CHAPITRE IX
L'affaire du Sussex terminée tant bien que mal, toute l’activité de l'ambassadeur allemand se reporte maïntenant sur la campagne présidentielle qui vient de s'ouvrir. Cette activité, bien entendu, reste occulte : elle se manifeste partout.
Depuis longtemps le comte von Bernstorff a examiné, .Suivi, pesé les chances des deux partis. Lors des Conventions de Chicago, dans la première semaine de juin, il s’est fait rendre compte, jour par jour, heure par heure, du développement des événements. Il a pu avoir la physionomie exacte des deux Assemblées :
Celle des vieux républicains, de la fraction intransigeante des G. ©. P., dans l’immense salle du Coliseum qui contient plus de douze mille délégués et spectateurs, est restée, malgré les acclamations de commande et les ovations chronométrées, plutôt froide et comme imprégnée de la pluie incessante, qui tombait par nappes dehors. Là, dès l'ouverture, l’inquiétude a semblé peser. Et, durant les deux et trois sessions quotidiennes, pendant les cinq jours qu'a durés la Convention, à mesure que les possibilités d'entente avec la fraction progressiste s’éloignaient, cette inquiétude n’a cessé de croître, de se faire plus lourde. Là de la force, mais pas de vie.
Celle de la Convention progressiste, des rooseveltiens enragés, dans la salle plus petite du théâtre de l’Audi-
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torium, qui ne contient guère plus de quatre mille personnes, s’est manifestée, combien plus vivante, plus attrayante, avec sa décoration de drapeaux, ses chants, ses intermèdes musicaux, ses cris : « Teddie ! Teddie !.. We want Teddie ! », ses acclamations sans fin chaque fois que le nom du colonel était prononcé, ses cortèges, ses monômes avec bannières et inscriptions, et qui tout à coup se formaient, parcouraient la salle et les galeries, avec ses discours vibrants, avec ses interpellations énergiques. Ici de la vie, mais peu ou point d'organisation et, conséquemment, pas de force.
Avec un égal intérêt et par rapports télégraphiques, l'ambassadeur a suivi, la semaine suivante, la Convention démocratique de Saint-Louis. En dépit des discours d'inspiration plus courte, il à reconnu cette fois ce qu'il n’a senti nulle part à Chicago, de l’organisation, une vie, une force.
Les trois Conventions closes et la théâtrale dissolution du parti progressiste prononcée, il lui paraît que les chances des deux partis restant se présentent ainsi :
L'un et l’autre parti se laissent naturellement guider par ce qu'ils croient être les tendances essentielles de l'opinion américaine. Or cette opinion est précise sur trois points. Elle ne veut pas la guerre. Elle déteste l’influence des menées allemandes dans les affaires américaines. Elle admet que les États-Unis pourront être entraînés dans la guerre par la faute de l’Allemagne. D'où les deux programmes presque semblables et semblablement dirigés contre l’Allemagne.
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Le parti démocrate cependant, sous le contrôle absolu
du président Wilson, outre qu’il se présente mieux et plus fortement organisé que le républicain, a fait ses preuves. Il a courbé l'influence allemande dans quatre circonstances vitales : l'exportation des munitions aux Alliés, la question du blocus, l'emprunt des Alliés, l'affaire du Sussex. Surtout, il est le parti au pouvoir,
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Les républicains ont pour eux le renfort des anciens progressistes revenus à leur parti après la dissolution, et l'appui financier, non négligeable, des grosses banques de Wall Street.
Tout pesé, et en dépit de cet appoint financier aux républicains, la balance semble pencher en faveur des démocrates.
Le choix de l’ambassadeur irait donc plutôt vers les démocrates. Cependant il a de trop sérieux sujets de rancune dans le passé et, sans doute déjà, d'inquiétude pour l'avenir, pour faire tout de suite des avances au parti qui vient de renouveler sa confiance au président.
D'autre part, et au moment d'offrir aux républicains le vote allemand et les 25 pour 100 du vote total qu'il représente, deux considérations l’arrêtent. D'abord il n’est nullement certain que ce vote suffira à assurer la victoire républicaine. Ensuite les républicains ne le . seront-ils pas?
De la seconde éventualité, à vrai dire, il ferait assez bon marché. Qui sait s’y prendre et présenter les choses a toujours droit de compter sur le succès. Et qui donc douterait que le comte von Bernstorff sût s’y prendre? Mais la première est plus sérieuse.
Réflexion faite, il lui paraît plus sage de laisser d’abord courir avant de placer sa mise, d’amorcer le marchandage, d'offrir le vote allemand — en sous-main, sans surtout se compromettre — à l’un et l’autre parti, et puis de voir venir, compter sur l’aléa, se décider au bon moment et gagner à coup sûr.
Du côté républicain, il soutiendra le « pur américanisme », en même temps que, par la presse à sa solde, il fera préciser le vague de la formule et dénoncera la politique de « faiblesse et marchandage » du président visà-vis du blocus anglais. Aïnsi sera annoncée l'offre du vote allemand en même temps que sera posée la condition à remplir pour s'assurer ce vote. Du côté des démo-
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crates, il s’agira de rendre le président suspect à ses électeurs mêmes. Il faudra que, par la force des circonstances, le président se trouve mis dans le cas ou bien de contredire sa promesse, qui a fait sa popularité, que « les États-
Unis resteraient en dehors de la guerre » ou bien de se soumettre aux conditions de l’ Allemagne et de son ambassadeur,
C'est alors une sorte de duel obscur, sans merci, et dans la manière particulièrement chère à l'ambassadeur, entre le président des États-Unis et le représentant du Gouvernement Impérial. Le second maintenant et bien avant ses compatriotes, a compris l'amplitude et la sûreté du jugement, la ténacité de volonté du président, et enfin ses rares qualités d'homme d’État. Il est assuré, qu'à le renverser, il sert la cause allemande mieux que ne le pourrait faire la plus importante victoire sur le champ de bataille. Il n’ignore pas qu'il sert autant ou davantage ses intérêts propres et quelle renommée sera la sienne s’il réussit. Il y met désormais son point d’hon-
neur et tout son effort
k Sa ligne de conduite ainsi tracée, l'ambassadeur commence aussitôt son action. Brusquement, la situation mexicaine s'aggrave, devient alarmante. L'ultimatum de Carranza, demandant le retrait immédiat des troupes américaines de la frontière mexicaine, parvient au Département d'État, précédant l’échauffourée de Carrizal seulement de quelques heures.
La manière dont cette dernière affaire est menée, par attaque brusquée avec rejet immédiat de la responsabilité sur l'adversaire, est trop bien dans la manière allemande . pour qu’un doute puisse subsister sur qui l’a menée.
Également le détail de l'attaque, l'écran de Mexicains apparemment en fuite et qui s’écartent tout à coup pour découvrir un nid de mitrailleuses qui tirent sur les poursuivants, est de la bonne technique allemande. D'ailleurs l'arrestation immédiate et la découverte des menées de
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l’agent Griese, ancien secrétaire du consulat allemand à Juarez, dissiperait toute hésitation s’il en pouvait sub-
sister encore.
Quel que soit d’ailleurs l'organisateur du complot et
quelque avertissement qu'y puisse apercevoir le Départe-
ment d'État — et s’il le voit, il le verra seul, — la situa-
tion se présente désormais ainsi :
Si le président accepte le cartel du Mexique avec.
l’aventure de Carrizal, c’en est fait, devant son parti, de
la formule : « Le président nous a gardés en dehors de la guerre. » S'il refuse, quelle atteinte pour le prestige amé-
ricain et qui devra retomber sur le parti démocrate et.
plus directement sur le président.
Cependant les informations que possède le Départe-
ment d'Etat sur le Mexique sont pour le moins aussi
sûres que celles que possède l’ambassadeur allemand. On
sait, de bonne source, que le Mexique, pas plus que les États-Unis, ne désire la guerre. Et si les chefs de bandes qui luttent pour le pouvoir ont pu offrir leurs mercenaires
armés à l'Allemagne par l'intermédiaire des agents de l’ambassadeur, s’ils ont consenti cette offre autant qu'ils ont cru obtenir en retour de l'Allemagne les munitions
et surtout l’argent dont ils ont besoin, ni le vieux et madré
Carranza, qui représente la faction gouvernante, ni le bandit Villa qui se donne comme chef des révolutionnaires,
et qui tous deux trouvent également leur intérêt dans
l'anarchie et le pillage des grandes banques du Mexique, ne sont prêts à risquer l'intervention américaine. Ils sont d'autant plus prodigues en promesses avec l’Allemagne
qu'ils sont plus sûrs qu'ils ne les tiendront pas. Ils ne
cesseront de jouer vis-à-vis de cette dernière le même double jeu qu’elle-même joue vis-à-vis des États-Unis et d’eux. Le président est fort bien informé de tout cela. … En outre il a un autre et puissant motif de laisser aller ou pousser les choses avec le Mexique jusqu’au bord de
la guerre. Sans doute a-t-il déjà sérieusement envisagé
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la possibilité de la guerre avec l'Allemagne. Or, s'il est fort bien renseigné sur l’absence complète de préparation militaire du pays, il connaît non moins bien l'opposition
traditionnelle de ce pays à tout effort, toute mesure en
vue d’une préparation meilleure. Il sait par ailleurs la fierté ombrageuse du peuple américain et combien il devra lui paraître aussi intolérable de recevoir une injure sans y répondre que de douter que sa réponse lui rapporte une victoire. Il ne déplaît donc pas au président de montrer, de prouver aux États-Unis, insultés par le Mexique, l’incapacité totale où ils sont de répondre dignement à cette insulte. | La situation se présentant ainsi, c’est en toute tran-
quillité et non peut-être sans un secret plaisir, que le président lance sa longue note du 20 juin.
En cette note il poursuit un triple but : 1° faire un historique très complet et clair de la question mexicaine devant l'opinion publique américaine et devant le monde entier ; 2° montrer à Carranza que les États-Unis ne sont nullement dupes de ses rodomontades et qu'il ne doit . pas compter sur le retrait des troupes américaines ; 3° par la longueur même du message et par le grand nombre des questions soulevées garder la porte ouverte à la discussion et, par suite, à une solution diplomatique et
pacifique.
Les événements viennent bientôt lui donner pleinement raison. En effet, à l’instigation de Carranza, les républiques sud-américaines font une offre de médiation qui est fort mal prise par l'opinion aux États-Unis. Carranza, ayant échoué là, fait annoncer une soumission qui, ne venant pas, agace davantage cette opinion. Et lorsque la seconde note-ultimatum du président à Carranza est
lancée le 27 et est suivie d’un premier ordre de mobilisatfon qui semble rendre les hostilités imminentes, sinon encore inévitables, entre le Mexique et les États-Unis, l'opinion, ainsi préparée, approuve et s’enthousiasme,
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; Trois jours plus tard, le 30, le président fait un discours à Philadelphie dans lequel il présente la question de la guerre avec le Mexique comme une question de prin-
cipes, de ces « principes de liberté, de justice et
d'humanité auxquels nous nous sommes d’abord et nous restons sans cesse dévoués » et, par là, il met l'opinion américaine tout entière avec lui.
Durant toute la semaine, la mobilisation se poursuit activement et l'émotion croît.
Enfin — et après quelles explications, à Mexico, entre le rusé chef mexicain et le représentant du comte von … Bernstorff, le ministre allemand von Eckhardt, après quelles excuses, quels dérobages, quels faux-fuyants du premier, quelles récriminations et quelles menaces du second, l’histoire le dira — dans la nuit du 4 juillet arrive à Washington la soumission complète de Carranza.
La nouvelle, qui opère immédiatement une détente
dans le public, a aussitôt ce premier effet de susciter une reconnaissance émue pour le président qui a si bien su sauvegarder les intérêts et rehausser le prestige du peuple américain. Elle a, et elle aura bientôt davantage, un second effet. Celui-ci sera accusé, souligné par l’ancien ministre de la Guerre sous le président Taft, M. Simpson, quand, au lendemain des événements, il écrira : « Plus d’une semaine après la mobilisation, moins de 30 000 hommes, sur les 120 000 que comptent les milices sur le pied de guerre, ont pu être mobilisés. Ces milices sont faibles et sans préparation. Quant aux troupes régulières, on ne peut compter sur rien de plus que les 35 000 actuellement sur la frontière. À ces troupes, tout manque. Elles ne reçoivent ni équipement, ni ravitaillement. Aucun service n’est organisé... »
Ce qui est sans doute écrit comme une sévère critique du gouvernement est surtout un avertissement et uneleçon au peuple américain. Cette leçon paraît au président d'autant mieux venue qu’elle ne vient ni de son parti ni de lui.
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Cette fois encore, et grâce au savoir-faire du président, |
l’attaque du comte von Bernstorff s’est promptement et
complètement retournée contre lui. L'opinion améri-
. caine, non seulement, à aucun moment, n’a pris ombrage
de ce que décidait le président, mais elle l’a approuvé
quand il parlait de guerre, elle en a accepté l’idée. Elle
aperçoit la nécessité d’y être mieux préparée. Et le pré-
sident, qui a tout fait, reste, en fin de compte, plus haut
dans son estime.
Il ne prend pas longtemps à l’ambassadeur allemand pour constater l’échec et modifier ses plans.
… À tout peser, et si le monde officiel n’a eu que peu d’illusions sur la signification et les auteurs vrais de l’aventure mexicaine, le public y a vu la menace de la guerre et n’y a vu que cela. A ce public, qui vient d’être ainsi ému à se voir si près de la guerre, y étant si peu préparé,
il s’agit maintenant de rendre cette vision plus con-
crète, plus prochaine, plus sérieusement menaçante. Il
faut montrer au peuple américain que les États-Unis ne
sont pas si éloignés de l’Allemagne qu'ils ne puissent craindre à quelque moment une visite inopinée d’une partie, la plus dangereuse, de la flotte allemande.
C'est donc pour imposer cette impression, pour bien
préciser l’idée de la force et de la menace à longue portée
de l’Allemagne qu'émerge un beau matin, dans la baie … de Chesapeake, puis remonte jusqu’à Baltimore, le sousmarin « de commerce » le Deutschland. <
L'idée de faire venir le Deutschland aux États-Unis est … l’une de ces dernières géniales, qu’admirent ses secrétaires, et dont l’ambassadeur n'est jamais à court. Ayant affaire à un peuple essentiellement sportif, il s'adresse, d’abord, une fois de plus, à sa passion dominante et pour . lui montrer tout ce que peut accomplir l’Allemagne dans . le plus nouveau et le plus audacieux des sports. Sûr de … toucher la corde sensible, il compte ensuite sur la presse : et sur les indications qu’il lui donnera pour tirer la morale …
de l'expérience rare et faire déjà entrevoir que l’efiiciency allemande pourrait bien quelque jour ne point rester sur le terrain sportif. Enfin il a tout préparé pour qu'une question de droit international fût soulevée et, consé-
quemment, que des difficultés s'élevassent entre les États-
Unis et les Alliés à propos de la venue et du départ du -
Deutschland. Et il s'en faut de peu ou de rien que ses trois buts ne soient atteints.
Jamais battage et esbrouffe n’ont été mieux organisés et n'ont eu, au moment, plus d'effet que celui qui eut
lieu, avec la complicité bénévole de toute la presse amé-
ricaine, à l’arrivée du Deutschland.
Le jour même de l’arrivée, toute la ville très germano-
phile de Baltimore est en émoi. Sous la direction occulte
des nombreux agents de l’attaché naval, capitaine Boy-
Ed, la ville entière se porte vers les docks où est ancré le
Deutschland. Un imposant service d'ordre a été aussitôt organisé duquel, par mesure de précaution, les policemen de Baltimore sont exclus. Les journaux locaux montrent le vaillant héros de la mer guetté par les croiseurs et les
agents des Alliés acharnés à sa perte. L'on aperçoit à peine
et de loin la mince ligne de superstructure du sous-marin transatlantique. Cependant, des manifestations d’enthousiasme, acclamations, ovations au capitaine, aux officiers, à l'équipage se produisent comme spontanément. Un peu plus tard, quand les officiers seront descendus à terre, on les portera en triomphe. Dans le restaurant où les armateurs américains du Deutschland leur offriront champagne et banquet, la foule s’amassera, acclamera.
Dès le lendemain, toute la presse des États-Unis ‘annonce la traversée et l’arrivée du sous-marin comme «un fait sans précédent dans les annales de l’histoire ».
Les journaux reproduisent d'innombrables photographies
du bateau et des diverses unités qui composent son équipage. Des films présentent cet équipage riant, heureux, triomphant. La presse de Hearst publie la relation du
voyage heure par heure et telle que l’a écrite ou l’imagine, d’après Jules Verne, le capitaine. De ce capitaine on cite les mots, les habitudes, la biographie, le menu des repas. Tout cela, soigneusement dosé chaque jour, entretient l'intérêt, accroît l’admiration. Des caravanes s'organisent dans les villes les plus proches, Washington, Philadelphie, New-York même, pour venir voir le phéno- mène. Lestaxis-cabs de Baltimore demandentetobtiennent des prix inconnus. Et les patrons de bateaux à moteur qui font faire aux curieux le tour du dock où s’abrite le sous-marin, font des fortunes.
Toute l'opinion américaine est séduite, fascinée par les « héros des profondeurs de la mer ».
Peu à peu, pourtant, la presse germanophile précise le but réel de la démonstration du sous-marin. Ce sont d’abord des articles préparatoires du New-Yorker Herold, du New-Yorkher Stlaatszeitung, dénonçant la dangereuse politique du président Wilson en face du blocus et qui contredisent impudemment les autres articles de la même presse, déclarant ce blocus désormais brisé par « l’incroyable et surhumain » voyage du Deutschland.
Le lendemain, toute la presse germanophile semble obéir à un mot d'ordre pour continuer les éloges hyperboliques du swpervoyage, ceux de la puissance illimitée de l'Allemagne, et laisser entendre que les États-Unis ne sont plus désormais à l'abri de l’eficiency, de l’action allemande. La portée de ces articles est soulignée par la presse de Berlin et l'agitation qui se manifeste en Allemagne en faveur de la reprise de la guerre sous-marine.
Enfin, le 18 juillet, la presse Hearst et celle germanophile reproduisent et commentent emphatiquement les déclarations du ministre von Jagow (1) à Berlin et qui
(1) Au cours d’une interview avec le correspondant du New-York American à Berlin, M. von Jagow a déclaré :
« Il est possible que les bateaux anglais se préparent à commettre
précisent clairement l'intention et la menace du gouvernement allemand. RER
Cette intention est de susciter un différend international. Cette menace est, en cas de solution non satisfaisante pour l'Allemagne, une dangereuse controverse avec l’Allemagne et avec «sa force illimitée ».
Suivant les vues allemandes indiquées dans les déclarations de von Jagow, les États-Unis se trouvent en face de ce dilemme : Ou bien le gouvernement américain devra admettre ce qu’il n’a pas encore admis et ce que l’Allemagne a toujours soutenu, à savoir que l’emploi des sousmarins crée une nouvelle situation internationale ; en ce cas, et jusqu’à la revision des anciennes règles admises
par le Droit international, les submersibles devront pou-
voir conduire la guerre suivant les vues et les intérêts allemands, c’est-à-dire couler les navires sans avertissement préalable. Ou bien les États-Unis, ayant déclaré le
Deuischland navire marchand, devront exiger, ce que ne
peuvent admettre les Alliés, que le sous-marin soit arrêté et visité avant tout coulage.
En cas d'abstention ou de solution non satisfaisante de la part du gouvernement américain, il est sous-entendu mais reste bien entendu que c'est avec l'Allemagne que les États-Unis devront continuer la conversation.
Cependant la manœuvre est, comme toujours, déjouée, avec leur habituelle élégance, par les juristes attachés au Département d'Etat.
Le cas du Deutschland, qui a déjà été assimilé à celui de l’Alabama durant la guerre de Sécession (1), est con-
l'acte qui est suggéré, se rassemblent dans la baie de Chesapeake et essayent de couler le Deutschland et l'équipage. Mais je ne puis croire que le gouvernement des États-Unis, devant un acte aussi perfide et aussi lâche, oserait se dispenser de faire entendre l’énergique protestation de l'humanité. »
(x) Durant la guerre de Sécession, l’Alabama, vaisseau sudiste, ayant quitté l'Angleterre sans aucun canon ni fusil à bord, avait été complète-