‹ Introduction a l'étude des hiéroglyphesChapitre 11 sur 63 · La racine elle-même est complètement oblitérée · texte numérisé non relu

La racine elle-même est complètement oblitérée

On conçoit que ce dernier cas seul donne lieu à une convention analogue k celle qui attribue un son déterminé à un caractère, ou réciproquement, dans nos écritures actuelles. Par contre, la convention inverse n'a plus à jouer, qui enlève à un signe toute valeur d'idée. On observera que, dans l'état présent de notre connaissance du vocabulaire égyptien, il nous est à peu près impossible d'affirmer qu'une racine a cessé d'exister. Nous nous dispenserons donc de donner un exemple.

cil AP. I : PRINCIPE DU SYSTÈME. 15

Quant au déterminatif. il semble procéder du signe-racine, par voie de généralisation et abstraction de la valeur phonétique. On a vu combien la distinction était malaisée à faire.

La notion élariiio de signe-racine permet d'apprécier les possibilités d'exprimer, avec une approximation suffisante, les idées par l'image. Lorsque, parmi les mots appartenant h une môme racine, on peut choisir le plus concret, sans viser à rendre ce que les grammairiens appelleraient le sens premier^ on augmente ses chances de découviir la figure convenable.

Il est clair que bien peu de mots de la langue peuvent être représentés de façon précise par un signe-mot, sans qu'interviennent des conventions parant à l'amphibologie. Comment, en effet, distinguer par l'image des termes presque synonymes? Non seulement prétendre atteindre par ce procédé à la richesse de nuances de la langue parlée serait illusoire, mais les idées qui ne s'attachent pas a des objets matériels, c'est-à-dire la majorité, ne sauraient trouver pour les représenter d'idéogrammes adéquats.

CiiAMi'OLLiox (Précis, p. 320 sqq.) a développé fort habilement une distinction établie par les anciens, entre les signes figuratifs^ images directes des objets, et les signes symboliques, dont l'emploi suppose une association d'idées ])lus ou moins lâche. l)ien que ce classement soit commode, on ol)servera que la frontière est malaisée à tracer entre le sous-groupe des caractères figuratifs dits conventionnels et les caractères symboliques dont le symbole n'est ])as trop obscur.

Notre grand précurseur a encore exposé comment, pour exjirimer les abstractions, les hiéroglyphes procèdent, à l'instar de la langue, par syneedoche, métonymie, métaphore, ete. Rien de plus juste; mais on peut aller plus loin. Champollion, s'en tenant à deux catégories de signes bien tranchées, les idéographiques et les phonétiques, compare, en deux séries parallèles,.

les développements de la langue et de l'écriture. Or la science contemporaine s'est enrichie de la notion de signe-mot qui constitue en quelque sorte une moyenne. On concevra dès lors les deux développements comme étroitement solidaires^, comme s'accomplissant en deux étapes successives^ l'écriture complétant au besoin le travail fourni par la langue. On devra donC; dans l'étude de cette classe de signes^ faire^ d'abord et dans la mesure du possible^ la part des faits de sémantique.

Par exemple; si Q^ est appliqué par synecdoche à la notion de bataille ou à'avmée (cf. Horapollon, II, 5), est-ce que le mot armée lui-même n'est pas un collectif et une abréviation de l'expression iroujje armée? Quoi d'étonnant si l'écriture nous montre un personnage unique et réduit aux membres et attributs qui répondent au sens de l'adjectif'? S'il s'agissait du français, il n'y aurait pas là de trope scriptural, l'écriture paraissant traduire la langue aussi fidèlement que possible. Rien ne prouve qu'il n'en a pas été h peu près du même en égyptien.

Si ^ (Horapollon, II, 12; cf. Spiegelbeeg, A. Z.. LUI, p. 93)

peut représenter une foule (oyXoç) c'est par une extension de sens allant de troupe armée h foxde en général. Cette fois nous savons positivement, grâce au copte MHHiye, que cette évolution est d'ordre entièrement linguistique.

Si un croissant de lune ^-c:^ (Horapollon, I, 4) sert à écrire «lots, n'est-ce pas qu'à un moment donné lune et mois s'exprimaient par le même mot ou deux mots apparentés, ainsi qu'il arrive dans bien des langues? Il peut y avoir métonymie scripturale seulement dans le choix de la forme de l'astre la plus caractéristique.

Si l'année (Horapollon, I, 3) s'exprime conventionnellement par un roseau \ , c'est que les mots signifiant rajeunir, verdure et année appartiennent à la même racine ^^AAAA.| . En matière

d'écriture, l'effort d'invention s'est borné ici à rechercher quelle était, des trois idées, la plus concrète, et à fixer la forme du

sig'ne qui la représente. II semble qu'on ait bien là la clef des associations d'idées qui nous paraissent abstruses^ et d'autant plus que certains intermédiaires linguistiques ont pu sortir de l'usage entre temps.

On pourrait multiplier les exemples. Il y aurait toute une étude 11 faire qui intéresserait autant le vocaljulaire que l'écriture et ne saurait trouver sa place ici. Mais on peut admettre a priori, que les inventeurs ou adaptateurs du système Iiiéroglyphique se sont permis des approximations du genre de celles que nous employons nous-mêmes quand nous imprimons l'image d'une enveloppe de lettre ou d'une raquette pour indiquer qu'il y a un bureau de poste dans une localité ou un court de tennis au I^alaee-Hôtel.

Les racines do la langue égyptienne paraissent comporter de une à quatre consonnes ou consonnes-voyelles. Les radicaux qui en montrent davantage sont formés par redoublement ou par l'adjonction d'un élément grammatical. On distinguera donc des racines unilitères, bilitères, trilitères et quadrilitères.

Une question des plus graves et non encore résolue consiste il déterminer si chaque hiéroglyphe comporte une vocalisation fixe qu'il entraîne avec lui dans tous ses emplois (sauf celui de déterminatif), ou bien s'il constitue une armature consonantique à laquelle s'adai)tent des nuances vocaliques variables. La notion même de signe-racine et les modifications vocaliques internes observées dans le copte parlent en faveur de la deuxième hypothèse. Si elle est juste, les signes unilitères méritent vraiment le nom ([' alphabétiques, du moins selon le mode hébraïque. Par contre, on ne peut parler de signes syllabiques que dans l'hypothèse inverse.

La série d'exemples qui suit montre que, pour la décomposition des radicaux trilitères et quadrilitères^ toutes les combinaisons sont possibles, bien que de fréquence très inégale.

Sottas-Drioton. 2

18 INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES HIÉROGiLYPHES.

Radicaux trilitères.

1 + 1 -f- 1 y, Tm¥. Ij^[> «district» h -\- s + ji 1 + 2 t^^f^ ^ û rmii «bras» r + (»iu + «)

AAA/>Aft

2+1 -iXSi3 1 v\ I t'^l trni «loup » {irn + ») + .s

Kadicanx quadrilitères.

1 + 1 + 1 + 1 ^^ n ^^"^ A irsUi « se hâter » //• + .s + / + a

- - ' I AAAAAA

1 + 1+2 P '^ i ^fl *''"-^"' « «în<^ " "" + "' + (*■"■ + "■)

1 + 2+1 ® J^Pt^ -"""'' «ami» A + (/^ + Hm + H0+^• 2 + 1 + 1 "^^^^ 11!°^ Sa "i"^'" « éeritoire » (//îh + »1 + // + .:

2 + 2 > [^r£l ^tç^A irn?:ir «bétail» irn -\- :cir

1 + 3 I I o sntj' « encens » .s + {nij- + ^ + r)

^ "'" ^ O , 'O hprs « couronne (hpv + >•) + -s

royale »

Ou trouvera dans le tableau annexé au présent volume l'explication d'un certain nombre de signes dans leurs différents emplois. Il est impossible d'établir une liste complète, car, outre que la série des hiéroglyphes n'est pas, en principe, limitée, chacun d'eux, pris isolément, comporte une grande variété de formes. Sur ces deux points il sera fourni quelques données au chapitre traitant de l'histoire de l'écriture.

Pour le olioix des sii^nes, il <i t'allu se borner à une période moyenne, laissant de côté, vers les origines, le temps où les signes-racines, encore très nettement diftëreneiés, étaient en très grand nombre; et. d'autre part, vers les basses époques, celui où les hiéroglyphes avaient cessé de servir h l'usage courant pour faire place h leur succédané, le démotique.

Pour la forme de chaque signe, on s'en est tenu, forcém.ent, H celle du caractère typographique, bien qu'elle se rapporte, par un fâcheux abus, à la fin de la période envisagée, et montre généralement des symptômes d'usure manifeste.

La disposition du tableau parle d'elle-même et cadre avec l'exposé qui précède. Si l'on n'a pas mis la colonne « signe-racine » v.n contact avec la représentation isolée des signes, c'est d'abord pour conserver à cet emj)loi sa position moyenne entre les deux autres qui semblent en dériver. (J'est aussi dans un but tout pratique, afin que le lecteur trouve facilement la prononciation.

Quand celle-ci, notét^ en transcrii)tion, est mise entre parontiièses, c'est qu'elle ne ])araît pas usitée dans un rôle purement [)honétique, et en dehors de la racine mentionnée par la colonne voisine. (Jette indication, de même que les blancs laissés dans le tableau, ne prétend })as marquer autre chose que notre ignorance, i)eut-être tem))oraire, et n'a aucune valeur de principe.

Extrait bibliouraphiqiic et références Justificatives.

CiiAMi'Oi.LioN le jeune, Lettre à M. Dmieh rehitica à l'alphabet (les hiéroglyphes phonéÀûpies (1822); — Précis du Système hiéroglyphique, 2""= éd. ( 1 828) ; Grammaire égyptienne ( 1 8o6). — V. Loreï, Manuel de la langue égyptienne (1889) ; — A. Erman, Agyptische (Jrammatik, 3'"*' éd. (l'Jll). — P. Lacau, Notes de grammaire, ap. Recueil de Travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, XXXIV sq. (1912 sq.). — P. Montet, Questio)is de grammaire et d'épigraphie, ap. Sphinx, XIX(1915). — A. Z. = Zeitschrift fiir agyptische Sprache und Altertumskunde.

Page 1