‹ Introduction à l'étude des alliagesChapitre 50 sur 61 · MY M · texte numérisé non relu

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À supposer que la Wilhelmstrasse commence à regretter

vraiment et sa décisoin du 31 janvier et surtout la tour-

nure qu'ont prise les choses depuis, à supposer enfin qu’on n’y soit plus aussi assuré de réduire l’Angleterre et la France par le blocus et la famine, la suggestion pourra être prise en considération. Le mal fait n’est pas encore tel qu’on ne puisse espérer, avec du doigté et la manière, le réparer. Il n’est nullement impossible, et, au contraire, il est très vraisemblable, que le président consente à discuter toute proposition raisonnable portant sur une limitation des activités sous-marines. Aïnsi les choses peuvent encore être remises à l’équilibre. Si elles le sont, quelle nouvelle victoire, quelle nouvelle « manche » remportée par l'ambassadeur et avec quelle élégance ! Si c’est . un échec, les pertes restent mêmes.

Cependant la mauvaise chance, qui semble s’acharner contre l'ambassadeur d'Allemagne en toutes ses intrigues comme en tous ses complots, va renverser ses projets une fois encore. Le télégramme, endossé par Barthelme, est capté par les opérateurs de T.S. F. du Providence Journal, qui à déjà saisi les documents révélés par le World. Il est aussitôt publié par ce journal et fait scandale dans la presse et l’opinion de tout le pays le lendemain. On sait en même temps que, si la première idée est de l’ambassadeur, quoiqu'il s’en défende, la composition et la rédaction du télégramme sont tout entiers de l’ancien secrétaire Bryan, qui s’est entremis, pour le faire parvenir plus vite, au poste de Sayville. La manœuvre est divulguée, publiée, quelque peu grossie par la presse qui n’a

pas oublié les attaques de l’ancien secrétaire lors du mee-.

ting de Madison Square Garden et qui saisit l’occasion d'en prendre revanche. On suppose, on décrit l’entrevue entre l'ambassadeur allemand et l’ex-premier Bryan avant l'envoi du télégramme, et les félicitations du premier au second sur son discours de l’avant-veille, et la

suggestion du télégramme et sa rédaction avec la colla-

Léa SES

boration ou sous la dictée de l'ambassadeur. Au bref, la presse américaine se charge de tirer des faits tout le scandale qu’ils peuvent comporter. Elle le tire tout et

davantage. La manœuvre de l’ambassadeur est donc.

immédiatement annulée.

On a déjà vu qu’il était rare que le comte von Bernstorff restât sur un échec. Celui-ci reconnu, il cherche aussitôt où employer son activité ailleurs.

C'est alors qu'il jette son dévolu, cherchant un com-

parse, sur l’homme de la société de Washington et du.

monde le moins fait, sans doute, pour la diplomatie, l'honnête et loyal ministre de la République helvétique, le docteur Paul Ritter.

Ce sera la dernière affaire de l'ambassadeur allemand et c'est sa dernière chance. En effet, la date de son départ sur le Frederick-VIIT est fixée au 14. Il passe donc toute la semaine à préparer la démarche finale et par laquelle il jouera au docteur Ritter le dernier et pire tour diplo-

matique qui fera la joie de Washington, un peu celle de

Berlin, et qui coûtera à l’infortuné ministre son poste et sa carrière.

Les choses se passèrent ainsi :

Le 10 février, au matin, le ministre de Suisse, diplomate de second plan, au caractère généralement effacé, parlant peu et non point par modestie, mais plutôt à cause de la lenteur de sa repartie et par défaut de brillant, fut aperçu, au Département d’ État, l'œil singulière-

ment vif, le geste important, bombant la poitrine, le

visage épanoui, l'air conquérant et fringant. Qui avait opéré ce changement? On avait remarqué que M. le ministre avait commencé de changer d'air et de prendre un ton d’autorité aussitôt après une entrevue que le comte Bernstorff avait eue avec lui et quand l’ambassadeur lui avait demandé de se charger, après son départ, des affaires de l'Allemagne. Cependant jamais le sentiment de son importance n’avait éclaté de façon aussi évidente,

AE Ar Le ANS FF DR is et

aussi radieuse encore que ce matin-là. On sut un peu plus

tard d’où cette conscience de sa propre grandeur lui était venue et qu'il s'était présenté « au nom de Sa Majesté Impériale ». Il avait tout de suite pris le ton de mystère et de dignité un peu hautaine, qui, selon lui, devait donner plus de portée à ses paroles et il avait annoncé qu'il était chargé d’une importante proposition de la part du kaiser. Il semblait très pressé de faire cette proposi-

tion, mais il devait avoir reçu des ordres très précis pour

s'en taire encore, car, à son évident regret, il n’en dit pas plus ce matin-là.

Il attendit l'après-midi du même jour quiétait un samedi et alors que les autorités étaient égaillées à la campagne et au golf. Suivant toujours ponctuellement les ordres reçus, il fit savoir aux journalistes accourus, et toujours se redressant, parlant bas, souriant par contrainte, comme il avait vu faire à d’autres, que « l'Allemagne consentirait à négocier avec les États-Unis, formellement ou informellement, pourvu qu'aucun obstacle ne fût mis doré-

navant au blocus commercial contre l’Angleterre ».

Dans l'esprit de l’honnête messager, l'Allemagne, loyalement, proposait un arrangement, que les États-Unis devaient accepter avec joie. Dans l'esprit de celui qui l'envoyait il n’en allait pas du tout ainsi, et tout au contraire. L’ambassadeur voulait lancer d’abord et à tout hasard un nouveau ballon d’essai vers une solution pacifique du différend actuel avec les États-Unis : mais bien plutôt encore, car cet espoir d’arrangement semblait maintenant bien évanoui, il prétendait donner avec cette proposition de plus forts arguments aux pacifistes qui étaient alors très puissants et qui pouvaient le devenir davantage. Si les choses n’allaient pas pourtant au gré de ses désirs, il serait toujours temps pour l'Allemagne de désavouer le bénévole messager et son intempestif message. C’est ce qui eut lieu. à

Le président, qui avait vu au premier instant d'où.

» Korg

venait le coup et qui l’on voulait atteindre, n’attendit même pas douze heures pour répondre à l’attaque. Il déclara que les États-Unis auraient plaisir à discuter toute question avec l’Allemagne, à la seule, mais primordiale condition que l’Allemagne annulât son mémorandum du 31 janvier.

Le coup étant ainsi paré et le complot déjoué, Berlin désavoua immédiatement et fort brutalement, ma foi, le messager de son ambassadeur. L’infortuné Ritter, qui n'avait encore rien compris et croyait seulement à un détestable malentendu, s’en fut aussitôt trouver l’ambassadeur qui ne pouvait manquer, selon lui, de tout remettre au point bien vite.

Cependant le comte Bernstorff le reçut au pied levé,

parmi ses bagages, malles ouvertes, dans le fracas des

caisses qu’on cloue, des ordres donnés à secrétaires, valets, et à tous. Il ne s’interrompit que pour serrer en hâte la main du visiteur. Et, tout aussitôt, il lui parla horaires de trains, accommodations à bord du Frederick-VIII, cabine et cuisine. Il plaisanta, rit, ne lui laissa pas placer un mot. Et, tout doucement, il le reconduisit, en lui frappant l'épaule, puis lui prenant le bras. Quand on fut à la porte, il lui serra la main à plusieurs reprises, et chaque fois avec une plus grande effusion. Il lui souhaïta enfin bon séjour, après qu'il lui eut dit et répété : « Au revoir. » Il voulut fermer lui-même la portière de l’auto. Et il ne rentra en courant que lorsqu'elle fut partie. On assure que, lorsque cette auto s'arrêta, quelques minutes plus tard, Hillyer Place, devant la légation de Suisse, le ministre était encore tellement ahuri, qu'il se passa plusieurs minutes avant qu'il se décidât à descendre. :

Le 14 février, enfin, l'ambassadeur quitte les Etats- Unis, dans un grand concours de correspondants de journaux venus pour assister à son départ. Il leur laisse, comme une dernière et colossale ironie, la déclaration écrite suivante : 2

Vo ee eg

ML: er .

« Je n’ai jamais menti à aucun correspondant de journal depuis que je suis à Washington. Il m'est arrivé de ne pas tout vous dire, car, dans la position que j'occupais, cela m'était impossible ; mais tout ce que j'ai pu vous dire a toujours été vérité d'Evangile. Je ne sais, quand je serai rentré en Allemagne, où j'irai. Cela dépend. J'irai d’abord à Berlin, puis, peut-être, chez moi, près de Munich. C’est tellement incertain ! Tout ce que je sais maintenant, je n’en puis rien dire. »

Il quitte enfin le pays dont il a reçu la toujours correcte et très souvent généreuse hospitalité, ayant pleines conscience et satisfaction de le laisser plus divisé qu'il l'était au début de la guerre, avec un ferment d’affaiblissement, le pacifisme, bien semé, cultivé partout et qui n’a plus qu’à se développer ; miné enfin par d'innombrables intrigues et complots qui doivent diminuer sa force économique et son efficiency, sa capacité et son rendement de guerre. Ces intrigues, ces complots, sont si parfaitement organisés, si bien lancés qu'il pourra, s’il est besoin, continuer de les diriger de Berlin, voire de Constantinople, tout de même qu’il faisait de Washington. Sa tâche, ici, est terminée ; mais son œuvre le suit.

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