‹ Introduction à l'étude de la stratégie littéraireChapitre 28 sur 29 · DE LA VIEILLESSE ET DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA VIEILLESSE ET DE LA MORT

C'est le chapitre triste. L'âge où Ton expie les fautes de Stratégie passées arrive vite. Alors, si, dans le grand réseau tactique qu'il a fallu tresser, un fil se rompt, si l'on s'endort un an et qu'une nouvelle « couche » pendant ce temps naisse hors du réseau, quelqu'un survient et pose la question de talent : « X...

avait-il du talent? » C'est la mort.

Nécessité vitale : Empêcher à tout prix, par une vigilance inlassable, cette question d'être posée. Si l'on y parvient, durant toute sa vie, la postérité ne pensera pas à poser la question.

Hélas! plus on vieillit, plus l'intelligence baisse; Paul B... écrit La d,,. qui cl perdu sonp,.,\ et plus aussi les jeunes sont tentés de poser la question, si l'on a une situation un peu enviable.

Malheur aux vieux. Aujourd'hui,

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les petites réputations sont tôt dcboiilonaécs. LMiommc de quarante-cinq ans qui n'est pas arrivé au bout du chemin est flambé. Obscur ou bafoué, et bafoué dès qu'il cesse d'être complètement i|^noré, on le voit venir mendier à la porte des jouvenceaux :

« Prenez-moi un peu de copie. » Et les jeunes, qui n'ont pas tout lu, qui n'ont même jamais rien lu, se demandent : « Qu'est-ce que c'est encore que ce vieil abruti ? »

Des exemples? L'auteur sera pour une fois pitoyable. Le Laboratoire de Stratég-ie aura des cartonniers pleins de ces exemples. Quatre-vingt-dix pour cent des littérateurs seront là pour l'embarras du choix. Et si l'on citait un seul individu, on recevrait cette lettre : « Mon Cher Confrère, je n'ai jamais été si jeune, si plein de projets, je dois présenter la semaine prochaine au grand éditeur Z... le manuscrit de mon roman et je mets la dernière main à... » Car ce qui rend la gent littéraire indigne de compassion, c'est son insondable et vaniteuse inconscience. Une fois sur dix mille, la vieille épave se rend

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compte de son sort et, au lieu de mépriser Tig^norance des nouveaux venus, souffre. Cette fois-là, c'est Albert M... qui, voyant son compte de fin d'année chez son éditeur se monter à 18 fr. 50, comprend qu'il n'existe plus et se tue.

Reste à étudier : la mort.

Difficile à réussir, la mort. Nous ne voyons comme modèles à citer que Victor H... (1), ce maître stratège, et Jean M..., ce grec qui sut si bien rester en contact avec les jeunes et être ainsi le plus populaire des aînés, et le plus « Tradition française ».

Mais les autres, ceux qui n'ont pas eu le génie de mettre au programme de leur enterrement les avantages des Fêtes et Banquets, quelle tombe les attend! Pour Jules R... le pauvre

1. Oh! c' lui-là, vrai, à lui V pompon ! — Quand j' pcns' que, malgré ses meillons, — Y s' fit ballader les rognons — Du bois d' Boulogne au Panthéon — Dans V corbillard des Misérables — Enguirlandé d' Béni bouff' Tout — Et d' vieux birb' s à barb's vénérables... — J'ai idée qu*y s'a foutu d' nous! —(Jehan Rictus.)

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Poil do Carotte, quelques amis se (lcran*;ôront, et quatre ou cinq hommes de lettres suivirent le corbillard d'Albert FI...

En littérature, on n'a pas trop de temps pour soi.

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