi les invertébrés fossiles et ceux déjà établis, dans lesquels il a décrit un plus ou moins grand nombre d'espèces nouvelles.

Rhizopodes. — On doit à Defrance l'établissement des genres Planularia, Frondicularia, Textularia, Fabularia et Flabellaria. Les Lenticulites et les Nummulites ont été aussi étudiées par lui avec beaucoup de soin et de sagacité. La plupart des espèces qu'il a décrites, longtemps méconnues faute de figures, étaient trop bien caractérisées pour ne pas venir reprendre leur place dans un travail général sur ce sujet.

Polypiers. — Parmi les débris fossiles provenant d'animaux inférieurs et qui comprenaient alors les bryozoures, Defrance a proposé les genres Lichenopora, Pagrus, Rubula, Verticillopora, Polytripa, Vayinopora, Larvaria, Palmularia, Vincularia

Le

(1) Luce à ki Société géologique de France le 16 décembre 1K50.

où FRANCE NORD, DEUXIÈME PÉRIODE,

LS

ct Intrcaria, ne contenant pour la plupart qu'un petit nombre d'espèces, presque toutes du terrain tertiaire inférieur des environs de Paris. Plusieurs, à la vérité, ne sont point resté dans la science; mais ils témoignent toujours du soin que mettait l’auteur à ne rien négliger de ce qui était soumis à son observation. Les espèces qu'il a fait connaître, au nombre de plus de 70, appartiennent principalement aux genres Montlivaltia, Fungia, Turbinolia, Garyophyllia, Meandrina, Astræd, Oculina, Madrepora, Seriatopora, Pocillopora, Millepora, Favosites, Hornera, Idmonea, Retepora, Lunulites.

Radiaires échinides. — Venant immédiatement après de Lamarck, qui avait apporté d’heureux changements dans la distribution méthodique des animaux de cette classe, Defrance ne reconnut point la nécessité d'y faire de nouvelles coupes et dut se borner à caractériser et à nommer une cinquantaine d'espèces provenant de divers terrains, et réparties dans les genres Spatanqus, Ananchytes, Nucleolites, Gassidulus, Clypeaster, Scutella, Echinus et Gidaris.

Annélides.—Un grand nombre de tubes calcaires fossiles, diversement ornés au dehors, et de formes assez variées, ont été provisoirement regardés comme provenant d'annélides et rapportés au genre Serpula. Defrance en à décrit 50 espèces, lrouvées pour la plupart dans les dépôts tertiaires inférieurs du bassin de la Seine et du Cotentin, quelques-unés dans la formation tertiaire moyenne et un petit nombre dans la craie.

Mollusques.— Dans cette grande division des animaux san vertèbres, on doit à Defrance la création des genres Pyrg0, Pachytes, Pulvinites, Hinmites, Gervillia, Thecidea, Stryyocephalus, Hipponix, Rimula, Pleurotomaria, Nerinæa. Quelques-uns, à la vérité, n'ont pas été conservés dans la classification, par suite de la découverte de matériaux plus complets ; mais plusieurs sont si heureusement caractérisés, qu'ils ont résisté à l'examen le plus sévère, et comptent aujourd'hui jarmi les plus importants de la classe.

Ainsi les Gervillies, très-répandues dans les couches jurassrques et crétacées, paraissent jusqu'à présent propres à l'époque

PALÉOZOOLOGIE. 151 secondaire; les Thécidées, qui ont apparu pendant cette dernière, sont encore dans les mers actuelles; les Strygocéphales, dont on ne compte qu'un petit nombre d'espèces, sont néanmoins des brachiopodes très-remarquables et particuliers à la formation dévonienne; les Pleurotomaires, qui font essenliellement partie des diverses faunes de transition, ont pris un inmense développement pendant la période secondaire, et sont encore représentés dans la période tertiaire inférieure; enfin, l'établissement du genre Nérinée n'est pas une des moins judicieuses créations de Defrance, car, depuis lère jurassique jusqu'au commencement peut-être de la période tertiaire inférieure, les coquilles de ce geure nous offrent une variété lnfinie dans leurs formes, leurs dimensions et ieurs ornements.

Dans les genres de mollusques établis avant lui, Defrance a décrit un nombre considérable d'espèces nouvelles. Ainsi il a fait connaître 9 espèces de Lucines-provenant des couches tertiaires du bassin de la Seine, les Pecten cretosus et ara chnoides de la craie, plusieurs ostracées, particulièrement la Gryphæa varqula, coquille qui caractérise si parfaitement l'horizon de l'argile de Kimmeridge dans l’ouest de l'Europe, puis # espèces de Cranies de la craie, 5 Hippurites, la Nucula Hammeri du lias supérieur, la Melania inquinata et la Neritina globulus, quimarquent bien l'horizon des lignites dans Le nord de la France et en Angleterre, enfin de nombreux Cardium, Pecten, Tere. bratula, Patella, Nerita, Solarium, Trochus, Gerithium, Fusus, Pleurotoma, Voluta, Bellerophon, Belemnites, Baculites, Orthoceratites, etc., etc.

En 1824, Defrance publia son Tableau des corps organisés fossiles, précédé de remarques sur leur pétrification, travail d'un mérite réel, et le premier qui ait été fait dans cette direction tout à fait nouvelle que venait de prendre l'étude des fossiles. En effet, ce tableau montre, avec une grande clarté, la distribution de tous les fossiles dans les diverses couches où ils ont été observés, quels sont les genres qu'on n'a point encore trouvés à l'état fossile, ceux que l'on a reconnus à la fois à l'état fossile et à l'état vivant, ct enfin ceux dont les

De la Métherie.

analogues n'existent plus: C'est, en un mot, le bilan, systématique et méthodique à la fois, de tout ce que l’on savait alors. Quant aux observations sur les divers modes, accidents, circonstances et résultats de la pétrification ou du séjour des corp: organisés dans les roches, nous dirons que depuis Walch l’on n'avait rien écrit de plus complet ni de plus judicieux sur ces divers sujets, et que ce qui a été publié dans ces derniers temps, à cet égard. ne vaut pas de beaucoup le travail de Defrance.

Pour avoir une idée juste de la manière dont une science est comprise, à un monent donné de son histoire, 1l ne suffit pas de connaitre, quelque importants qu'ils soient d’ailleurs, les ouvrages particuliers à telle ou telle de ses parties ; il faut ncore chercher dans les traités généraux et dans l'enseignement de l'époque l'expression des idées dominantes, celles qui sont consacrées par le temps ou certaines autorités, et qui, vraies ou fausses, n’en règnent pas moins sur l'opinion du plus

grand nombre. Lorsque ces traités sont écrits par les profes-

seurs mêmes, chargés de l’enseignement dans les établissements publies, on doit pouvoir les regarder comme en traduisant suffisamment la direction. Or, pendant les vingt premières années de ce siècle, nous voyons de la Métherie professer la géologie au Collége de France, Faujas de Saint-Fond au Jardin des Plantes, de Dolomieu à l'École des mines. Recherchons done, dans les publications de ces professeurs, si leur enseignement répondait à l’état de la science tel que nous pouvons nous le représenter d'après ce qui vient d'être dit, et s'il en était à la fois le tableau fidèle et complet.

Né à la Clayette, en 1745, de la Métherie était plus physicien que naturaliste; il avait très-peu étudié les roches en place et encore moins les terrains. 11 publia, en 1797, une Théorie de la lerre en cinq volumes, dont le premier est exclusivement

TRAITÉS GÉNÉRAUX. 451 consacré à la minéralogie, ainsi qu'une partie du second. A Ja fin de celui-ci, 1l propose pour les fossiles une sorte de terminologie des plus bizarres, en rapport avec le mode de fossilisation des corps organisés animaux, ou avec les divers états, formes ou aspects sous lesquels on les rencontre dans la nature. Il procède de même à l'égard des bois pétrifiés, des empreintes de plantes, etc. Le troisième volume comprend la physique générale et la physique du globe, et le quatrième traite de l’état de la terre à son origine, cet état étant supposé avoir été une fluidité aqueuse.

De la Métherie examine ensuite les roches terreuses, cristallines et autres, et décrit les phénomènes actuels occasionnés par les eaux des fleuves, des lacs, de la mer, par les volcans, etc. Dans le cinquième volume, il traite de la formation des vallées et des montagnes, et, en étudiant le mode de formation des roches, 1l s'occupe uniquement de leurs caractères minéralogiques et point du tout de leurs relations ni de leur âge. Ainsi, il met la craie blanche dans le terrain tertiaire; le gypse, la houille, le soufre, les minerais, le sel sont désignés sous le nom de cristallisations qui recouvrent le terrain primitif. Toutes les couches inclinées et mêmes verticales ont été déposées ainsi ; c'était, on se le rappelle, l'opinion de Werner, de de Saussure, au commencement de ses recherches, et de Palassou pendant toute sa vie. Néanmoins, l'auteur admet des affaissements et des soulèvements locaux. Enfin, l'ouvrage est terminé par un exposé des différents systèmes émis sur la théorie de la terre par les Anciens et Les Modernes, travail utile, reproduit et amélioré dans les Leçons de Géologie professées au Collége de France en 1816, et dont nous allons parler avec plus détails, comme étant la dernière expression des idées de l’auteur.

Le premier volume traite de l’origine des corps célestes et en particulier de celle de la terre, de la physique du globe, des roches cristallines et autres, ainsi que des différentes substances considérées d'abord dans ce que de la Métherie appelle les terrains primitifs : « Ce sont ceux qui ne renferment aucuns débris « d'êtres organisés, savoir (p. 72) : les granites ct granitoides, « les porphyres et porphyroides, les gneiss, les schistes micacés,

« les pétrosilex, les Iydiennes, les cornéennes, les schistes pri- « mitifs, les serpentines, les smectites, les lherzolites, les eal- « caires primitifs, les dolomies, les gypses primitifs, les soufres «primitifs, les anthracites, les terrains métalliques primitifs, « les brèches primitives, les poudingues primitifs, les sables pri- « mitifs. Ces terrains présentent un phénomène constant; cha- « cune des substances qui les composent est placée séparément « et nese confond nullement avec celle d’une espèce différente... «Il faut en excepter les brèches primitives, les terrains volca- « niques qui sont confondus avec tous les autres... Toutes ces « matières, en se déposant, ont donc suivi les lois des affinités. » (P. 85). Les terrains secondaires sont ceux qui contiennent des débris d'êtres organisés, quelle que soit d’ailleursleur nature, tels que « les calcaires secondaires, les gypses secondaires, les « phosphates calcaires, les ardoises ou schistes secondaires, les « terrains sulfureux secondaires, les terrains métalliques secon-

« daires, les terrains bitumineux secondaires, les brèches secon- « daires, les poudingues secondaires, les masses granitiques sur « le secondaire. »

L'auteur n’admet point de terrain de transition et comprend, sous le nom de terrains d’alluvion (p. 99), les limons, les galets, les sables d’atterrissement, les brèches, les poudingues. Quant à la position respective des différentes roches à la surface du globe, ce que l’auteur en dit (p. 109) est absolument nul; mais nous reproduirons la remarque suivante de la Métherie sur l’melinaison des roches (p. 115). « On doit faire, dit-il, une observa- « tion essentielle sur la direction de l’inclinaison de toutes les « couches des grandes montagnes primitives. On y observe « constamment un point central, une masse prépondérante. Ce «€ poimt paraît avoir influencé toutes les cristallisations environ- « nantes. Les mêmes phénomènes s’observent dans toutes les « grandes masses qui cristallisent. Par exemple dans les masses « du sel marin qui cristallise dans les marins salants, toute la « masse cristallisée tend vers ce point central. Un mât, par « exemple, placé dans le marais, détermine autour de lui une « masse de cristaux. Le Mont-Blanc, dans les Alpes, parait un

TRAITÉS GÉNÉRAUX. 455 « de ces points centraux. Toutes les couches de terrains qui l'en- « vironnent paraissent tendre vers celte masse immense, qui « leur sert de point central, » Certainement, de Saussure, qui connaissait bien le Mont-Blanc, n'aurait jamais eu l'idée de le comparer à une perche plantée dans une dissolution saline.

La première partie du second volume des Leçons de Géologie est consacrée à l'étude de la composition et de la cristallisation des substances dont les terrains secondaires sont composés, puis à celle des terrains volcaniques, aux changements arrivés à la surface du globe depuis sa formation, ete., et la dernière (p. 993) aux fossiles, considérés dans leurs divers états, mais où l’auteur à abandonné la terminologie si malheureuse qu'il avait imaginée vingt ans auparavant. [1 croit que la plupart des corps organisés enfouis dans les couches de la terre ont encore leurs analogues vivants; il n'en excepte pas même le Megalonyx et le Megatherium (p. 357). Les êtres dont on rencontre les débris dans les régions septentrionales ou tempérées vivraient encore dans les zones tropicales. L'homme n'existe pas à l'état fossile, et les haches en silex, produits de son industrie primitive, ne prouvent qu'une ancienneté relative peu reculée.

De la Métherie donne une énumération fort étendue de toutes les citations connues alors, qui se rapportent à des animaux vertébrés fossiles, depuis l'Éléphant de l'Europe et du nord de l'Asie, les Mastodontes de l'Ohio, du Chili, du Pérou et des diverses parties de l'Europe, l’Hippopotame, le Rhinocéros, le Megatherium de Buenos-Ayres, les Ours, les cétacés, les Bœufs, l'Auroch, les Sangliers, les Chevaux, les Cerfs, etc., jusqu'au Megalonyx de Virginie. Puis viennent les citations relatives aux o1seaux, aux reptiles etaux poissons qu'ilrésume ainsi (vol. HIT, p.6).

Il y aurait eu alors de déterminées 79 espèces de vertébrés quadrupèdes fossiles, dont 49 sont inconnues aujourd'hui (Megalonyx, Megatherium (1), à Mastodontes, D Palæotherium, 10 Anoplotherium, 1 Ptérodactyle). 16 ou 18 espèces sont plus

(1) On à vu ci-dessus que l’auteur ne regardait pas encore ces deux gënres conne absolument éteints.

ou moins voisines d'espèces vivantes, et 12 auraient encore leurs représentants dans la nature actuelle. Les oiseaux sont très-rares: parmi les poissons, il cite ceux du Mont-Bolca, d'Œningen, des schistes cuivreux du Mansfeld, gisements que nous avons vus signalés dès la Renaissance, puis ceux en mercure sulfuré du Palatinat, d’autres changés en bitume, etc.

De la Métherie signale de nouveau le Cerithium yiganteum, décrit par de Lamarck, distingue les coquilles marines fossiles qui sont fluviatiles et terrestres, et rappelle les résultats des recherches de Férussac, que nous avons cités plus haut. Il rappelle également les restes de crustacés de la craie de Maëstricht (Calianassa), d'Œningen, ceux des schistes d'Angers décrits par Guettard, qui les comparait, non pas à des Crevettes comme le dit l’auteur, mais à des Gymothoëés, puis les insectes du sucein des bords de la Baltique, les échinodermes, les Astéries et les polypiers. Mais dans ce bilan général, donné en 1816, des matériaux paléozoologiques connus alors, on remarquera que de la Métherie ne parle avec quelques détails que des animaux vertébrés, surtout des mammifères et des reptiles dont Cuvier venait de faire connaitre les genres et les espèces cités plus haut, et qu'il se borne à quelques vagues généralités sur les invertébrés. On peut en conclure que le professeur de géologie du Collége de France n'avait jamais fait l'application, sur le terrain, des. principes de paléontologie déjà connus, etne se doutait point encore de l'utilité dont pouvait être, dans la pratique, l'emploi de ces mêmes fossiles.

Relativement aux végétaux, il énumère tous les faits mdiqués par Woodward et Lhywd en Angleterre, par Leibnitz, Scheuchzer et de Schlotheim pour l'Allemagne, par de Jussieu et Faujas pour la France et les bords du Rhin.

Passant ensuite à la comparaison des fossiles avec les espèces vivantes, il reproduit en partie ce qu'il a dit dans sa Théorie de la Terre, rechercheles circonstances qui ont pu occasionner leur enlouissement, tels que les migrations, les changements de température, les chutes de montagnes, le transport par les courants des mers, par ceux des lacs, des rivières, des mondations locales, etc.

Considérant les différentes époques pendant lesquelles il snppose que les fossiles ont été déposés, il en distingue sept dans le terrain secondaire, le terrain de transition de Werner étant, suivant lui, une coupe inutile puisqu'on y trouve des fossiles, et, par ce motif, ses couches devant être réunies au terrain secondaire. Ces époques, comme on va le voir, sont d'ailleurs moins bien limitées que celles de Buffon.

La première époque de la Métherie comprendrait les couches qui se sont formées après Le premier abaissement du niveau des eaux. Ce sont les plus voisines du terrain primitif; elles renferment peu de fossiles; ceux-ci sont tous marins; ce sont particulièrement des Ammonites, des Bélemnites, des Térébratules. Pendant la seconde, auraient été déposées, après un abaissement plus considérable du niveau des eaux, des couches où les fossiles sont plus abondants, soit en coquilles marines, soit en poissons ; en outre, les coquilles fluviatiles et terrestres ont pu exister en même temps, ainsi que des mammifères terrestres peuplant les continents, parce qu'il y avait alors des lacs et des terres émergées. Un troisième abaissement de la mer a produit de nouveaux êtres organisés marins, terrestres et d’eau douce. La quatrième époque a vu se développer les mêmes êtres organisés que la précédente, les végétaux ayant aussi produit des bois fossiles et dela houille, et, pendant la cinquième, les eaux s'étant retirées davantage, ont laissé libres les cavernes qu’elles remplissaient, et dans lesquelles se trouvent aujourd’hui tant d'ossements. Les fossiles de la sivième époque sont semblables aux précédents, et ceux des tourbières viennent s’y ajouter; enfin la septième, qui est celle de nos jours, montre que depuis deux ou trois mille ans le niveau des mers n'a point changé.

Telle est la science que l’on exposait aux auditeurs du Collége de France en 1816 : Le terrain primitif mal défini et comprenant toutes sortes de roches anciennes et récentes, cristallines, d’origine ignée ou sédimentaire et même d’origine organique; le terrain de transition, de beaucoup le plus considérable de tous les grands systèmes de dépôts, complétement méconnu. Quant aux sepl prétendues époques secondaires, “elles ne sont établies

sur aucune donnée stratigraphique; aucune d'elles n’est caractérisée par des fossiles qui lui soient propres, sauf la seconde, qui comprend à elle seule toutes nos formations secondaires, comme l'admettaient les anciens oryctographes et Buffon après eux. Tout le reste est mêlé, confondu dans une phraséologie diffuse, dont il est impossible de tirer rien de net sur la nature nil'origine des choses, Enfin, l'émersion graduelle des continents n’est expliquée que par l'abaissement successif des mers, absolument comme dans la théorie de de Maillet, écrite un siècle auparavant et renouvelée par Buffon.

On ne doit point s'étonner d’après cela que de la Métherie n'admette pas que les eaux douces et marines se soient succédé plusieurs fois les unes aux autres sur un même point (vol. IF, p. 82), comme on l'avait si péremptoirement démontré aux environs mêmes de Paris. Pour lui la science positive ou d'observation, aussi bien que la théorie de la terre, n'avait done point marché depuis cent ans, et cependant il n’ignorait pas les recherches faites dans cet intervalle, les vues plus justes émises par ses contemporains; mais ses idées préconçues sur la eristalhisation des masses terrestres, idées qu'il appliquait à presque toutes les roches indistinctement, jointes à l'absence d’études pratiques suivies, ne lui permettaient pas d'apprécier la valeur des principes déjà développés autour de lui, principes qui, à la vérité, n'avaient pas encore, ainsi qu'on l’a dit, pénétré bien avant dans l'opinion générale des naturalistes français.

On peut se faire une idée de la manière d'observer de de la Métherie, en lisant sa note sur un voyage minéralogique fait en 1802 de Paris à Moulins et en Beaujolais (1); il y décrit minutieusement 74 espèces de roches ou de minéraux sans la plus lévdre indication de leurs rapports stratigraphiques, si ce n'est qu'il place toute cette partie de la France dans le terrain secondaire. Dans ses promenades faites avec ses élèves aux environs de Paris (2), illeur faisait observer que toutes les substances dif-

(1) Journal de phys., vol. LV, p.129; 1802.

(2) Ibid., vol. LXVI, p. 309; 1808.

TRAITÉS GÉNÉRAUX. 457 férentes qu'on y rencontre ont été dissoutes par les eaux et ensuite déposées suivant les lois des affinités, L'espèce de coupe ou profil théorique qui accompagne cette relation estcomparable aux ébauches Les plus informes des oryetognostes du xvnf siècle.

C'est dans le Journal de physique, qu'il dirigea longtemps, que de la Métherie insérait tous ses mémoires sur la cristallisation et sur divers sujets de minéralogie et même de fossiles. Comme il n'admettait pas le relour de la mer sur des points qui auraient été occupés par les eaux douces, 1l rejetait l'opinion de tous les géologues de son temps, qui soutenaient que les gypses des environs de Paris, d'Aix, etc., avaient dû être déposés dans des lacs d'eaux douces ; la présence des coquilles marines au-dessus était pour lui un argument qui découlait de son hypothèse même (1). Il combattit aussi à diverses reprises les idées de J. A. de Luce, et cela avec beaucoup de raison ; mais il ne se gardait pas non plus des écarts de ce dernier lorsque nous le voyons dire, à la fin d’une de ses répliques : « L'homme « est, suivant moi, une espèce de singe. »

Le discours, prononcé le 1° mai 1802, par Faujas de Saint-Fond, en prenant possession de la chaire de géologie qui venait d'être créée au Muséum d'histoire naturelle, peut aussi nous donner une idée générale de la science, il y a juste 60 ans. Il est intitulé : de l'État actuel de la Géologie, et forme l'Introduction de son Essai de Géologie où Mémoires pour servir à l'histoire nuturelle du Globe (2). En ce qui concerne les fossiles, le professeur croyait que le plus grand nombre d’entre eux avaient leurs analogues vivants, et que quant à ceux qu'on n'avait pas encore retrouvés, cela pouvait tenir à ce que les recherches étaient encore incomplètes, que ces analogues habitaient des régions encore inexplorées ou bien des profondeurs de la mer non encore atteintes. Le reste du discours, qui est fort long, est un mélange assez confus de noms de savants et de noms de pays associés pour faire juger

(4) Journ. de phys., vol. XLI, p. 456; 1792.

(2) Ibid., 2 vol. in-8; 1803, 4809.

Faujas Saint-Fond.

de l’état de la science dans chacun de ces derniers et honorer en même temps les premiers, mais qui en réalité n’apprend rien, puisque la science elle-même n’était pas encore comprise.

Tout le premier volume de l’Essai de Géologie est consacré aux débris organiques, animaux et végétaux, sans que nulle part apparaisse l'idée de leur succession possible dans la série des âges de la terre. Parmi les coquilles Faujas énumère 56 espèces provenant du calcaire grossier, des faluns de la Touraine ou d'Italie, dont les analogues vivraient encore. Parmi les polypiers il signale une Astrée de la formation jurassique (comme nous dirions aujourd'hui) qui serait encore vivante, ainsi que des Alcyons. Pour les poissons du Mont-Bolea, il adopte l’opinion de Fortis, d'après laquelle, ainsi qu'on l’a vu, ils auraient encore leurs analogues dans les mers australes.

Faujas mentionne ensuite tous les gisements d'ichthyolites connus alors, et dont nous avons parlé chacun en leur lieu. Il traite de même des reptiles sauriens et chéloniens, des mammifères pachydermes, et donne beaucoup de détails sur les Fléphants, les Rhinocéros, ete. Il reproduit un dessin du Megatherium du bassin de la Plata, comme pouvant être le même animal que le Megalonix de la Virginie. Les végétaux, ainsi que ces animaux, auraient été détruits par la même révolution, de sorte que, dans la pensée de l'auteur, tous ces êtres organisés auraient été plus ou moins contemporains.

Ce qu'il dit des dépôts de lignite du nord de la France prouve que, malgré les descriptions fort exactes qu'en avait données Poiret, il ne se doutait nullement de leur âge. Ce qu'il rapporte de la position des couches de charbon et des exploitations de houille dans les calcaires ou dans les bassins granitiques fait aussi voir qu'il n'avait aucune idée de leur position relative ou de leur âge, qui cependant, depuis bien des années, avaient été déterminés au moins approximativement en Angleterre.

Dans le second volume de son ouvrage, Faujas traite d’abo°d de la terre calcaire, pour l'origine de laquelle il suit l'spinion de Buffon, puis il passe au calcaire qui se présente

sous forme de craie et qui occupe de grands espaces sur la surface de la terre; il ne parle, bien entendu, que de celle de la Champagne et des environs immédiats de Paris. Sous le nom de calcaire coquillier disposé en bancs ou en couches, 11 décrit très-vaguement le calcaire grossier, et, à propos des Numismales, rappelle celles qu'il a observées dans le Véronais et le Vicentin, Il ne s'occupe point ici des faluns de la Touraine, décrits par de Réaumur, parce que son but n’a été, dit-1l, que de considérer les corps marins pouvant donner naissance par leur multiplication immense à des bancs entiers qui ne sont lormés que de leurs débris.

Il passe de suite à la formation des banes de coquilles modernes, puis aux récifs de polypiers, et revient dans la section 4 aux montagnes calcaires dans lesquelles on n'apercoit que peu de corps organisés. W critique le nom de calcaire compacte, employé par de Saussure, celui de calcaire de transition, proposé par Werner, et qu'il semble croire synonymes, tant 1l se rend peu compte du sens que chacun d’eux leur attachait, et il propose celui de calcaire de hautes montagnes, auquel il fait lui-même cette objection que si, par une cause quelconque, des fragments de ces calcaires venaient à être entraînés dans les planes, « le «minéralogiste serait dérouté en trouvant dans le fond de ces « plaines et à de grandes distances ce caleaire, qui ne serait plus « pour Jui le caleaire des hautes montagnes, puisqu'il le rencon- « trerait dans des lieux bas (p.59). » Tout ce qui suit est de cette force. Après avoir parlé des brèches et des poudingues calcaires, Faujas considère la chaux chimiquement, et donne la classification géologique et minéralogique de cette substance, de sorte que ce chapitre ressemble assez à celui de Buffon dans son Traité des Minéraux.

Puisque nous venons de rappeler le nom de l'auteur des Époques de la nature, nous ajouterons qu'ici Faujas de Saint- Fond, qui avait cependant beaucoup voyagé et observé les roches en place, ne semble s'occuper en aucune façon de leurs relations stratigraphiques ; l'idée de succession n’est n1 plus arrêtée ni mieux comprise que par son illustre prédécesseur ;

De Dolomieu.

aG0 TRAITÉS GÉNÉRAUX.

tout ce qui s'était fait depuis 25 ans était nul pour lui, Il ne s'occupe que de descriptions pétrographiques, sans qu'aueune vue générale, sans que la préoccupation de la recherche d’aueun principe ni d'aucune loi se fasse jour nulle partàtraverscette énumération sèche et aride dematériaux accumulés confusément.

Le reste du second volume traite particulièrement des caractères des roches et des minéraux, et le troisième est consacré aux volcans et aux roches volcaniques, qui ont été pour Faujas le sujet de recherches très-assidues et de nombreuses publications dont nous n'avons point à parler ici.

Si nous cherchons actuellement dans les traités généraux l'expression dernière de la connaissance des fossiles au commencement de ce siècle, nous verrons qu’elle était exposée dans chacun d’eux à peu près de la même manière. Ainsi quatre naturalistes, de mérite divers, avaient résumé, dans leurs ouvrages, ce que l'on savait alors sur les débris des êtres organisés fossiles : c’étaient Breislak en Italie, de Luc à Genève, de la Métherie et Faujas en France. Trois d’entre eux avaient beaucoup étudié la nature ; le quatrième était plus particulièrement physicien et minéralogiste. On pourrait en ajouter un cmquème en Allemagne, Blumenbach, zoologiste éminent, mais point du tout géologue. À ce moment on travaillait en Angleterre, mais on y discourait peu.

Malgré cette émulation louable que manifestent les auteurs des traités que nous venons de rappeler et les preuves de connaissances plus variées peut-être que profondes, aucun d’eux ne semble se préoccuper encore d'une relation possible entre ces fossiles et la position des couches qui les renferment, comme si la géologiepouvaitêtre autre chose que la chronologie oula succession des phénomènes qui se sont produits à la surface de la terre.

Le Discours sur l'étude de la Géologie, prononcé par de Dolomieu à l'ouverture de son cours sur le gisement des minéraux, commencé en ventôse an V, peut aussi nous donner une idée de

la manière dont ce professeur comprenait la science (1). Il entre

(4) Journ. de phys., vol. XLV, p. 256.

dans les plus petits détails de l'étude des pierres considérées en elles-mêmes, mais il ne fait aucune mention de ce qu'il ya de plus essentiel en voyage, savoir la construction des coupes ou profils de terrains et de la notation sur des cartes des faits observés. Il y a dans ses recommandations si minutieuses une absence complète du travail graphique, le seul qui donne la preuve de l'intelligence réelle des phénomènes.

(P. 269.) « L'étude des montagnes est encore regardée par « lui comme pouvant seule conduire à la solution des grands « problèmes relatifs à la théorie de la terre, non pas cependant « qu'il y ait des plateaux élevés et même des contrées dépri- « mées qui n'aient une constitution semblable à celle des cimes « les plus élancées et les plus proéminentes, mais parce qu'un « sol à peu près horizontal est ordinairement couvert de terre « végétale ou de matières de transport qui masquent le sol pri- « mordial, parce que rarement il s'y trouve des excavations « assez profondes pour découvrir le terrain vierge. Les « hautes montagnes, au contraire, montrent très-souvent à nu « tous les matériaux qui les constituent, » ete,

Le professeur ne fait, d’ailleurs, aucune mention des fossiles, soit relativement à leur intérêt par rapport à l'histoire de la terre, soit relativement à leur utilité pour la pratique de la véologie, et il n'aurait pu tracer avec de pareils principes le moindre profil dans un système de couches régulièrement stratifiées de quelques lieues d’étendue. D'un autre côté, son admiration exclusive pour les montagnes ne lui permettait pas davantage d'y établir la moindre série stratigraphique de quelque valeur. Toutes ses petites prescriptions se trouvent, en réalité, complétement stériles dans leurs résultats, et aboutissent à diviser la partie découverte du globe en quatre terrains.

(P. 271.) 1° Terrains primordiaux composés de précipitations et de matières dont l'agrégation résulte d'une eristallisation confuse qui, par leur situation, prouve leur antériorité à toutes les autres. 2° Terrains maritimes ou de sédiments, ceux que la mer paraît avoir déposés et dont la consolidation semble

D'Aubuisson de Voisins.

appartenir au desséchement. 5° Terrains de transport, ceux dont les matières paraissent évidemment étrangères au lieu qu'elles occupent, et n'être que des fragments d'autres masses, ou le produit de la décomposition de terrains antérieurs, dont les débris ont été transportés. 4 Terrains volcaniques formés par les déjections des voleans (1).

Ainsi, dans les dernières années du xvim° siècle et les vingt premières du xix°, les professeurs officiels de géologie, soit au Muséum d'histoire naturelle, soit au Collége de France, soit ailleurs, n’exposaient pas mieux les uns que les autres les principes de la paléontologie stratigraphique et même ceux de la géologie des terrains de sédiment. Il y a moins de 50 ans, l'enseionement, dans les deux chaires publiques consacrées à la géologie, n'était pas encore assis sur ses véritables bases. Les idées de Werner dans ce qu'elles avaient d’utile et d'éminemment pratique n'y avaient pas pénétré profondément, non plus que celles déjà appliquées de l’autre côté du détroit, à en juger par les témoignages écrits qui nous restent. On peut donc dire que cet enseignement était fort en arrière du point où nous savons que la science était arrivée, à cette époque, dans noire propre pays.

Mais, de même que nous avons vu l'école de Werner produire chez nous un ouvrage de géologie descriptive où se révèle un rare talent d'observation, joint à une instruction

(1) On peut se faire une idée de la manière dont il comprenait la science en lisant le Rapport fait à l'Institut national sur ses voyages de l'an V et de lan VI (Journ. de phys., vol. XLVI, p. 403; 1798. — Journ. des mines, vol. VIE, p. 385; 1797-98). On y remarquera, surtout dans une Note, avec quel dédain il traite ceux qui, du fond de leur cabinet, ont écrit sur la structure de notre globe, et parmi lesquels nous voyons cités Woodward et Sténon, puis avec quelle emphase il parle des vrais fondateurs de la géologie, qui s'élançaient vers les montagnes, ces antiques monuments des catastrophes du globe, pour leur demander compte des événements d'une époque bien antérieure aux temps de l'histoire et pour y apprendre des faits bien plus ünportants que tous ceux consignes dans les fastes des hommes. On sait ce qu'a produit celte phraséolagie banale et ce que les montagnes lui ont répondu.

PALÉONTOLOGIE APPLIQUÉE. 165 solide et à une méthode vrument scientifique, de mème nous devons rapporter à l'influence de cette école le meilleur ouvrage qui ait été jusque-là publié, en France, sur la théorie générale de la Terre : c'est le Traité de Geognosie de d'Aubuisson de Voisins (1), travail excellent au point de vue de Pauteur, mais dans lequel on conçoit que la paléontologie devait être tout aussi négligée que dans l'Essai géognostique sur les Pyrénées, par de Charpentier.

$ 6« Paléontologie appliquée.

Revenons à la géologie et à la paléontologie straligraphique pour montrer, par des exemples pris actuellement en France, comment cette dernière a été définitivement constituée, C'est encore par suite des études de G. Cuvier et d'Alex. Brongniart aux environs de Paris, mais surtout par les principes que le dernier de ces savants en avait déduits et par les applications qu'il en fit à d’autres localités plus ou moins éloignées, que nous pourrons attemdre ce but.

Dix ans s'étaient écoulés lorsque les auteurs de l'Essai sur la yéographie minéralogique des environs de Paris publièrent, sous le nouveau Utre de Description géologique des environs de Paris, composant le tome If des Recherches sur les animaux fossiles (2), un travail dans lequel ils durent mettre à profit les observations faites dans cet intervalle et dont nous exposerons d'abord les principaux résultats.

L'Introduction de ce nouvel ouvrage est la reproduction des précédentes, mais le tableau qui la termine diffère de ceux de 1808 et 1811. Les principales divisions sont réduites à sept, et chacune d'elles offre des sous-divisions plus nombreuses. A partir de la craie les auteurs distinguent, sous la dénomination générale de Terrain de sédiment supérieur, p. 26 (5):

(1) 2 vol. in-8. Paris, 1819.

(2) Éd. de 1891. Il a été fait un lirage à part.

(3) La pagination qe nous D PEER est celle de l'éd. de 1835, qui est d'ailleurs conforme à première, sauf le format in-8.

4° Premier terrain d'eau douce, comprenant l'argile plastique, les lignites et le premier grès ;

2% Premier terrain marin, comprenant le calcaire grossier et Ie grès qu'il contient souvent; |

5° Deuxième terrain d'eau douce, comprenant le calcaire siliceux, le gypse à ossements et les marnes d’eau douce;

4° Deuxième terrain marin, comprenant les marnes gypseuses marines, le troisième grès et le sable marin supérieur, le calcaire et les marnes marines supérieures;

»° Troisième et dernier terrain d'eau douce, comprenant les meulières non coquillières, les meulières coquillières, les marnes d'eau douce supérieures ;

6° Terrain de transport et d'alluvion, comprenant les cailloux roulés et le poudingue ancien, le limon d’atterrissement ancien et moderne, des marnes argileuses noires et la tourbe.

L'établissement du premier terrain d'eau douce montre que les auteurs ont tenu compte cette fois des anciennes observations de Poiret, dont ils parlent d'ailleurs fort peu, mais pas assez de celles de Lavoisier, dont ils ne parlent pas du tout, car l'étage des sables inférieurs compris entre les lignites du Soissonnais et le calcaire grossier n'y est pas mieux indiqué qu'en 18114. Les fossiles des dépôts de lignites, dont on a vu que de lérussac s’étaitoccupé, y sont mentionnés avec soin. La désignaüon depremier terrain d'eau douce, attribuée aux quelques lits minces de marnes et de calcaires exclusivement lacustres subordonnés à cette division, dans laquelle les coquilles d'eau saumètre et marines sont beaucoup plus répandues et plus constantes, montre bien la préoccupation où étaient Guvier et Brongniart, qui avaient peu ou point observé en place la faible importance relative des couches avec Planorbes et Paludines.

Les vra's calcaires lacustres de la montagne de Reims avec leurs sables blancs, l'horizon marin des sables de Bracheux audessous des lignites, les sables et les lits coquilliers avec les slaises qui séparent ceux-ci du calcaire grossier, et cela depuis les environs de Reims jusqu'à ceux de Gisors, c'est-à-dire trois horizons paléozoologiqueset stratigraphiques très-distincts, dont

un d'eau douce et deux ou trois marins, échappaient encore complétement aux auteurs de ce nouveau travail, puisque leur premier terrain marin est le calcaire grossier.

Constatons aussi que dans ce premier terrain marin le second grès occupe encore la même place que précédemment (p. 70). « Ge grès, qui est le second grès en montant depuis la craie, « ainsi que le silex à coquilles marines, qui parait quelquefois « en tenir la place, sont tantôt placés immédiatement sur les « couches ou dans les couches du calcaire marin comme à Triel, « à Frênes, sur la route de Meaux; à l’est de la Ferté-sous- « Jouarre ; à Saint-Jean-les-deux-Jumeaux ; près de Louvres: « dans la forêt de Pontarmé; à Sèvres, à Maulle, etc. Tantôt ils « semblent remplacer entièrement la formation du calcaire, et « offrent alors des bancs très-puissants, comme dans les envi- «rons de Pontoise, à Ézanville, près Écouen, à Beauchamp, « près Pierrelaie. »

Ce sont donc toujours les mêmes incertitudes et les mêmes rapports douteux qu'on exprimait en 1814.

Quant au calcaire siliceux, sa place au-dessus du calcaire grossier est ici assez nettement formulée (p. 75). «Il ne parait « pas, disent les auteurs, remplacer entièrement le calcaire « grossier ; 1l lui est supérieur; mais, quand il se présente en « dépôts très-épais, il semble n’acquérir cette puissance qu'aux « dépens du calcaire grossier, qui devient alors très-mince et dis- « paraît presque entièrement ou même tout à fait sous ces mas- « ses considérables de calcaires siliceux ; lorsque, au contraire, « c'est le calcaire grossier marin qui est dominant, le calcaire « siliceux semble avoir disparu. » Il ressort évidemment de ce

passage que Cuvier et Brongniart n'avaient point profité des indications si précises qu'avait données M. d'Omalius d'Halloy sur la partie orientale du bassin, de la disposition générale si exacte des diverses parties du système, et qu'ils se préoccupaient toujours exclusivement, comme en 1808, de la partie centrale où tant de relations sont obscures.

Malgré la dénomination nouvelle de second terrain d'eau douce ct les trois divisions indiquées dans le tableau sénéral de

l'Introduction que nous avons reproduit, les auteurs donnent encore (p. 79) le titre et le texte mêmes des articles V et VI de leur travail de 1808, en disant : Le terrain gypseux est placé immédiatement au-dessus du calcaire marin, et il n’est pas possible de douter de cette superposition. Comment cette erreur de 1808 at-elle été si littéralement répétée en 1824, alors que l'intercalation du calcaire siliceux était constatée ?

La concordance n’est pas plus exacte entre l’article VII (p.94), des grès et sables marins supérieurs, el le deuxième terrain marin du tableau précité. Celui-ci comprend, en effet, les diverses couches de marnes marines que, dans leur deseription (p. 91), les auteurs ont continué à mentionner à la suite du deuxième terrain d'eau douce. Comme précédemment, les caractères minéralogiques les ont mfluencés aux dépens de la communauté d'origine des dépôts, et l’on ne comprend pas pourquoi l’arrangement de {ST n’a pas été suivi comme étant de beaucoup préférable.

lei encore les sables et les grès supérieurs au calcaire grossier, mais inférieurs au calcaire siliceux et au gypse dans le nord du bassin, depuis les environs de Villers-Cotterets, de Thury, de Betz, de Lévignan, de Nanteuil, d'Ermenonville, de Senlis, etc., sont rapportés à cet étage des sables et grès marins supérieurs, comme ceux de Montmartre, de Romainville, de Sannois, de Montmorency, elc., de sorte que les trois grès admis dix ans auparavant sont reproduits 1e1 avec cette différence que leur désignation est plus exacte. Le premier grès est celui qui est inférieur au calcaire grossier et recouvre les lignites, le second, celui qui surmonte le calcaire grossier lui-même, le troisième, celui qui s'étend sur la formation du gypse et des marnes qui l’accompagnent. La seule confusion qui subsiste encore dans ce classement provient de ce que l’on a continué de réunir à ce dernier horizon les gisements que nous venons de rappeler et qui appartiennent au second.

Dans la description de la troisième formation d'eau douce, Cuvier et Brongniart confondent toujours la meulière dela Fertésous-Jouarre, qui appartient en réalité à leur seconde formation,

et ils laissent ensuite dans un incertæ sedis les calearres de Chàteau-Landon et de Nemours au sud, sur la rive gauche du Loing, le calcaire siliceux de Louâstre, de Cugny-les-Ouches, dePlessier-Huleux, d'Hartennes, de Pont-Bernard, que traverse, au nord, la route de Soissons à Château-Thierry. Les uns et les autres appartiennent encore à la deuxième formation lacustre, et les derniers, ceux du nord, ne justifient point les présomptions suggérées par l'opinion d'Héricart-Ferrand (1).

Les profils généraux (pl. B) de cette seconde édition ne sont encore qu'une reproduction de ceux de la première. Quant à la coupe théorique, elle diffère à la fois et de la précédente et du texte mème qu'elle accompagne. Ainsi, sous le titre d'argile plastique et nou de premier terrain d'eau douce, on trouve, au-dessus de la craie, les poudingues de Nemours, dont 1l n'est question dans le texte qu’à l'article de la craie, puis au-dessus, argile plastique, lignite et sable; ‘1 n’est point question du grès inférieur où premier grès, tandis que cette dénomination est encore attribuée, comme en 1811, à celui qui recouvre le calcaire grossier, lequel est, en réalité, le second. Les terrains marins supérieurs comprennent toutes les couches depuis Îles marnes vertes jusqu'aux grès supérieurs avec fer oxydé-hydraté. Les coupes locales des planches G, D, E ne peuvent être l’objet d'aucune observation.

Les plantes étudiées et décrites par M. Ad. Brongniart complètent la partie paléophytologique du travail. Ce sont, dans les couches dépendantes de l'argile plastique : le Phyllites multinervis et l’Endogenites echinatus, qui est peut-être aussi de la période du calcaire grossier où sont cités les Gulmites nodosus et ambiguus, un Phyllites, le Flabellites parisiensis, le Pinus Defrancei, l'Equisetum brachyodon. Des palmiers et d'autres Endogenites sont plus haut, dans lesmarnes blanches, au-dessus du gypse; puis dans le calcaire lacustre supérieur sont signalés des Exogenites, le Culmites anomalus, le Lycoiodites squamutus des Poacites, les Carpolithes thalictroides, parisiensis et

(1 Annales des mines, 1821, p. 419.

Websteri, le C. ovulum, les Chara medicaginula, helicteres et la Nymphæa Arethusæ, plantes qui accompagnent les coquilles fluviatiles et terrestres et le Potamides Lamarckii.

On voit, en résumé, que si l’on tient compte des dix années qui ont séparé les deux éditions de ce travail, dont on avait, pour ainsi dire, les éléments constamment sous les veux, on pourrait s'étonner qu'il ait encore laissé tant de questions non résolues ou non abordées, dans un pays de collines et de plateaux découpés, en quelque sorte, exprès pour la plus grande commodité du géologue, où toutes les couches sont en place, sans qu'elles aient éprouvé ni métamorphismes ni dislocations, où les caractères pétrographiques des roches ont à chaque niveau une persistance remarquable, et où les herizons marqués par les fossiles offrent une constance non moins frappante, dans un pays, en un mot, où la nature s’est plu à réunir non-seulement toutes les conditions qui pouvaient faciliter les recherches, mais encore toutes les circonstances qui pouvaient leur donner de l'intérêt (1).

Aussi n'est-ce point par les quelques améliorations que l'édition de 1821 a apportées aux observations antérieures de Guvier et de Brongniart qu'elle se recommande particulièrement à l’at-

(4) Dans un Mémoire sur les grès coquilliers de Fcauchamyp (Journ. de phys., vol. XCIV, p. 1; 1822), Constant Prévost s’est occupé de constater la conünuation de ce grès, à l'ouest, sur les rives de l'Oise, et du mélange des coquilles marines et d’eau douce, — Le même savant avait donné une Note avec Desmarest sur le gypse de là Hutte-au-Garde, au pied de Montmartre (Journ. des mines, n° 147, mars 1809), et une autre sur un nouvel exemple de la réunion des coquilles marines et fluviatiles (Journ. de phys., vol. XCI, p. 418; 1891). — Voyez aussi Héricart de Thury, Journ. des inines, n° 207. — Desmarest a donné dans la Géographie physique de l'Encyclopédie méthodique une multitude d'articles rangés par ordre alphabétique, où l'on peut puiser d’utiles renseignements, mais qu'il est impossible de rappeler ici. Nous mentionnerons seulement l’article CAE pour les hmites de ce terrain dans le bassin de la Seine. — De Férussac avait lu, en 1821, à l’Académie des sciences, un mémoire étendu sur la /ormation de l'argile plastique et des lignites : mais un extrait seul à été publié el ne renferme que des généralités de peu d'intérêt (Journ. de phys., vol. XCHI, p. 74; 1821). — Les Observations de Gillet de Laumont sur le gisement des

PALÉONTOLOGIE APPLIQUÉE. 169 tention des géologues, mais bien par les notes importantes quele dernier de ces savants a placées à la fin de chaque article, notes dans lesquelles il recherche et signale avec beaucoup de sagacité et une grande sûreté de coup d'œil toutes les localités, étrangères au bassin de la Seine, qu'il a observées lui-même ou sur lesquelles il avait des renseignements assez exacts pour Les mettre géologiquement en parallèle et établir leur synchronisme avec les dépôts de ce bassin.

Par des rapprochements presque toujours heureux qui étendaient ainsi à une grande partie de l'Europe occidentale des vues limitées d'abord à une si petite région naturelle. Alex. Brongniart a donné à l'œuvre, commune dans l'origine, un caractère particulier d'une plus grande valeur que le traval primitif, qui, ainsi que nous l'avons fait remarquer, ne se distinguait pas par son mérite stratigraphique. Nous avons déjà cité un passage de l'Essai sur la géographie mincralogique des environs de Paris, où l'on pouvait dire qu'était exprimée implicitement toute la théorie de nos jours sur l'indépendance paléozoologique des formations et les modificatons partielles et successives des êtres organisés dans chacune d'elles, mais on pouvait dire aussi que l'application de ce prin cipe n'ayant pas encore été faite sur de grandes étendues de pays ou à des points fort éloignés les uns des autres, sa généralité n'était pas prouvée. Mais ici les notes ajoutées par Brongniart répondent victorieusement à toutes les objectons, et les faits ont pleinement justifié ce qu'il dit à ce sujet.

« Le développement des êtres organisés (p. 166, notu) «suppose une longue série de siècles ou au moins d’an-

principales substances minérales qui se trouvent dans le département de lu Seine et sur leur utilité dans l'agriculture et les arts justifient leur titre et n’ont absolument rien de géologique (Mém. d'agriculture, etc., publiés par la Soc. d'agriculture, vol. IV, p. 240, an x). ilen est de même d’une note d'Alex. Brongniart sur la colline de Champigny e d'une autre de Gillet de Laumont sur plusieurs produits siliceux, (Journ des mines, vol. V, p. 487 ct 499, 1796-97.)

«nées qui établissent une véritable époque géognostique, « pendant laquelle tous les corps organisés qui habitent sinon « toute la surface du globe, au moins de très-grandes étendues « de cette surface, ont pris un caractère particulier de famille « ou d'époque qu'on ne peut définir, mais qu'on ne peut non « plus méconnaître.

« Je regarde donc le caractère d'époque de formation, uré « de l’analogie des corps organisés, comme de première valeur « en géognosie, et comme devant l'emporter sur toutes les «autres différences, quelque grandes qu'elles paraissent; «ainsi, lors même que les caractères tirés de la nature des «roches (et c'est le plus faible), de la hauteur des terrains, du « creusement des vallées, même de l’inclinaison des couches et «de lastratitication contrastante, se trouveraient en opposition «avec celui que nous tirons des débris organiques, j'attribue- «rais encore à celui-ci la prépondérance, car toutes ces diffé- «rences peuvent être le résultat d'une révolution et d'une « formation instantanée qui n’établissent point en géognosie « d'époque spéciale, »

Nous avons vu que c'était un autre Français, l'abbé Giraud- Soulavie, qui Le premier avait formulé nettement et appliqué le principe fondamental de la distinction des terrains par leurs lossiles, Mais ni sa note, écrite en 1777 et communiquée à l'Académie des sciences en 1779, ni son mémoire publié eu 1780 et sa description du Vivarais donnés en même temps, ni surtout ses lettres à l'abbé Roux, qui parurent en 1784 (antè, p. 393-554), n'attirèrent l'attention des naturalistes, peu préparés encore à entrer dans cette nouvelle voie. Quinze ans plus tard, W. Smith était plus heureux en Angleterre. 11 voyait ce même principe, appuyé d'ailleurs de plus de preuves, exposé avec plus de méthode, parce que le pays étudié était aussi plus favorable à la démonstration, 1l voyait, disons-nous, ce même principe accueilli avec empressement par tous ses compatriotes. L'un d'eux, après avoir traversé les Alpes, avait indiqué plusieurs rapprochements trèsjustes entre certaines roches secondaires de cette chaine cet

leurs analogues en Angleterre ; mais W. Buckland (1) avait eu cela tenté beaucoup plus que l'état de la science ne permettait de le faire alors, et son travail, estimable d'ailleurs, a dépassé le but, Il nous suffira de rappeler que les schistes à poissons de Glaris y sont placés dans la grauwacke de transition, que l'existence du terrain houiller est complétement niée dans les Alpes, que le maynesian limestone représenterait le calcaire alpin ancien, etc.

De son côté, Alex. Brongniart, tout en allant bien plus loin que W. Smith, en montrant une grande hardiesse ct une grande confiance dans la solidité de son principe, sut se renfermer dans de plus justes bornes que W. Buckland, et par suite éviter les fausses appréciations et les rapprochements prématurés de ce dernier.

Après avoir jeté un coup d'œil sur la craie des contrées qui avoisinent le bassin de la Seine, et montré ses relations et ses divisions naturelles, il indique celles de la craie glauconieuse de la Perte du Rhône, près de Belgrade, et, en 1817, gravit les montagn des Fiz et de Sales, non loin de Servoz, pour reconvaître, dans les roches noires que recouvrent les neiges perpétuelles, des dépôts crétacés inférieurs contemporains de ceux qui constituent les falaises de la Manche, entre la France et l'Angleterre. Appliquant son principe au terrain tertiaire inférieur, il en déduisit des rapprochements tout aussi exacts, mais il fut moins heureux en y rapportant certains dépôts coquilliers des bassins de la Loire, de la Garonne et de l'Adour. D'un autre côté, il a parfaitement reconnu que, par les caractères de leur faune, les couches tertiaires marines des environs de Perpignan, de Narbonne et de Montpellier étaient plus récentes que les gypses des environs de Paris, et que les premières au moins devaient étre assimilées aux marnes subapennines de l'Italie.

(1) Mémoire sur la structure géognostique des Alpes et des parties adjacentes du continent, et sur leurs rapports avec les roches secondaires et de transition. (Journ. de phys., vol. XCT, p. 20, juillet 1821.)

Les réflexions d'Alex. Brongniart sur le parallélisme des sédiments tertiaires des bassins de la Tamise et du Hampshire avec ceux du bassin de la Seine, déjà signalé par Webster et représenté sur sa carte en 1814 (antè, p. 192), ne sont pas empreintes de moins d'exactitude que celles qu'il émet sur les relations des couches du même àge dans la Flandre, le Hainaut et le Brabant. Mais c'est dans l'appréciation de l’âge de la mollasse et du nagelfluh de la vallée suisse, regardé comme plus récent que celui du gypse de Paris, et surtout dans le rapprochement bien plus extraordinaire; pour le temps où 1l écrivait, des calcaires noirs compactes des Diablerets, élevés au nord-est de Bex, à plus de 3000 mètres au-dessus de la mer, des roches vertes à Nummulites de Glaris, du Pilate, de Saarnen, ete., avec le calcaire grossier de Vanves, de Vaugirard, de Montrouge, etc., qu'éclate surtout le profond jugement de Brongniart et sa foi absolue dans la valeur de son principe.

Appuyé sur les mêmes caractères paléozoologiques, 1l n’hésite pas à rapporter au même horizon les dépôts du pied méridional des Alpes dans le Véronais et le Vicentin, dépôts qu'il désigne, dans un mémoire spécial, par l'expression de ferrain Calcaréo-trappéen (1), et dont nous avons vu que les naturalistes italiens du siècle dernier s'étaient beaucoup occupés. Les fossiles du val Ronca, du Monte-Viale, du val Nera, du Mont- Polca, de Montecchio-Maggiore ne lui permettent pas de douter de ce parallélisme, et «il résulte, ditil, de ces rapproche- «ments (p. 334), que tous ces terrains sont analogues dans « leurs caractères importants, non-seulement aux terrains de «sédiments supérieurs, mais à la partie de ces terrains qui est «inférieure au gypse. La présence de certaines espèces de co- «quilles particulières à ectte partie, telles que ies Camérines

(1) Mémoire sur les terrains de sédiment supérieur calcaréo-trappéens du Vicentin, in-4 avec 6 pl. de fossiles, 1825. — Les principaux résultats de ce travail avaient été insérés auparavant dans k1 Description géologique des environs de Paris.

« où Nummulites, la Neritina conoidea, les Caryophyllies, ete., «celle des lignites, des poissons, et surtout de cette terre « verte, semblable à la chlorite, dont nous avons parlé si sou- « vent, l'absence des grès proprement dits, celle du mica ou « du moins de la variété de cette substance si abondante au « contraire dans les parties supérieures, offrent une réunion de « caractères qui doit faire rapporter les terrains calcaires « trappéens du Vicentin au calcaire grossier du bassin de « Paris inférieur au gypse. »

Les marnes calcaires et les brèches calcaréo-serpentineuses de la colline de Superga, près de Turin, enveloppent, continuet-il, des coquilles analogues, pour la plupart, à des espèces des environs de Bordeaux, ce qui est vrai; mais ce qui ne l’est plus, c'est de comparer, comme il l'avait fait précédemment, ces dernières avec celles du calcaire grossier des environs de Paris.

Sur le revers méridional des Alpes maritimes, non loin de Nice, Brongniart signala les calcaires jurassiques auxquels succèdent des lambeaux de craie glauconieuse avec des Ammonites etdes Bélemnites, puis des calcaires analogues, par les coquilles qu'on y voit et principalement par la présence des Nummulites, au calcaire grossier inférieur. Enfin, à 20 mètres au moins au-dessus du niveau de la mer actuelle, un dépôt de coquilles marines, à peine fossiles, serait plus récent encore que le terrain marin supérieur du bassin de la Seine : c’est celui que nous avons vu décrit par Risso, qui le regardait aussi, et par les mêmes motifs, comme très-récent.

Du côté de Menton, des couches bleuätres, calcaréo-argi leuses, inclinées, remplies de coquilles, de polypiers et d'une prodigieuse quantité de Nummulites très-grosses et très-bombées, présentent beaucoup des caractères de la base des terrains de sédiment supérieur (calcaire grossier). « Tous les terrains « que je viens de citer en Italie, ajoute Brongniart (p. 337), « peuvent être rapportés, avec la plus grande probabilité, au « terrain dé calcaire grossier ou marin inférieur au gypse. Ceux

« dont il me reste à parler, en Ttalie, appartiennent, avec le

« même degré de probabilité, à la formation marine supérieure «au gypse. Ils composent les collines que l'on nomme sub- « apennines, et qui s'étendent d'Asti, en Piémont, et jusqu’à « Monte-Leone, en Calabre. » Ce sont eeux que nous avons vus décrits par Brocchi et ses prédécesseurs.

Pour le bassin de Vienne et la Hongrie, les rapprochements de Brongniart n'ont pas toujours une exactitude aussi frappante, et on le conçoit, d'après les renseignements qui lui étaient transmis ou des observations qui pouvaient l’induire en erreur; mais il a reconnu, plus loin encore, sur le versant nord des Carpathes, en Volhynie, l'existence de dépôts semblables au calcaire grossier du bassin de la Seine.

Le parallélisme des gypses des environs du Puy-en-Vélay et de ceux d'Aix en Provence avec ceux de Montmartre.est également établi, et les dépôts lacustres supposés plus récents que ces gypses sont mentionnés sur une multitude de points en France, en Espagne, en Angleterre, comme dans le Jura, la Suisse, l'Italie, la Hongrie, ete.

En même temps qu'il formulait et appliquait si heureusement aux terrains tertiaire et secondaire les nouveaux préceptes de la paléontologie stratigraphique, Alex. Brongniart disait, en parlant des terrains plus anciens dans lesquels se trouvent les trilobites (1) : « Ilfaut, pour caractériser les terrains, non-seule- « ment désigner les espèces qui s'y trouvent, mais les désigner « toutes, les déterminer très-exactement, de manière à ne pas « donner le même nom à des corps qui n’ont que des ressem- « blances apparentes, mais qui sont cependant des espèces dis- « tinctes, quoique très-voisines les unes des autres. Telle est la « liaison importante de la zoologie avec la géologie. C’est par « celle double considération qu'on attemdra le but que se pro- « pose cette dernière science, qui est la connaissance exacte « des rapports d'ancienneté des couches qui forment l'écorce « du globe. »

am

(1) Hist. naturelle des crustacés fossiles, p. 46, m-4 avec 3 pl. de trilobites, 1822.

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