AVIS AUX PASSAGERS DE L'OCÉAN
‘« On rappelle aux passagers qui ont intention de s’embarquer pour traverser l'Atlantique qu’un état de guerre existe entre l'Allemagne et ses Alliés et la Grande-Bretagne et ses Alliés ; que la zone de guerre comprend les eaux qui entourent les îles Britanniques ; que, suivant l'avertissement formel donné par le gouvernement impérial, tout navire battant pavillon de la Grande-Bretagne ou de n'importe lequel de ses Alliés est susceptible d’être détruit dans ces eaux et que les voyageurs qui traversent la zone de guerre de l’Angleterre ou de ses alliés le font à leurs risques et périls.
« Ambassade impériale allemande.
« Washington, D. C., 22 avril 1915. »
La première publication avait été une faute de la Wilhelmstrasse contre l'avis de l'ambassadeur. Elle avait passé cependant à peu près inaperçue. La réimpression, dans ce moment, devient un désastre.
Par là tombent d’un coup les deux échappatoires prévues par l'ambassadeur : 1° le coulage par erreur et l’absence de préméditation ; 29 l'ignorance où le comte von. Bernstorff eût été lui-même de tout.
Ea publication vient démentir tout ce que l'ambassadeur vient de dire. Son effet est coupé. Il n’est plus question de sport. Tout est à reprendre ailleurs.
La seconde maladresse serait pire si la personnalité mise en cause et au premier plan n’était précisément celle que, sur toute autre et pour semblable aventure, l'ambassadeur eût lui-même choisie.
Sans donc attendre ni consulter personne, croyant mieux faire et se donner des droits à la reconnaissance de l'Allemagne, l’étonnant Dernburg, qui est alors à Cleve-
A fait, le 8 mai dans v après-midi, une conférence au City Club. En suite de cette conférence et sans autre transition, il prend sur lui de présenter l’apologie inattendue du dernier acte de piraterie allemande.
On ne saurait certes choisir moment moins opportun ni faire la « gaffe » plus forte. Avec le ton combatif et grognon et le geste avantageux qui lui sont habituels, le singulier « porte-parole officieux du kaiser », qui vient de développer une fois de plus le thème de la liberté des mers, s'exprime textuellement ainsi devant un auditoire non uniquement germanophile :
« La Compagnie Cunard a-t-elle averti les passagers que le navire portait une grande quantité de poudre et de munitions, c’est-à-dire de contrebande de guerre? J'attends une réponse. Si cet avertissement n’a pas été donné, l’Angleterre s’est servie, à leur insu, des passagers américains comme d’un manteau pour couvrir ses cargaisons de guerre. Il n’est pas admissible qu’un tel navire échappe au coulage parce qu'il porte des passagers américains à bord. Ceux-ci avaient été avertis du danger par les Allemands... »
Une pause. Et, plus grognon, plus convaincu, plus autoritaire, il conclut :
« L’Angleterre pourrait louer un Américain poui faire le voyage aller et retour sur chacun de ses navires ; elle pourrait transporter ainsi des cargaisons d’armes et - mettre ses croiseurs partout, s’il est admis que des passagers américains peuvent être employés comme boucliers...»
Il reprend un peu plus tard, à son hôtel, cette argumentation ex éempore. Et la tête dans les mains, comme l’homme qui pense profondément, le ton martelé et solennel de l’orateur convaincu, il dicte, pour être publiée, la déclaration suivante :
« Les vaisseaux portant de la contrebande de guerresont susceptibles de destruction à moins qu'ils puissent être conduits dans un port du pays qui les a capturés. Le droit