Cf. p. 61 du présent volume
DE LA PHOXËTIQUE ÉGVIMIENNE 89
accentuée a en copte la vocalisation o-co se tiouvoMit avoir à la même place en égyptien antique un a brof ou long. Sans reprendre en détail la question, je me bornerai à rappeler ici que dans les mots où le caractère (1 ne figure point, parce que la vocalisation interne n'y nécessitait pas l'existence d'une figuration matérielle, on trouve, dès le XV» ou le XIV* siècle, un À long inditjué par l'assyrien à la toniciue, puis, au VII'' siècle, un ou-w se substitue à I'a long, et enfin, à Tépoque grecque, un o-w se substitue à ou :
AAAAAA i J
\ fOl/i'
AmÂnou
Hki'a
Kkshi
Nkf'a
Amovnou
Hourou
Kovshou
no-yqe.
"AfiaUv
Qzrji-Horus
es'toig
Un degré peut manquer dans nos témoignages de l'évolution, mais le fait de l'évolution demeure constant. Appliquons donc la règle à des mots tels que 0 ^ ou m : ils seront, vers le temps du second empire thébain, Apa, Ana, au VIP siècle Ounou, et à l'époque grecque On, Ophis, Opis; en d'autres termes l'A de la syllabe intense se sera mué progressivement en ou puis en ô. Le signe (1 n'est donc pas dans les cas de ce genre une consonne faible ou une voyelle vague pouvant recevoir arbitrairement
les valeurs a, ou, o, mais prenant l'orthographe ni traditionnelle du nom de la ville,
nous devrons dire de l'iJ exigé par les variantes du signe | ^ iJ + ^^"^ > qu'il représente
notre son Â, qui plus tard, en vertu de la règle philologique bien connue aujourd'hui, a passé au son ou puis au son o. Si nous appliquons ce principe au.\ mots qui, commençant par un (1 en égyptien, ont un o ou un Ou- à l'initiale en transcription grecque, nous arriverons pour l'époque antérieure à une vocalisation À : l'accent tonique portant sur 0, oj, dans "Ovo-joi;, o-JT.z:--'OT.zi;, on doit avoir pour la XVIIP dynastie une prononciation Anhourë, Asirë-Asare, de Ktjgâ^. J J|. Le précopte Vott, répondant au copte eiWT, iwT, nous amène de même à une prononciation ikt pour les temps antérieurs. Quant à 'o^-.i'iri;, la tradition grecque a établi une confusion ici entre un nom égyptien et un nom persan. La vocalisation perse nous ramène pourtant comme l'égyptienne, pour la première syllabe, à une prononciation Kstanou-Astane ayant précédé
Orrivr,;.
Il est fort délicat de chercher un témoignage sur la valeur phonétique du caractère \\, dans les orthographes hiéroglyphiques des noms de villes et de peuples cananéens compris dans les textes du second empire thébain ; car la tradition qui nous fait connaître la prononciation hébraïque de ces noms est très postérieure à la rédaction des documents égyptiens. Pourtant, lorsque la vocalisation fournie par l'hébreu pour le x initial concorde avec celle des textes cunéiformes contemporains du second empire thébain, on pourra en toute sûreté en tirer des conclusions pour la valeur phonétique de ri] initial aussi qui correspond à cet K. Si donc, dans l'orthographe hébraïque -iiïïjk, où le X répond comme son à notre a, cette valeur est confirmée pour les temps prébibliques par les orthographes assyriennes ou cananéennes, mat-Asisur-ki , il est certain que le \\ de ûf'i Yr^ devait couvrir lui aussi un a. La lecture avec a initial rendu par (1
90 INTRODUCTION A L'ÉTCIDE
sera aussi valable pour (1^ '=^^[Jy], ^St) i ^ £^ exprimé en assyrien par A-ru-ad-da, Ar-va-da, et en hébreu par nj-is "Apaoo:;. Souvent même il suffira de rencontrer une leçon ass\'rienne datant du second empire assyrien, et concordant avec la vocalisation hébraïque traditionnelle pour que, nous autorisant de la grande fixité qu'offrent partout les noms de villes, nous puissions, avec assez peu de chances d'erreur, en déduire la valeur a pour (1, quelques siècles plus tôt à l'époque des conquêtes égyptiennes : Akseph Ofl— ^, Ak-si-bi, a'cs, dont la prononciation flotte à l'époque ■grecque entre 'E-/.S!--a et 'azt^-oj;, Apouken O^D^ , Ap-ku, pss, ."Ii^bs, 'Acpr/.i, nous donneront un (I sonnant a, et cette valeur nous sera d'autant mieux assurée que le signe (I est suivi du signe g7|, comme dans l'exclamation (J g7\ a. A plus forte raison peut-on s'appuyer, comme je l'ai déjà fait, sur les seules transcriptions cunéiformes, lorsque les transcriptions grecques nous prouvent que la vocalisation avait changé au cours des temps. J'ai cité déjà OfîA— *— devenant 'Ey-S^Tma au lieu d'Aksr'b qu'elle était antérieurement; je citerai encore, mais avec modification de la vocalisation a en vocalisation o, (1 qA ' ' ' ^^, en assyrien A-n\-ai7-tu devenu en grec 'Ooovtt,,-. On pourrait invoquer d'autres exemples de ce fait : tous nous montreraient que les valeurs vocaliques diverses qu'on attache au signe (j ne sont pas pour ces mots des valeurs premières. Il y avait à l'origine une prononciation a, la même dans tous ces mots et que les Egyptiens marquaient dans leur transcription par le signe n ou par le groupe h^ pour ne laisser subsister aucun doute. Si, beaucoup plus tard, la prononciation s'est transformée et si un e ou un o y a remplacé Ta, cela ne doit pas avoir pour nous de répercussion sur la prononciation du signe par lequel les Égyptiens de la XVIII'' ou de la XIX« dynastie l'avaient notée : c'était bien un a qu'ils entendaient dans Aran/ou, dans Akmph- Akseph- Aksiph, et c'était bien le signe \\ qui rendait exactement cette valeur pour eux dans leur écriture.
Cela nous empêchera-t-il d'admettre qu'à la même époque, comme aux époques postérieures, ce signe pouvait représenter aussi d'autres valeurs vocaliques? Les listes de Thoutmôsis III et les autres documents du second empire thébain nous montrent un groupe (J"=>, (J ^^ ^, pouvant se réduire à dans un mot composé quand
le mot précédent a une voyelle susceptible de lui servir d'appui, et même en cet état s'écrire (I ^^ avec une combinaison destinée à rendre le son b = l sémi-
tique. Bien que le scribe égyptien l'ait parfois confondu volontairement avec le terme " \j^, l'ensemble des mots où on le rencontre montre qu'il représente, en caractères
égyptiens, le mot 'r'K c/f».s, J^ (]()]([ [r^HtI^,(l^^^ <X. J^]Hl[(]'
ni -^'^T^^^ peut-être "js-n^is « force de dieu », employé comme nom d'oiseau, etc. Que le mot el ait eu d'abord un e bref ou long, "pn ou bs , il parait être certain qu'à l'époque de la XVIII» dynastie égyptienne il n'avait pas une vocalisation en a à l'initiale. Il faut donc admettre que le (1 égyptien pouvait rendre à l'occasion un e cananéen; il est probable qu'il couvrait aussi d'autres sons vocaliques, et nous verrons que
Dli LA l'IIONKTIQUE ÉGYPTIENNE 91
lorsqu'il répond à u-ou-o, il peut être doublé d'un ^, qm semble l)ien secvir d'indice à cette prononciation, mais, pour le mciment, bornons-nous aux cas où U figure seul ou avec gA. Nous reporterons de même à rarticio de ^^ ceux où il est accompagné de *^. 11 faut nous borner à constater actuellement que si dans le plus grand nombre des mots étrangers connus jusqu'à présent II répond à un son a ou à do l'assyrien ou du cananéen, dans quelques occasions assez rares il peut répondre à un Ê ou à un î initial.
Au delà du XVP siècle, nous n'avons plus que quelc[ues transcriptions égyptiennes insigniliantes de noms sémitiques, ainsi, dans les Mémoires de Sinouliit, celle du nom d'un chef syrien, et quelques termes géographiques, mais il est difficile d'en tirer parti pour le moment. Je remarquerai seulement que l'orthographe des mots dont la vocalisation est donnée pour les époques postérieures est identique à celle de ces époques, ainsi
terai pourtant qu'à mesure qu'on remonte dans le temps certains de ces mots, et d'autres que je n'ai pas cités, revêtent des formes (jui méritent de retenir l'attention plus (|u'elles ne l'ont fait jusqu'à présent. Tous les égyptologues ont remarqué depuis longtemps que, plus on se rapprociie de l'origine de l'écriture égyptienne, plus que la majeure partie de ce qu'Erman appelle les écritures défectives devient fréquent dans les textes'. Pour n'en citer qu'un exemple bien connu, le pronom ^ de la première personne du singulier masculin y est fort peu exprimé graphiquement : comme il consistait en un son vocalique, dont je ne définirai pas la nature pour le moment, et qu'on avait l'habitude de ne pas exprimer graphiquement les sons-voyelles dans le corps ou dans la finale des mots lorsqu'elles n'indiquaient pas une modification organique de la racine, on en supprimait le signe volontiers et on s'en remettait au lecteur de discerner par le contexte le sens de la phrase, par suite la vocalisation que chaque caractère y avait. L'expression phonétique du signe ^ dans cet emploi était [1, et l'on a des exemples qui prouvent que ce même (1 couvrait la prononciation de la première personne du singulier féminin. Quoi qu'il en soit, le fait même de la suppression constante de ce signe dans la vieille écriture aux endroits où nos habitudes modernes exigeraient au contraire sa constante présence nous permet déjà de constater que les Egyptiens ne tenaient pas plus de compte de lui qu'ils ne faisaient des sons-voyelles internes ou finals que l'émission des mots composait, la phrase nécessitait : s'ils écrivaient ' ,^°1 V^^""^^ ^ (^ôté de
I ^Tl ^^^ sA la première personne du singulier masculin du verbe ' JJl ^\^. c'est qu'ils considéraient le son qui, suivant aaaa/^, indiquait cette personne comme étant de même nature que les sons, quels cjuils fussent, qu'ils intercalaient en parlant entre
I et ^"^ ou entre ^^ et ^^^, ^^ et ^wv^, s'il 3' en avait à toutes ces places. Comme ces sons, non exprimés graphiquement, sont ce que nous appelons des sons-voyelles, il y a grand cliance pour que le son écrit ^, \\, et qui se compose comme tous les sons de n'importe quelle langue d'un souffle passant par le gosier et prenant son timbre