BERNSTORFF
On a remarqué que 60 000 dollars pour influencer le Congrès américain étaient somme trop modeste. Vraisemblablement la somme devait être employée comme subvention aux œuvres de propagande, German Ame rican Alliance, Embargo Conference, etc., chargées d’influencer indirectement les membres du Congrès par leurs lettres, tracts, etc.
D Per OPUS
vis-à-vis de l'Allemagne. Maïs aussi, davantage peutêtre, quelle satisfaction de diplomate et d'artiste vis-àvis de lui-même |
Il sait qu’il devra maintenant faire donner toutes ses forces.
En même temps donc qu’il aide à développer la propagande, comme il vient d’être montré, il s’occupe de l’activer en chacun des habituels foyers. Il compte sur les Irlandais et sur leur leader, O’Leary, ainsi que sur les bons offices d’un juge à la Cour Suprême (1), pour lui donner appui. Il n’a garde d'oublier les pacifistes. Les éditoriaux quotidiens du New-York American se font pathétiques et bibliques. Quelques-uns prophétisent la ruine des États- Unis si le peuple américain ne réussit à obtenir du président qu’il accomplisse la « Sainte-Alliance » des neutres pour mettre un terme à l’ « abomination du monde ». Le 25, une composition de grande envergure montre la Civilisation enchaînée à un poteau, se tordant, dans une agonie de souffrance, entre les armées allemandes et celles des Alliés. Le 29, l'éditorial réclame la formation d’une ligue économique des neutres qui, supprimant les envois de munitions et approvisionnements aux belligérants, devra mettre un terme à la guerre à brève échéance.
Mais c'est surtout et toujours vis-à-vis du président que l'ambassadeur multiplie les travaux d'approche, les
reconnaissances, les propositions officieuses, les promesses
par des tiers, les explications, les tentatives de séduction, les avances. Il répète et fait répéter que « l'Allemagne ne désire nullement la guerre avec les États-Unis, qu’elle n’envisage même pas l'éventualité de cette guerre. Tout son intérêt n'est-il pas de conserver et d’affermir son ancienne et précieuse amitié avec les États-Unis? Et quelle erreur ne serait pas la sienne si elle risquait de se
(1) Juge Cohalan.
a 3 LES SIGNES PRÉCURSEURS DE LA RUPTURE 247
mettre à dos en ce moment et quand les choses vont si bien pour elle, quand elle est victorieuse sur tous les fronts et qu’elle a montré au monde sa force, de se mettre à dos un aussi formidable adversaire que les États-Unis? Sans doute l’armée américaine n’est pas encore au point de préparation où ses amis voudraient qu’elle fût. Sans doute sa marine est encore peu redoutable, presque négligeable. Mais quelle puissance en hommes, quelles ressources de toutes sortes ! Surtout qu’on n'’aille pas juger des vraies intentions de l’Allemagne par quelques discours publics, quelques messages nécessités par les conditions de sa politique et de sa vie intérieures. Qu'on ne la juge pas davantage sur quelques démonstrations qui ressortent des mêmes nécessités ! Le désir intime, la vraie volonté de l’Allemagne, l'Allemagne n’a cessé de les dire, l'ambassadeur les a répétés et ne se lassera de les redire. L'Allemagne veut la paix. L'Allemagne ne veut que la paix... »
Le président se laissa-t-il séduire un moment par les arguments captieux de l'ambassadeur? Alla-t-il jusqu’à consentir à entrer en conversation avec lui, ainsi que cela fut dit? S'il le fit, ce fut assurément avec cette maîtrise de soi, non toujours exempte d’une pointe d’ironie, et qu'il avait déjà fait paraître en de si nombreuses occasions. Qu'il se laissa persuader, à aucun moment, qu'il réussirait à tenir décidément les États-Unis en dehors de la guerre, il semble qu'on ne puisse le croire sans lui faire injure. Qu'il ait pensé un instant qu'à paraître écouter l’ambassadeur et à le voir venir en ayant l'air de le croire, le pays et lui-même trouveraient leur intérêt, peut-être et sans doute.
De ces entretiens assurément fort peu nombreux, et, plus probablement de cet unique entretien, qui aurait eu lieu à la White-House, un Saint-Simon donnerait un compte rendu qui dépasserait en finesse, en humour, les meilleures scènes de la plus haute comédie. On a assuré