‹ Introduction à l'étude de la phonétique égyptienneChapitre 38 sur 43 · Voir les conclusions, p. 110 du présent volume · texte numérisé non relu

Voir les conclusions, p. 110 du présent volume

118 IXTRODUCTION A L'ÉTUDE

se réduisant à mesure qu'on remontait les siècles et ([u'ellcs aboutissaient presque toutes a une valeur commune a, vers la X\III' dynastie : il faut essayer maintenant de reconnaître quel était à cette époque l'emploi plus spécial de chacun d'eux. Parlant d'une manière générale, on peut dire : 1° que, exception faite pour des orthographes traditionnelles, (1 se place régulièrement à l'initiale des mots, et (ju'alors il recouvre une voyelle a qui, non tonique, reste immuable dans la langue postérieure, sauf le cas de diphtongaison avec le phonème recouvert par 1^, (j Amânou-Airioûnou-

'3LAio¥it. (jg V J[ '^Anâpoii-Antmpou-lKii^n. mais (I p|r, U *^ 1||| eiwTe, et

qui, tonique, devient ou-o-o, (I Q *A/)/vo-ï2-fi;, | ''Anoa-Otnou-'n-,, jxîgpî J| *An-

harou-Ânhouri-'Owjpt-; 2° q^ie^, , rare à l'initiale des mots, se met très fréquemment derrière le signe initia! ou à la linale pour rendre un phonème a qui, tonique, reste rarement a en copte, mais devient o-w-e, etc., et non tonique à l'intérieur ou à la fin des mots, s'amuit et n'est plus représenté dans l'orthographe copte, ffl^. Jv Q s'&oV-cï'Êoe 7\ -siçÇoi M., y \ "^ fc^^'^ CT(oT T., IZ3CII I [^^^n^— V ujouj J'. M:

uji^uj T. ujujuj M. ; 3" que a tonique, à l'initiale ou ailleurs dans le mot, est employé

pour transcrire un v-f- sémitique doux, vocalisé a, mais que, lorsque o est atone,

il correspond à un a simple et échange avec 0'^. > ^. • Nous sommes donc amenés à

conclure que les deux premiers signes, (1 et ^, , ditierent à cette époque surtout par la place qu'ils occupent dans l'écriture du mot, mais iqu'ils recouvrent un même phonème, qui, étant placé dans les mêmes conditions, subit plus tard les mêmes altérations vocaliques, et qu'en général ce phonème était a. a, d'autre part, recouvre un a différent du précédent : il est encore assez guttural pour servir aux scribes à rendre le v-f- plus ou moins bien, dans les transcriptions sémitiques, mais dans les mots égyptiens, ce n'est plus qu'un a un peu plus long peut-être dans la durée que I'a exprimé par (1, ^. . Je tire cette conclusion de la tendance qu'il a, dés lors, à se redoubler,

^^ (1(1 Q "^ prés de ^^(lll^ ^ , devenant ainsi le type graphique des voyelles redoublées *.*., ee, oo, ww, du copte thébain. Bien entendu, je ne puis dire graphi(pieraent jusqu'.a ([uel point les altérations vocaliques qui afïectèrent les sons couverts par ces trois lettres étaient déjà poussées : la recherche des faits relatifs à ces phénomènes est réservée pour un autre chapitre.

La tendance à restreindre les valeurs vocaliques cachées sous les trois signes

n, étant telle à la XVIIP dynastie, il y a chance que, si nous remontions plus haut,

elle s'accroîtrait encore et qu'elle aboutirait pour chacun d'eux à une valeur unique qui serait bien certainement la valeur primitive, celle (pi'ils eurent au moment où le système d'écritiuc hiérogl\'phi(|ue fut créé. En français moderne, a tonique entravé et Ta protonique entravé ou libre, pAi't, krhre. Argent, cliKvbôn, KmôUr, inAii, la diphtongue nasale ien-yen et la voyelle nasale ain-aim dans c/hen, /moyen, /jûyen, /jain, yXiM, I'ai àefAve, essAi, l'oi de armoire, c/rimoire, etc., proviennent tous d'Â-K latin dans dilïérentes positions, pArtem, Arborem, Argentum, cArbonem, Ainorem, mAri-

Dli LA riIOXKTIQUl-: ÉGYPTIENNE 11!)

tuin, cAueni, niedixnniu, paç/Anum, pA/iein, fAinem, fAcere, exAgiuni, (ji-niiimAtica, etc., mais, comme en iVancais l'orlhograplie a suivi la prononciation plus ou moins, le signe primitif a s'est translnrmé parallèlement à celle-ci. L'anglais olïre un cas analogue à celui de l'égyptien : le son de la voyelle a beau être difTérent dans fAther, niA'i, icfiAt, aH, leopArd, riAme, et ainsi de suite, l'écriture con.serve toujours le signe-voyelle a que la vieille langue avait pris à l'alphabet avec le son qu'elle avait au latin tel qu'il était parlé dans l'Ile de Bretagne romaine. Ce que j'ai dit jusfiu'à présent de l'histoire des trois signes il . ^^, d, nous permet de voir (|ue dans l'égyptien archaïque comme dans le vieil anglais, les phonèmes variés de la langue postérieure ne s'étaient pas produits encore, et qu'il n'y avait sous chacun d'eux, ainsi que sous chacun des signes reconnus pour consonnes par tous les savants J , □, '^-=^, "cr:=«, ©, etc., qu'un phonème unique, ou, si l'on veut, les groupes de nuances vocaliques que nous avons l'habitude de désigner par un signe unique; si donc nous disons que le signe a anglais figure une voyelle, il n'y a pas de raison pour ([ue les signes 0,^. , n, ne figurent pas des voyelles. Bien entendu, je n'ai pas la prétention d'affirmer

que, si ^^ par exemple sonnait a, il n'y avait sous ce signe qu'un seul des a possibles. Comme chaque modification de forme dans la bouche humaine produit une voyelle ou une nuance de voyelle différente, le nombre des voyelles et de leurs nuances est très considérable; aussi les signes (jue nous appelons signes-voyelles communément a, E, I, etc., représentent en réalité des groupes de nuances vocaliques différant très légèrement l'une de l'autre, et l'on considérera les signes qui représentent chacun

d'eux, O.^^, fl, en égyptien comme couvrant chacun de ces groupes. Il nous faut

donc essayer de déterminer quel fut, au moment de la construction du .système hiéroglyphique que nous connaissons par les Pyramides, le son moyen de chacun de ces groupes : ce sera la valeur vocalique primitive du signe, d'où l'histoire de la langue a déduit depuis toutes les valeurs secondaires.

Si je ne me trompe, U est un a moyen correspondant à I'a français dans pAtte, CAye, c'est-à-dire un  ou un À ouvert qui confine aux É comme dans la prononciation populaire Monptrnasse pour MontpÂrnasse,^^^^A est un À grave qui confine aux ô, comme dans les prononciations populaires parisiennes yàr pour yAre, ou dans les anglaises aH, wos pour icAs; enfin 3° a est un a guttural qui rappelle le son du u-^,

mais ne lui répond pas exactement et tourne parfois à l'A aigu, parfois à l'A grave.

1° (] = a bref, aigu. — Cette donnée nous est fournie par le copte et les transcriptions grecques. Il serait assez difficile de décider la quantité d'un a égyptien par le copte si cet a était toujours rendu par un *., mais beaucoup des a égyptiens sont passés vers l'époque gréco-romaine à I'e transcrit e-e, c'est-à-dire à deux sons fermés par nature. (]■==> est eAooAe en dialecte thébain, et cette transition implit|ue que 1'*. de *.AoAi M. lA4.a.\i B. est fermé, «.AoAi, «.'X^'Xi. ft dans le sens d'Occident est en

copte ejJMf T. ejmenT M. et dans le sens d'enfer atiitiTe T. rViicit-t M. , dont la transcription grecque est 'A|jiÉv9r,; : I'e de la forme plus récente montre que l's. de la forme ancienne est un  aigu. De même dans 0 □ ^ Jj : la quantité de I'a initial dans "Avouêtç, knùbïs, en copte 3tito-s-n, nous assure la valeur du [1  d'knoupou I] g ^ ^ . Les formes

coptes cpioTe?'. epioTi M. B., efeoT7\, epHT T., etc., inius donnent pour [j de (|£=r3^, ^^ , d , la même valeur a qui est conservée dans «.êot M. «.pHOT.U. (.Ahot B. Pour un mot comme i]^^ ' J], la transcription grecque "A;xii>o;. latin .4/»//;oh, senililciait indiquer un a grave, long quantitativement, mais elle est artihcieile, tenant a I etymologie fausse qui dérivait "Afx;awv de 'iiJ-ino;; au contraire, les transcriptions cunéiformes et coptes Amânou-Am'oiinon ÎK.xxoTn et la transcription grecque rare 'AuoOv nous donnent pour Ta de h une valeur analogue à celle de "AvojSi;, "aSjSoc. et par consé(iuent un a aigu dans tous les mots où I'a = (| initial ne porte pas la tonique; lorsqu'il en est frappé, il subit une transformation phonétique, et il peut parfois rester bref, et aussi s'allonger, h donne en T. M., mais i.mT. M B. par suite de l'unification du .sou

des trois signes "^v , (] et a aux temps postérieurs, toutefois, le (|ualitatif nn T. M.

assure, pour le groupe (1 ' , la valeur première a/) avec un À aigu. De même ]\ en T. M. B. n T., mais à la forme féminine A eme. me T. emi, mi M. B., nous ramène à une valeur primitive kn pour 1 j] avec À aigu, pouvant passer à e puis à i,

coT. M. p T. eA B. nous ramène à un son original .\r par là. En revanche, la forme féminine <=> donne eipe, ipe T. B., ipi J/. eAi, lAi i?., (I f) sonne oci .U. et U"^^-^ i^"«^. towne 7". witi J/., avec (1 A devenu o, w probablement pour la même raison que ujn. Dans tous les mots de ce genre, l'allongement de la voyelle est produit par l'accent, accent du mot ou accent de la phrase, et la transformation vocalique par l'histoire de la langue. De toute manière, il semble bien que (1 devant consonne, libre ou entravé, couvrait primitivement un  aigu.

Il n'en est pas nécessairement de même de (1 devant voyelle. Nous rappellerons que, dans les mots où la combinaison 0^\ . i . s'est maintenue jusqu'à la lin. le (I est représenté généralement en copte par « T. i .1/., [I *^ j|j|r ciojTe 7'. id-V M ..

ei(o, eiev T. i(d 7\ .1/. le^ M. Cette vocalisatiou i de (1 remonte au moins à la XX' dynastie, c'est-à-dire à la y.ow, du .second empire thébain, puisque le scribe du Papyrus Abbott écrit déjà (1(1 ^ pour (1 S* , mais pouvons-nous imaginer ce qu'était

la prononciation du groupe (1*^, ^ aux temps antérieurs? La variante (1*^^,^ Y, Il *^ii:niD QA , û'^s ( <les mots très usités, c'est-à-dire prononcés plus mollement,

D^ I , S7\, , nous indi(|ue peut-être la voie à suivre. Nous avons dit que

0 était une voyelle gutturale, ce qui implique qu'il demandait son effort d'énoncia-

tion; par corollaire, en diminuant cet elîort, on arrivait à 0+^^- 0^^r~n~]Q|\ est <^onc à qA ce qu'est, pour ic, la prononciation marquée par l'orthographe AÀ//

que j'ai citée plus haut', et Kksltou pour une vocalisation approchant vshou. Le est rendu en copte par to, donc le (1 correspond à ei, i, et nous avons en copte un cer tain nombre d'exemples de cette mutation, 'A/-, né M. ll^i y|j\' ^"^ •'• 0 'i ^^^^^

compter les infinitifs à forme fi'minine tels ipie eipe, ipi M. <=>, eme 7'. mi M. I\ : il ne semble pas que cette altération .se soit produite directement, mais la forme

1 \'oii' p. 112 du présent volume.

bachmouriqiie et akhmiinique ec (Il et les formes semblables nous mettent sur la voie par laquelle elle s'est opérée : il y a eu une altération de a en e et de e en i, soit âkliou- , ek/ioH-\sS, «.s-ec-eic, et ainsi de suite. Dans eiwT elle est d'autant plus naturelle que c devant voyelle devient aisément i dans beaucoup de langues : on a donc eu pour (1^ une variante 0^-^ -^ât devenant i^;ÂT-ÎÀT-itoT-eiwT. L'explication est la même pour

le rendu par es. i de 0 devant d. 0^. iMf et 1 ^^■'■^^ ont pu se prononcer au

début âadet et au, puis devenir èadet et éa ou avec mutation de À tonique en ô, *iôdc[t] eiioTe, ia-ià ei*., eiw. Si la variante eio T. M. de eiw asinus pouvait être invoquée légitimement, la prononciation eô donnerait la transition entre '*aa- et cidj de ^. L'orthographe (1 ^^ qui se réduit à (1 dans les mots en 0 initial, rapprochée de la variante (1 V$\ pour o, peut donc servir à expliquer les variantes en t des mots commençant primitivement par a : ralïaiblissement progressif du son vocalique guttural correspondant à ce signe et son expression par (l^^^ont amené l'emploi pour lui de [1 seul, et n^ciproquement l'emploi de o aSaibli pour [|. C'est ainsi que ofi H,

atlil û n -il . A 0 M no " '?^

j: cr3i , S et - D 1 ^^ deviennent (I fi S et [1 Q Q^ , ou que ■==. ^ U devient

" • 'e Papyrus de Berlin donne les formes 0®¥\ i où la version de mon

Page 1