‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 19 sur 123 · TRADITIONS FRAGMENTAIRES · texte numérisé non relu

TRADITIONS FRAGMENTAIRES

événements dont ils étaient témoins, les faits qui piquaient leur curiosité !. Les collèges de prêtres faisaient gloire des archives de leur temple ?. Souvent les monuments anciens les mentionnent?. Hérodote témoigne du soin avec lequel on relevait tous les phénomènes célestes *. Une pensée ingénieuse, une remarque utile jetée en passant s’enregistrait dans la mémoire; plus tard onla répétait comme d’un maître anonyme et elle entrait dans la tradition pour être citée à propos de tout ou de rien. Chacun, en la transmettant à d’autres, la modifiait quelque peu à son insu, soit à cause de la différence des occasions auxquelles il les appliquait, soit à cause de la différence de tournure d’esprit entre lui et le premier auteur. Aïnsi volent de bouche en bouche les proverbes populaires, susceptibles-d’interprétations multiples, mais d’ailleurs toujours applaudis malgré l'existence d’autres dictons qui les démentent : les uns et les autres reposent sur des faits, nombreux peut-être, mais imparfaitement classés et expliqués, et ils servent tour à tour selon l'occurence. Le tout forme une tradition, fragmentaire et instable malgré son apparente immutabilité.

Est-ce à dire qu'il n’y eût n1 doctrines, ni écoles, ni livre ? Non; nous avons des indices du contraire. Mais les livres ne ressemblaient sans doute point à des traités ; les écoles différaient comme centres géographiques d'étude et se groupaient autour d’un temple et non d’un système ; des doctrines existaient mais non des corps de doctrines.

1 Zaïnni, chef du recrutement”sous Thotmès III, dit : « J'ai vu les victoires du roi. » alors moi j'ai établi en écritures les lvictoires qu’il a remportées sur tous les pays, » comme elles ont été faites. » (Masrero, À. Tr., IV, 130; Scuerz, MW. M. C., V, 59). De fait, on lit une partie des Annales de Thomès III, sur les murs de Karnak. — La pierre de Palerme contenait déjà une page des Annales de l'Ancien empire.

3 « Les prêtres avaient consigné l'histoire de tous ces rois dans les livres sacrés et » transmis de toute antiquité à leurs successeurs. On y voit quelle était la puissance de » chacun d'eux, quel était leur aspect physique et ce que chacun. avait fait pendant son » règne ». (Diopore, I, 44). — Les livres de médecine attribués aux plus anciens rois, Housapaïti, Khoufou, Menkari, témoignent, entre autres, de ces observations archaïques.

8 Cf. notamment : Inscr. de Ramsès II à Abou-Simbel : « Cela n'avait pas élé entendu » depuis les divines Annales cachées dans les archives. » (Ap. Burton, Excerpta, pl. xt, p. 27). — Pap. Anastasi [, p. 1, 1. 7. — Inscr. de Séti Ier à Karnak (Brucscx, Geog. Insch., IL, pl. 25, c. 32).

5 Héronore, Il, 82 : « Les Egyptiens ont observé plus de prodiges que tous les autres » hommes ; car ils n’en laissent passer aucun sans l'examiner et prendre note de ce qui » s'ensuit ».

Pas de livres! ! Que faisaient donc, que lisaient, qu'’écrivaient tous les scribes, basilicogrammates et hiérogrammates* de l'Égypte? De quoi s’occupait en particulier l’antique « gouverneur de la maison des livres »?? Que renfermaient ces « écrins à livres de la crypte de Thot » recherchés par les rois *?

Pas de livres ! Mais chaque temple ne possédait-il pas sa bibliothèque dans une salle à part ? La déesse Safekhit appelée quelque part « Dame de la bibliothèque », dit en parlant de la bibliothèque d’Abydos, dont elle-même avait posé les fondements : « J’y » transporte moi-même les grandes pensées de Thot; j'y porte » ses livres »5. Diodore cite celle du Ramesseïon, dont il admira l'inscription : « Officine médicinale de l’äme »°. Nous-mêmes, nous pouvons lire sur les murs du temple d'Edfou? un catalogue de sa bibliothèque. Nous possédons un livre qui se dit provenir de la collection des « Ouvrages du Palais royal » *. Même des particuliers, comme le prince Satni dans le roman de Sénosiris, ont leur bibliothèque privée, où les rouleaux de papyrus sont

1 Sur les livres égyptiens, cf. Daressy, Bull. Inst. Eq., 1894.

2 Sur les hiérogrammates, cf. Dionore, 1, 16, 70, 87; ELren, Hist. animal., XI, 10 : Eusèse, Prépar. évangél., IX, 8.

8 « Mour haît adit sekha », titre d’un grand fonctionnaire de la VIe dynastie (L. D., II, 50; De Roucé, Six dyn., 73-74; Masrero, H. Or., I, 398). On trouve également des « maîtres ou gardiens en chef des livres » sous la XIXe d. (Cf. Anastasi, VI, 3, 15 ; Sallier, I, 3, 5 ; Orbiney, in fine). — Mais leur charge paraît avoir été surtout celle d’archivistes chargés de conserver des aëtes judiciaires ou administratifs du genre de ceux qu'énumèrent les papyrus de Berlin et de Vienne comme renfermés dans des eruches. — Sur les archives « kha sekhaow », cf. Brucsca, Æ. Z., 1876, p. 1-4 et Ægyptol., p. 217, 255: Erman, Ægypten, p.167 : Sriscerserc, Séudien, p. 53-54; Capart, Esquisse du droit, p. 33-34.— Un pap. de Turin mentionne la « bibliothèque des millions de livres » grands » (PLeyTe-Rossi, pl. 18, 1. 9, p. 29).

4 Tei Khoufou, d’après un conte, « a/fin de s’en faire une copie pour sa pyramide », (Masrero, Contes, 3° éd., p. 31).

5 Mariette, Abydos, pl. 50, 1. 14. — Navicze, Æ. Z., 1873. p. 30. — Le pap. Malcom se donne pour copié sur un exemplaire trouvé sous Aménôthès III « dans la Bibliothèque d'Osiris à Abydos ». Biron, Æ. Z., 1871, 117.

6 Tarpeïoy. (Dionors, I, ch. 49). Au chap. 48, il dit que le grand juge, sculpté dans la grande salle du tombeau d'Osymandias, avait devant lui beaucoup de livres. C’est ce que confirme une peinture du tombeau de Rekhmarû : on voit le préfet à son tribunal avec 40 rouleaux devant lui (Virey, M. M. C., N., pl. un et mr, p. 26 ; Newserry, Rekhmarü, pl. 1v, p.25; RevizcouT, Mélanges, p. 490-498). |

7 Braucscn, Æ. Z., 1871, p. 44, sqq. — J.ne Roucé, /nscr. recueillies à Edfou, XI, pl. 124.

5 À Dendérah, un tableau de la crypte 4 contient deux listes de livres qui devaient appartenir à sa bibliothèque. A celle du temple d'Héliopolis, fait allusion le Livre des morts (ch. xvir, 1. 47-48) : « Le grand chat qui est au bassin du perséa dans An, c’est » Shou, quand il agit dans la demeure des livres de Gabou et d'Osiris. »

? Pap. des Heures, p. mi, 1. 7 (Maspero, Pap. du Louvre, p. T2).

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