PI. II
Y^-' f*-fti.,-^
Palette <le Narmer (revers)
Avant même d'avoir constaté ces divergences, des doutes nous étaient venus sur la portée attribuée à cette re])résentation. Tout d'abord, on est tenté de ne point dissocier @ et C~D (|uand on pense aux complexes ultérieurs composés du ])lan d'une enceinte de ville muni d'une tête et de bras. En outre^ il serait bien étrange que le pays visé fût laissé indéterminé,
mais à coup sûr le nom se rap})orte au prisonnier placé
au-dessous, car, partout sur la palette, le nom d'un ])ersonnage est placé h côté de sa tête et non ailleurs. Si donc l'ensemble
iormé par @, c ) et les six T symbolisait tout simplement «le l)ays des marais v? Le type sémite de la tête n'y contredirait pas. D'autre part, la serre du iaucon repose par ses doux extrémités sur les feuilles. Singulière fa^-on d'exprimer le mouvement! Ne serait-ce pas plutôt là le geste de la prise de ])ossession, tel qu'on l'observe par exemple, dans les représentations (lu sphinx ou griffon royal?
Au total, l'énigme })0urrait se résoudi'e ainsi : une image du faucon royal tenant sous sa serre un pays de marais et saisissant dans sa main la corde liant la population prisonnière. (Je double geste trouverait un parallèle au revers (v. PI. 2), oii le taureau royal démolit de ses cornes une forteresse dont il l)iétinc un des défenseurs (1).
|i. 6G, G. FoiiCAUT donne nne explication diftereiite rt nui ii;i rien à voir avec l'origine de récriture.
(1) Il est significatif, comme nous l'observons ajirès cou]>, que Daxzel ait précisément choisi les deux images comme types d'un certain développement de r^écriture». il suit peut-être en cela M. Huhchakdt, ap. Pauly- \V'ysso\VA, liealenzi/khpudiej s. v. Hieroglj'plion. — On comparera le groupe jyeint sur la paroi d'une tombe tliébaine de la XVIII^ dynastie : < Une l'enune assise sur un trône tient sur ses genoux le jeune Aménophis II cas<iué, appuyant une main sur l'épaule de sa nourrice et tenant de l'autre des cordes auxnuolles sont attachés cimi nègres et quatre Asiatiques qui lui servent d'escabelle ^ (Champoij.iox, Xolices descrij^Uvex, p. 499 S(i.).
Ainsi se trouverait éliminé l'élément écriture; il resterait un tableau teinté de ce symbolisme que l'on rencontre n toute époque, qui nous rapj)roclie souvent des croyances primitives, mais dont la présence sur un monument, pour si ancien qu'il soit, ne suffit pas k démontrer qu'on ait affaire a une survivance d'un temps où l'on ne disposait point de moyens d'expression plus perfectionnés.
Notre interprétation est sujette à critique, comme les autres. Tout d'abord, les monuments anciens, et la massue du mome roi Narmer, groupent volontiers en une touffe les signes T affectés de leur valeur numérique. ( )n pourrait môme prendre ici ( ) pour la base sans signification qui complote parfois cette étrange graphie des milliers. Mais K. Sethe (T'o» Zalden uuJ Zahhcorteii. p. 6) voit là un de ces «jeux d'écriture idéograpliisante» à rapprocher d'autres attestés h toute époque;, particulièrement sur les monuments les plus anciens, et tels
que "^ «porter», o^ «frapper», 1 1 gt^ H «hiA'er» etc. (Ekjman,
Gr<imm. § 82 et 80; Lacau, Recueil, XXXV, p. 61; Setiie, A. Z., LU, p. 58). C'est l'introduction, dans l'orthographe de quelques mots qui s'y prêtent, d'un élément idéographique su})plémentaire, obtenu par déplacement des signes constituants. D'autre part, les représentations figurées et les légendes qui les accompagnent se pénètrent fréquemment. Pour ne citer qu'un exemple, on trouve sur une paroi d'un temple de la V*" dynastie un défilé de divinités ou localités personnifiées portant sur la tête tout ou partie dos hiéroglyphes composant leur nom, et à la
main, les signes r-Q— . htp, 1 >rs, -r- 'nh désignant l'offrande, la prospérité et la vie. Au-dessous, une scène de boucherie. Dans la légende s^=* <=. «prendre la patte de devant», l'image C?V
de ce membre, située au-dessous, rendue ii une échelle trois fois plus grande et ])ortée ])ar un personnage, sert de signe-mot.
l)v même lo couteau "^ qu'un nide affûte est placé de telle sorte qu'il complète la légende crs:^ I «aii^uiser le cou-
teau» (BoKCHAiîDT, Sahtire. II. pi. 31).
Ces échanges n'ont *Aisil)lenient rion de commun avec les tâtonnements qui ont i)u accompagner l'éclosion dun système. Tout au contraire, seuls peuvent se les jjermettre des écrivains en pleine possession de leurs moyens d'expression. 11 se pourrait donc que la présence de signes phonétiques dans le groupe de la palette d'Héracléopolis conduisît à une conclusion dianié tralement opposée à celle qu'on a préconisée jusqu'ici.
( )n ne saurait abandonner la célèbre palette sans signaler une bien curieuse rencontre. De deux calices de fayence attri bues h la X'VIIP dynasti(> (KicKiiis, ./. K. A . V. p. 145), l'un
montre le faucon "^^^ perché sur le signe irQ , ayant devant
lui (nom illisible) et derrière lui. en manière de fond, un
bouquet de sept tiges. Cette re[)résentation est englobée dans des scènes de bataille et de capture de prisonniers. L'autre calice présente, en deux registres, une suite de métopes contenant tous, avec quelques légères variantes, la représentation du roi frajtpant un chef vaincu. Avons-nous lii le produit d'un simple hasni'd. ou sinon, quelle eonclnsion tirer du rnpproclienient (1)?
1,1) On iinter.'i encore <[ue, parfois, le roi nia.>*safreur voisine avec l;i rel>n''seutation de l'urious w'zt percliée sur trois ti>res de papyrus (p. ex. II. Scn\i-KK, A. Z, LV, p. 35). La présence de la déesse tutéiaire et de la plante symbolique du nord a-t-elle à son tour un rapjiort (|uelcon(iue avec le.s faits discutés ? — Il ncst pas sans intérêt do comparer aux représentations de la palette de Narmer celles de trois monuments de même provenance au nom du roi archaïque Kliaseklieni. Un fragment de stèle montre la scène classique du massacre d'un i>risonnier dont on voit seulement lo jicnou posé à terre et une main. Or la hande de terrain servant de base
se termine par une tête de Nubien snpportant i, hiéroglyphe du nom
ethnique. I-e roi, dont l'image est détruite, se trouverait ainsi fouler l.i
(Jn interprète encore comme résidus de r^< écriture par images» les groupes comme "7^ i^. , relevés dans une copie récent-'.
mais arcliaïsante, d'un texte fort ancien. Les noms divins se l'ont face pour indiquer que l'un des dieux adresse la parole Il l'autre : «Geb dit ;i IIoi'us».
terre ■■ nubienne et il y aurait là, pour ainsi dire, la somme de.s deux
représentations distinctes chez Narmer, avec élimination du faucon royal. Sur la plinthe d'une statue assise sont représentés des ennemis tombés dont
le nombre est inscrit au-dessous. On
relève l;i deux si-rues
;i trois et
quatre tiges, donnant au total 7000. Or, à côté, ou voit un autre personnage couché et portant sur la tête un bou- (juet de cinq tiges auquel le rapprochement ne permet guère d'attribuer une valeur numérique et que l'on interprète en elt'et comme la plante symbolique du nord. Enfin, sur trois vases a été iucisé le même dessin ci-contre. A l'Horusroi du sud fait face la déesse-vautour tutélaire du ruyauiiie du sud. L'inscription de droite a. pour objet de rappeler la date où le remplissage du récipient a eu lieu : '; L'année de combattre et de frapper les Septentrionaux. -■■ Il y a \k mélange intime de la représentation figurée ou symboli(iue avec l'écriture. Ainsi -t est grandi pour servir de limite au tableau. Le vaincu est retourné pour faire face à l'image ilu nn. La massue î est déplacée et semble exercer
matériellement, contre l'idéogramme du mot suivant, laction qu'elle exl)rime. Le vautour fait le geste de serrer le nœud des plantes symboliques
des deux royaumes autour de riiiéroglyphe V qui, représentant les poumons
et la trachée, ne répond ici qu'à la valeur conventionnelle et abstraite « réunir >. etc., etc. Cet ensemble mériterait d'être utilisé jiour la recherche des origines au même titre ([ue la palette de Narmer. Mais n'y reconnaîton pas aisément un mélange artificiel, conscient, bien plutôt que le produit «Pline dissociation restée imparfaite ?
Ici encore il serait arbitraire traffirmer que l'emploi d'un tel procédé ait été commandé par la pénurie de ressources scripturales. A toute époque le discours a été introduit par des abréviations. Témoins les expressions oîi le verbe ^^ zd «dire» est sous-entendu, soit au début, soit au milieu, soit à la fin. r^) ^ cJ^ {zd)hr-f.ic «que Ton ^dise)»; Q^f^)^ y(.zd)n-f «ce qu'il a (dit): |~j j ( ^°1 ) 'utr-tr (hr zd) «les dieux
de (dire)»; 1] ^ ' ( ^ ^^ ) V"'^''^ (J.'^' "''0 "^i^s (disent)».
Tout cela n'a rien de plus primitif que notre tiret » — « indiquant un clianf^-enient d'interlocuteur. En copte on a employé l'abréviation 2S.Ç pour ï\e2<î.ev''-\ ^v^wq 2£.e introduisant le discours direct.
Quant au changement de sens de certains éléments de l'écriture, c'est là un procédé courant aux époques les plus historiques. Certaines stèles retournent l'expression cS^ «il dit>^, et quelques sarcopha2:es : jT^ «paroles ii dire». Les décrets royaux débutent souvent par le mot j V> «décret» inversé. Dans les lég^endes des tableaux religieux et funéraires, le nom ou le pronom rejirésentant la personne placée en face est parfois tourné dans le même sens qu'elle, donc à rebours du discours environnant.
Le fait que de tels procédés sont employés dès les j)remières dynasties ne démontre pas i2)so facto leur origine préhistorique. A ce compte, des inscriptions de scarabées de la
XVIIL'^ dynastie {Urkunden, IV, p. 557) 1 et 9 79 que
l'on croit pouvoir transcrire phonétiquement : «/-//.s' J^^V^ hq'u- (?) «Le roi piétinant les chefs», seraient aussi des exemples d'« écriture en images». On s'est permis ces fantaisies à toute époque, et surtout aux plus basses. Pourquoi en modifier l'interprétation si on les rencontre sur un monument ancien?
On met encore en avant le groupe i^ , traduit à l'époque
macédonienne àvTirraKoiv irréQTSQOÇ et où VTréozsçog répondrait il la position respective des deux signes. Mais nombre d'auteurs comprennent autrement : «Horus d'or». Au demeurant, cet élément du protocole royal ne fait son apparition qu'au début de la IV® dynastie.
Enfin, le rendu graphique des noms de rois antérieurs à jMénès, ou ses presque-contemporains, tels que l[ ji|,^, s=
I itffl, ^^^^"'^'in' ^^ V' l'^'PO'''^^; ^" '^® P®^^^ mieux à la
norme hiéroglyphique. La plupart d'entre eux, il est vrai, nous ont été conservés par des Annales rédigées sous la V*' dynastie. Mais nous devons admettre, jusqu'à preuve du contraire, que ces noms y ont été insérés sous leur forme primitive. On voit donc qu'au total, nous manquons actuellement de matériaux pour esquisser une préhistoire de l'écriture égyptienne.
En dehors d'une préhistoire portant sur le mode de graphie rudimentairc qui aurait précédé les véritables hiéroglyphes, des essais ont été tentés pour fixer les étapes de ce qu'on pourrait dénommer la protohistoire du système hiéroglyphique, c'est-k-dire sa croissance jusqu'à l'état adulte connu par les ])lus anciens textes d'une étendue suffisante. Des considérations logiques, tirées de l'origine probable (^t des emplois subséquents de certains signes, ont conduit à une reconstruction dont la valeur est, il faut le dire, surtout théorique (1). On ne fait pas l'histoire à coup de déductions, surtout quand il s'agit d'une
(1) On est rai)pelé à la prudence (luand on relit les passages de r^(;î//)<e7j d'E.uMAN (1885) où l'auteur, influencé par les ortlio<jraphes alphabétiques des Pyramides, exposait un développement inverse de celui qu'il préconise aujourd'iiui, avec la même assurance. Mais rien n'égale la sérénité de Danzel qui décrit, les progrès successifs comme s'il y avait a.«sisté.
entité n'obéissant point à la loi natura non facit saltiis. L'élaboration d'un système d'écriture étant le fait d'un ou plusieurs inventeurs, et non une production collective et en quelque sorte spontanée, comme le langage, il est vain de prétendre, h l'aide d'un tronçon de courbe, restituer le tracé d'un tronçon voisin. Le système hiéroglyphique a pu n'avoir point d'enfance. Tout ce que nous pouvons affirmer en pareille matière, c'est (jue la s[)écinlisation constatée dès les plus anciens textes, de certains signes dans certains emplois paraissant éloignés de leur valeur })remière supposée, constitue un témoignage d'usure et indique que nous sommes déjii assez; loin du point de dép.irt. (Je n'est encore l;i qu'une part de ces conventions d'écriture qui ont dû se faire jour peu à peu, car s'il règne dans l'ortliograj)he une très grande liberté, il serait, semble-t-il, exngéré de dire qu'il n'y a pas de règles orthographiques.
Nous nous bornerons à considérer objectivement l'évolution du système entre deux dates historiques extrêmes, et sous trois aspects princijiaux :
1" Altération de la forme des signes.
2" Disparition et apparition de signes.
3" Modifications apportées à l'emploi et au groupement des signes.
I. D'une manière générale, les liiéroglyi)hes les plus anciens (1) se distinguent par la précision et la richesse des détails. Comme on pouvait s'y attendre, c'est par eux souvent que l'on a pu opérer des identifications délicates. Si une décadence progressive est indéniable et d'observation facile, cette simple constatation ne correspond pas à la complexité des faits. L'évolution des signes d'écriture constitue, en quelque sorte,
(1) Il n'est pas tenu compte en ceci de la période archaïiiue, soit les trois preniièrc^s dynasties. Les sifi^nes y sont le plus souvent dessinés et groupés avec beaucoup de gauclierie. Néanmoins (quelques monuments soignés montrent déjà de beaux hiéroglyphes.
un chapitre annexe de l'histoire de l'art, la gravure des hiéroglyphes étant fonction de la technique du bas relief et de la peinture sur paroi. Or, pour l'Ancien Empire, les monuments qui nous ont été conservés étaient destinés, pour la plupart, au souverain, à la cour ou aux grands feudataires. Les hiéroglyphes y sont généralement façonnés avec le pins grand soin. Dès le Moyen Empire commencent à apparaître les masses profondes de la «canaille des inscriptions». On rencontrera alors tonte la gamme, depuis les plus beaux spécimens, d'ailleurs rarement aussi détaillés qu'auparavant, jusqu'aux caractères k peu près informes. Ce sera surtout aux basses époques, notamment sous les Ptolémées et les Empereurs, que les architectures les plus grandioses se trouveront envahies par des rangs pressés d'hiéroglyphes aux contours flous et de lecture difficile.
Les négligences ont fini par influer, non seulement sur l'esthétique, mais sur la pratique même du système. Elles eurent pour premier résultat l'abolition des distinctions anciennes entre signes semblables, mais non identiques de forme. D'où les emplois multiples d'un même signe et les échanges de signes dans le même emploi. On trouvera des exemples significatifs au tableau des hiéroglyphes.
Tantôt les modifications n'altèrent pas gravement la physionomie des signes :
(l)ouclie cracliant)
Tantôt, au contraire, elles rendent méconnaissable la signification originelle :
(bandelette nouée) (queue)
A considérer les plus beaux hiéroglyphes de l'Ancien Empire, ciselés avec amour, on n'échappe pas h cette idée que
de véritables artistes y travaillaient d'après des recueils de modèles. Mais la démocratisation introduisit un procédé plus simple. On s'habitua à dessiner chaque signe^ de mémoire, d'après le brouillon hiératique- Ainsi s'explique une grande part des déformations, et l'on en a la certitude grâce à l'introduction, dans récriture monumentale, d'éléments d'abord particuliers k la cursive. Ainsi les traits diacritiques de ^, tZD, 2=5, 7 . De là encore certaines formes nouvelles, comme Q pour ^ et "^SzQ pour .•••^, ou des confusions, comme .2:^
pour 'V^.
II. Les questions relatives à l'épigrapliie n'ayant enqoro jamais été traitées d'ensemble, il est malaisé de fournir des précisions quant ii la disparition ot lapparition des signes. Mais, si les faits particuliers ne doivent être mis en avant qu'avec prudence, quelques tendances générales se laissent observer. Ainsi certains textes de l'Ancien Empire, par dessus tout ceux des pyramides de Saqqarah, présentent un nombre appréciable de signes qui, sauf erreur, ne se rencontrent plus par la suite, comme
fff-—^ v'dh « verser »
■#■ hqsic «vertèbre»
Au contraire, on voit apparaître au cours des temps des signes inconnus, ou du moins encore exclus de la pratique
Sottas-Drioton. 3
(j ir
< étroitesse»
dtc^
nom divin
sk
« épousseter »
sz
«briser»
courante. Un groupe spécial^ peu nombreux, est constitué par la représentation écrite des objets dont la civilisation s'est peu
h peu enrichie^ tels que i^, Jj', ^~^^i *^^'^^M*
C'est surtout à l'époque gréco-romaine que cette Horaison nouvelle va se faire exubérante et, en particulier, dans les inscriptions qui se déroulent en frise au-dessus et au-dessous des tableaux garnissant les murailles des temples. On a remarqué que les mêmes salles présentaient à la fois des textes modérément ou furieusement novateurs h cet égard et que le contenu des derniers n'avait généralement rien que méritât d'être tenu secret. Si donc une intention cryptographique a donné naissance à ces jeux d'écriture, leur développement peut être dû à la valeur décorative qu'on leur attribuait, à tort ou à raison, et au désir d'étonner le visiteur profane par des combinaisons d'apparence indéchiffrable. Il se peut que cette catégorie de textes à l'aspect particulièrement mystérieux réponde aux « anaglyplies » de Clément d'Alexandrie.
A dire le vrai, la grande majorité des signes nouveaux résulte de la combinaison de deux ou plusieurs éléments antérieurement connus. Ce procédé a été employé dès les temps
les plus reculés. Témoin, l'union de A, \ ou 1 avec un éljé-
ment phonétique, en vue de distinger les racines l\ yy. l-^ hm, —jy ys. \ rnptj j rnp^ \ fr, 4= rs, X nsic-t. L'usage adoptera
peu ;i peu des complexes comme rw^ ^'■"^■; ■'^^ '"'; H^ ^i'Z^'V ir\t etc. Sous les Ptolémées, les exemples se multiplient :
l"'- ^qZd l'^"} <^ "■•^'''? *J| ^^; '^Y^ ''"'-} ®^c- ^^ ^^^ ^^t de même des jeux d'écriture analogues à l'ancien "^ (cf.
p. 26) : 5^:^, R\ ^3) sh, Mj) msdm, ^ pour T i, etc. On
trouve encore des combinaisons englobant deux ou plusieurs mots : F^^ ra nh «en or», Q | ^ imrt ut)- «mère du dieu»;
fTh~i
nfr-hr « h la belle face », f^f^ pour ^^ === « roi du
sud et du nord, seigneur des deux pays», etc. Déjà les contemporains de Ramsès II se laissaient aller à graver son prénom ^OvainâçrjÇ ainsi : im.
En dehors de ces combinaisons apparaissent vers la même époque des signes qui semblent entièrement nouveaux : v,' èd,
p!^ .V»> ^^> l'», DC ^'""» etc.
III. En ce qui concerne les variations d'emploi et de groupement des signes, une remarque générale est nécessaire. L'écriture hiéroglyj[)hi<pio, tout en évoluant, est restée ellemême, en ce sens que pas un procédé nouveau n'apparaît au cours de la période historique. Les fluctuations portent uniquement sur l'extension relative que prennent les divers moyens d'expression admis par Tusage.
Un phénomène aisé à percevoir est l'accroissement du nombre de signes unilitères appelés, h tort ou à raison, alphabétiques. Le mode de réduction qui a abouti à l'isolement de ces élément^ simples n'est pas l'acrophonie, comme l'avait cru Cuamtollign, qui faisait venir J^T^T du jjrototype de lytiH «jardin» ou /i de ueA.2i. «angle». Ceux des signes unilitères anciens dont la valeur première de signe-racine s'est conservée montrent que le processus fut beaucoup plus simple :
. )• «bouche» est employé pour le son r.
s « verrou »
Mais déjà dans r« alphabet :> ancien on relève la présence de signes qui furent bilitères, mais dont une des consonnes est faible et plus ou moins passée k l'état de voyelle :
36 INTRODUCTION À I/ÉTUDE DES HIÉllOGLYPHES.
A q vient de ^^^\^ ?' «colline».
C'est ainsi qu'on voit api^araître, dès le Moyen Empire,
dans l'emploi étudié : \t{y): é=z^{ij)m: )J n{t).
Plus tard, et notamment à l'époque gréco-romaine la représentation multiple des consonnes deviendra une des caractéristiques de l'écriture. Ainsi / s'exprime, outre l'ancien *i^=-- ,
par |. IIHL/: |). ^fO- ^ iy^'^)f, etc.:
n, outre ^^aa/^ et ^J , par E^, cscd n: o «(?'') 5 ^^^=^ 'KO? ^ n\n). etc.
A la trcs basse époque, la fantaisie des scribes paraît avoir poussé jusqu'à Tacroplionie véritable :
Vers le Nouvel Empire apparaissent (S, dérivé de ^ par l'intermédiaire de l'hiératique, et j lU, <^ k, dont l'origine est
moins claire.
Un phénomène d'ordre phonétique a d'ailleurs accru la jnultiplicité des signes représentant un même phonème; c'est l'abolition des différences entre sons voisins. Ainsi — «— et I se
confondent d'assez bonne heure ; puis ^. 2=5. cr^^i. ^^ et ^^. , [1 et même ^ — d.
L'écriture démotique a aussi des homophones alphabétiques, mais son caractère pratique l'a empêchée de tomber dans le même excès. Chaque phonème y est représenté par un ou deux signes, rarement davantage.
Aux basses époques, certains signes prennent des valeurs bilitères ou trilitères inconnues jusqu'alors.
Ex. : -^ sp, \\ vnm. etc.
Pour ce qui touche l'emploi idéographique ou semi-idéographique des signes, il a été signalé, au Chapitre I, des passages du rôle de déterminatif h celui de signe- racine. Ce n'est pas là un fait isolé. Voici un autre exemple présentant le double avantage de se manifester à date historique et d'avoir été étudié en détail récemment. Sous l'Ancien Empire, fW^ sert à écrire la racine hnt à laquelle est attachée l'idée de priorité. Les mots qui en relèvent n'ont généralement pas de déterminatif, sauf rmr\ s «visage». Or £), se trouvant plus représentatif de l'idée que ŒW], relègue peu a peu ce dernier dans un emploi purement phonétique et devient lui-môme l'expression graphique normale de la racine hnt. D'où des orthographes comme ou ^cliarem », qui apparaissent aux Moyen et
Nou-vel Empires. Même le mot origine fffih^ «support de
vases > finira i)ar s'écrire ym\ G
La question du groupement des signes est intimement liée ji celle de l'orthograplie ([ui, elle-même, relève de la grammaire. Il n'y a donc pas lieu d'entrer dans le détail, et d'autant moins qu'il nous manque un élément essentiel, la connaissance l)récise de la nature du vocalisme, tant au point de vue phonétique qu'à celui de la représentation graphique. Nous nous bornerons donc ii quelques remarques très générales.
On sait quelle liberté règne dans l'orthographe. Outre l'expression facultative, signalée au Chapitre I, de certaines parties constituantes du mot, on ne semble pas attacher grande importance à des variantes comme [1 ^ci::*^^\ j | «bouclier», en face de [j ^ — I ^^ \\\ 0 * ^^^"^'^ fruitier », en face de [1 ^^^ T5ôr ;
* -minnr «ouvrir», en face de -^-^^^ -nnmir ; ] U»ï4î° «protection», en face de J V, etc. Néanmoins, une comparaison avec les
temps gTÔeo-romains suffit à. montrer que liberté n'est pas licence et que les hiéroglyphes ne sont pas tombés dans la fantasmagorie tant qu'ils sont demeurés, avec l'hiératique, l'écriture de tous les lettrés. Il a existé des conventions orthographiques un peu élastiques, mais dont on ne s'écartait qu'exceptionnellement. A l'époque ancienne, des jeux d'écriture comme Ji
pour il II (J U fâ ,y^.'/ «pi'iiice», ou j j -^ pour |||; ntvfr «les dieux», sont assez rares.
Malgré le caractère conservateur de 1" orthographe, on y voit parfois transparaître les changements phonétiques. Ainsi l'ancien
s'écrira ^ \X C^O^ «Bvblos». soit Jtpn au lieu de
/NAAAAA
Ihn. La chute du ^ médian sera visible dans [1 <£ AAA/^A^ ^ lop
<^ fleuve y> : autrefois [1 V^ i t . Les deux exemples précé-
demment cités témoignent de la confusion, devenue possible^ entre ^, ^=^> et t=i.
Les plus anciens textes développés, surtout ceux des Pyramides de Saqqarah, présentent deux caractéristiques opposées :
1° Les éléments idéographiques y sont d'une précision généralement inégalée par la suite.
Ex. : ^^^ "l;^, l»lus tard ^^ '«îîj^V? «moissonner»; /vAwvA ^,,.^^^, plus tard aa^wvaaaams; — c «écoper un bateau», etc.
Même lorsque les êtres animés y sont dessinés incomplètement, ])ar scrupule religieux, le geste et les attributs essentiels sont conservés.
2" La suppression ou la réduction ;i une forme géométrique des éléments idéographiques entraîne le développement complet de la partie phonétique qui est alors écrite le plus souvent en signe unilitères. Ces vieux textes religieux se trouvent être par là les plus analytiques de tous.
^^^|lf|, plus tard Ây sps{y) «noble:
Ex. :
Beaucoup d'autres monuments de TAncien Empire n'obéissent pas aux mêmes tendances. Même les inscriptions funéraires, qui sont la majorité, comportent beaucoup moins de mutilations ou suppressions de signes dangereux. C'est que généralement elles sont gravées dans la chapelle qui tait encore partie du monde vivant et non dans les couloirs qui mènent k la chambre mortuaire ou sur les parois môme de cette chambre ou du sarcophage. Ces textes se distinguent par la sobriété. Un seul détcrminatif le plus souvent, ou pas du tout.
orthographe normale postérieure
\insi
en
face
de
eVA
« nom »