‹ Introduction à l'étude des alliagesChapitre 23 sur 61 · RE PT · texte numérisé non relu

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entendu avec les agents de ces lignes de navigation de Tacoma que les chargements auront lieu immédiatement et quel que soit le navire en partance.

« C’est le désir des donateurs que les expéditions soient faites sans retard, car les retards auraient lieu au préjudice de ceux auxquels les fruits sont destinés.

« Respectueusement à vous.

« C. C. CROWLEY. »

Ces diverses affaires et ses efforts pour persuader la Wilhelmstrasse de ne pas répondre trop vite à la note du président, de craindre surtout de soulever une seconde fois l'opinion américaine, le conduisent jusqu’au 30 mai, quand il reçoit le texte bref, rogue, de la réponse allemande qu’il doit porter au Département d’État. En cette note, l'Allemagne justifie le coulage, alléguant que « la Lusitania avait des canons à bord, lesquels étaient montés sur affûts et cachés sous le pont » et que « les commandants allemands sont désormais impuissants à observer les règlements habituels de la loi des peuples qu'ils avaient toujours observés jusque-là ». À peine quelques regrets sont exprimés pour les vies américaines perdues.

En remettant le texte de la note à son ami W.-J. Bryan, l’ambassadeur fait demander une audience au président. Il à reconnu que l'impression, qu’il prévoit détestable, doit être palliée au plus tôt. Un seul moyen lui reste de pallier cette impression. C’est de prouver que les grieïs allégués sont exacts et que la Lusitania était armée. De cela, il fait son affaire. Quarante-huit heures en effet n’ont pas passé qu'il s’est procuré tous les témoins nécessaires.

Le lendemain, 31 mai, la note allemande paraît dans la presse. Elle y suscite immédiatement et dans tout le pays les commentaires les plus aigres. Le moins qui en est dit est qu’elle est « évasive, équivoque, absolument insatisfaisante ». L'opinion publique se monte au ton de

la presse et va au delà. L’atmosphère de Washine ton est donc fort lourde quand dans la matinée du surlendemain et sous une pluie battante, l'automobile de l'ambassadeur s'arrête sous le péristyle à colonnes de la White-House.

Ce qui fut dit dans le salon bleu « des ambassadeurs », on ne peut cértes le redire exactement. Il fut rapporté que deux personnes seulement assistèrent à l'entretien hormis le sténographe officiel et l’ambassadeur. Ce furent le président Wilson et l'assistant secrétaire d’État, M. Robert Lansing.

Pourtant, et si j’on ne peut répéter les paroles mêmes qui furent prononcées, il est assez aisé d'imaginer, d’après ce qui en transpira, l'orientation de la conversation, l’attitude des interlocuteurs et les conclusions de l’entretien.

Que le comte von Bernstorff se soit présenté avec … toute l’aisance, un peu trop conquérante lorsqu'il est avec des hommes, et dont il est capable, la chose fait peu de doute. Qu'il ait été surpris, au premier moment, de trouver là et avec le président, non le secrétaire d'État, qui l’aurait appuyé, mais l'assistant secrétaire, qu'il n’a guère rencontré et qu'il n’a que fort peu regardé jusqu'alors, voici qui est sûr. De cet assistant secrétaire, le comte von Bernstorff, par extraordinaire, connaît seulement sa carrière juridique, une conférence récemment faite, à Amherst College, sur la Neutralité « au terrain aride et incertain » et dont il a seulement retenu une

phrase curieuse sur la nécessité, pour la diplomatie,

d'abandonner désormais les anciens errements et de « s’en tenir aux principes fondamentaux dans les problèmes nouveaux qui la confrontent et auxquels elle doit appliquer la justice naturelle et le sens commun pratique ». En fait, il ne connaît que peu de chose de l'assistant secrétaire. Et il n’a point souci d’en connaître davantage.

De taille moyenne, le visage, malgré les cheveux blancs et drus, avec un grand air de jeunesse qu’accusent encore

L'AFFAIRE DE LA « LUSITANIAD ar

les sourcils et la courte moustache noire, le regard voilé et comme intérieur derrière le lorgnon, le geste lent et dont la grande dignité paraît être le résultat de l'étude et de la volonté et donne d’abord une impression d’affectation ; le sourire mince, d’nn seul côté de la bouche et dont on ne saurait dire s’il est maîtrisé par la volonté ou s’il n’est pas plutôt la résultante d’un puissant effort, la mise toujours d’une correction surveillée, une extrême réserve dans les manières, l'accueil résolument froid, la : parole rare, brève et qui coupe l'entretien plus souvent qu'elle ne le conduit, la tenue et l’attitude exemptes de toute familiarité et comme éloignantes, M. l'assistant secrétaire s’est toujours tenu, autant que possible, à l'écart de l'ambassade allemande et de l’ambassadeur. Celui-ci l’a jugé, d’après ses fiches, « professeur », technicien, avocat expert dans les questions de pêcheries de la mer Behring, et autres « fadaises internationales pour diplomates de temps de paix », au bref, second rôle et de second plan. C’est à lui qu il envoie son chancelier pour expédier les affaires du courant.

C’est donc la première fois qu’il se trouve en face de l’homme qu'il ne se résoudra certes pas encore, et malgré la maîtrise tout de suite marquée, à reconnaître comme adversaire, en qui il ne verra, à cette première rencontre, ni l’impeccable érudition juridique, ni la savante et inébranlable argumentation, ni surtout, sous la rigide correction, l'humour à froid ou la cinglante ironie, mais qu'il apprendra cependant à estimer comme lutteur d’arguments et comme diplomate émérite, avec qui enfin désormais il comptera.

Cependant, et s’il éprouve une première surprise à le trouver en la place du secrétaire d'État, il ne s’y attarde pas, oublie la présence de l'assistant secrétaire et ne s’occupe plus que de son affaire.

Avec sa rondeur habituelle, sa coricuion qu'il sait communicative, il revient d’abord sur « la malheureuse

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132 INTRIGUES ET DIPLOMATIES A WASHINGTON affaire » et la récente note allemande. Il insiste sur les regrets — si légèrement exprimés — de son gouvernement et sur la sincérité de ces regrets. Tout au long, il expose la difficulté de la situation de l'Allemagne, « entraînée, contrainte par l'Angleterre à entrer dans cette guerre ». Il reprend tous les anciens arguments du blocus illégal, de l’affamement méthodique des femmes et des petits enfants allemands. Il représente, une fois de plus, l'Allemagne obligée par l'Angleterre à se défendre sur mer comme elle fait sur terre.

Jusqu'ici le président, qui sait aussi bien écouter que son assistant secrétaire, a laissé dire le visiteur, a paru prendre intérêt. Cependant, sur une phrase glissée incidemment, et où l’ambassadeur marque la différence de traitement accordée par l'Amérique à l’Angleterre, ravitaillée en approvisionnements de toutes sortes, et celle accordée à l'Allemagne, coupée des subsistances et des denrées les plus nécessaires, le président, doucement, mais très fermement, l’arrête.

Très courtoisement, et comme si l'ambassadeur ne le savait fort bien déjà, le président explique que les affaires et le commerce des particuliers dans un pays libre ne regardent en rien le gouvernement de ce pays, et que, sans doute, l'intervention dans ces affaires peut se produire avec les gouvernements autocratiques, mais qu’il n’en peut être question ici. Toujours du même ton mesuré, musical et comme s’il lui enseignait courtoisement les choses, il l’assure que les commerçants américains seront, sont déjà tout prêts à ravitailler l’Allemagne comme ils font des Alliés et dès que l'Allemagne aura seulement obtenu de l'Angleterre liberté pour ses vaisseaux de venir aux États-Unis. Il insiste que ce n’est pas là du tout une question de principes et de liberté des mers, mais bien et seulement une question d’habileté et de puissance navales, et qu'il en a été de même dans toutes ou presque toutes les guerres.

+ AT, y it Lai An # Le à REX | 40 L'AFFAIRE DE LA « LUSITANIA » MER

La leçon, fort bien donnée et sans du tout y paraître, | le président se tait ; il écoute, il s'intéresse à nouveau.

L'ambassadeur voit qu'il a fait fausse route, ne montre pas qu'il l’a vu, mais tourne court. Il insinue, il explique qu'une intervention des États-Unis en faveur de l’Allemagne et pour faire relâcher, au moins partiellement, le blocus anglais pourrait avoir les meilleures conséquences, d’abord pour les civils innocents d'Allemagne, les femmes, les vieillards, les enfants, ensuite pour les bonnes relations qui ont uni et n’ont cessé d’unir l’Allemagne et les Etats-Unis.

Le thème prête aux développements. L’ambassadeur présente ces développements avec toute la chaleur, toute la persuasion possible. Puis il fait une pause, attend une approbation, un encouragement. Cependant, si les attitudes et l’air des visages continuent d’exprimer l'intérêt, la curiosité, aucune réponse n’est faite. Rien ne paraît surtout qui puisse, de près ou de loin, être pris comme un encouragement.

Un autre pourrait être décontenancé. Le comte von Bernstorff change seulement, et avec la même et parfaite aisance, de sujet. C’est avec une plus grande chaleur, une plus forte conviction, qu’il parle maintenant de l’armement de la Lusitania. Il confirme cet armement. Il dit le nombre, la place des canons. Il connaît des témoins — dignes de foi absolument et dont il répond — qui ont vu ces canons, qui les ont touchés, les ont fait manœuvrer. Sa voix exprime ici une telle certitude qu’elle devra s'imposer, ne point même être discutée. Un ambassadeur allemand ne peut se tromper lui-même. Et qui donc pourrait douter de la parole donnée par un ambassadeur allemand?

Ce n’est certes ni l’un ni l’autre de ses deux interlo-

cuteurs. Le président ne cache pas sa surprise. Il insiste

sur le nombre des canons, sur la place qu’ils occupaient. I1 s'étonne d’avoir été si mal informé. Assurément, si

la Lusitania était armée, l'affaire prend un tout autre tour. Le Ziner devient croiseur auxiliaire, par conséquent sujet à être traité comme tel conformément aux lois de la guerre.

Cependant que parle le président, l’assistant secrétaire qui n’a encore rien dit, fouille parmi des papiers dans un dossier qu’il tient. Il trouve enfin le document cherché. Il prend la liberté de le montrer à M. l’ambassadeur. Il désire évidemment, sinon encore lui présenter des excuses, du moins lui faire apercevoir la cause de son erreur. Ce papier, c’est le rapport de l'officier de douane ; et voici maintenant celui de l'officier du port de New- York. Tous deux ont visité la Lusitania, de la cale à la passerelle, et en tous ses coins et recoins, avant son départ de New-York. Nulle part ils n’ont aperçu la forme, l'apparence d’un canon.

Mais l'assistant secrétaire n’insiste pas sur la valeur de ces rapports. Il insiste au contraire sur l’importance de l'armement et la nouvelle tournure que prendra l’afaire — dès que cet armement sera prouvé. Bien entendu, M. l'ambassadeur aura l’obligeance de nommer ses témoins, de laisser leur adresse. Une enquête va être aussitôt commencée. Le tribunal sera saisi de l'affaire. Les témoins seront convoqués, diront ce qu’ils ont vu. Et M. l'ambassadeur peut avoir l'assurance que rien ne sera négligé pour remettre les choses et les culpabilités au point. Si l’on ne parle pas encore de réparations dues à l'Allemagne, c’est tout juste.

M. l'ambassadeur, qui a prévu la demande, donne aussitôt le nom et l'adresse de quatre témoins qui ont vu les canons de la Lusitania. Puis il rompt l'entretien, qui a duré une heure. Il remonte, enchanté, dans son automobile et se félicite déjà d’avoir une fois encore tiré l’Allemagne d’un mauvais pas.

Quels furent, après son départ, les propos et peut-être le sourire qu'échangèrent entre eux le président des

FE -3n pt . NE se : : , AE NP Cr à | & ; L'AFFAIRE DE LA « LUSITANIAn 135 États-Unis et l'assistant secrétaire d’État, l’histoire ne le dit pas encore.

Cependant, après la visite, un bref compte rendu est remis par le Département d'État à la presse, avec les noms et adresses des témoins cités par l’ambassadeur. Et ce jour-là, du côté officiel, on s’en tient là.

L’assistant secrétaire, qui connaît les procédés administratifs et leur lenteur, s’est fié plutôt qu’à ses services . et pour hâter les choses, aux excellents détectives que sont les reporters américains. La suite a prouvé qu'il avait eu raison.

En effet, et sitôt lancés sur la piste, ceux-ci ont vite fait de trouver, sinon les témoins eux-mêmes, du moins leurs domiciles, leurs relations, et avant qu’on ait pu par ailleurs leur inculquer la leçon qu’ils devront réciter.

Dès le lendemain donc, les journaux font connaître que les témoins cités par l'ambassadeur d'Allemagne et qui connaissent l'armement de la ZLusitania, sont au nombre de quatre.

Un nommé Gustave Stahl a affirmé que l’un de ses amis, un certain À. Litch, employé comme stewart à bord de la Lusitanra et qu'il a aidé à embarquer des bagages la veille du départ, lui a montré, à l'avant, sur le pont principal, deux canons de 12 à 15 centimètres, respectivement, à bâbord et à tribord. Il a précisé que ces canons étaient montés sur blocs de bois, recouverts partiellement de cuir, et à la distance d’un mètre du bordage. La dame Joséphine Weir, tenancière d'une pension de famille, a confirmé que Litch lui a parlé, à bord de la Lusitania, de « quatre gros canons de cuivre poli et brillant ». Un nommé Bruckner a dit avoir vu les canons alors que lui-même était sur le dock. Enfin Grieve a déposé dans le même sens.

Cependant, aucune trace de Grieve ne peut être

trouvée. 22 A l'adresse donnée comme étant celle de Joséphine

Pr

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