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militaire et naval, il n’a pas moins gardé pour lui la direction suprême et la haute main. Elles se montrent, au cours de cette première période de la guerre, sans cesse et partout.
Dès le début de la guerre, il fait établir par le capitaine von Papen, assisté de Wolf von Igel, une véritable usine de bombes incendiaires à bord du navire allemand interné Friedrich-der-Grosse. Ces bombes, fabriquées d’après les plans du chimiste allemand Walter Scheele, sont chronométrées de telle façon qu'elles doivent éclater quatre jours après le départ du navire. Deux autres complices, les capitaines Bode et Steinberg, déguisés en débardeurs, sont chargés de les embarquer, comme marchandises, sur les bateaux désignés. De trois à quatre cents bombes sont fabriquées ainsi et occasionnent des incendies à bord de trente-cinq navires (1).
Pour exécuter ses plans contre le Canada, de décembre 1914 à mars 1915, il s’assure l’aide d’une personnalité de la haute société allemande de Détroit, dont il a su, au bon moment, flatter la vanité de nouveau riche et surexciter le patriotisme, à qui il a fait entrevoir la croix « Pour le Mérite » et la présentation au kaiser, voire à la cour, le banquier Albert Kaltschmidt. C’est par lui et des complices de moindre importance qu'il fait préparer cinq attentats et projets d’attentats contre le Canada et qui tous, d’ailleurs, échouent (2).
De son cru, et pour mieux prouver son loyalisme à l’Allemagne ou ses droits à l’ ordre « Pour le Mérite », le
(x) Débats du procès Wolpert, Bode, Rintelen, Schmidt, Scheele Steinberg, etc. Jugé le 5 février 1918 où tous les accusés, au nombre de treize, furent reconnus coupables et condamnés à dix-huit mois de. prison et à une amende de 2 000 dollars chacun.
(2) Ces attentats sont énumérés dans l’acte d’accusation de Kalts- …
chmidt devant le grand jury, en décembre 1917, de la façon suivante : « À tenté de : à « a) Faire sauter l’usine de la Peabody’s Company Limited à Walker-
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même Kaltschmidt, de concert avec le consul général à
Chicago, baron Kurt von Reiswitz, organise, monte de.
toutes pièces un complot à Détroit même. Il ne s’agit de
rien de moins que faire sauter l’importante usine Detroit
Screw Works, qui fabrique en grande quantité des shrap- . nells pour les Alliés.
Cependant, cette tentative, comme celle pour faire sauter le tunnel Saint-Clair, au Canada, échoue par la faute ou la trahison des complices et sous-ordres.
C’est encore selon les instructions du comte von Bernstorff et d’après les o1dres directs du capitaine von Papen que le lieutenant de réserve allemand Werner Horn est envoyé, en février 1915, à Vanceboro avec mission de faire sauter le pont international du Grand Trunk Railway. L'expédition a, cette fois, un succès partiel. L’explosion a lieu. Le pont est endommagé en partie : et le trafic est interrompu durant quelques heures (x).
ville, Ontario, laquelle usine fabrique des vêtements et équipements . militaires ;
« b) Faire sauter le bâtiment connu sous le nom de « Windsor Armouries » dans la ville de Windsor ;
« c) Faire sauter et détruire d’autres usines et bâtiments dans le Dominion de Canada... et qui servent à la manufacture... de munitions et vêtements militaires ;
« d) Faire sauter et détruire le grand pont du chemin de fer Cao Pacific à Nipigon;
« e) Employer et envoyer dans le Dominion de Canada des espions pour obtenir des renseignements militaires. »
(x) Avouant, sur le conseil de son avocat, sa culpabilité, Werner Horn déclara lors de son procès qui eut lieu à Boston en juin 1917:
a J'admets et déclare que les faits allégués (dans l’acte d’accusation) quant au transport d’explosifs dans un train de passagers, de New-York à Boston, puis de Boston à Vanceboro, dans l'Etat de Maine, sont véridiques. Je reçus, ainsi qu’il est dit, une bombe... et la transportai de New-York à Boston. de là, par voiture publique de Boston à Vanceboro (Maine). Dans la nuit du 1er février 1915, je pris ladite bombe dans la valise qui m'avait déjà servi et la transportai au pont de Vanceboro, du côté canadien, Là, vers une heure et demie du matin, le 2 février 1917, j'arrangeai ladite bombe de façon qu’elle devait éclater contre les
Par le même capitaine von Papen, l'ambassadeur fait organiser, ouvrir, dès le mois d'août 1914, un bureau pour la fabrication et le placement des faux passeports. L’affaire une fois montée, il la place sous la direction du timoré Hans von Wedel qui, à première alerte, en novembre 1914, s’enfuira, abandonnant tout (x).
Après sa fuite, l'affaire continue pourtant. Les passeports devant permettre aux réservistes allemands de se faire passer pour citoyens américains, et de rejoindre leurs corps en passant par la Suède, sont fabriqués en plus grandes quantités et envoyés, pour le placement, à tous les consuls allemands dans toutes les grandes villes des Etats-Unis.
Les dépenses de la double propagande d'idées et de
piliers du pont, du côté canadien. Mon but était de détruire ces piliers et d’endommager le pont pour qu’il ne servît plus au passage des trains. » É Horn fut condamné à dix-huit mois de prison dans le pénitencier d'Atlanta et à une amende de r 000 dollars.
(x) Dans la lettre suivante au comte von Bernstorff et qui fut trouvée sur l’un des complices arrêté avant d’avoir eu le temps de s’en défaire, von Wedel tente de se justifier d’avoir abandonné son poste :
« A Son Excellence l’ambassadeur impérial allemand, comte von Bernstorff, Washington D. C.
« Mon travail était achevé. En partant, je laissai le service, bien organisé jusqu’en ses moindres détails, entre les mains de mon successeur M. Karl Rueroede, que j'avais choisi moi-même. Rueroede luimême pourra vous affirmer que, sans mon travail préliminaire, il lui eût été impossible aussi bien qu’à M. von Papen, de faire partir des officiers de quelque manière que ce fût. (Von Wedel expose ensuite les raisons qu’il avait de se cacher.)
« … Dix jours avant mon départ, j'avais appris, par un télégramme de M. von Papen, que le Dr Starck était tombé entre les mains des Anglais. Les papiers falsifiés de ce monsieur pouvaient fort bien me revenir et me faire découvrir... M. von Papen m'avait dit plusieurs fois et d’une façon pressante de me cacher. M. von Igel m'avait dit aussi que je prenais la chose trop légèrement et que je devais absolument disparaître. 100
« Avec l’expression de ma plus profonde considération, je prie Votre Excellence de recevoir l’assurance de mon très grand respect.
« Signé: Hans VON WEDEL, »