VOYELLES PROPREMENT DITES
Lu (|uestion de savoir si l'écriture égyptienne possédait des signes-voyelles réels a été très débattue en ces derniers temps, et, tandis qu'une bonne partie des égyptologues, ceux que la génération actuelle traite de vieux égyptologues, en soutient l'existence, l'école de Berlin et ses adhérents la nient résolument, et ne consentent à reconnaître dans le système hiéroglyphique de tous les âges que des signes de consonnes faibles vocalises, à la façon des autres consonnes, de fa.çon différente selon le cas. Pour trancher la question, il est nécessaire de rétablir, si on le peut indépendamment de toute graphie hiéroglyphique, le système des voyelles de l'égyptien avec les variations qu'il a subies à travers les siècles, puis d'examiner l'un après l'autre les signes qui, dans l'écriture, correspondent à ces sons-voyelles, et d'en suivre les fortunes dans le temps : les conclusions viendront après que nous aurons effectué ces deux opérations successivement.
a. Système des voyelles de l'égyptien.
Remontant du connu à l'inconnu, c'est-à-dire de la vocalisation actuelle du copte à celle des siècles antérieurs, on est contraint d'avouer, avec Rocheraonteix, qu'« à ne » considérer que l'écriture, ce vocalisme parait riche et précis », mais qu'« à entendre » les lecteurs modernes, il est pauvre et indécis ». 11 comprend tous les signes-voyelles, simples ou diphtongues, de l'alphabet grec, *>, e, h, i, o, t, ot, s.i, *.ts-, «, cT-eoT, hi, ht- HOTs-, lo-y. 01, oTi. ooT. COI, cooT ; pourtaut, lai.ssant de côté pour le moment les diphtongues sauf 0-5- qui correspond toujours à l'ou du français, et « qui n'est le plus souvent que, l'équivalent de i simple en ses emplois multiples, on s'aperçoit bientôt que, dans l'asage courant de l'Église, « toutes les voyelles sont ramenées vers les trois types principaux, » A, I, u ». Ainsi, « &. et c se lisent a, sans qu'aucune différence d'intonation ou de » quantité les distingue ». Le son e, qui était celui de l'ô grec d'où procède l'e copte, ne subsiste que.dans renonciation du nom de cette lettre Éi, éia, éie, mais il se retrouve sous diverses autres lettres, ainsi qu'on le verra. H se prononce tantôt a, tantôt i bref ou long, selon des règles qui ne sont pas très strictes, a dans les syllabes fermées othê uâb, THpc dar-s, i dans les ouvertes npotÇHTHc ebrôfîdas, igHpi siri, T«.px" darsi, iÇh bt, bei, et pourtant IopT^A.itHc Yordanis, x« ^^c-^ ■"«^pH'^ em ebrade, nipn bêira, etc.; dans beaucoup de mots étrangers, il sonne É i ou a presque indifféremment fiH-&AeeA». h'étlaani, b'itlaam, npio-îkjtc érô'das, irudas, AïoitofeiiHc monoganis ou monoganas , y^fx.'^ psiki ou psika. I, simple voyelle, se lit ■!, ï et É surtout à la fin des mots, mais souvent, à l'attaque des syllabes, c'est l'yod, icxeit yisgan, ou en finales des syllabes accentuées, auquel cas il s'appuie sur un É adventice, «.q'^ afdéy, g^iTOTq liéydodf, maoT néysio. O et w ne se distinguent pas l'un de l'autre: ils sonnent selon les individus 6 et ô, ou et où, Kt'eju.ojit éga'mbn, Hpio-^nc irô'das ou ifôûdas, etc., et ils peuvent se réduire à I'e
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muet dans les syllabes brèves, Koamoc kesmes, tcjouk denk : o-s- voyelle se comporte de même, bien qu'il soit de préférence ôïï (ù), ou (û), et quelquefois comme la diphtongue o -f- ou, cTtÇe ecoren adba aso'uari, ti.o-^aov dauno'u. Enfin, -s- est tantôt un i, o-5-A-!rfe6.noc olib'anos, tantôt un É, oirgTuois-Aieitoc ohégumanos. J'ai pu vérifier moimême, à Bibéh et à Bellianéh, l'exactitude de la plupart des transcriptions de Roehemonteix, et, comme le montrera la suite, les éclaircissements qu'il y ajoute, ainsi que mes propres observations, m'ont prouvé la vérité de sa conclusion : « Certains » repères qui subsistent » à travers cette incohérence apparente « suffisent à montrer » que l'appareil graphique de la langue sacrée' avait été adapté à des formes réelles de » la vocalisation^ ». La position du copte actuel vis-à-vis de cette vocalisation est assez semblable à celle de notre latin d'église vis-à-vis de l'ancienne vocalisation latine. En gros, les sons-voyelles, ou reproduisent à peu près ceux de la langue antique, ou ils se sont modifiés et transformés sous l'influence de la langue courante, c'est-à-dire de l'arabe. Rochemonteix a remarqué très justement, à propos de e prononcé a, que « les Coptes modernes en ont fait un a régulier, comme les puristes arabes, lors'jii'rls » affectent de prononcer correctement les é du dialecte courant que recouvre dans » l'écriture [un fatha'' n, Madinah, Baliana, etc., pour Médinéh, Bellianéh. Il reprend en conclusion les résultats auxquels l'a mené l'examen de chacun des signesvoyelles coptes en particulier, puis, après en avoir rapproché brièvement la prononciation vulgaire de celle des dialectes arabes saïdiens, il déclare : « C'est à l'imperfec- » tion d'un organe mal exercé par la pratique d'une vocalisation spéciale, menue et » flottante », la vocalisation arabe, « qu'il faut, ce semble, attribuer l'altération mani- » feste que les Coptes saïdiens ont fait subir à la vocalisation du vieil idiome égyp- » tien' ». Mes propres observations, réparties en deux fois sur une période de trentequatre ans, m'ont convaincu qu'il avait raison de s'exprimer ainsi.
Naturellement ces altérations se sont produites dans la suite des temps, à mesure que l'usage de l'arabe se répandait parmi la population de langue copte ou grecque, et le progrès peut en être jalonné assez aisément par les documents dont nous disposons actuellement. Partout, dans les manuscrits et dans les transcriptions en caractères latins, on rencontre des orthographes qui permettent de préciser la valeur phonétique des signes-voyelles aux époques diverses.
I. — t\. .semble ainsi couvrir deux valeurs. C'est d'abord l'équivalent de a grec et
de A latin, ^wp^ç^wu ïp/'ov, SLutio^^^i*. \\-i-v'y/s.ii-AlltlOclna, K«.Ki«.-K&3'iek /.t/.'.i.. Ye-A^-Tij». V/Àa-
-J.a-Galatia, même dans certains mots d'origine purement égyptienne. C'est ensuite un son intermédiaire entre a et o, mais tendant à se rapprocher du sou de o jus(]u'à se confondre avec lui, le son de I'a anglais dans a//, wKr, ioh\t prononcé vulgairement
1. Par cette expression langue xacrée, Rochemonteix désigne ici comme ailleurs {Œacres clicerses. p. 95) le copte lui-même, considéré aujourd'hui comme idiome propre à l'Église, l'arabe étant la langue d'usage courant.
2. RocHF.MONTEix, Œuorcs clicerses, p. 119-125. .3. Rochemonteix, Œiicres dicer.^es, p. 120.