LES LETTRES PUREMENT GRECQUES DE L ALPHABET COPTE
Nous avons parlé déjà des lettres grecques entrées dans l'alphabet copte pour exprimer la gutturale aspirée ^^zi^ et l'aspirée ® x, ainsi que la dentale aspirée t-\-u-» et la labiale aspirée p -j- h-*. Tous les autres caractères de l'alphabet grec ont été admis dans l'alphabet copte, mais l'usage de certains d'entre eux, r, i, z, ï, w, est généralement confiné à un petit nombre de termes d'origine étrangère, et ils servent rarement dans des vocables égyptiens : quelques mots suffiront donc à caractériser leur emploi et à déterminer les valeurs qu'ils ont pu prendre depuis leur entrée dans l'alphabet copte jusqu'à nos jours.
r était proprement à l'origine la spirante gutturale sonore, celle de l'allemand 'IVig. comme dans la -/.oiv/ hellénistique du moyen empire romain, et on prononçait de même qu'en ce grec les mots étrangers où elle se rencontrait, ra.Ar<V«.ii>, Toiiopp*., r«.Xi'ikA, neTST'XTnTon ^-cà '(),<jt.^x àuTtôv, fe«e«., et dans les mots dérivés de l'hébreu comme po^couihA ■rK'jri?, où le» ressemble pour le son au r- arabe, elle avait dû assumer, comme aujourd'hui, un son très voisin de cette dernière lettre. Elle a pris pourtant bientôt, tantôt la valeur du gh nasal, très voisine de celle de k comme le prouvent les variantes -i-ot-i ou KHitHAie. pour oo/.îT, ■[ir,riix:i, tantôt le SOU du G-doux ou du UJ comme il résulte des variantes Aie^j^r-e, t'imop, poiu- AJii.*.-s.e, ':smiop. Le dialecte thébain et en général les dialectes méridionaux l'ont adoptée assez régulièrement lorsqu'elle se trouve au contact d'un n (il) précédant immédiatement «.itr, Aïoimf, nnr, pour akok, xiothk, etc. : elle remplace même alors le k suffixe de la seconde personne du singulier masculin, nruja.'xe, AipqwTe, TcooTs-iw, pour imujù.'se, iÏKqtoTe, tiootÛÏi. Cet affaiblissement du k — ^zz^ en i" n existait-il pas dans la langue antique, au moins sous les mêmes conditions, et n'y avait-il pas des
position;- dans lesquelles, 0 devenant l'équivalent d'un ^•^w^^ simple, (1 se serait déjà
prononcé Arfoii, ancH? Rien ne m'a permis de l'allirmer jusqu'à présent, et ce n'est encore qu'une hypothèse, mais elle me parait élre vraisemblable. Les textes coptesarabes de Galtier transcrivent t'i.p par jU.. opf*.iioit par ù>by-j iivec métntlièse pour Oylijj. avec un i- , mais ^^^ Ul^ c*wAnirnoc par un ^prononcé probablement ici à l'égyptienne, et de même, dans le vocabulaire copte-français, ^ répond à notre G-dur, Aa.t'i.pce la garce, ^er*>pcoT»-Aj. le garçon. Les grammairiens du XVIP et du XVIIP siècle ont essayé de donner des règles pour indiquer les différentes prononciations possibles du p, et il « est le t- arabe, mais, dans la pratique, il est plus souvent prononcé » comme la ])alatale égyptienne ■s Q. et parfois comme //[-doux], v-o^p g ((r ( jlj.), e.t'^ooc » ag'alos, ^HPeunoii cf/ànion, — jutouor-euHc iiinnoganis, i.vv7e.'\oc oggaloft , ar'igalo.'^,-\v6.- )) ^lAe*. digdlila^a, xxt^voc inagos et niaios, o^voTxxenoc heguindnos, g^HreAiwn e<jam<in, » — AïoiiorenHc nionoge/ias... De même qu'à la sourde x- '^s Coptes des premiers » temps donnaient-ils déjà au c , suivant sa position, deux valeurs plus ou moins voi- » sines de l'articulation grecque? Probablement. Mais ces valeurs ont divergé et sont » identifiées actuellement, la première au i arabe, la seconde au ■:s ou ^r du Sakl, et » ce dernier empiète sur l'étranger i- . » Comme on le voit, le e a fait el fait encore double emploi avec les dérivés coptes du -^^zz:^ et du^^ égyptiens, et c'est sans doute pour cette raison que son usage est si peu répandu en dehors des mots grecs qui le renfermaient à l'origine.
A ne devrait se rencontier régulièrement en copte que dans les mots grecs ou dans les mots d'origine étrangère arrivés à l'égyptien par le grec, ^opK«.c, •i.ope*., o-5-a.e, •i.e, A*.Tei-i., loT-2>.€k, lop'i.i.iiHc, et il devait avoir à l'origine le son de la spirante dentale .sonore du grec hellénistique 2 ou dLi tu anglais dans faiher, inoiher, mais de bonne heure il perdit cette valeur pour prendre celle de notre sonore d, si bien qu'en cette qualité il se substitua fautivement au -r dans l'orthographe des manuscrits, •a.cK'xi'x, ■»T«.'i.poit . ■a.toîS'e, OT'^e (lllter), e.p'^TAiic, •^iott^e*., q».!, pour TeKTiioi, •»e*,Tpo!t, twS'c, oTTe, «.pteAiic. TOT-i.*.!*., -)■, ou il fut remplacé non moins fautivement par t dans les mots qui auraient dû le contenir, TopKè-c.TeptH, K«.iit4>kh, r'Aj^toc, 'Aj^tcit, cx^fion, pour ^opKa.c, ^epfcH, Ke^ifi.4^KH, k'.\.!v-2voc, '^«.-5-ei-i., c;x;c'^on. Dans le texte arabe en lettres coptes de Le Page-Renouf, 3 et i sont également rendus par -a., ■xe'i.-i.e loa- , o^-2,.e.» liV . nt.o'u a*, "^ - "T , -^ , ■ J .. - ...
mais il faut se rappeler qu'en Egypte, le •> de IÀ5^et de 11» .se prononce comme i, kéué, haud, et celui de 'ol comme j, /za. D'autre part, le texte copte en lettres arabes de
Galtier transcrit •i. par ^ ou pai' Ji, -i-ineoc-s-itH ^ ^jlS^i. ooj-i.H l^yt. c-i.o)juL «Jàl . mais ici
encore le ii est, en Egypte, une des lettres qu'on prononce généralement d. Enfin, le D français du vocabulaire français en lettres coptes est rendu parfois par le -i., au lieu du T ordinaire, Aiots-ui».! , ju.i>p-i.i, et ainsi de suite, pour tous les jours de la semaine. La transcription de Thomas Petr<Eus donne toujours un d pour -i. dans ûda 0-5-i.e, katadra K*.^e'i.pi.-K*v€>eTp*,, et Rochemonteix avoue que, pour les Coptes actuels, -i. d tend à .se
DK LA l'lliiM';ri(,)lJE lïCiYI'TlKNNE 57
)) confondre avec t : -îkoAoc do'los, loyii^^nHc iordanïs, îig^«.n-2k.u)pon l'ii/unKlôron, à côlô )) de itTe'toT-i.e&. end'iiàd'ôd'a''a, •i.e d'à, » etc., où le -2^ prononcé d' lui parait ('Ire l'intradentale arabe S; il avoue d'ailleurs que c'est là une prononciation artilicielie, et que les Coptes actuels « afi'ectent même parfois de substituer le son d' [i] à celui deT = rf, » donnant par là à leur lecture une apparence d'érudition' ». De tous ces faits il résulte que, ce cas d'alïectation à part, le copte, en admettant -x dans son alphabet, n'y a pas introduit un son nouveau, mais ([u'il a simpleniont assimilé là spirante a à la sonore D-T, provenant de l'égyptien c^, s=5,^^, c::^?.
^ est encore moins usité que -i., et il ne se trouve guère que dans quelques mots grecs comme '^Kitwn, 7tooit, 7ioonujHii., 7hthcic, n*.ppKci*.7e, nip*.7c ; il y était assimilé à notre z, mais il prit la valeur d'une simple s douce ou forte selon les circonstances, comme le prouvent les variantes feoec pour too'j^, ù.noT*.7e.»e pour *.noT4.ccec«e, ciPTk.ircic pour 7HTHCIC, KTpic7e pour KHpTcce, ct mcme il envahit quelques mots coptes avec ce son de s-dure, Aji«.7e T. pour juii.ce, 7tonT T. pour ccoitT. Le plus fré(|uemnient employé, le seul, je crois, où l'orthographe par 7 soit constante, est ù-n^^HÊe 7'., «.«•^hê. M., ■f , avec la graphie erronée «.ng^HÊe T., et il avait été considéré par Peyron% précisément à cause de cette particularité orthographique, comme un mot d'origine étrangère : nous savons aujourd'hui qu'il est la transcription de l'égyptien antique ^ n H'^'c jP^OO ^, , mais je ne comprends pas pourquoi la lettre ^ a lini par s'enkyster dans cette locution pour exprimer la valeur de H , c. Dans le texte arabe en lettres coptes de Le Page-Renouf, le 7 est employé pour rendre les caractères Js et ii dans leur prononciation z, ge,.^!*».
7«vjeKO-5- pour \Ju\ls ^làc, ei76. pour Uail, ^«.iCKeiw-e-og pour Ali Us, ec-o-iuRô.7 pOUr làkzJi, ■e-eju.71
pour Isa, eiK*.7ô.K pour diliil, tandis que, dans le vocabulaire copte français, x^ répond à notre s-douce prononcée z, is'oT7-ij jouzdl-jeudi , *.Aefio-5-7eneK aUes-oous-en, 'K\'xjik- 7IO-5-J le gaseau-la r/a^elle, Ai7«.nia)g les anneaux, ekAo-s-j^oTs-xioicc^ep alle^ au moustier, AerÇoT3'e7e les poiKjeoises. Pour le couper court, disons que les transcriptions de Rochemonteix assimilent uniformément 7 au z-j arabe.
Il est inutile d'insister longuement sur le \^f et sur le =î. Ce ne sont en copte que de simples formules orthographiques résultant, le premier de la combinaison du n-B et de c, le second de celle du r et de c : \^rsT, •^nc T. M., à côté de nciT, ncic, et un nombre relativement considérable de noms propres géographiques ou autres, 'Poi, «Pwi T. M., à côté de IIcoi, IIcwi, •VctteTa.i M., à côté de IIceneT*.!, îyeit(5'igo M., à côté de Ilcetnî'igo, fa^Te T., à côté de IIc^Te, jPô-gpcq M., à côté de nci.gpeq, plus quelques mots grecs comme ■^^tx**! p'- •»V"X°''''"^' »'Vi\^ic. etc., g^oTp T. à côté de Kco-s-p, î;xï.«,ptooTT pour KCJui.*.pcooTs-T. Il semble que le ^ ait pris parfois le son de c simple, car on trouve «jiTHÉie, g e'\coA, eK^oTci*., pour i.«7Hfee, ceAcwA, e^oTci*., et, en ce cas, la faute d'orthographe s'expliquerait par la valeur donnée à la lettre. Il serait possible que, de même.