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DE LA POLITIQUE

Un exemple vient d'être cité où l'on a vu le repêchage d'un homme par un groupement politique. D'autres exemples peuvent être donnés.

Mais ils ne suffisent pas à établir que rinfluence de la politique sur la carrière d'un écrivain soit toujours bienfaisante.

La question est complexe. L'étude en est néanmoins facilitée par la longue suite de cas qu'a présentés la littérature, depuis que La Harpe, coiffé du bonnet rouge et entouré des bustes de Marat, de Brutus et de Le Pelletier, enseignait que les arts sont des frères libres, égaux et républicains (1).

De cette suite de cas, il paraît résulter que la politique hausse les

1. Voir l'étude de M. Louis de Préaudeau dans La Revue Hebdomadaire (septembre 1911).

Do la politique 1'

petits et al)aissc les ^^raiuls. Un Anatole K..., un Zola, voire un Cop{)cc, perdent à ce jeu, un petit poète € patriotique > comme Paul D... un petit historien € républicain » comme M. A... y ga<([ient. Des écrivains intéressants, comme Charles M..., y trouvent un changement de clientèle ; Tattcntion toujours un peu indilFérente de ceux qui ne se soucient que de lettres se détourne d'eux ; et l'admiration, l'enthousiasme d'un nombre de gens proportionné à la force du parti viennent à eux.

C'est que la politique limite le nombre des amis. Un homme seul, dont personne n'estime les écrits, acquiert comme amis tous ceux dont il exprime les opinions. Un homme qui a pour lecteurs attentifs et bienveillants un grand nombre de gens, retranche de ses amis tous ceux qui se trouvent en dehors du fossé qu'il aura creusé.

Le domaine de l'art est immense; les petits n'y trouvent point prétexte à créer une profitable agitation électorale. Pour y être reçu, il faut montrer une œuvre ; pour être reçu parmi

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les sous-chefs de la littérature politique, il suffit de montrer une carte de membre d'un parti.

La politique est donc un port excellent pour les épaves.

Mais quelle politique est la meilleure ?

Toutes celles qui sont suivies par des partisans nombreux et enthousiastes sont bonnes. Plus les partisans sont nombreux et fervents, meilleure est, du point de vue de la Stratégie, la politique (1).

Une conséquence presque directe de cela est que les politiques à la mode sont généralement bonnes tant qu'elles sont à la mode.

La politique dite « républicaine »

a été excellente il y a dix ans. Aujourd'hui, elle est généralement sans beaucoup d'avantages. Elle règne, donc elle est suivie par une foule de tièdes qui ne forment pas parti.

Trop de moutons dans cet herbage .

De plus, au point de vue littéraire.

1. A noter que le nombre est un facteur beaucoup mofins important que Tenthousiasme.

De la polilique 70

la litt6rntiiro c républicaine > a'ost roiuliie intolérable par son caractère € primaire » et jKir l'abus qu'elle a fait (les mots à majuscules : Justice, Vérité, Lumière, etc.. détournés par elle de leur sens général et devenus le bouclier d'un seul homme, le mot de passe de loges hantées par les concierges.

La politique « catholique » n'a aucune valeur tactique. Elle n'est pas à la mode. Trop tard. La politique « chrétienne > de Marc S... n'est pas encore bonne. Peut-être le deviendrat-elle, quand les ambitions s'y seront mises. Trop tôt.

Le genre « patriotique », si déprécié (1) depuis les temps où Paul D...

et Coppée en jouissaient, a en ce moment un regain d'actualité. Genre excellent et recommandé aux jeunes littérateurs. Il est en elTet moralement impossible de discuter le talent d'un homme qui use d'un argument aussi péremptoire que le «Vive l'Italie» de M, M... et des futuristes, le «Vive la France» de MM. C.,,-F,-,B..., etc.,

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OU le «Vive l'Angleterre» de Kipling.

Celui qui garderait des doutes sur la valeur artistique d'un poème qui se terminerait par ces beaux cris mériterait, à notre avis, quelques années de prison.

Le genre «anarchisant»a quelque chose d'aristocratique qui peut plaire aux indépendants de chaque parti, mais laisse une fâcheuse réputation d'amateur. Les anarchisants sont très individualistes étonne peut pas s'appuyer sur des individualistes. Seul un parti discipliné est utile.

C'est le cas pour le genre «monarchiste ».

Ce groupe qui n'avait aucune valeur il y a quelques années, en a pris une plus grande depuis le développement de TA.,. F.... L'enthousiasme d'adhérents assez nombreux, les sacrifices que consentent plusieurs pour la cause font du néo-royalisme une opinion excellente.

Quelques écrivains y sont assez riches de talent pour en prêter à ceux qui n'en ont pas. Ils soutiennent la réputation littéraire du groupe et ceux qui n'ont d'autre mérite, jeunes

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«;oiis bien clcvùs ou <;arvoiis de café, que de manifester dans la rue ou do tirer la barbe aux fonctionnaires, bénéficient de cette réputation. Parfait.

Le genre « socialiste » ? Penh !

L'écrivain socialiste a pour lui un nombre de lecteurs; il a la quantité.

Mais cette quantité n'a aucune valeur au point de vue de la célébrité littéraire. Lorsque l'on a une clientèle d'ouvriers, on s'adresse à des juges difficiles pour les idées et indulgents pour la forme. L'écrivain devra s'asservir pour les idées et s'abaisser pour la forme, ou les quitter et perdre tout le bénéfice de ses opinions. De plus, l'écrivain socialiste jouit de la défaveur de ses confrères, car on lui attribue à la fois les défauts de l'écrivain républicain (caractère primaire et abus des majuscules) et de l'écrivain anarchisant (amateurisme).

Chose curieuse : Il est assez difficile à un écrivain de rester en dehors de toute politique. Cette attitude de neutralité peut passer pour Pindice d'un caractère libéral, donc ennemi de toutes les bonnes doctrines.

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Le professeur de Stratégie Littéraire pourra enseigner qu'un écrivain médiocre, arrivé par la politique, peut, le résultat obtenu, s'en « désabuser » peu à peu...

Ainsi, ce médecin célèbre qui se fit apprécier en laissant tomber de sa poche, dans les salons bien pensants, un chapelet adroitement tiré avec le mouchoir, laisse aujourd'hui chez lui cette arme devenue inutile.

DliS SALONS

Peiidaiit tout le xix'' siècle, le Salon lillérairoa été la meilleure antichambre. Kn échanf^^e d'un dîner ou d'un rafraîchisscmcnl, l'homme influent accordait son patronage au jeune homme que la maîtresse de maison « protégeait )> et qui acceptait avec reconnaissance de rester « le petit protégé de M'"® X... ».

En est-il encore de même aujourd'hui?

Il n'y a plus de grand salon littéraire. Celui de M'"® A.., pourrait sans doute prétendre à ce titre si l'on se plaçait sur le terrain artistique, mais on n'y fait pas le trafic des prix d'académie. Il manque, d'ailleurs, d'académiciens. Dans certains salons, les écrivains sont là pour l'affiche, et ce rôle décoratif ne leur peut être, hors le point de vue matrimonial, d'aucune utilité. Dans d'autres salons, la

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concurrence est trop grande ; un trop grand nombre de jeunes ambitieux, invités au hasard d'une liste chipée à une maîtresse de maison voisine, se coudoient et se contrarient. Il n'y a pas là un Maître pour chaque aspirant. On peut penser toutefois qu'une sélection se fera naturellement et que dans dix ans un salon littéraire existera, où les personnes remuantes pourront s'occuper avec avantage, non d'art et de littérature, vain prétexte, mais de sage mise en mouvement des influences. Alors, les patients qui, chez M^® de R... auront vu leurs jeunes espoirs disposés en auréole sur le front du glorieux jeune homme M... R.,.recueillerontle fruit de leur temporisation. Ajoutons que ce Salon attendu devra être tenu par une femme qui ne s'intéresse que de loin à la littérature. Il sera inutile qu'elle lise les livres de ceux qu'elle doit protéger et il serait nuisible qu'elle ait à se protéger elle-même(l),

1. Ainsi ce sont les vers de la bonne duchesse, que la bonne duchesse a laissé imprimer par la iî... des D.,, ilf...

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D'ailleurs une femme do lettres qui aurait salon pour clle-nK'mc n'obtiendrait [)asun résultat proportionné à ses frais.

En attendant ce salon idéal, constatons que le Salon littéraire s'est divisé en deux « milieux » : le Salon et la Littérature.

Les Salons proprement dits sont encore d'un bon rapport. On y rencontre peu de Confrères ; on peut y travailler dans l'ombre. C'est là parfois qu'on trouve une place de chroniqueur dans un journal élégant.

Les Académiciens y seraient d'un rendement raisonnable s'ils ne se partageaient entre tant de Maisons.

Chacun de ces Salons, d'ailleurs, n'ouvrant qu'une porte, on sera soimême obligé d'en fréquenter plusieurs.

Il est vrai qu'une fois qu'on est arrivé dans l'un, le passage aux autres est relativement aisé, surtout quand on a l'audace de ce jeune et célèbre B..., qui, voyant un personnage titré se rendre chez la dame la plus difficile à approcher, lui dit délibérément : « Je vous accompagne. »

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Quant à la littérature proprement dite, elle olTre des ressources assez sérieuses : les Fêtes et les Banquets.

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