Chapitre V
L'antiquité égyptienne.
Les Egyptiens, qui croyaient avoir été, au début des temps, gouvernés par des dynasties de dieux, n'ont pas manqué de leur attribuer l'octroi des grands bienfaits de la civilisation. C'est ainsi que le dieu Tliot aurait inventé la plupart des sciences et notamment l'écriture qui en assure la transmission sans le secours de la mémoire. Sa parèdre, la déesse Sesliat, était affectée à la tenue régulière des annales du royaume. Aussi la langue égyptienne désignait-elle les hiéroglyphes au moyen de l'expression \M\ md-ic ntr «paroles divines».
Il n'était pas besoin de ces données légendaires pour que le prestige du lettré i'ùt assuré, dans un état bureaucratique que les hautes époques nous montrent fortement centralisé. Le fonctionnaire, écrivain et calculateur, dressait et redressait le cadastre, veillait à la perception des impôts et à la prestation des corvées. Il disposait d'arguments parfois frappants qu'il fallait bien «entendre». Si infime que fût son rang dans la hiérarchie administrative, il n'en personnifiait pas moins l'autorité aux yeux de l'ouvrier et du paysan. Aussi l'obtention d'une place de scribe était-elle, de tous les déclassements, le plus recherché. La littérature nous a conservé plusieurs morceaux d'oii il ressort qu'une comparaison n'était pas à l'avantage des autres branches de l'activité sociale.
Que l'on ait tenu en haute estime l'art du ealligraphe, cela transparaît notamment dans le fait que certaines œuvres littéraires des plus prisées nous sont parvenues sans nom d'auteur, mais, par contre, accompagnées de la désignation du copiste.
C'est vraisemblablement en souvenir d'un temps où la connaissance de l'écriture était encore une rareté que le titre de
iI\X'^;3;7j hry-hb soit, littéralement, «porte-livre», joignait à
cette signification celle de «magicien»; et nous retrouvons un fait du même genre à la très basse époque, quand les hiéroglyphes, devenus écriture savante, n'étaient plus compris que de quelques initiés. En effet, le traducteur copte de la Bible n'a rien trouvé de mieux pour rendre a"ria~n, è^rjyrjTal de Gem-se
41/24, que Texpression c'-^pô.nuj = \hf\ ^ shpr'nh «scribe de
la demeure de vie», qui équivaut sensiblement, comme on va le voir, à «écrivain en hiéroglyphes».
Les Egyptiens nous ont eux-mêmes renseignés sur la manière dont ils concevaient la distinction à établir entre leurs deux principaux modes d'écriture usités k la basse époque. Les hiéroglyphes sont dits, au Décret de Canope, ripi 0 shnpr'^nh., (écriture de la demeure de vie), leçà yoàfxixara, et au Décret ■de Memphis, tipi ^'^^^^ ] fl i (écriture des paroles divines; même
rendu en grec). Le démotique est désigné par HfiiAAAA^
(variante : tjfiiV \\\\ S ; sh n s'y, écriture des lettres ou
des livres), et, en grec, tantôt par aiyvmia yçât^ifiara (Canope), tantôt par èy/coçia yQaf.if.taTa (Memphis), par opposition k ékXrjvr/.à yçâfifiara.
Cette nomenclature suffit k montrer que dans la seconde moitié du IIP siècle av. J.-C, la connaissance de l'écriture hiéroglyphique était l'apanage d'une élite. Nous possédons de curieux indices d'un état de choses analogue, bien que moins