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M. Charles E. Hughes dans le discours qu'il prononça pour accepter la candidature républicaine, le 31 juillet 1916, au Carnegie Hall de New-York. La haute et indiscutée honorabilité de l’orateur donne une plus
grande importance aux attaques, en même temps
qu’elle garantit jusqu’à un certain point la vérité des
faits présentés. C’est une magistrale et sombre page
d'histoire. Sans doute il faut y faire leur part au temps
et au lieu où elle fut dite, à l’ébullition des sentiments,
à la passion du moment. Voici quelques extraits de ce
réquisitoire :
« La conduite du gouvernement (de M. Wilson), dans ses rapports avec le Mexique, constitue un chapitre
confus de maladresses et d'erreurs. Nous n’avons pas aidé
le Mexique. Il se présente aujourd’hui prostré, appauvri, affamé, écrasé sous les calamités et les horreurs des luttes
intérieures, victime désespérée de l’état d’anarchie que la
conduite de ce gouvernement a seulement contribué à développer. Quant à nous, notre rôle s’est borné à assister au meurtre de nos concitoyens et à la destruction de leurs propriétés. Nous nous sommes fait des ennemis, mais
. aucun ami. Au lieu de commander le respect et mériter
la bonne volonté par notre sincérité, notre fermeté et
notre loyauté, nous n’avons suscité qu’inquiétude et res-
sentiment. Considérant la conduite du gouvernement à la lumière de ses déclarations, il devient impossible à qui que ce soit de la comprendre. Décriant l'intervention, nous sommes intervenus de la façon la plus exaspérante. Nous ne nous sommes même pas gardés en dehors des conflits intérieurs et le sol du Mexique est rougi du sang de nos soldats. Nous avons eu recours à l'invasion du territoire mexicain seulement pour nous retirer sans avoir atteint aucun de nos objectifs. C’est un record qui ne
peut être examiné sans un sentiment profond d’humilia-
tion. »
Sans entrer dans la discussion des griefs exposés, sans
chercher si l'expédition de Vera-Cruz, qui eut le résultat
que l’on sait, fut, en fait, provoquée par la demande de
salut au drapeau américain, laquelle ne fut pas obtenue, ou bien n’eut d'autre but que la déposition du président Huerta, qui eut lieu ; sans prendre parti dans la question d’embargo sur l'exportation des armes aux Mexicains et la levée finale de cet embargo ; sans récapituler les effets de « l'expédition de représailles » après le raid de Colombus ; à s’en tenir aux faits tels qu’ils se succédèrent et
tels qu'ils sont exposés, on ne peut nier ni l'authenticité
de ces faits ni la portée de leurs conséquences. C’est l’histoire d’hier. Or il est entendu qu’en politique et devant l’histoire les faits brutaux peuvent condamner les mobiles, même quand ceux-ci paraissent le plus nobles : et la générosité qui, généralement, n’a guère ici ni là sa place, ne l’a plus du tout quand elle n’a pas d’abord avec elle la décision, la fermeté et la force pour s’imposer.
Le président a pu défendre sa politique en se retranchant derrière la notoire et très noble profession de foi de Burke. Il a pu rappeler la déclaration fameuse des droits de l’État de Virginie qui veut qu ’une nation ait « droit
de faire tout ce qu'il lui plaît à l’intérieur de ses fron-.
tières, avec son gouvernement et pour son propre pays ». Il a pu établir la profession de cette déclaration à la base de sa politique et comme principe de gouvernement. Il a pu lui-même et en deux occasions mémorables affirmer “et revendiquer ces principes (1). Il n’en reste pas moins
(1) Payant tribut, le 11 mai 1914, aux marins américains tués à Vera- Cruz, le président disait :
« Nous sommes allés au Mexique pour servir l’humanité si nous pou-
vons en trouver les moyens. Nous ne voulons pas combattre les Mexi- —
cains ; nous voulons servir les Mexicains si nous le pouvons, parce que nous savons combien nous-mêmes, Américains, aimons à être libres et combien nous, Américains, aimerions à être aidés pour le devenir, si des amis étaient près de nous et disposés à nous aider. Ce n’est jamais une belle chose de mourir dans une guerre d’agression, mais c’est une
34 INTRIGUES ET DIPLOMATIES A WASHINGTON que la théorie, quand elle exige des sacrifices qui n'ont . de compensations que dans la satisfaction de conscience d’un seul, — et quelque généreuse qu’elle soit d’ailleurs, — est trop voisine de l'utopie, et l’on a eu trop souvent occasion de dire que c’est l’utopie qui a fait de tout temps l’écueil des politiques et le danger des nations. Il est à espérer qu’un prochain avenir verra des changements qui semblent avoir été récemment annoncés. Le mieux qu'on puisse dire aujourd’hui de la politique mexicaine du président, et après qu’on aura loué la noblesse de son inspiration, est qu’elle n’est point achevée. Il faut attendre ses inévitables et prochains développements avant de la juger en dernier ressort ou de la condamner sans appel.
Tel peut être aperçu, dans les grands traits de sa vie et de son œuvre, le président Wilson. Ni son apparence physique, ni son accueil ne démentent l’idée qu’on s’en peut faire d’après cette vie saine, cette œuvre forte.
Plutôt grand, droit, avec une apparence de santé, de vigueur, avec cette aisance, cette souplesse d’allure que conserve, dans l’âge mûr, l'entraînement habituel aux sports ; la physionomie longue par le menton qui légèrement avance, marquant la ténacité, l’entêtement ; les traits fortement accusés ; les joues pleines, dont les muscles, sous l'effort de la réflexion ou durant une audition, se tendent, forment bosses ; la bouche mince dans le cadre des deux fortes rides, avec on ne sait quoi d’amer
noblesse de mourir dans une guerre désintéressée pour le service et l’aide des autres. »
Et, deux ans plus tard, le président, parlant devant le New-York Press Club, disait encore :
« Pensez-vous que la gloire de l'Amérique serait accrue par une guerre de conquête au Mexique? Pensez-vous que n'importe quel acte de violence d’une nation puissante comme celle-ci contre un voisin faible et désemparé ajouterait une distinction aux annales des États-Unis? Pensez-vous que ce soit notre devoir de prendre prétexte de notre défense propre pour intervenir dans les affaires d’une autre nation? L'idéal amé.ricain est écrit clairement sur chaque page de l’histoire d'Amérique. »
CESR
ou de désabusé et qui, dans le sourire officiel, paraît sou- É
vent ajouter à la pensée exprimée un sarcasme ; le regard, derrière les verres du lorgnon, plutôt doux, froid, distant, ce regard voilé et comme replié que donne l'habitude de la méditation, et qui paraît exprimer la lassitude ou encore un indicible ennui ; la voix musicale, plutôt basse
à l'ordinaire, mais qui, devant le Congrès, dans les discours
de plein air, prend de la force sans pourtant y joindre la
chaleur ; le geste généralement sobre, qui s’amplifie à
peine devant un auditoire ou à la tribune, et quand la
main, l’avant-bras décrit un arc de cercle, puis retombe ; une habituelle et extrême correction de mise, voire cette élégance sobre, rigide, qualifiée chez nous britannique ; une grande dignité d'aspect, et, en certaines solennités, devant le Congrès, par exemple, une véritable majesté,
Tel se présente le président Wilson dans sa personne physique, son attitude, sa tenue. L’impression qu'il impose
d’abord est celle de l’autorité, du contrôle de soi-même, de la volonté et de la ténacité dans la volonté.