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Chapitre II

Évolution du Système.

Xous sommes ici sur un terrain particulièrement difficile et il importe, pour parer à toute équivoque, de bien définir les termes employés. Quoique la limite entre histoire et préhistoire tende aujourd'hui à s'efFacer. du moins au dire de certains auteurs, on admet communément comme critère l'existence de documents écrits. L'histoire d'Egypte et l'histoire des écritures égyptiennes commenceraient donc, par définition, en même temps.

D'autre part, un dessin ne mérite le nom d'écriture que si la position respective de ses éléments n'a plus d'autre portée que d'en indiquer la succession, correspondant à la suite des idées exprimées, et «sans aucun égard à une image d'ensemble».

Par exemple TO ne veut pas dire qu'un homme appuyé

sur un bâton regarde deux cribles tombés dans l'eau, mais exprime le mot nhh «vieillard».

Le système hiéroglyphique tel que nous l'avons décrit et tel qu'il nous apparaît sur la grande majorité des monuments, répond pleinement a la condition sus-énoncée (1). Par contre, certains érudits contemporains ont cru relever des traces d'un état antérieur dont la caractéristique essentielle serait pré-

rien

(l) «Une in.scriiitiou hii'roglvpliinue présente l'aspect d'un véritable chaos ; .__n n'est à .=a i)lace ; tout manque de rapport; les objets les plus opposés dans la nature se trouvent en contact immédiat, et produisent des alliances monstrueuses» (Champoltjon, Précis, p. 305).

c'isément de n'y point satisfaire. Nous sommes donc en droit, provisoirement au moins, d'étudier successivement la préhistoire t't l'histoire des écritures égyptiennes.

On peut dire que tout dessin contient en germe nne écriture, puisqu'il fixe la pensée, fût-ce d'une façon très vague, et la transmet. ]1 constitue en somme une allusion à un fait ou un ensemble de faits, allusion qui se précise dans l'esprit de rcjbservateui", grâce à une connaissance antérieure, plus ou moins complète, de ces faits. L'imagerie et l'écriture sont deux moyens d'expression qui agissent do faeon différente sur notre entendement et qui ne sauraient se remplacer l'un l'autre. On a pu dire de nos cathédrales gotiiiques qu'elles étaient des livres à l'usage de la foule illettrée. Et pourtant, que de gens instruits se trouveraient bien empêchés aujourd'hui s'il leur fallait en expliquer l'iconographie, sans avoir en main un exemplaire des Apocryphes ou de la Légende Dorée. Plus peut-être que tout autre peuple, les Egyptiens so sont attachés ;i préciser le sens de leurs monuments figurés au moyen de légendes écrites; ils y ont mis un scrupule (jui souvent et à première vue, apparaît comme superflu et même un pr^i puéril (1).

Un dessin tend ;i devenir une écriture dès qu'on prétend évoquer par lui, non plus une impression, mais une suite d'idées l)récises, représentées dans la langue parlée i)ar une phrase déterminée. La part de convention y devient alors énorme.

1^1) Du inoiiKS en jiiijeons-noii.s ainsi superticielleniout, uiiiis iiou.s pratinUdiis It's mêmes erreineuts. Si le catalogue d'un Mag'asin de Nouveautiîs éi-rit « Moulin à Café » au-dossou.s de l'image de l'objet, bien (lu'aucun doute sur sa nature ne puisse subsister, c'est : 1" qu'un intérêt commercial commande une dêtinition précise ; '!'' ([ue la suppression de l'image ou de la légende ferait disparate dans la série. De même les Egyptiens obéissaient à un double sentiment : 1" croyance dans la valeur magii^ue des tableaux ; 2" horior vacu.i pour les tonds.

22 INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES lllÉROGLYPJIES.

Par exemple, les Indiens de rAniérique du Nord dessinaient Timage ei-eontre pour exjjrimer /^15~\J\ g-rapliiquenient la fonnnle rituelle ou plutôt le ) /*^

couplet magique : «I^a demeure du grand esprit, -^^

vous en avez entendu ]»arler; il va entrer».

De môme^ chez une i)euplade du Congo, une phrase entière est notée par la représentation d'un mot caractéristique. Ainsi O se traduira : « Si je renonce pour le moment ii traiter de cette affaire avec toi. nous nous en expliquei'ons si le .^oleil hriJle à midi » (1).

On conçoit que des « écritures » aussi synthétiques ne se prêtent qu'à la notation de phrases toutes faites et en nombre restreint. On retrouve pareille chose, aux antipodes de la civilisation, dans nos codes télégraphiques.

C'est un postulat admis couramment que toute écriture, produit d'une généiation spontanée, a commencé ])ar être une écriture en images s'adressant directement à la pensée, avec un minimum de conventions. Si, de cela, l'évidence paraît manifeste, c'est bien quand il s'agit des hiérog^lyphes égyptiens, lesquels, non seulement ont possédé jusqu'au bout des idéogrammes, mais encore les ont conservés sans trop de déformations, sauf dans les cursivcs, et nettement représentatifs des idées. Les cunéiformes, par exemple, se sont comportés, à cet égard, de tout autre manière.

Néanmoins un auteur des j)lus jierspicaees, comme des mieux informés (A. H. Gardixer, ./. K. A., II, p. 74) vient d'admettre comme possible que «les ])lus anciens hiéroglyphes aient été de nature })honéti({ue et non idéographique», et peut-être employés à rendre les noms })ropres, en manière de rébus.

(1) \'oir d'autres exeniplos, nombreux, do ces «écritures» |)riniitives dans Tii. \V. Danzki., 7><e Aufiin^e der SrJiriff.. Leip/ig 1912.

Cette opinion quasi-révolutionnaire (1) témoigne du peu de clianees que nous possédons u l'heure actuelle d'acquérir des notions précises sur l'origine des hiéroglyphes. En face dun monument arcliaïque montrant des dessins diftérant de la norme liiéroglypliiquo. comment savoir s'il s'agit d'hiéroglyplies jirimitifs ou simi)lement de ces re])résentations figurées dont la variété est naturellement infinie?

(Cependant, depuis quelques années, l'attention de quelques égyptologues s'est fixée sur uii petit nombre de documents arclxaïques ou arcliaïsants })résentant des ensembles où de pures images et de vrais signes d'écriture seraient intimement mêlés, tandis que rinterj)rétation ii donner h l'ordre des parties ne i-emplirait })as la condition indiquée i)lus haut ))our définir la notion d'écriture.

]jV monument h' ])lus souvent cité h ce proj)OS est la célèbre palette d'Hiéraconpolis, dite du roi Karmer. Depuis une dizaine d'années, il n'est guère de mémoire traitant de l'écriture qui ne le reproduise au moins en partie. Mais le ])lus remar- (juable en l'affaire est que les interprétations diffèrent presque toujours sur quelque point essentiel.

En face de la représentation habituelK' du roi triomj)liateur massaci'ant un chef prisonnier, se voit un grou})e composé

{l ) Un peu dans le nu'-ine ordre d'idées, A. E. C'owi.ioy (Sclureich Lectitrex for 1918. p. 38) a admis (|ue les Hittites avaient inventé ou adopté leur sy.'^tème d'hiéroglyphes pictograpirK|ues alors qu'ils écrivaient depuis longtemps en cunéiforiues. Bien (pie II. II. Hali, {J. E. A., VI, p. 49) jtaraisse avoir réfuté victorieusement cette supposition, le seul fait (juelle a été émise est très significatif. On serait tenté d'en rapprocher le chapitre de Danzki. intitulé «Verwendung von lîilderschrift bei schriftbositzenden Volkern » (p. 1!>"2 — 193), mais il s'agit surtout d'illustrations de manuscrits au Moj'en Age, d'almanachs ou d'une )>rière en rébus. Ce sont là des fantaisies (juasi- •'■ternelles. Nos dictionnaires actuels, (juand ils arrivent à la lettre 1\ par exemple, ne figurent-ils pas un poisson, un )iarapluie, une potence, etc., sans qu'on puisse parler de retour au principe d'acrophonieV

d'un faucon tenant de sa patte droite, terminée par une main. la corde passée dans le nez dune tête barbue terminant, ellemême une sorte d'ovale. De ce signe, étendu horizontalement, sortent six tiges feuillues, sur deux desquelles repose la serre de la patte gauche du faucon (v. PI. 1). Dans sa grammaire (o® éd. 1911), A. Ekman interprète ainsi : «Le faucon ^^, (c.-à-d. le roi) a emmené prisonniers (indiqué par la corde) six mille TTTTTT têtes (c.-a-d. hommes) hors d'un pays».

Le caractère hybride de cet ensemble résiderait dan.s le double fait que : 1^ T est employé phonétiquement; 2° que le groupe entier servirait de légende au tableau voisin.

Dès l'année suivante, le même auteur [Die Hiero;jlyphen, V^ éd. 1912, p. 14) modifie sensiblement sa manière de yoh\ Il n'est plus question de rapports avec la représentation du roi anthropomorphe, mais c'est au contraire l'image discutée qui se trouverait glosée par une légende en hiéroglyphes normaux , soit le nom de la terre ( ).

D'autre part, A. H. Gardixer (J. E. A.. II, p. 61) observant que le souverain massacreur et le faucon se font face, envisage le tout comme un tableau en deux parties analogue à ceux que montrent les temples postérieurs. Un dieu ^^. (Horus) amène 6000 prisonniers au roi occupé k frapper l'un d'eux. La légende est restituée au prisonnier agenouillé.

Enfin Cir. Sntz {B. I. F. A. 0., XVII, 1920, p. 151), utilisant une remarque de Y. Loret, affirme que ( ) ne désigne i)as un pays quelconque, mais la terre étrangère.

Les autres auteurs se rallient k l'une des opinions qui viennent d'être résumées, sans se préoccuper d'indiquer les raisons de leur préférante (1).

(1) Notamment Danzei, {op. cit, p. 179 et pi. 37) qui suit Eiiman, première manière. Dans .son ouvrage Histoire des lîeligions et Métliode comparative.

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