‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 24 sur 123 · POUVOIR ET SAGESSE · texte numérisé non relu

POUVOIR ET SAGESSE

Que l’on traduise leur nom par « sages », ou par « magistrats » ! ou par « fonctionnaires », les sarou étaient à la fois des personnages éminents dans l’État, les directeurs du peuple et les maîtres de la sagesse. On les nomme parmi les énumérations de vivants qui peuvent passer devant une stèle ? ou respecter une donation *. Comme our, « grand », sar s'oppose à « petit ou vassal » nozes!. Mais la grandeur comporte des degrés ; sans doute un sar des offrandes”, ou un sar de l’atelierf, ne sont pas de très grands personnages. Quand les serviteurs du prince d’El-Kab Pahiri s’encouragent à travailler pour leur maître « le sar »7, on peut se

demander s'ils le qualifient par rapport à eux-mêmes ou aux grands de l'État. Mais on voit aussi qualifier sar le gouverneur chef des constructions de Karnak sous Thotmès IILS, et de même des nomarques de Thèbes® ou d’Abydos!, des barons héréditaires!! et des premiers ministres . Les rois mêmes ne dédaignèrent pas ce titre * : très anciennement ils le portaient jusque

lire l’un ou l’autre et augmente la confusion. Contrairement à Brucsca (Æ. Z., 1871, p. 25 et 83), Lepace-Rexour eût voulu qu'on lût toujours our (Æ. Z., 1872, p. 78, n. 3): à l'exemple qu'il cite de Anebou-our (DümicHen, 2. III, 82, a), on peut opposer celui de Sar-Amon, écrit lui aussi tantôt phonétiquement (ses 3 coffres à Besançon) et tantôt par le déterminatif seul (Pap. Luynes au Louvre).— Cf. LepraIN, À. Tr., I, p. 89, d’après une note de CHaBAs.

1 Caapas (Mél. T, 13), lisant ourou, voit dans le mot magistrat un correspondant exact.

2 « O vous vivants sur la terre, officiant, prêtre, scribe, prophète de double, sar, hommes et femmes, etc... » Insc. de Hori, XII-XIIIe d., niche de Vienne (2. Tr. IX, 34).

8 « Si un sar, si un message royal, transgresse ce décret. » Donation à Ptah par Apriès (Æ. Z., 1890, 103).

4 « Sar neb, nozes neb » : Insc. d'Hapi-zoufi, 1. 20.

5 « Le sar des oblations partit, et voilà qu’il vit les constructions. » Stèle du Louvre C 12, 1. 16-17, XIIIe d. (ne Honracx, ap. Cnapas, Mél., IV, p. 205, pl. xiv). C'était une sorte d’inspecteur des temples.

6 « Sar n khopesch », stèle Louvre C 91 (Cf. Caasas, Mél., III, 162).

7 « Bokoun pa sar » (L. D., I, 10 ; Masrero, Æ. Z., 1879, 59 ; Brucsca, Dict. suppl. 166).

8 Tableau du tombeau de Rekhmarà (L. D., III, 41 ; Brucscn, Aist. d'Eq., p. 106; Æ. Z., 1876, 76-77 ; Viney, M. M. C., V, pl. 17, p. 62).

° Inscr. du tombeau d’Amounizéh, XVIII: d. (R. Tr., VII, 46).

4% Stèle d’Amonisonbi, métensa ou censeur d’Abydos : Louvre C 12, 1. 5 (Cf. supra, n.5): «Sar pen », dit-il du Zat mour nouit.

#1 Amonemhabi, ropdt-hä, s'intitule mour sarou (L. D., III, 449 c. — Cf. 150 a ).

#2 Montouhotpou et Sehotpou-äb-Rä, XIIe d., se louent comme « sar trouvañt l’arrangement » : Stèles d’Abydos (Marierre, A6., II, 23, 24-96 ; III, n° 617 et n°670, p. 144 et 183 : Danessy, À. Tr., X, 144-149) à Boulaq (Guide, n° 125, p. 74). Cf. Leyde, stèle V, #4.

13 Ptolémée Lagus est dit : « grand sar ». Insc. du Satrape, L. 2, 7, 13, 17 (Bnucscu, Æ.Z., 4871, 1-8) et Chéchanqg « le grand sar des sarou ». Stèle d’Abydos (Brucscn, 20., 85; ManierTE, 40., IL, 36-37 ; III, n° 1225). Dans ces deux exemples il n'y a que le déterminatif.

dans l’autre monde !, où il équivaut à celui de souverain *. Enfin on le trouve même appliqué au dieu d'Héliopolis”.

Peut-être le nom de sar ne donnait-il droit à exercer aucune fonction particulière et ne constituait-il même pas une distinction officielle’ comme celui d’ami (semir) ou de décoré du collier (sahou); ce serait un terme générique ou vague, comme celuide « grand », non un titre officiel. Cependant il s’applique à des gens respectés et naturellement appelés aux plus hautes dignités. Le roi les réunissait autour de lui en son conseil“: il les consultait avant de prendre une décision importante et leur déléguait de grands pouvoirs soit administratifs, soit judiciaires *. De même les barons féodaux, rois au petit pied, s’entouraient de sarou’, conseillers et juges.

Les qualités qui classaient un sar parmi les grands semblent bien d'ordre intellectuel et moral. Pour prouver qu’on était un sar, on vantait sa science et sa sagesse”. Il y a des cas cependant où le sens de « sage » disparaît et celui de « grand » reste seul$. Peut-être, si le mot dérive bien du verbe sar ou sarr « écrire »°, a-t-1l désigné primitivement les plus instruits des

1 Ils trouvent Pépi, comme la double neuvaine des dieux, occupé à juger ce sar (c’est lui-même) et tout sar » Pépi I, 313 (2. Tr., VII, 154). — « Déclare que ce Pépi est sar parmi ces Lumineux, rois des biens divins » kigou-hotpou. Pépi I, 435 (R. Tr., VII, 166).

2 « Les dieux... qui ne sont point gouvernés par un roi, et que des sarou ne dirigent pas ». Pépi II, 1231 (2. Tr., XIV, 138).

3 Le nom du principal temple d'Héliopolis est orthographié dans les pyramides Häirsar, soit « le château du chef ». Pyr. Pépi IT, 533.

4 « Donne ton avis dans le conseil de ton seigneur... c’est au sar à reconnaître l'erreur ». (Pap. Prisse, pl. vin, 1. 41-13 : Vimey, p. 57-58. — Cf. XI, 16-17, p. 72.) — Cf. : « sarou rmi-f » (Pap. Berlin, 3023, 1. 43) et « sahou rmi-f » (Stèle de Kouban, 1. 41).

5 Boncnanpr (Æ. Z. 1890. p. 89) cite notamment l'exemple du paysan dont la plainte est renvoyée par le majordome Nsi-mirouit devant les sarou qui sont près de lui. (Pap. Berlin 3023, 1. 43 sqq. : Maspero, Contes, p. 44, traduit : «les jeunes gens qui forment son Cabinet »), — celui d'Ouna, dans le procès de la grande favorite : « J'étais seul, il n’y avait là ni grand-juge, ni aucun sar » (Inser., 1. 11}, — et la mention de « procès devant les sarou » (ne Roucé, Z. Æ., 1).

6 Outre l'exemple des assesseurs de Nsi Mirouit, citons celui des deux nti-m-sart « gens dans la dignité de sar » signalés parmi les grands officiers de Khnoumhotpou, prince de Méh, à Béni-hassan (2. Tr,, I, 180).

7 « Je suis un sar qui à pénétré la science, je suis un sage consommé (sar uh@ tesst, » nok sa sbk), qui connaît la place de sa jambe..., le sacrificateur Sénouserit ». (Stèle Louvre CG 170, an II de Sénouserit II : PreuL, R. Tr., IV, p. 120).

8 « Si un sar transgresse ce décret » (Acte de donation d’Apriès à Ptah : Æ. Z., 1890, p. 103). Un sage ne commettrait pas ce sacrilège ; mais l’acception de grand a pu seule subsister à la date relativement basse de ce texte.

9 Dans les pyramides, le sar à parfois pour déterminatif l'homme muni du calame au

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mandarins d'Égypte, ceux qui primaient les scribes ordinaires, dnou ou sekhaou et les simples rekhiou', ceux qui non seulement savaient ou lisaiént, mais écrivaient et « arrangeaient la bonne parole »*. A coup sûr, c’étaient eux, sous l’ancien empire, les docteurs qui commentaient les leçons de morale et en jugeaient les applications ; c'était à eux que le fils et disciple de Ptah-hotpou devait s’efforcer de plaire, et ses enfants après lui, pour devenir maitres à leur tour: « Znstruis en ton fils, lui » dit-il, ur homme docile dont la sagesse (agert) soit agréable » aux grands (sarou)*. Ces paroles feront un canevas à embel- » dir, sur lequel les grands (sarou) parleront pour instruire » l’homme. Après les avoir écoutées, il passera maitre, celui » qui aura bien écouté... Le savant est rassasié par sa science, » à est un grand (sar) par son mérite* ». « Que tes pensées » soient abondantes, mais que ta bouche soil retenue et tu rai- » sonneras avec les grands*?. Que les grands (sarou) qui l’en- » tendront diseut: deux fois bon ce qui sort de sa bouche. » Mais Ptah-hotpou ne regarde pas ces grands comme des protecteurs : il est l’un d’eux et marche leur égal, caril se fait répondre à lui-même par le dieu qu’il a invoqué au sujet de son fils : « Zns- » truis-le dans la parole d'autrefois : c’est elle qui fait le » mérite des enfants des grands »°

lieu de la canne ; ex. g. Pépi Il, 1. 1231, 2. Tr., XIV, 138. — Cf. aussi le verbe ser « préparer » : ser mouditou « qui prépare les paroles » (ZL. d. M., CXLV, 2).

1 On ne sait pas ce qu’étaient les rekhiou, symbolisés par l’allouette huppée aux ailes éployées et douée de mains. Ils formaient une classe noble mais nombreuse : peut-être c’étaient-ils les descendants des conquérants qui fondèrent l'empire des Pharaons, sous la conduite des Mesennou et des Chemsou-Hor. S'il est permis de rapprocher leur nom du verbe « rekh, savoir », leur science aurait sans doute consisté dans la connaissance d’abord des métaux, et du maniement des armes de bronze, puis de toutes les traditions religieuses et autres ‘qu ‘ils importaient et qu ’ignoraient les aborigènes. — Parmi eux on distinguait les rekhi rekhiou dont le savoir devait exceller (Cf. CHaBas, Mél.. IV, 131, n. 2). — De leur nom on pourrait alors rapprocher celui d’une classe de prêtres, les rekh khet neb ou rekh khetou, ceux « qui connaissent les choses » ou « toute chose » nommés dans le décret de Canope (Cf. CHagas, Mél. III, 158) et dans cerlaines adresses aux vivants (Cf. Stèle de Pa-snozem-hâti-n-àâch : M. M. C,, I, 375).

2 Cf. : « Commencement des arrangements de la bonne parole : AG m tesou n moudit nofirt » (Pap. Prisse, pl. v, L. 6).

8 Pap. Prisse, pl. xvux, 1, 1 (Virey. p. 98).

4 Pap. Prisse, pl. xv, 1. 10, 11, 13 (Vrrey, p. 92-94).

5 Pap. Prisse pl. xvuu, 1. 12-13 ; XIX, 2-3 (Virey, p. 104-105).

6 Pap. Prisse, pl. v, 1. 5 (Virey, p. 32).

C’est par la sagesse! ou la science que l’on conquiert honneurs et fortune avec la faveur du roi d’où découle toute puissance. Aussi est-il fort important de s’en prémunir par une sérieuse instruction. La naissance et les protections servent bien à quelque chose : un grand s’efforcera de tout son pouvoir de transmettre ses charges à son fils. Mais encore faut-il que le sujet offre des garanties s’il veut faire son chemin. S'il y a des princes féodaux jaloux de leurs droits, le roi et les grands eux-mêmes aiment à s’entourer de gens capables, et bien des charges échappent à l’hérédité : « {n’y a point de fils pour le chef de la double maison » blanche, il n’y a point d’héritier pour le chef du sceau. Les » grands apprécient le scribe; sa main c’est sa profession? ; » on ne la donne point aux enfants. » Même certains titres équivalents à celui de prince du sang peuvent s’obtenir parle mérite. Aussi le plus sûr moyen pour un grand de rendre sa charge héréditaire, c’est de transmettre à son fils sa propre expérience par de bons conseils. Voilà pourquoi, en des temps divers, Ptahhotpou et Ani* dédient à leurs fils leurs recueils de préceptes moraux. Il n’est pas de précepteur plus dévoué qu'un père, ni d’élève mieux en mesure qu'un fils de profiter des meilleures leçons.

Les monuments nous offrent en effet plusieurs exemples de personnages partis d’humble extraction et parvenus aux plus hauts honneurs *. Ptah-hotpou met en garde son fils contre une destinée inverse : 1l le prévient contre la décadence qu’il pourrait subir. Qu'il ne croie point que la morgue supplée à l'étude ! Sa noblesse ne lui a point conféré la science infuse : « Ve sois pas hautain » à cause de ce que tu sais; entretiens-toi avec l’ignorant » comme avec le savant ; car on ne ferme pas la barrière de » l’art, nul artiste n’élant en possession de la perfection où il

1 «Deviens un savant, mon àmi, tu parviendras aux honneurs. » (Conte du Naufragé, Masrero, p. 146). — De grands personnages, en tête de leur éloge, prennent des titres tels que ceux-ci : « Sage unique, muni de sciences », Antouf (Stèle du Louvre, C 26).

2 Pap. de Boulaq (AmÉLINEAU : max. 35, p. 256).

$ Kagimna de méme, d’après la traduction que AmÉLINEAU (Etude sur le papyrus de Boulaq, IV, p. 124) donne d’un passage du papyrus Prisse (II, 3) : « Le chef fit appel de ses enfants, etc. »

4 Amden, par exemple (L. D., 11, 3-7 ; Serue, Urk., I, 1-7 ; Masrero, Et. Eg., II, 113- 246 ; H. Or., I, 290-296).

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