‹ Introduction à l'étude des alliagesChapitre 21 sur 61 · LCR NO ES LA RS OUR SR D ANT · texte numérisé non relu

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de recherche n’a pas besoin d’être exercé s’il est certain

que ces vaisseaux portent de la contrebande... Le fait est que la Lusitania était un vaisseau de guerre sous les ordres de l’Amirauté et qui portait une cargaison de contrebande de guerre. Les passagers avaient été dûment avertis d’abord par la note allemande à l’Angleterre en février, ensuite par la publicité des annonces. L’Allemagne fera tout ce qui est raisonnable pour empêcher les États-Unis et leurs nationaux de souffrir le moins du monde. Mais elle ne peut le faire qu’à condition que les Américains prendront toutes les précautions nécessaires pour se protéger eux-mêmes des dangers dont ils ont été avertis. Les Américains réfléchiront quand les faits seront placés devant eux. Je n’ai en réalité aucune autorité pour parler. Mais ma mission aux États-Unis est d'informer le peuple américain de l'attitude de l'Allemagne. L’ambassadeur allemand, le comte von Bernstorff, ne peut prononcer que des phrases officielles. »

Si, à lecture du factum qui ruine sa politique de conciliation, l'ambassadeur a senti d’abord une forte inclination à s’emporter, la dernière phrase et la naïve amertume avec la suffisance qui y perce ne laisse point que de le remettre assez vite en bonne humeur. Il a d’abord pensé écrire au Dernburg et lui faire sentir sa sottise. Il se ravise après réflexion et décide de voir venir. Il est sûr, dès le lendemain, qu'il a pris le bon parti.

Dès son retour à New-York, en effet, et tour à tour les yeux clos, comme recueilli en ses pensées, ou se levant et s'étirant les bras comme pour réagir contre la lassitude et le surmenage que lui impose l’immensité de sa tâche, lentement, devant le reporter du New-York American envoyé sur sa demande, le Doctor répète le même thème développé à Cleveland et renforce l’apologie du coulage sans avertissement de la Lusitania.

La conséquence de la maladresse, ainsi appuyée, de Dernburg et qui s'offre d’abord à l'esprit de l’ambassa-

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deur, n’est plus du tout maintenant la surexcitation de l'apinion américaine, ni les dangers que cette surexcita-: tion peut faire courir à la cause de l'Allemagne. Elle est

surtout ou seulement le discrédit immédiat, définitif où

le même Dernburg s’est mis par sa seule faute vis-à-vis de cette opinion etson départ rendu maintenant nécessaire, . irrémissible, prochain et sans retour, pour l'Allemagne.

C'est donc de tout son cœur qu’il lui fait adresser d’abord ses « félicitations personnelles les plus chaudes pour la belle conférence et l’habile thèse soutenue ». Il attend la suite, la fin, et il sait qu’il n’attendra plus longtemps.

Cette première satisfaction donnée à sa rancune, il. reporte maintenant toute son attention sur la situation d'ensemble. Pour l'Allemagne et pour lui-même, à cause de l'extrême surexcitation qui se maintient dans le pays ou qui croît partout, il juge cette situation sérieuse, grave.

Son parti pourtant est bientôt pris. Il faut à tout prix faire oublier l'Avertissement aux passagers de l'Océan et les fantaisies du docteur. Il faut opérer une détente et l’'opérer vite. L’ambassadeur fait donc chiffrer une dépêche pour son gouvernement, qu'il informe brièvement de la situation et à qui il demande des pouvoirs pour. exprimer au gouvernement américain quelque sorte de regret. Sans attendre la réponse — car il craint d’une part les tergiversations ou le refus tout net de la Wilhelmstrasse qu’il sait sous l'influence du parti militaire, et il sait d'autre part qu'il sera toujours à couvert vis-à-vis de son gouvernement, ayant la double excuse de l'urgence de la décision et du mauvais fonctionnement du poste de T.S. F. de Sayville — il prépare lui-même cette note au nom du gouvernement allemand. Le texte bientôt rédigé, il fait porter le 9 au soir l'original au Département d'État et la copie à l’agence d’information l’Associated Press.

Le 10, la note publiée par toute la presse annonce que le ministre des affaires étrangères allemand a chargé son

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ambassadeur à Washington d'exprimer « sa plus profonde sympathie » aux États-Unis à l’occasion de la mort des passagers américains qui se trouvaient sur la Lusilanra.

Cette note vient fort à propos balancer dans l'opinion publique américaine le verdict du jury et du coroner anglais à Kinsale, qui, après témoignage, a déclaré l’em- . pereur et les hauts dignitaires allemands coupables d’assassinats par le coulage de la Lusitania. Cette même opinion publique veut voir dans la note habile de l’ambassadeur un commencement de regrets et une annonce d’excuse. C’est sans doute aller un peu vite et trop loin. Mais le but de l'ambassadeur est, pour le moment, atteint ou, du moins, M. von Bernstorff le croit. Il se fait fort d’adoucir peu à peu ce qui restera encore d’amertume.

Il voit donc déjà l'affaire terminée. Il a compté cette fois un peu trop avec son ami le secrétaire Bryan et pas assez avec le président Wilson.

Au président des États-Unis qui, comme l’ambassadeur, et depuis le 6 mai, n’a pas manqué de se faire tenir, heure par heure, au courant des détails du coulage, des affidavits recueillis en Angleterre et de l'opinion partout, l’acte de l'Allemagne, venant après la note deliberately unfriendly act, est un outrage qui devrait justifier la remise immédiate à l'ambassadeur de ses passeports. Mais les renseignements, qu'il a fort précis, sur l’ensemble du pays, sur ses forces, sur son armée de 4750 officiers et 85000 hommes, sur sa marine de 64000 hommes, sur son absence d’entraînement militaire, sur son défaut d'équipement, et, plus encore, les informations qu’il a reçues du Moyen-Ouest, de l'Ouest, de tout ce pays qu'il connaît si résolument pacifiste, si indifférent à la guerre d'Europe, et si ignorant de cette guerre, aussi les divisions qu'il sait exister dans ce pays, rivalités commerciales, financières, voire sportives, d'État à État, de ville à ville, tout enfin lui prouve l'impossibilité, l’absurdité

qu'il y aurait pour lui à prendre la grande décision, à faire entrer maintenant, et malgré eux, les États-Unis dans la guerre.

Pas un seul instant pourtant l’idée ne lui vient qu'il pourrait ne pas maintenir ce qu'il a dit ni laisser passer sans réponse le défi allemand. Les principes essentiels sont en jeu, avec quoi le président ne discute ni ne transige. De plus, et à parler ferme en gardant son sang-froid, il sait qu'il aura le pays entier avec lui. D’autre part, il paraît peu probable que l'Allemagne consente de gaieté de cœur à se mettre maintenant un nouvel ennemi, ayant la puissance en hommes et les inépuisables ressources matérielles des États-Unis, à dos. Enfin, même si l’aventure est grosse, elle doit, pour les principes de la Constitution et pour l’honneur du pays, être tentée. Le président n’hésite guère. :

Donc le 10 mai paraît la ferme note wsll not omit any word or act de demande ou de sommation à l'Allemagne « de faire réparation autant que réparation est possible pour des torts sans mesure », et par laquelle il informe le gouvernement allemand que les Etats-Unis « ne négligeront aucune parole, aucun acte pour accomplir leur devoir sacré qui consiste à maintenir les droits du pays et de ses citoyens. »

Cette note, si ferme et d’un ton si élevé, soulève immédiatement et dans tout le pays un enthousiasme indescriptible, La presse entière, sauf celle acquise aux intérêts allemands, l’approuve ou la porte aux nues (1).

(x) Voici quelques extraits des commentaires et éditoriaux des journaux de tous les points des États-Unis :

New-York Times : « C’est la grande portée diplomatique de cette. note qu’elle donne à l’Allemagne le choix non seulement de ce que doit être sa réponse, mais de ce qui doit suivre. » LS

New-York Tribune : « Le président a porté contre l’Allemagne une inculpation qui pèsera sur elle pour des siècles à venir. »

New-York World : « Elle est calme, elle est contenue ; elle est cour-

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Certes, le comte von Bernstorff n’avait attendu ni fait prévoir à Berlin rien de pareil. Le coup porté par le président lui est donc doublement douloureux, d'abord parce qu’en dépit de son initiative — déjà censurée à la Wilhelmstrasse et qui va l'être davantage — tout se retrouve au même et dangereux point où cela était après le coulage ; ensuite parce que, pour la seconde fois, le président bouleverse ses plans, jette sa politique à bas et

toise, mais d’une froide et coupante courtoisie qui donne une plus grande portée à chaque mot. » :

New-York Herald : « M. Wilson s’est montré à la hauteur des meil leures qualités de son caractère. »

New-York Sun : « Le président a parlé fermement. Le pays se met derrière lui avec une égale fermeté et attend, sans passion, la réponse allemande.

Boston Post : « Dans cette note, c’est la plus belle voix du peuple américain qui se fait entendre. »

Chicago Tribune : « Quel que soit l’avenir de nos relations avec l’Allemagne, le président a indubitablement donné une voix au sentiment

de la nation. »

Philadelphia Public Ledger : « Le président a parlé et il a parlé exactei ment comme il fallait parler. » z

Cincinnati Tribune : « La force d’un homme d’honneur en armes se fait sentir dans la note du président Wilson. »

Denver Post : « La note du président Wilson à l'Allemagne est virile et patriotique. »

San-Francisco Examiner : « Une nation aussi riche que cette nation serait folle si elle ne se tenait prête, jour et nuit, à se défendre contre toute attaque. »

Salt Lake City Tribune : « Nous considérons comme admis que l’attitude prise par le président dans sa note à l’Allemagne sera approuvée pratiquement à l’unanimité par tout le pays. »

Pitisburgh Post : « La note est un rappel rafraïchissant au Code de la civilisation. »

“#Même sentiment se retrouve dans toute la presse des États-Unis; cependant le New-York American de M. Hearst écrit :

« La lettre du président Wilson est indubitäblement vigoureuse, mais elle est également dangereuse, La nation désirait que ses justes demandes fussent exposées au gouvernement allemand. Mais elle ne prévoyait pas que le président irait si loin au delà de la portée pleinement et rigoureusement juste de ses demandes et jusqu’à inviter un refus. »

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prend pour lui seul la direction, la maîtrise de combat.

Ce coup inattendu le frappe à la fois dans son orgueil de grand seigneur allemand et dans sa vanité de diplomate. Il n'y répond pas d’abord. Il se dit souffrant, ne sort plus de l’ambassade. La consigne est donnée à la porte que « Son Excellence ne peut, à son regret, recevoir personne ». Les télégrammes qui s’échangent alors entre la Wilhelmstrasse et lui, soit qu’ils prennent la voie de Sayville, soit qu'ils passent par Stockholm, sont sans doute dénués d’aménité. Il est probable qu’on ne connaîtra jamais ni les attaques et récriminations courroucées des bureaux de la Wilhelmstrasse qui prétendent avoir raison contre l’ambassadeur de Washington, ni les défenses et contre-attaques de l’ambassadeur qui maintient qu'il a sauvé la situation et ne veut pas entendre qu'il ait le moins du monde eu tort. Mais c’est la comédie de l’histoire. Les historiens n’ont souci que de la tragédie : et c'est tant pis.

Quoi qu'il en ait été avec la Wilhelmstrasse, l’ambassadeur se tient, jusqu’au 30 mai, en dehors, des événements et de la politique. Il observe le silence diplomatique absolu. Il n’a garde cependant de rester inactif. En premier lieu, et sans doute comme dérivatif à la mauvaise humeur qu’il garde de la tournure inattendue qu'ont prise les événements, il s'occupe de pourvoir au départ sans retour du conseiller Dernburg. Les choses ne traînent

as.

: Il prend prétexte d’une note de mécontentement reçue, ou demandée, du secrétaire Bryan, après la conférence de Cleveland et comme suite aux intempestives apologies de l’acte allemand. Il fait donc tenir au conseiller, qui est alors à New-Vork, une lettre qui, d’après les dires, est un chef-d'œuvre. L’ambassadeur présente ses condoléances les plus étonnées et émues à « M. le conseiller … et ami », pour le mécontentement officiel qu’a suscité la déclaration si raisonnable et juste qu’il a cru devoir faire,

Il voit avec regret que ce mécontentement a malheureusement une signification trop claire, Et il demande enfin à M. le conseiller et ami de bien vouloir fixer lui-même la date de son départ — dans le délai d’un mois.

Pour couper court à toute réclamation, à tout commentaire de la part du docteur et pour lui montrer en même temps, et avec la manière, qu'il a su garder la main et qu’il dirigera tout jusqu’au bout, il lui fait parvenir copie de la note qu'il a déjà et d’accord cette fois avec le Département d'État, adressée à la presse. En cette note, Dernburg déclare que lui-même, et d’accord avec l’ambassadeur, a décidé son départ. Une annotation en marge fixe en même temps ce départ au 12 juin suivant.

On a dit que le docteur, vexé, mais enfin éclairé, avait immédiatement écrit une réponse furieuse et comminatoire à l’ambassadeur. La joie que l’ambassadeur fit paraître, et le rire énorme qu'il fit entendre devant l’attaché autrichien qui était avec lui pendant la lecture du message Dernburg, fut, sans doute, la seule source de l'on-dit.

Ayant ainsi balayé, « sacqué », et avec cette élégance, l’homme qui de tous ses collaborateurs a exercé sa patience davantage —et non point tant par la niaiserie de ses rapports et par son constant espionnage que par la prétentieuse nullité qui le poussait à le contrecarrer sans cesse, — l'ambassadeur regarde les choses de loin, se tourne ailleurs. Il s'occupe d'organiser toute une série de complots nouveaux et d'activer, de mener à bien les anciens.

Il entre d’abord en rapport avec l’ancien officier de l’armée allemande, Robert Fay, qui vient de débarquer aux États-Unis avec mission d’y prendre la direction des complots contre les navires transportant des munitions aux Alliés. Ce Fay lui est envoyé de New-York, pour contre-examen, par les capitaines von Papen et Boy-Ed, que n'ont point satisfaits les lettres et papiers qu’il leur

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a présentés. Ils ont averti l'ambassade. L'ambassadeur

pourtant a bientôt fait d'interroger Fay et de le reconnaître pour un émissaire authentique du Service secret allemand. Il l’abouche aussitôt avec deux complices recrutés par von Papen. Et il fournit les trois acolytes de poudre, de matériel et d’argent pour la fabrication rapide d’une machine infernale de l'invention de Fay et qui, d'après ses dires, doit avoir une puissance encore insoupçonnée (x).

Il correspond avec le consul général allemand de San-

Francisco, Bopp, pour presser le départ du schooner l’Annie-Larsen avec sa cargaison d'armes et de munitions

soi-disant à destination d’une colonie allemande d'Afrique,

et qui doivent, en fait, parvenir aux révolutionnaires hindous.

Il dirige, avec le même consul général Bopp, le recrutement des complices pour la fabrication des bombes, en forme de thermo-siphon, qui doivent être placées à bord des navires russes ou alliés chargés d’approvisionnement et de munitions, dans les ports du Pacifique et en partance pour Vladivostok.

C’est lui qui a l’étonnante, la « géniale » idée de la lettre à la femme de son collègue russe, l'ambassadeur Bakhmeteff. Cette lettre devra rester comme l’un des plus

(x) Fay et ses complices furent arrêtés un peu plus tard dans un lieu 3

désert, près de Grantwood, dans le New-Jersey, et pendant qu’ils essayaient un explosif. Au cours d’un premier interrogatoire au bureau de police, il déclara : « S'ils (von Papen et l'ambassade) avaient voulu me donner l’argent (nécessaire), j'aurais pu arrêter toute la navigation des États-Unis.

Question. — Voulez-vous dire que vous auriez pu faire sauter tous les navires avec vos bombes?

Réponse. — J'aurais pu en détruire tellement que les autorités n’au--

raient plus osé (laisser sortir aucun vaisseau). »

Fay et ses complices, Scholz et Daesche, furent jugés et condamnés le 9 mai 1916 à quatre et deux ans de prison.

Fay réussit à s’échapper, fut repris en Espagne et extradé aux États- Unis en août 1918,

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remarquables exemples de ces farces tragiques qui mettent en si haut relief l’un des côtés plus nettement allemands du caractère du comte von Bernstorff et où l’on ne sait duquel il faut s'étonner ou s’épouvanter davantage, de l’ingéniosité dans l'invention, du sangfroid et de l’audace dans l'exécution, de la cruauté ou de l’inconscience dans le crime.

De San-Francisco, le consul général Bopp avait fait connaître l'extrême difficulté qu'éprouvaient ses hommes à obtenir accès sur les bateaux en partance et la surveillance constante qui les empêchait d’y placer leurs bombes. Par retour du courrier, l'ambassadeur fait parvenir le texte d’une lettre qui doit être écrite de San-Francisco par l’un des comparses et renvoyée à l'adresse de Mme Bakhmeteff à Washington. Voici le texte de cette lettre :

« Madame ]. Bakhmeteff, «aux bons soins de l'ambassadeur impérial de Russie.

« Newport R. »

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