‹ Introduction à l'étude des alliagesChapitre 11 sur 61 · LL · texte numérisé non relu

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pas de clerc surtout. La sagesse commande de se garder maintenant et jusqu’à plus ample informé, sur le terrain qu'il persiste à voir magistralement choisi par le président lui-même, le terrain si abondant en poudre aux yeux et aux consciences, si fécond en quiproquos, en malentendus, en vertueuses indignations, en opportuns démentis, en ergotages, délais, retards, si propice enfin aux interprétations les plus fantaisistes du Droit international et de tous les Droits, le terrain « des plus hauts intérêts et du service de l’humanité ». Certes, pour atteindre au but aperçu, il faudra de l’adresse, des ressources, du temps. Si l'ambassadeur s’accorde volontiers la première, il compte que les secondes ne lui manqueront pas. Et il a confiance que l’Allemagne est assez forte pour attendre.

Cependant, en ce qui concerne son premier travail de propagande, il reconnaît que les résultats sont loin d’avoir répondu à ce qu'il en espérait. Ni sa première déclaration d'arrivée, donnée et immédiatement reprise comme thème par tous les agents propagandistes et conférenciers progermains de tous les États-Unis, ni sa dénonciation de l’agression de l’impérialiste Angleterre contre la pacifique Allemagne, ni l’histoire du complot nippon-anglais pour contrôler le Pacifique, n’ont eu le retentissement sur quoi il comptait. L'opinion américaine est décidément moins aisée à convaincre, ou à leurrer, qu’il l’avait dit à Berlin et qu’il le croyait.

Sans changer le moins du monde ses plans, il décide donc de renforcer son attaque en la précipitant. C’est vers le mouvement pacifiste qu’il se tourne d’abord.

Dès le 4 septembre, au moment dramatique de la bataille de la Marne, une interview, savamment préparée, annonce que l'Allemagne serait presque disposée à accorder la paix. Les termes mêmes sont stipulés : reddition de ses colonies à l’Allemagne, une indemnité fournie par la France, l’abaissement de la Serbie, l’indépendance de la Pologne. Le lendemain, pour-sauver la

responsabilité de l'ambassadeur et tandis que subsistera dans le public l'impression de la bonne volonté de l'Allemagne, l'interview est officiellement démentie (1).

Deux jours plus tard, le Washington Post, dont l'attitude politique n’est pas encore nettement accusée et qui par conséquent peut être pris pour très impartial, publie un long éditorial préconisant la plus stricte neutralité. Suivant apparemment ainsi la ligne de conduite recommandée par le président lui-même, l’auteur anonyme de l’article loue cette conduite, cette attitude : il va plus loin, il déclare entre autres choses :

« Ceux qui conseïlleraient au président de se départir de la plus stricte impartialité sont les ennemis de la paix, non ses amis. Notre devoir repose sur une complète neutralité. Et c’est notre devoir non seulement vis-à-vis de nous-mêmes et des nations en guerre, mais vis-à-vis de l'humanité tout entière. »

Et ainsi est fort habilement formulée la définition de la neutralité qui devient synonyme de pacifisme.

Les journaux irlandais : le Gaelic American et l’Irish World — simple coïncidence, évidemment — se trouvent donner, le même jour, la même définition et soutenir la même thèse.

Le lendemain 7, le grand journal de Hearst, le New- York American qui va s'affirmer l'organe officieux et l’allié le plus averti de l'ambassade d'Allemagne, affirme tenir de « source plus autorisée » que l’Allemagne est prête à la paix. Le même journal préconise la formation

(x) En même temps que le démenti était envoyé de l’ambassade, une invitation parvenait au reporter qui avait publié l'interview pour un thé offert par la comtesse von Bernstorff. Et, durant la réception, l’ambassadeur prenait le journaliste à part, le présentait à son collègue Dumba, aux membres des ambassades, puis le grondait amicalement d’avoir publié « ce qui n’était pas encore pour publication », lui prodiguait cigares et poignées de main, le ramenait finalement dans son automobile aux bureaux de son journal.

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immédiate d’un World peace committee et publie, en capitales énormes, un télégramme du pape qui applaudit à ses efforts. Insidieusement il interprète comme prodrome pacifiste une lettre du président qui refuse de participer à la campagne pour les élections générales de novembre et parce qu'il ne peut quitter son travail « en ces jours d'importance considérable pour la destinée des États-Unis aussi bien que pour celle de toutes les autres nations ». Soit qu'il méconnaisse et sous-estime le caractère de celui qu’il commente et qu’il prétende le conseiller, soit plutôt qu'il tente de créer un mouvement populaire et pacifiste qui puisse au besoin forcer la main du président, le journal insiste que la lettre du président signifie que le chéf de l’État a su qu’une opportunité de terminer la guerre, la « terrible boucherie », allait s'offrir et que, pour le plus grand honneur des États-Unis, il était prêt à la saisir.

Le comte von Bernstorff qui, sans doute ou assurément, a inspiré l’article, a tout disposé déjà pour appuyer la manœuvre.

Il prend donc, le même soir, le train de nuit pour New-York. À son arrivée, à sept heures, il se fait directement conduire au Ritz-Carlton, où le diplomate et pacifiste notoire Oscar Strauss l'attend déjà. Sans doute n’a-t-il que peu de peine à le convaincre ou à lui indiquer. la marche à suivre, et sans doute est-il pressé que cette marche soit suivie, toujours est-il que l’entrevue dure à peine plus d’une demi-heure. Et lorsque l'ambassadeur s’attable devant son breakfast, servi dans son appartement par un personnel allemand, son envoyé officieux est déjà en route pour Washington.

Tout, comme toujours, a été détaillé, réglé d'avance. Ainsi qu’il s’en est fait une règle, l'ambassadeur a voulu

que toute sa manœuvre fût conduite par un Américain.

Celui-ci n’engagera donc que sa responsabilité propre. Il paraîtra croire et croira que la première inspiration,

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la première idée des pourparlers pacifistes est venue de lui. Si le succès est compromis, la réputation et l’impartialité du représentant de Sa Majesté Impériale seront sauvés. Ainsi Oscar Strauss, dans les visites qu’aussitôt arrivé il rend successivement au secrétaire d'État W.-J. Bryan, aux ambassadeurs alliés Jusserand et sir Cecil Spring Rice, fait miroiter une paix acceptable, possible, et les avantages que chacun, chaque nation et le monde trouveront à cette paix. Mais, si les autres s’en

doutent ou n’en doutent guère, lui-même n’a garde de

dire qui l'envoie. Au secrétaire d'État seulement, et parce qu’il sait qu'il ne court là aucun risque, il nomme le comte von Bernstorif.

De son côté et pour montrer son indifférence ou établir un alibi, l'ambassadeur se dépense toute la matinée à New-York, monte à cheval au Park, reçoit des reporters au débotté, est vu down town, déjeune, rit, triomphe avec Dernburg au Club, se montre enfin partout.

Cependant il ne se résout pas à attendre le train de nuit pour regagner Washington. Et, dans sa hâte de connaître les résultats des conversations de son messager bénévole, il reprend, à quatre heures, le Congressional Limited et débarque vers neuf heures chez le secrétaire d'Etat. Il sait qu’il trouvera là tout son monde. Et, en effet, il sait tout bientôt et par le détail. La visite a été rapportée. Il est possible ou vrai qu’elle a eu lieu telle qu’elle a été rapportée. Le récit, en tout cas, met en jolie lumière la manière de l'ambassadeur allemand. Les choses se seraient passées ainsi.

Le comte von Bernstorff, à peine entré, on vient tout de suite au fait.

Les ambassadeurs alliés n’ont rien voulu entendre. C'est l'échec complet ici et là. Certes, le désappointement doit être gros chez le comte von Bernstorff. Quelque

amer qu'il soit pourtant, rien n’en paraît chez lui. Au .

. contraire, et après un court moment, c’est lui qui remonte

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PERS à

LES PREMIERS MOIS DE GUERRE 47 le moral de ses amis. Après un vague « Il faut laisser faire le temps. On y viendra. » il tourne court, rapporte, avec sa verve habituelle, la naïve remarque « d’une haute autorité allemande » et qu’il vient de lire dans un journal du soir. « Notre position actuelle — avait dit l’autorité — nous permet d'imposer nos conditions. Il pourrait n’en plus être ainsi si nous attendions. » Il imite l'accent, la caresse de la barbe, les yeux clos et l'air pénétré du docteur Dernburg pour répéter la solennelle sottise. Puis, brusquement, l'expression de son visage change, se détend, montre une inquiétude comique. Il assure que ses collègues de la diplomatie alliée, the gentlemen from England and France, ainsi qu’il les appelle à la manière du Congrès, ne manqueront pas de lui faire crédit de la remarque et de sa niaiserie. Il imite certaine inclination de tête, le sourire amusé et la voix un peu sèche, sarcastique de l’un des ambassadeurs s’exclamant : « Incroyable !.. Vraiment incroyable ! » Puis rapidement, il retire sa veste, fait sauter ses souliers, s’accroupit sur un fauteuil, prononce du bout des lèvres, avec la voix et le dédain de l’autre : So silly!…. So silly indeed! And those Americans will simply swallow 1t, dont you know. Et ül se frotte les mains, le nez, rit de son rire sonore qui secoue ses épaules, son buste.

A le voir et l’entendre, le masque romain du secrétaire d’État s’éclaire, la grimace un peu simiesque de M. Strauss se détend. Le rire gagne. Et, quand les trois hommes se quittent, avec mille civilités et le plus: cordialement du monde, la sympathie, chez deux d’entre eux au moins, a déjà fait place à l’amitié.

Ce premier résultat obtenu, échec ou succès, le comte von Bernstorff n’a garde de s’y tenir. Bien vite, il lance — sa propagande sur un autre terrain. C’est dans la société, qu'il se croit toute acquise, dans la société qu'il considère plus propre à rayonner son influence dans toutes les classes qui forment l'opinion, dans cette société où il se

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plaît, qu’il méprise un peu, la société cosmopolite et changeante de Washington, qu’il va déployer maintenant son étonnante souplesse, sa remarquable virtuosité.

Point ne tarde-t-il pourtant à reconnaître que, là aussi, quelque chose ou beaucoup est changé. L'opinion n’est plus du tout telle qu’il l'avait laissée. Et il aperçoit vite que tout reste à faire de ce qu’il avait annoncé et qu'il croyait déjà fait.

Beaucoup de familles qui, avant son départ, lui réservaient le plus cordial accueil ne montrent plus aujourd’hui aucun empressement à le rencontrer. Il est reçu chez d’autres, et de celles qu’il tenait pour amies, avec une gêne ou une fraîcheur pour le moins déconcertantes. Les maisons mêmes où M. von Bernstorff s'était cru davantage chez lui, et le félé-salon si hospitalier autrefois, n'ouvrent plus pour lui que la petite porte. On lui propose de venir faire un bridge un jour, un soir, quand on sera sûr qu'il ne rencontrera personne « dont — ajoutet-on — il pourrait prendre ombrage.., » Et on le prie, en confidence, de ne point laisser l’automobile de l’ambas-

sade stationner à la porte. Certains salons enfin, tout juste deux, l’affichent avec une ostentation, une sorte d’héroïsme bruyant, plus vexant encore que la politesse maladroite ou l’éloignante correction des autres. Toute la société de Washington enfin se tient vis-à-vis de

.l’ambassadeur allemand sur la plus extrême ou glaciale réserve, quand elle s’en tient là.

Une prend pas longtemps à l’ambassadeur pour connaître que le sentiment de la bonne majorité du pays s'est tourné, vis-à-vis de l'Allemagne, tout de même que la société a fait vis-à-vis de lui.

Il aperçoit tout d’un coup. Mais il se garde surtout de faire paraître qu'il ait rien vu. |

Bien au contraire, il se montre davantage et partout. Et partout il fait paraître la même aisance, avec plus d’entrain et de rondeur, qu’il faisait autrefois. Il est tous

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LES PREMIERS MOIS DE GUERRE Hot

les matins, à l’heure du cocktail, au Metropolitan Club. Et, de peur d’y être seul, il a soin d’y envoyer d'avance, en fourrier, l’attaché autrichien. Le souriant et obsé-

quieux Hohenlohe lui fournira prétexte pour s'étonner

dès l'entrée et bruyamment de la bonne rencontre, pour

ensuite parler, rire haut, pour bien manifester devant

tous, et pour que cela soit redit partout, son contentement, sa joie : son contentement des affaires, sa joie des succès allemands.

Dans le même temps il envisage, il juge la situation d'ensemble et au plus juste : il cherche, il voit, il décide le profit qu'il en pourra tirer. Il fixe son attitude dans le monde : puis son attention va à la propagande.

Dans les rares maisons qui lui restent ouvertes, surtout dans celles qui hésitent à le recevoir ou qui le reçoivent en secret, il se montre comme il faisait avant. Il parle avec entrain de petites choses et du dernier potin. Il prend son temps. Il attend que son silence sur les événements de la guerre ait poussé les curiosités à bout : puis c’est sur le ton de la confidence, de la simplicité, de l’épanchement entre intimes, qu’il se laisse exprimer sa grande tristesse de ce qui se passe. En soupirant, il dit son regret de la violation de la Belgique. Il déplore cette violation, nécessitée, imposée par la mauvaise foi de l'Angleterre. Il plaint la France « pour qui l'Allemagne n’a jamais éprouvé que sympathie, et que l’Angleterre a poussée, a jetée dans cette guerre ». Lentement, sans aigreur, et comme on constate un fait attristant, il parle des perfides engagements conclus antérieurement par la Grande-Bretagne avec le gouvernement belge, quand déjà, voici deux ans, elle a décidé la France à déclarer

cette guerre, et pour s'assurer à elle-même la suprématie

commerciale du monde. Son attitude devient rêveuse ; son regard se fixe au plafond ; il murmure, il soupire : -« Pauvre Belgique ! Pauvre France ! » Cependant, après un moment, il paraît se reprendre, se rendre compte où

so INTRIGUES ET DIPLOMATIES A WASHINGTON

il est. C’est d’un ton rapide, incisif, sans réplique qu'il achève, conclut : « Bien entendu nous avons les preuves des machinations de l'Angleterre, les preuves écrites, irrécusables. L'histoire fera connaître, jugera.…. »

C'est avec une science et une méthode, sinon d’abord un tact, au-dessus de tout éloge, qu’il réorganise enfin sa propagande.

De cette propagande, les grandes lignes et le programme ont été étudiés, fixés d’après son rapport et ses conseils lors de la grande décision de Potsdam.

Elle devra s'exercer d’abord à l'intérieur des États- Unis et vis-à-vis des Américains. Elle s’organisera, en outre ; dans les grandes villes des États-Unis et surtout à New-York et à Washington pour avoir une action dans les pays soumis ou dévoués aux intérêts des Alliés et surtout de l'Angleterre.

A l’intérieur des États-Unis elle aura cinq buts principaux, elle devra : 10 établir par tous les moyens possibles la justice de la cause de l’Allemagne et l’amitié en même temps que la communauté d'intérêts qui unit l’Allemagne aux États-Unis ; 2° empêcher par tous les moyens et surtout avec l’aide, intéressée ou non, du Congrès, l'exportation des munitions aux Alliés, dans le même temps que ces munitions seront acquises par l'Allemagne et pour son usage ; 32 causer aux États-Unis les plus grands embarras intérieurs, politiques et ouvriers, en fomentant des grèves dans les usines de munitions, d’approvisionnements et dans les transports ; 4 développer, renforcer tout mouvement pacifiste en montrant partout, et surtout par le moyen du cinématographe, les dévastations, les horreurs, les atrocités et aussi bien l’inutilité de la guerre; 5° réveiller et envenimer toutes les querelles anciennes des États-Unis avec leurs voisins ou leurs rivaux commerciaux, spécialement avec l’Angleterre, le Mexique et le Japon.

À l'extérieur, et outre la coopération donnée aux

révolutionnaires irlandais, elle tendra à détruire les res-

sources de l'Angleterre au Canada et à fomenter des: .

révolutions aux Indes.

Le programme d’ensémble. ainsi fixé, l'arabe s occupe aussitôt de l’exécuter dans le détail. Il réorganise tous les services. Il en crée. de nouveaux. Il s’occupe de donner à chacun, avec une. plus grande portée, un maximum d'efficacité. La machixé'tout entière, avec ses ressources en argent presque inépuisäbles, et lui la dirigeant, devra avoir une immense, üne irrésistible : force.

Il installe d’abord le quartier général de la propagande. Il se garde de la placer à Washington, trop petif, trop provincial, où chacun connaît son voisin et le surveilte,..

où il serait immédiatement découvert, guetté, assaillt :.

par les reporters des journaux et les détectives du «secret service ». New-York est le grand centre des affaires et le bureau, de liquidation des nouvelles du monde. À New- Vork le monde entier passe, se frôle et s’ignore. New- Vork enfin est relié à Washington par téléphone à grande distance et peut l'être par fil télégraphique spécial. New-Vork est la ville indiquée. Il loue ou plutôt il fait . louer des bureaux, 1123 Broadway, au cinquième étage, par un journaliste américain, connu, et qu'il se sait acquis, William Bayard Hale. Il installera un peu plus tard un bureau financier, 45 Broadway, dirigée par le doctor Albert, enfin le fameux « Bureau d’information militaire allemand » sous la direction du capitaine von Papen, 66 Wall Street.

C'est l'Américain Hale, ancien employé de Hearst et qui passe pour avoir « l’entrée des fournisseurs » de la White House, qui aura la direction nominale de tous les services de la propagande. Sous ses ordres contrôlés seront placés le rédacteur en-chef de la revue hebdomadaire en langue allemande Fatherland, George Sylvester Viereck ; l'agent de publicité de la Hamburg American

Line, F. Chaene le « correspondant » allemand docteur +

Carl A. Fuehr. De celui-ci la tâche consistera à découper dans les journaux allemands snvoyés d'Amsterdam tous les articles à la gloire de ?’Allemiagne et jugés de bonne propagande pour les États-Unis. Feront enfin partie du « Bureau » les traducteurs officiels, docteur Carl Mechlen-

berg et M. Plage. A son service seront rattachés les ser- .

vices industriels et. commerciaux du professor Horrowitz et du docteur Obérsohn ; les services d'informations militaires, maritimes, navales ; les services d’espionnage, etc.,

du capitane Hecker, « l’espion de la Croix-Rouge », de |

Julius P:Mever, de tant d’autres.

. C’est en somme une véritable « mission allemande »,

-dènt les services distincts, nettement définis, pourront --) sérvir de modèle aux missions françaises et alliées qui

viendront s'établir deux ans seulement plus tard à Washington, et qui, dès le début de la guerre, est installée

pour le compte de l’Allemagne, fonctionne à New-York.

Des Conseils ordinaires, auxquels assistent tous les chefs du service, où chacun rend compte du travail de la veille, y sont tenus chaque matin. L'ensemble et le détail y sont considérés, réglés. Des Conseils extraordinaires ont lieu toutes les semaines sous la présidence du capitaine von Papen, du conseiller Dernburg ou du capitaine Boy-Ed, auxquels l’ambassadeur assiste quelquefois, dont, plus souvent et par excès de précaution, il se fait

expédier le rapport sténographié, puis dactylographié, à

Washington.

C'est dans ces conseils que sont étudiés et fixés, d’après les courants observés ou pressentis de l'opinion, les services et les moyens de propagande les plus opportuns, les plus indiqués au moment : pacifisme, impérialisme anglais, probabilités d’une invasion japonaise, nécessité

d'intervenir au Mexique : là que sont désignés, préparés, -

distribués les articles à faire, les pamphlets à écrire, les

textes des cartes postales, des lettres individuelles à:

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rédiger, à envoyer : là encore qu'est édité, en partie ou dans ses grandes lignes, le communiqué quotidien expédié à toutes les branches de la propagande, toutes les German Associations des États-Unis. C’est enfin le centre et le noyau de la propagande. Son action doit, naturellement, rester, le plus possible, occulte.

L'une des premières tentatives — et des premières faillites — de cette propagande a lieu avec la presse américaine.

Par Hale, par Dernburg, le comte von Bernstorff fait pressentir d’abord les grands journaux de New-York. On dénonce aux éditeurs leurs sources d’informations, toutes tarées, faussées, vendues à l’Angleterre. On leur propose, en échange, des informations allemandes «sûres,

sincères et de première main ». Mais là on ne rencontre

rte de

que réserve et froideur. L’ambassadeur n’insiste point.

Sans perdre de temps, il fait entamer par l’ancien directeur de publicité de la Hamburg American Line, le docteur F. Claussen, des pourparlers avec l’agence de nouvelles la plus importante des États-Unis, l’Associated Press. Une mésaventure l'attend là qui met en joli relief le flair et la décision en même temps que l’humour des hommes d’affaires américains. Elle vaut d’être contée.

Donc le solennel -docteur s'annonce un beau matin,

par téléphone, au directeur de l’Assoctated Press, M.Court- .

land Smith. Rendez-vous est pris pour l'après-midi. A l'heure dite, digne, dogmatique, se rengorgeant, marquant assez mal, le docteur Claussen est introduit. Après les . premières politesses, il expose que «l'Amérique est en fait fort mal renseignée sur ce que veut et accomplit l’Allemagne. Ce fait, il le déplore pour l'Amérique et le regrette

pour l'Allemagne. Depuis le « larcin des câbles » opéré par

l'Angleterre, toutes les informations en effet passent par

l’Angleterre, sont soumises à la censure, à la falsification

anglaise. La perfidie d’Albion n'est-elle point mondialement notoire?.… » L'orateur fait ici une pause, attend un

encouragement qui ne vient point, lance une allusion à la déclaration de guerre .de l'Angleterre à la pacifique Allemagne, ne réussit pas mieux et prend cette fois le taureau par les cornes. Pour le bénéfice de la vérité et au nom de son amitié très sincère pour les États-Unis, l'Allemagne serait prête à faire un sacrifice. Elle consentirait à offrir un concours financier, très large, à l’Associated Press, assez large pour satisfaire tous les intérêts de la société et ceux de son directeur. À son offre elle ne met qu'une condition, savoir que ladite société recevra les informations allemandes de préférence à celles qui lui viennent de source anglaise. »

M. Courtland Smith, qui a de suite compris que le docteur Claussen n’est que l’homme de paille de plus hauts que lui, a écouté jusque-là et sans trop ou sans du tout répondre. Il a vu venir l'interlocuteur ; il a laissé aller les choses où 1l pensait qu'elles viendraient. Elles y sont maintenant. Et, pour en être plus sûr, il fait répéter. Puis il se dit d'accord. Il demande seulement un projet écrit, — oh ! simple formalité et pour être certain qu’il a bien tout compris et qu'il n’oubliera rien. On se quitte. L’affaire semble entendue, conclue. Le projet sera envoyé le soir même. |

Le lendemain, en effet, le projet est chez le directeur. Pour plus de sûreté et que rien ne soit laissé au hasard, une lettre explicative, autant qu'édifiante, l'accompagne, qui dit bien le but et la propagande qui doivent être poursuivis, qui révèle les vrais intéressés, dénonce en clair les responsabilités — celle de l'ambassadeur exceptée.

Aux termes du contrat, une option de trente jours est …

accordée au docteur Claussen, d’après laquelle « le gouvernement allemand doit contrôler, à l’agence d’informations l’Associated Press, et contre un premier versement de 900000 dollars, toutes les nouvelles et informations concernant l'Allemagne ». Un traitement annuel extraordinaire de 15 000 dollars est accordé par le même contrat

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au directeur. La lettre promet bien d’autres choses. On … lui fera tenir mieux encore.

Le lendemain un secrétaire de l’agence répond, à l’appel téléphonique du docteur, que M. le directeur est sorti. Et lorsque Claussen revient lui-même, le jour suivant, il n’a pas plus de succès. Lettres de rappels et de fureur mal contenue, le tout dûment enregistré et recommandé, n’obtiennent encore aucune réponse. Lorsque enfin un représentant de l’ambassade allemande vient exprès de Washington et demande à être reçu, deux membres les plus influents du Conseil d'administration de l’Associated Press lui font l'honneur de le recevoir en même temps que le directeur. On lui prodigue les politesses. Cependant lorsqu'il demande les papiers qu’a apportés ici un citoyen allemand et qu'il y a laissés par erreur, il se heurte à un refus, ferme autant que poli. La politesse et la fermeté de ce refus sont telles pourtant qu’il croit inutile d’insister. Irentre dare-dare à Washington et pour n’en plus revenir. :

Ce fut apparemment la première fois que‘la suffisance ingénue de l'Allemagne se heurta à la perspicacité et l'humour américains. Le fait s’est représenté depuis. On n’a point vu que l’Allemagne ait jamais fait son profit de telles expériences. L’ambassadeur pourtant en fit tout de suite et fort bien le sien.

Certes, M. von Bernstorff n’est pas de ceux qu’un échec décourage et loin de là. Ayant donc échoué ici, il regarde aussitôt ailleurs. Et c’est alors qu’il compose, écrit, envoie le rapport confidentiel fameux où il expose, avec autant de minutie que de clairvoyance, le programme qui doit assurer à l’Allemagne, avec le contrôle exclusif de toute la publicité concernant les nouvelles allemandes, la direction générale de l’opinion américaine par le puissant moyen de la presse. En ce rapport, tout a été étudié. La méthode et la connaissance exacte des faits doivent atteindre à coup sûr le but visé.

Ayant dit la nécessité d'établir simultanément, à New-

York et à Berlin, deux bureaux correspondants (x), l’au- teur leur assigne leur tâche. Ce seront eux qui prépareront d'accord les nouvelles impartiales qui seront ensuite répandues aux États-Unis. Sur leurs opérations, leur fonctionnement, leurs moyens d’action, l’auteur présente les considérations suivantes :

« Afin d'atteindre notre but, il est nécessaire de commencer et continuer une campagne de presse qui soit adaptée aux désirs et à la manière de voir du public américain. Tout doit lui être communiqué sous forme de nouvelles, car il a été habitué à cette forme ét ne comprend que cette sorte de propagande. La valeur d’une telle campagne de presse en Amérique, si elle est faite par des Américains pour des Américains, sera incalculable… »

Faire conduire la propagande allemande en Amérique par des Américains, c’est l’ingénieuse formule qui dirigera dans la suite et dans la plus large mesure possible la politique de l'ambassadeur allemand aux États-Unis. Il y insiste dès maintenant. Des correspondants américains devront être invités par le gouvernement impérial et envoyés sur tous les fronts allemands : toutes facilités devront leur être données « pour voir tout ce qu’ils doivent voir ».

En outre, continue le rapport, le ministère des . Affaires étrangères devra autoriser des correspondants américains à télégraphier quotidiennement par T.S. F.

(1) Les dépenses et frais occasionnés pour ces bureaux ont été soigneusement prévus, scrupuleusement fixés. Voici, précisées par mois, celles du bureau de New-York

Directeur général, 1 o00 dollars; chef reporter, 500 dollars ; correspondant général américain, 400 dollars; deux voyageurs à 300 dollars lun, 600 dollars ; leurs frais de voyage, 800 dollars ; une sténographe, 100 dollars; un attendant, 40 dollars ; location des bureaux, 300 dollars ; dépenses générales, 3 000 dollars. Total, 5 640 dollars.

Le total, pour le bureau de Berlin, semblablement détaillé, monte à 14 600 marks,

trois à quatre mille mots. Je désire insister sur ce point qu'un seul marconigramme, envoyé par M. Cory (correspondant américain) et favorable à la cause allemande, a été plus utile à cette cause que tous les rapports officiels expédiés par le gouvernement depuis le début de la guerre... »

Le service d'informations devra être présenté comme « nouveau, permanent et capable de mettre le public américain en relation directe avec les affaires politiques,

diplomatiques et financières du monde entier ». Un code deT.S.F., en apparence purement commercial, permettra de faire transmettre, à une banque américaine et par l'intermédiaire d’une banque hollandaise ou suisse, amie des Alliés, les informations désirées. Enfin c’est dans ce même et curieux rapport que se trouve l’énumération minutieuse des informations sur lesquelles il sera bon de ne pas insister à l'avenir et la nomenclature de celles qu’il faudra laisser complètement de côté :

«I. La neutralité belge et les atrocités belges ne devront plus être mentionnées dans l’avenir.

« II. On ne devra plus tenter, pour l'Amérique, de mettre la responsabilité de la guerre au compte de l’Angleterre seule. Un élément anglais considérable existe en effet en Amérique et le peuple américain garde l’opinion que tous les partis belligérants, comme d'habitude, ont leur part de responsabilité dans la guerre.

« III. La fierté et l'imagination des Américains au sujet de leur culture ne devront plus être continuellement offensées par l’affirmation répétée que la culture allemande est la seule culture vraie et surpasse toutes les autres.

« IV. La publication des pamphlets de caractère purement scientifique doit être évitée à l’avenir comme lec- - ture sèche, qui ennuie les Américains et leur est incompréhensible. »

« V. Finalement, il est de dernière importance que le gouvernement et le peuple allemands cessent de dis-

pt ul A CE Lo ET =

58 INTRIGUES ET DIPLOMATIES À WA cuter continuellement et publiquement l'envoi d'armes et de munitions aux Alliés et faire sentir aux Américains leur déplaisir. »

Anticipant les effets de ce rapport, l'ambassadeur organise les voyages au front, des tournées des correspondants américains en Allemagne. Il recommande qu'on se montre « prévenants pour eux, de manière à gagner leurs sympathies à la cause allemande ». Il veut surtout qu’on leur montre le mécanisme formidable de la guerre « de telle manière que l’étonnement leur impose l'admiration et le respect de la puissance et de l'efficacité allemandes ».

. Déjà il a obtenu des bureaux de la Wilhelmstrasse qu’un

écrivain américain de talent, Edward Lyall Fox, reçût une allocation « pour ses bons articles » envoyés d’Allemagne en 1914. Il revient sur le sujet. Il décide le chancelier von Bethmann-Hollweg à écrire de sa propre main au même Edward Lyall Fox et pour l’inviter, en janvier 1915, à rentrer en Allemagne. Toutes ses dépenses

doivent être payées par le gouvernement allemand et

avec traitement assuré de 1000 marks par mois.

En même temps qu'il organise sur ces bases la propagande par l’infcrmation et la presse, l’ambassadeur voit tout le parti qu'il peut tirer, pour cette même propagande, du plus populaire des spectacles, du cinématographe. Il veut le tirer aussitôt. Sur sa demande, des kilomètres de films sont expédiés de Berlin qui rendront populaires les traits, le sourire du kaiser. D’autres, par des défilés sans fin d'infanterie, artillerie, cavalerie allemandes devant les ruines de villages de France, feront : connaître dans toutes les villes et villages des États-Unis la puissance formidable de l’armée allemande. Enfin des scènes militaires ou familières montreront l’entrain, la discipline, l’héroïsme et aussi bien la bonté, l'humanité du soldat allemand.

Ces films, intercalés parmi d’autres purement mélodra-

matiques ou sentimentaux, du genre le plus apprécié et

FER RE Ep vers Ep DS ESS END CR ve Ex nr "e Fr NUE"

le plus populaire aux États-Unis, seront montrés, expli-

qués par des conférenciers professionnels. D'autres confé-

Re PREMIERS MOIS DE GUERRE 59.

renciers et interrupteurs de réunion publique parcour-

ront les États-Unis. À pr opos de la guerre, incidemment, ceux-ci feront valoir la grandeur, la puissance de l’Allemagne. À eux reviendra la tâche de vendre ou distribuer des livres et tracts, aux documents tronqués ou faussés,

et qui prouveront que la responsabilité de la guerre

revient tout entière à l'Angleterre, tandis que, dans cette

guerre, l'Allemagne n’a fait que défendre ses institutions, son sol, sa place au soleil, son droit d'exister.

Pour aider à cette propagande par la presse, par l’image et par la conférence, l'ambassadeur n’aura pas seulement des agents voyageurs, des propagandistes isolés. Il aura

l’aide de toutes les sociétés, branches de la German

American Alliance, qui se sont formées dans toutes les grandes villes et dans beaucoup de petites des États- Unis. Ce seront là les vrais centres et foyers de propa-

gande. Les affiliés prendront le mot d’ordre à l'ambassade … et ils exécuteront, propageront, rayonneront les ordres

reçus. C’est eux qui recevront et distribueront les tracts, cartes postales, pamphlets et appels à la justice ; eux qui sèmeront dans les trains, les omnibus, les métropolitains, les halls d'hôtels, les soi-disant lettres écrites par « un Américain de bon sens », et qui démentiront les faits défavorables à i’Allemagne, qui citeront des « traits » de sa modération, de son humanité ; eux encore qui se chargeront de diffuser, d’expédier les brochures spéciales destinées aux Irlandais, aux Russes, aux pacifistes.

A l’ambassade de Washington, un sérvice spécial sera

créé pour correspondre avec les présidents de ces sociétés et aussi bien avec les professeurs, instituteurs, propagan- - distes, pour les fournir d'instructions, de félicitations « en même temps que de livres et pamphlets de propagande, enfin de numéraire.

C'est enfin, surtout, avec les pacifistes que nous le

OR ee, I Er e Q AUTE Ée Pe . me.

trouvons. C’est M. Hearst et le New-York American sous sa direction qui organisent, lancent le meeting pacifiste du 21 septembre, recrutent les orateurs, M. Marshall, vice-président des États-Unis, le speaker de la Chambre, M. Champ Clark, le gouverneur de New-York, M. Glynn, tant d’autres et non des moindres. C’est lui qui enrégimente le public de huit mille auditeurs, lui qui règle les applaudissements, qui rédige enfin les communiqués enthousiastes qui seront publiés dans ses vingt journaux et devront entraîner l’opinion entière du pays.

Dans le même temps qu’il met ainsi en état, et déjà en marche, l'immense machine de sa propagande d'idées, le comte von Bernstorff s'occupe de développer les ser- vices d'espionnage et la propagande par le fait à l’extérieur des États-Unis.

C'est d’abord vers le Canada que son attention est attirée. Le premier projet, établi à son instigation et qui lui est soumis, comporte un plan d’invasion par surprise avec mainmise sur les ports de la côte ouest avec l’aide de réservistes allemands se trouvant aux États-Unis et l'appui de croiseurs allemands.

Dans l'esprit de l'ambassadeur, ce projet, s’il réussit, doit avoir triple résultat :

1° Empêcher les contingents canadiens, actuellement dans les camps d'entraînement, de partir pour l’Europe et rejoindre le front ;

29 Contraindre le Canada à conserver, pour son usage propre, le matériel de guerre qu’il envoie en Angleterre ;

3° Mettre le gouvernement américain dans une situation embarrassante en l’obligeant, soit à fournir des munitions et du matériel aux deux partis belligérants au Canada, soit à prohiber toute exportation.

Cependant, et après plus ample examen, ce plan, échafaudé sur premières indications par le capitaine von Papen et le capitaine Boy-Ed, est abandonné par l’ambassadeur comme comportant trop d’aléas.

Il donne des ordres pour qu’on fasse entente avec deux Irlandais, qui ont été à la tête de la rébellion irlandaise et qui sont venus lui proposer de faire sauter simultanément les canaux qui rejoignent les Grands Lacs, les principaux embranchements de chemin de fer et les grands entrepôts de grains.

. Tout un programme est prêt, prévu. Aussitôt après les explosions simultanées, on créera une panique parmi les populations en semant des bruits d’invasion. Le plan est étudié aux bureaux de Broadway, discuté au club allemand de New-York et finalement confié, pour l’exécution, à un citoyen allemand, résidant aux États-Unis depuis 1912, Holz von der Golz. Celui-ci entre en rapport avec l'agent américain de Krupp, le capitaine von Tauscher, avec cinq autres conspirateurs. Il reçoit, du r®r au 22 septembre, 1450 dollars, mais ne va pas plus loïn que Buffalo, croit qu'il est soupçonné, suivi, revient en hâte à New-York, demande des papiers à von Papen et à l'ambassadeur pour rentrer en Allemagne : et, soit qu’il ait été en effet poursuivi, soit qu'il ait été dénoncé par l’un ou l’autre de ceux qui désirent se débarrasser de lui, il est arrêté, dans les premiers jours d'octobre, au moment où il va s’embarquer sur un paquebot en partance pour Stockholm. Il est, finalement, incarcéré sous inculpation de « conspiration militaire contre la Grande-Bretagne ».

Dans le même temps, l’ambassadeur s'occupe de pré-. parer un soulèvement des Hindous contre les Anglais. Il entre en pourparlers avec les leaders du journal révolutionnaire Ghadr (Mutinerie), organe du parti avancé indien et qui s’édite en deux langues à San-Francisco Par le même capitaine Hans Tauscher, dont il vient d’être question, il fait acheter 10 000 fusils, avec 3 904 340 cartouches, et 300 revolvers Colt avec 100 000 cartouches. Le tout doit être expédié à San-Diego, en Californie, pour être mis à bord d’un schooner, l’Annie Larsen, qui devra le transporter aux Indes. Les armes et munitions seront

« reçues là-bas par les affiliés du mouvement « Ghadr ». La

croisière interminable, romanesque, de l’Annre Larsen ne sera connue que deux ans plus tard, après l'arrestation sensationnelle du consul général allemand Bopp, et lors

du procès de tous les conspirateurs, à San-Francisco, en

mars 19018.

L'idée maîtresse de chacune de ces conspiraticns, de ces intrigues est toujours suggérée, imposée par l’ambassadeur. Ses collaborateurs immédiats, les attachés militaire et naval, capitaines von Papen et Boy-Ed, en préparent les plans d’exécution. Le conseiller financier Albert présente le devis. Puis les acteurs et les comparses

se mettent en chasse.

La machine, ainsi excellemment organisée, fonctionne à souhait et fonctionne presque seule. L’ambassadeur n’a, chaque matin, qu’à consulter ses rapports. Un coup de téléphone aux bureaux de Broadway donne, de temps en

temps, une indication, rectifie un chiffre, prévient une fausse manœuvre. Et le reste de son temps, l’ambassadeur peut le dévouer à ce qui l’intéresse davantage à Washington et partout : la diplomatie et la société.

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