‹ Introduction à l'étude des alliagesChapitre 48 sur 61 · FEI AE · texte numérisé non relu

FEI AE

joignent la manifestation. Des minutes passent avant que le président, qui a attendu dans la même attitude, la même solennité, la même noblesse, puisse achever :

« … and that the american ambassador at Berlin will

immediately be withdrawn ; and, in accordance with this

decision, to hand His Excellency his passports. »

De ce moment et jusqu’à la fin, le discours du président sera coupé, haché d’applaudissements et de clameurs. Lorsque enfin et avec sa même et tranquille fermeté il conclut :

« Nous ne voulons servir aucun intérêt égoïste. Nous cherchons seulement à nous tenir, également loyaux en pensées et en actions, aux principes immémoriaux de notre pays, principes que je me suis efforcé d'exposer à nouveau devant le Sénat dans mon message voici trois semaines, savoir : revendication de nos droits à la liberté, à la justice et à une vie à l’abri des attaques de l'extérieur. Ce sont là les bases de la paix, non celles de la guerre. Dieu veuille que l'Allemagne ne nous provoque pas par des actes d’injustice obstinés et ne nous force pas à les défendre ! »

Alors les manifestations, les ovations reprennent de plus belle et semblent ne plus devoir finir. Elles accompagnent le président, après que le sénateur Lodge et les plus proches lui ont serré la main, jusque dans les couloirs où le public attend. Elles reprennent plus violentes, plus nourries, lorsqu'il paraît sur la place du Capitole. Elles le suivent tout le long de Pennsylvania Avenue et jusqu’à la Maison-Blanche.

L’enthousiasme gagne, s'étend à tout le pays. Le soir même, à New-York, les drapeaux se déroulent, pavoisent les fenêtres. Partout des manifestations de loyalisme s'organisent. La presse entière, dès le lendemain, glorifie l’acte du président. Il semble que le peuple entier des États-Unis veuille s’unir dans une même ferveur de patriotisme, dans une seule ovation, pour exalter la fermeté

de son président, l’assurer de son loyalisme, de son dévouement, de son affection.

La partie est désormais définitivement perdue pour l'ambassadeur d'Allemagne.

Quelle a été sa part dans la démarche finale de l’Allemagne? Mit-il, comme on l’a dit, tout son effort à s'opposer à cette démarche? Ou bien, sachant depuis longtemps l’obstination routinière de la Wilhelmstrasse, et sûr de la. vanité de son effort, ne fit-il opposition que dans la mesure où il pourrait plus tard se glorifier de cette opposition pour rejeter blâme et responsabilité sur les bureaux prévenus par lui et qui avaient passé outre? L’une et l’autre conjonctures sont vraisemblables. La seconde, pour qui a connu le tour d’esprit de l'ambassadeur, retient davantage.

Cependant les choses ayant ainsi tourné, quelle est alors son attitude? |

Quand l'assistant solicitor au Département d’État, M. Woolsey, remit au comte Bernstorff ses passeports, celui-ci avait été averti, depuis une heure déjà, par trois reporters accourus en hâte, de la décision du président. I1 a eu le temps de se composer un visage quand il reçoit l’envoyé et le message de la Maison-Blanche. Après l'avoir reconduit, il voit les trois reporters qui sont restés dans le hall guettant sa première impression. Il les fait entrer d’abord dans son cabinet. Il leur offre, suivant sa coutume, cigares et liqueurs. Il rit, il plaisante avec eux. Il affiche une crainte comique de toutes les visites qu'il lui faudra faire, de toutes les questions qu’on lui posera, et auxquelles il lui faudra répondre. Il redoute les journalistes surtout et ce qu’on lui fera dire. Il prend conseil de ceux qui sont là pour formuler avec eux une déclaration générale, qu’il a préparée la veille, mais dont il leur attribue la rédaction : « Je ne suis aucunement étonné et mon gouvernement n’aura aucun étonnement. On savait à Berlin ce qui ne pouvait manquer de suivre la décision

qui a été prise. Mon rôle a été seulement d’obéir aux instructions que j'avais reçues de mon gouvernement. »

De tout ceci naturellement, pas un mot n’est vrai. Mais c’est là considération secondaire ! L'important est de le donner à croire.

Cependant l’ambassadeur perçoit, dans la note officieuse que l’Znternational News À gency transmet d’Allemagne (1), le regret de l’action commise, le désappointement et l’hésitation de son gouvernement. Il ne serait pas l’homme que nous avons connu, s’il ne s’en réjouissait d’abord ?n petto et s’il n’y trouvait dans ses ennuis actuels un grand réconfort. C’est le premier mouvement. Le second le pousse à tenter de pallier les conséquences. Il voit immédiatement le parti qu'il pourra tirer de la note et de l'attitude allemandes. Son plan est aussitôt fait.

Par la presse à sa dévotion, il fera valoir la mansuétude de l'Allemagne qui vient de s’affirmer, de se prouver en trois occasions : 1° dans l’avertissement donné avant coulage au steamer américain Housatonic et le sauvetage de l'équipage ; 2° dans l’annonce que les marins américains, faits prisonniers avant la rupture et contre tous les droits par le corsaire Mæwe, seront relâchés ; 3° enfin dans le dernier communiqué du ministre Zimmermann et dans le regret exprimé que la note allemande du 31 janvier ait été mal interprétée.

Il prendra texte de ces trois faits pour, devant le

(x) La note allemande dit : « Le sentiment général en Allemagne est au regret que le président des États-Unis ait donné à la note de l’Allemagne la seule interprétation qui n’était nullement dans la pensée de l'Allemagne. Les mesures allemandes n’avaient aucunement pour but de blesser les neutres mais étaient déterminées par la nécessité de défendre l'Allemagne contre des mesures hostiles, contraires au Droit international et dont les ennemis de l'Allemagne devraient, par conséquent, porter toute la responsabilité. »

La même attitude, la inême réserve, les mêmes regrets sont observés ou exprimés par toute la presse allemande au lendemain de la rupture.

FE

TH A ste ée ai LR LT MAÉ CR 60 ni Tr Le

peuple américain, faire valoir la bonne volonté, la loyauté allemandes qui ont été surprises par la décision impulsive du président.

Il sait que ce public, il n’y a pas si longtemps, s’est prononcé en immense majorité pour la paix. Et il persiste à le croire, en dépit du feu de paille de l’enthousiasme manifesté la veille, foncièrement pacifiste. Donc, et sans attendre davantage, il dit, fait dire, répète, publie que l'Allemagne entretient toujours vis-à-vis des États-Unis

les mêmes sentiments d'amitié. Sa note du 31 janvier

a été toute de prévenance pour les Américains et afin qu'ils pussent désormais voyager en toute sécurité, se gardant seulement, à certains jours, dans certaines voies, et pour éviter l'erreur, toujours possible en mer, d’un commandant de sous-marin. Le président a assurément mal compris ses intentions. Le malentendu heureusement peut encore être réparé. C'est au président à montrer maintenant, et devant ces regrets si sincères et si candidement exprimés par l’Allemagne, qu'il est bien l’homme

de paix que l'immense majorité du peuple américain a élu le 7 novembre dernier. C’est à lui à accepter loyalement les conditions si acceptables, si naturelles, si loyalement offertes par l'Allemagne.

Quelle mine d'arguments ne découvre-t-il pas aïnsi aux pacifistes ! | Et tout de suite ceux-ci s’y précipitent. L’un des premiers à y puiser est M. W.-J. Bryan. Le 5 février, dans un meeting pacifiste, l’ancien secrétaire d'État se fait applaudir en demandant que le président décide de garder les bateaux américains en dehors de la zone de guerre telle que définie et délimitée par l’Allemagne et que toute discussion avec l'Allemagne soit remise à un an.

Sans doute est-ce en lisant, dans les journaux du len-. demain — et on imagine avec quel sourire, — le texte du discours, qu’il n’a pas inspiré, que l'ambassadeur csaçoit et fixe la démarche qu’il fait exécuter au cours de cette même journée.

Page 1