CHAPITRE III
Jusqu'au printemps 1914, l’ambassadeur d'Allemagne n'a connu que peu de choses de la vie et de l’œuvre du président Wilson. Et, de sa politique, il n’a aperçu que l'aventure mexicaine. Il n’a naturellement ni admis, ni voire envisagé la sincérité de la « raison de principe », qui a pu guider ou dominer cette politique. Il l’a donc jugée, ou bien, et à ne considérer que les faits, singulièrement pauvre, ou bien, et à faire crédit au président d’un espoir paresseux d’annexion automatique, terriblement hasardée.
Il s’est fort bien rendu compte cependant qu'il n’a pu mesurer la valeur de l’homme d’État sur une aussi maigre donnée. Quelle qu’ait été l'opinion exprimée par lui à la conférence de Potsdam, au début de juillet, il s’est réservé de mieux juger le président à ses actes après la déclaration de guerre. C’est donc avec le plus intense intérêt qu’il a lu, dans la semaine qui a précédé son départ pour New-York, la déclaration du 3 acût à la presse des États- Unis et au monde (1).
(x) Au lendemain de l’ordre de mobilisation générale affiché dans toute la France, le président a convoqué un groupe de journalistes à la Maison-Blanche. Solennellement il leur a déclaré que le gouvernement …
américain avait devoir et désir de conserver la plus stricte neutralité
dans la présente crise. Il a affirmé que ce gouvernement faisait et ferait l'impossible pour obtenir les navires nécessaires et ravitailler en denrées
a INTRIGUES ET DIPLOMATIES À WASHINGTON.
Il a été plus vivement intéressé encore quand, étant déjà en mer et en route pour New-York, l'opérateur de : T. S. F. lui a remis, dans la matinée du 19 août, le texte de la proclamation du président Wilson faisant un nouvel appel à tous les citoyens des États-Unis pour maintenir le pays dans son état de neutralité (1).
Étendu sur sa chaise de pont, il a lu, relu, médité le
alimentaires les nations européennes. Il a insisté, en terminant, sur le devoir qui incombait aux États-Unis, devant l'humanité, d’aider et assister ces nations pendant la terrible épreuve et la grande et durable gloire qu’ils ne manqueraient point de s’acquérir à condition seulement qu’ils conservassent leur sang-froid.
(x) Texte de la proclamation du 19 août 1914 :