‹ Introduction à l'étude de la science politiqueChapitre 10 sur 55 · Mais il ne faut pas s'y méprendre, et je me hâte · texte numérisé non relu

Mais il ne faut pas s'y méprendre, et je me hâte

l'intérêt et de l'activité philosophiques, n'est pas assez long pour nous permettre de mesurer dans toute sa grandeur un homme de la taille de Kant. Et, dans le cas de notre Aristote, nous pouvons certes bien affirmer que vingt siècles n'auront pas été de trop. A mainte et mainte reprise, en effet, les peuples égarés par des sophismes spécieux en politique, auraient eu tristement besoin d'un homme clairvoyant et sensé pour leur crier : « Retournons à Aristote » ; et cet homme ne s'est point rencontré.

L'axiome d'Aristote réfute par anticipation la plus désastreuse des erreurs modernes, quoique la plus répandue, la théorie du Contrat social, qui ne peut aboutir à force de manipulations logiques qu'à l'affolement de l'individualisme et à la pure anarchie. A supposer, dit Aristote, qu'il existât un citoyen « sans patrie », étranger vraiment à toute cité, —ceci pour le distinguer de celui qui a eu la malechance de perdre ses droits politiques: Aristote songeait probablement au cas fréquent

de le déclarer aussi volontiers que personne. Ni la théorie de l'évolution dans la physique comme dans la psychologie, ni la méthode historique en morale comme en politique, ne nous donneront la clé définitive des problèmes de la philosophie. » Oxford Lectures, p. 42. |

de l'exil, ou à la ruine totale qui avait frappé sapropre cité native — , que devons-nous en penser? Ce sera un être surhumain ou unindividu au-dessous de notre mépris. Il doit vivre à l'état de guerre naturelle ; il doit avoir la main levée contre tout venant. Or, cet àrcoXi;, cet homme sans clan ni maître, qu'Aristote regarde comme une sorte de monstre, est exactement l'homme naturel de Hobbeset de Rousseau. C'est l'unité dont les théoriciens qui appartiennent à l'école du Contrat social, vont se servir, s'ils trouvent assez d'autres unités pareilles, pour construire l'État — entreprise à laquelle Aristote stupéfait eût assisté bouche bée. Nous voyons de reste comment elle tourne. Rousseau et le Contrat social ont laissé pour résidu la France révolutionnaire; et j'estime qu'aujourd'hui nous sommes amplement autorisés par l'expérience à déclarer qu'Aristote avait raison, tandis que Hobbes et Rousseau étaient complètement dans le faux, — en admettant, pour le moment, que l'interprétation courante de Hobbes nous donne vraiment la clé de son idée.

Ainsi l'État, suivant Aristote, est aussi naturel que nécessaire à l'homme. Dans l'ordre rationnel, il serait même antérieur à l'indi-

vidu, puisque l'homme ne peut mener une vie complote et tolérable hors de l'Etat. Comme l'Etat se compose de familles, il s'élève des questions préliminaires qu'Aristote englobe sous le terme général d'Economie, (l'organisation de l'ôuix, qui est l'unité composante de la tuoXiç). Ces questions, au total, reviennent à étudier la société en dehors de toute forme particulière de gouvernement. Il ne reste rien ou presque rien d'utile à dire sur la défense si discutée de l'esclavage qu'Aristote nous présente ici. Le lecteur fera bien de se souvenir qu'Aristote justifie seulement l'esclavage sous des conditions qui, réalisées dans la pratique, auraient grandement adouci l'institution telle qu'elle existait à l'époque. D'un intérêt plus durable est l'esquisse de l'art du commerce ou art de faire fortune (^pYif/.aTiGTwy)), comme l'appelle Aristote, — art qui ne rentre pas à ses yeux dans la direction d'ensemble de la conduite sociale, mais qui s'en sépare nettement et lui vient seulement en aide. Ce serait aller peutêtre un peu loin que d'appeler Aristote le père de l'Economie politique, en raison de cette discussion incidente; mais, il est très évident, qu'Aristote possédait, par une intuition subtile, le talent de traiter scientifiquement les

problèmes économiques. Il a notamment quelques observations très claires, et d'un sens profond, sur Féchange et la circulation monétaires. Lord Sherbrooke (dont les boutades contre les études classiques n'étaient après tout que des amantium irœ), cite avec le plus heureux à-propos ces mêmes remarques dans un travail sur le bimétallisme. Aristote se trompe, il est vrai, au sujet de l'intérêt de l'argent; et, pendant des siècles après lui, les moralistes de profession ausi bien que les hommes d'Etat s'y sont trompés. Il n'y a guère plus d'une génération que nous avons, en Angleterre, aboli nos lois contre l'usure. Toutefois, Aristote traite l'économie comme une- étude purement accessoire, qui aide au bien-être général de l'Etat, et qui sert à organiser la vie sous la meilleure forme que chacun puisse désirer. Les économistes modernes ont cru nécessaire de résoudre leurs problèmes comme si la richesse était un but en soi, laissant aux hommes d'Etat le soin de constater les résultats et de maintenir les choses à leur place dans la vaste perspective qui s'ouvre à la société, entre tant d'intérêts plus élevés qu'elle se propose. Or, ceci peut induire en danger d'oublier qu'il existe vraiment dans la vie des objets différents

et supérieurs; aussi, malgré les erreurs économiques d'Aristote, ferons-nous sagement ici de nous mettre à son école, ou plutôt de prendre des leçons chez les Grecs : car, sur ce point, Aristote représente le sentiment universel des gens éclairés de son temps.

Avant d'entrer en matière pour son propre compte, Aristote déblaie le terrain par la critique de quelques-unes des spéculations politiques précédentes, celles de Platon et autres penseurs. Ce qu'il dit de la communauté des biens et du reste de la République de Platon, prête à la riposte que Platon construit un idéal qu'il sait impraticable, tandis qu'Aristote le discute comme s'il s'agissait de mettre son programme à exécution. Mais l'objection ne diminue point la valeur intrinsèque des réflexions d'Aristote, pas plus qu'elles n'ont souffert du progrès de l'expérience et du cours des âges. Sa condamnation décisive du communisme demeure aussi convaincante, aussi juste, et il faut ajouter, je le crains, aussi nécessaire, qu'elle a pu l'être jamais. Nul n'a mieux exprimé ce que de nos jours on a appelé la magie de la propriété. « Les soins attentifs » sont toujours moindres à l'égard de ce qui » est commun au plus grand nombre : car les

» hommes songent tout d'abord à leurs biens » personnels et s'inquiètent moins de ce qui » appartient à la communauté ». La propriété privée, réglementée en bonne et due forme, combine les avantages supposés du communisme avec ceux de la jouissance individuelle. Le seul vrai communisme, le seul qui soit d'une valeur supérieure pour l'homme en société, est celui du proverbe : « Les biens de nos amis sont nos biens ». Comment s'y prendre pour faire naître et entretenir cet état généreux d'amitié, où l'homme donne et reçoit tour à tour les agréments de la vie, de façon que la propriété soit en effet individuelle par son titre, mais commune par l'usage? — Tel est le grand problème social que le communiste esquive et que doit attaquer franchement le véritable homme d'Etat. « D'ailleurs, le » plaisir que nous prenons à chaque chose » s'accroît au delà de toute expression, quand » nous la considérons comme nôtre; et j'ima- » gine que l'affection de l'individu pour lui- » même, loin d'avoir rien d'accidentel, est au » contraire le fond même de la nature hu- > maine ! ». Àristote montre ensuite comment

l. PoL II, 5, 5-8.

les griefs qui sont aujourd'hui, tout comme de son temps, le fonds ordinaire sur lequel spécule le communiste, n'ont aucun lien réel et nécessaire avec l'existence de la propriété privée. Et, tout en continuant sa critique, il répète son conseil de ne pas regarder l'Etat comme une famille simplement agrandie, ni même comme une alliance d'êtres indépendants et tous pareils, mais comme un organisme spécifique composé de membres différents, qui travaillent tous de concert et se trouvent adaptés chacun à sa fonction propre. Aristote traite dans le même esprit un projet pour l'égale répartition des biens entre les citoyens, qui jouissait à l'époque d'une certaine réputation. Il va droit à la racine du sophisme en posant une question incisive. C'est très joli, dit-il, de dresser des plans pour distribuer également les richesses, ou pour limiter la part que pourra garder chaque propriétaire. Mais supposons la chose établie : en moins d'une génération, les décès et les naissances ne manqueront pas d'altérer les rapports des citoyens à l'égard de la propriété et renverseront tous vos calculs. Après la question de propriété, vous aurez devant vous une question de population ; et comment prétendez-vous la trancher? Puis, il est

inutile d'invoquer l'égalité pour elle-même, comme si elle était un bien en soi. L'égalité dans l'indigence ne servirait pas beaucoup. Encore ne réussiriez-vous pas davantage dans vos projets, si vous pouviez déterminer exactement le montant raisonnable, suffisant, de chaque part, et si vous la pouviez donner à chaque citoyen. « Il est beaucoup plus impor- » tant d'égaliser les besoins des hommes que » leur fortune ». C'est là un autre de ces dictons d'Aristote qui sont aussi profonds que suggestifs. Pour l'avoir oublié, plus d'une attente splendide a fait naufrage. Il serait impossible, pourl'objet quel'on se propose ici, de suivre plus en détail la discussion des constitutions actuelles ou idéales à laquelle se livre Aristote. On en a dit assez pour donner une légère idée générale de sa méthode critique.

Encore moins essaierons-nous de suivre Aristote dans les chapitres de son œuvre où il considère particulièrement l'institution de l'Etat modèle, et les divers types possibles de gouvernement. Mais il se trouve dans la partie générale un point sur lequel nous voulons ajouter un mot. Le troisième livre de la Politique traite encore de questions préliminaires. Il fixe la terminologie et la classification générale

des formes de gouvernement (qui, notons-le en passant, sont depuis lors restées toujours en usage), et il y introduit une discussion sur ce que nous appellerions aujourd'hui la théorie de la souveraineté. La question se pose alors incidemment : Qu'entendons-nous par un citoyen? Qu'est-ce qu'un citoyen au sens complet du mot? D'après Àristote, le citoyen complet se définit par le droit de participer à la législation et à l'administration de la justice. Cela répond avec une curieuse exactitude à la vieille conception de « l'homme légal » en Angleterre ; et cela répond aussi de très près à l'idée moderne des droits politiques dans les pays constitutionnels, bien que jamais Aristote, ni personne pendant nombre de siècles après lui, n'eût songé à l'exercice indirect du pouvoir législatif que nous confère le droit de choisir des représentants pour former une assemblée légiférente. Aux yeux des Grecs, les dimensions de l'Etat étaient déterminées par le nombre des citoyens qui pouvaient prendre une part effective et directe aux affaires publiques. Babylone était renfermée tout entière dans une seule enceinte; mais, pour le Grec, ce n'était point une cité au vrai sens du mot. Ce n'est pas une

cité que la ville dont l'ennemi peut s'emparer à l'une de ses extrémités (comme on le raconte de, Babylone) deux jours avant que l'autre extrémité en soit avertie1. Qu'est-ce donc qui constitue l'identité de l'Etat, puisque la clôture d'une même enceinte n'y peut suffire? Est-ce la continuité de race sur le domaine soumis à l'action de l'Etat, de même qu'un fleuve demeure identique quoique ses molécules d'eau changent incessamment ? Ni l' une ni l'autre condition ne suffisent encore, dit Aristote; car le chœur tragique et le chœur comique ne sont pas la même chose, quoique les acteurs qui y figurent soient identiquement les mêmes. Il y faut donc encore une certaine continuité de constitution. Lorsqu'une révolution a changé la forme du gouvernement, l'Etat n'est plus le même, bien qu'il puisse encore porter le même nom. Aristote évidemment ne songeait pas aux rela-

1. Politique, III § 3-5. L'agglomération géographique des paroisses qui se suivent couvertes de bâtisses sans interruption, dans les comtés de Middlesex, de Surrey et de Kent, sous le nom plus ou moins officiel de Londres, et qui ne ferment un « comté administratif» que depuis 1888, eût jeté dans une irrémédiable perplexité le cerveau d'un Grec de la vieille roche. Mais il eût été sûr d'une chose, et non sans raison, c'est que rien au inonde ne saurait moins ressembler à une nôliç.

tions internationales qui seraient jetées dans la plus entière confusion si Ton appliquait cette pierre de touche. Par exemple, les traités auxquels la France a participé se seraient trouvés tous annulés à mainte et mainte reprise dans le cours du siècle qui va se clore. Mais les relations mutuelles entre Etats indépendants n'ont pris une forme doctrinale que longtemps après. Au point de vue de l'histoire purement naturelle où se place Aristote, il j aurait beaucoup à dire en faveur de la démarcation qu'il établit '.

Puis, après avoir défini le citoyen et la cité, où trouverons-nous un critérium pour juger de la valeur des constitutions particulières? La

1. [D'ailleurs, la thèse d'Aristote ne nous paraît aucunement en opposition avec le point de vue international. Il est bien évident qu'un royaume comme celui de Naples ou de Hanovre cessera d'exister complètement, par le fait de la conquête ou de l'annexion forcée, sans que le paiement de la dette extérieure, les traités de commerce ou d'extradition, subissent la moindre atteinte. Et cependant les citoyens hostiles au nouveau régime seront mis hors la loi, ou émigreront de leur plein gré sans que personne les accuse d'incivisme. A fortiori, quand il s'agit d'une révolution qui laisse subsister le nom et pour ainsi dire la coque de l'Etat. Il convient donc d'établir ici en politique une distinction analogue à celle des obligations réelles et personnelles à l'égard d'un simple propriétaire en Droit privé.]

réponse sera claire et facile. La constitution parfaite ou normale est celle que l'on adopte et que l'on administre pour le bien commun de tous, sans distinguer si le pouvoir souverain appartient à un seul, à quelques-uns, ou à la masse. Une constitution façonnée dans l'intérêt

exclusif d'une classe, fût-ce la majorité du peuple, est une constitution inique et vicieuse. La royauté, l'aristocratie, la communauté ou république (woXiTeîa) , sont les formes normales dont les corruptions respectives deviennent la tyrannie, l'oligarchie, et la démocratie : — la tyrannie figurant le gouvernement monarchique pour le seul avantage du monarque contre tous ses sujets; l'oligarchie, le gouvernement d'une classe privilégiée au bénéfice du riche contre le pauvre; et la démocratie, le gouvernement de la multitude au profit du pauvre contre le riche. Le nom de tyrannie continue de s'employer toujours en mauvaise part, et d'ordinaire aussi V oligarchie. Mais, à l'égard delà démocratie, la distinction d'Aristote est démodée dans la langue politique. Peut-être le mot qu'il employait ici pour désigner l'état normal, n'était-il pas assez spécifique. En Angleterre, il ne serait pas difficile d'employer les noms de communauté ou de république (Commonvealth)

avec Facception favorable d'Aristote, et le terme démocratie dans le sens défavorable qu'il lui donne; mais c'est ce que Fon n'a jamais essayé.

Ajoutons encore un mot à propos de l'Etat idéal chez les Grecs, en admettant que d'ailleurs nous n'ayons plus rien à apprendre d'eux sur ce chapitre. M. Herbert Spencer nous invite à rêver un avenir où le savoir régnera définitivement en politique, où « la loi n'aura besoin d'autre justification que l'assentiment spontané dont elle recevra l'appui, parce que, seule, elle garantira les conditions qui donnent à la vie son complet développement au sein de l'Etat socialisé. » Ceci revient presque à dire que nous finirons, à la longue, par nous élever à la hauteur d'Aristote, et je dirais même de Périclès. Car, dans l'idée d'Aristote, le « développement complet de la vie au sein de l'Etat socialisé, > est précisément le but et la fin du gouvernement. C'est pour cela quelacitéexiste; et le gouvernement qui ne se propose point en conscience ce résultat, n'a aucune raison d'être. Toutes les autres fins sont subordonnées à celle-ci. Les autres fins ou raisons qu'on lui a plus récemment assignées (et M. Spencer estime, ce semble, qu'elles sont de nature à lui

être assignées désormais par la majorité du public), auraient paru certainement absurdes ou futiles aux yeux d'Aristote *. Cependant, pour nous rendre justice, nous devons rappeler ici que le problème gouvernemental d'aujourd'hui est infiniment plus vaste, d'une complexité bien plus formidable, qu'il ne l'était en Grèce au temps des philosophes politiques. En définitive, les citoyens, dont l'intérêt évoquait dans l'esprit d'Aristote la conception de l'Etat, n'étaient, même sous la plus démocratique des constitutions, qu'une classe restreinte et privilégiée. C'étaient des gens de loisir, éclairés, qui ne vivaient pas du travail de leurs mains. Transformer en véritable citoyen le travailleur qui exerce un art mécanique, lemanouvrierquin'apointde loisir, est une entreprise qu'Aristote tient pour chimérique, et cela même à l'égard des genres de travaux qui exigent le plus de délicatesse et d'habileté. Quant aux travaux grossiers, on les suppose naturellement abandonnés aux esclaves qui se trouvent complètement en dehors de la sphère des droits politiques. Ce n'est pas qu'Aristote eût voulu négliger le bien-être de la

1. La doctrine juridique sur l'autorité de la loi est chose toute différente. Elle appartient à la théorie de la souveraineté dont nous parlerons plus loin.

classe libre inférieure, ni môme celui des esclaves. L'homme d'Etat, suivant lui, doit s'occuper de leur confort et les rapprocher du bonheur autant que l'admet leur situation. Mais de bonheur, au sens propre du mot, ils sont visiblement incapables. Nous avons balayé toutes ces restrictions, et nous sommes en train d'adapter l'idéal de la cité grecque à nos constructions politiques malgré leur appareil hétérogène et colossal, — ce qui ajoute terriblement aux difficultés. Si nous ne réussissons guère mieux que les Grecs, du moins notre tâche est plus grande, et notre but plus élevé. Il est lamentable de voir des gouvernements qui se prétendent encore civilisés, au lieu d'encourager le développement complet de l'existence chez leurs concitoyens, s'efforcer délibérément de l'annihiler ou de l'entraver en mainte direction, et par les moyens les plus détestables. En pareil cas, ce n'est pas la civilisation qui échoue. C'est plutôt un régime essentiellement barbare qui est parvenu à lui emprunter son vernis dans une certaine mesure. La réunion d'un congrès pénitentiaire à Saint- Pétersbourg ne se peut comparer qu'aux cérémonies où l'on voit, en Afrique, un chef cannibale parader sous le chapeau à claque d'unoffi-

cier anglais. Il est regrettable que les puissances franchement civilisées n'aient pas le courage de dire au Tsar et aux exécuteurs de ses grâces miséricordieuses :

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Il semble pourtant que les Etats-Unis commencent à donner ici le bon exemple 2.

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