‹ Introduction à l'étude de la stratégie littéraireChapitre 10 sur 29 · DES GROUPES · texte numérisé non relu

DES GROUPES

On a fait son choix entre la gauche, la droite et telle petite famille métisse. Faut-il se laisser immatriculer dans un groupe? D'Argenton, le Raté de Daudet (au temps de Daudet^ il y avait des Ratés ; au nôtre, il n'y a plus que de petites célébrités), d'Argenton est-il ridicule de crier aux Ratés de la Bévue des Races futures:

« 11 faut faire un groupe... il faut se serrer, se sentir les coudes » ?

Charybde : Si tu as des amis littéraires, tu auras des ennemis qui compromettront ta carrière.

Scylla : Si tu ne veux pas avoir d^ennemis, tu n'auras pas d'amis et sans amis il n'y a pas pour toi de carrière possible.

Conclusion : Il faut, lorsque Von ne se sent pas un tacticien de génie{) ),

1. Pour aider en leur conduite ces tacticiens supérieurs, on devra écrire le ti-

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«se mettre d'un j^roupe», mais comme on vapartajj^erla fortune déco groupe, il faut essayer de choisir celui auquel on voit le plus bel avenir, un «groupe aux idées assez neuves, fussent-elles ridicules, et qui contienne assez de gens de talent, pour assurer une façade honorable, et pas trop, pour qu'on n'y soit pas ctoulTé.

Mais une fois membre de ce groupe, on essaiera d'avoir les rapports les moins mauvais possible avec les ennemis de ce groupe. Problème épineux.

La nécessité des groupements est prouvée parThistoiredecescinquante dernières années. Elle est la grandeleçon stratégique à tirer du Parnasse et du Symbolisme. Dans Pun et Tau- Ire de ces deux cas, et surtout dans le second, on vit la réputation du groupe faire celle des personnes, qui, pour une bonne part, étaient sans

tre : De ceux qui ne sont d'aucun groupe : Des avantages et des dangers de cette attitude. De l'art de tourner casaque en temps opportun. De Part de ne pas tourner casaque.

On y fera la démonstration de ce théorème : Qu'il n*y a pas d Indépendants,

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mérite. Le Symbolisme fut un bloc ; maintenant seulement, aux yeux de la foule, les individus supérieurs s'en dégagent pour acquérir une réputation personnelle. Maintenant seulement, on commence à reconnaître les déchets, mais ces déchets resteront au bas des pages dans les Lanson de l'avenir. Examinez les œuvres des petits parnassiens et des petits symbolistes. Quel néant I Pourtant, leshommes ont passé, parce qu'ils étaient fortement attachés aux basques des meilleurs d'entre eux. Voilà pourquoi onretiendra lenomdetel poète qu'on ne connaîtra que par une dédicace de Verlaine : Mérat, et dont on ne lira plus les œuvres, déjà oubliées. Et combien d'autres exemples démontrent la puissance du groupe I...

... Pour les faibles, pour les sanstalent, direz-vous? Pour les autres aussi, car si les grands écrivains haussent la gloire du groupe, c'estle groupe, ce sont les petits qui étenden t la gloire des grands écrivains. Ce sont les petits qui tiennent les rubriques des revues.

Pour cette raison, un groupe de trois écrivains de valeur pourra mon-

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1er en renommée, mais comme une colonne étroite, resserrée parla pression de rhostilito ambiante ; elle no pourra pas s'étendre et faire de Tombre, comme un arbre au.v nombreuses feuilles. M. Jules R... reconnaîtra la faute stratégique qu'il a commise en écartant de lui la force du nombre, en voulant dominer la foule au lieu de so l'associer, en voulant établir dans la ville une armée formée d'un maréchal et de trois {généraux, créer par une curieuse contradiction de mots, un unanimisme à quatre têtes (1).

Au contraire, un groupement qui ramasserait toutes les non-valeurs de la place de Paris acquerrait une force

1, Dans Vile Sonnante (mai 191) l'auteur de cette Introduction analysait ainsi les opérations stratégiques conduites par M.Jules R... pendant la saison 1910-1911:

« Champ de bataille et objet du combat: rOdéon. Il s'agit de savoir s'il restera aux révolutionnaires ou aux réactionnaires.

Dans ce dernier camp notamment tout est prêt pour fermer la porte aux réformistes après la victoire de Rivoli,

« Les révolutionnaires ouvrent le feu. La partie n*est pas mal engagée pour eux» Le public, qui ne les trouve pas si révolution-

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d'éterulue à ras de terre dangereuse pour ses adversaires.

Le chapitre des Groupes devra être

naires que ça, ne voit pas de raison pour se cabrer. Des troupes soutiennent le général, mais Jupiter retire Tesprit à celuici, qui commet toutes les fautes que, stratégiquement, il est possible de commettre.

« M. R... commence par lancer un manifeste. Boum I Vingt-cinq ans de retard. Il paraît visiblement chercher une bataille d'/Zerna/ii, en 1911.

« Il déclare qu'il ne travaille que pour trois personnes, spécialisées comme lui dans la partie « unanimiste » de la littérature. Il est insolent avec tout ce qui n'est pas ces trois amis. Il proclame géniales les publications de ces amis et annonce qu'une année qui a vu naître leurs œuvres n'a pas eu de pareille depuis vingt-cinq ans. Patatras ! On regarde les œuvres des quatre conjurés. On en trouve d'estimables, on en voit une franchement mauvaise. D'où réaction contre ceux que M. II... a compromis et défiance pour les jugements exagérément partiaux qu'il porte.

« Et tous ceux qui ne sont pas des quatre ? Ils savent qu^ils n'ont rien à attendre de M. R..., qu'ils ne risquent donc rien à l'attaquer. M. R... n'a maintenant plus rien à attendre de personne. Juste réciprocité. En déclarant géniales certaines œuvres, Tauteur du Manuel de Déification a fait dire à bien des confrères :< J'ai écrit

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terminé par l'ctudc de certains points accessoires (l).

Par exemple : Des ^ii^roupements hétéroj^ènes et des groupements homogènes. De la supériorité des premiers qui unissent les intérêts sans laisser confondre les individualités.

( Un écrivain de langue tartare oïghouri et un autre de langue quichua pourraient fort bien être du même groupe si le même café ou la même revue les réunissait ; le chinois qui traiterait des Lettres d'Extrême-Orient au Jf... Je F. ..ferait partie de la famille du il/... aussi bien que M. Paul L...)

mieux.» Et ceux-là ne lui pardonneront pas.

« Conséquence : M. Jules R... est condamné pour dix ans et, chose plus grave, il perd avec lui ions les vers-libristes, qui ne l'avaient pas chargé de ça, et il ouvre la porte à la réaction (Suit l'exposé des fauteséquilibrantes commises par celle-ci).

1. Nous nous permettrons de signaler dans ce chapitre une lacune importante.

On a, en effet, négligé de nous entretenir des groupes à deux et c'est dommage, car les ménages littéraires, même de sexes différents se font chaque jour plus nombreux ; mais on pourra réparer cet oubli dans une prochaine édition. (Noie de VEdiieur.)

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