‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 27 sur 123 · SATIRES DES MÉTIERS · texte numérisé non relu

SATIRES DES MÉTIERS

» mérites. Tes mérites sont supérieurs à tous les autres mérites ; » celui qui les possède, y ayant trouvé l'habileté, devient un » magistrat. Mes œuvres nombreuses, c’est loi qui les fais ; aussi » elles sont parmi les chefs-d'œuvre. elles sont fortes et puis- » santes. Chaïl et Rannouït (les deux principes procréateurs) », sont avec toi! La terre entière dit avec moi : « Les institu- » tions des hommes et leurs grandeurs, c’est Thot qui les fait. » Tes mérites sont des mérites supérieurs à tout ; force, valeur » et joie à qui les possède !. » Sous un tel patronage le scribe ne peut manquer de couler une vie facile et heureuse : tout lui vient à point: «O Thot,que je sois dans Khmounou, ta ville douce à vivre, » où tu me feras des revenus de pain et de bière, où tu garde- » ras ma bouche des paroles de contradiction prononcées contre » mot 1? » — « Le scribe, c’est un autre qui le rassasie; il ne » remue pas, il se repose... Rannouit (la déesse des moissons » et de la richesse) le scribe l’a sur son bras... Certes il n'y a ». point de scribe qui ne mange les choses du palais du roi*. »

Avec de telles préventions sur leur propre dignité, ils poursuivent toutes les autres conditions sociales de leurs moqueries, aucune ne trouve grâce devant eux. Tour à tour, tous les métiers défraient leur verve. La satire des métiers devint un lieu commun sur lequel s’escrimaient les scribes, maîtres ou disciples, dans leurs correspondances ou leurs exercices de style. Pour nous, ces charges dessinées avec mépris, forment une très intéressante galerie de types de l’ancien peuple égyptien. Le tableau le plus complet est celui que le scribe Enna, dans les premières années du règne de Ramsès II, a composé ou recensé d’après une version du scribe auquel il attribue Doûaoû-f-si-Khroudi, c’est-à-dire Khroudi fils de Douaouf*, dont le nom, ainsi que le style du pamphlet, nous reporte au temps de la xu° dynastie. Il débute par un ardent éloge de l’état de scribe qu'il va comparer aux divers métiers :

1 Pap. Anastasi V, pl. 9, 1. 2 ; à pl. 40, L. 2 (Masrero, p. 25-26),

2 Pap. Sailier I, pl. 8, 1. 4 (MAsrero, p. 27).

3 Pap. Anastasi VII, pl. r, 1. 5 et pl. 7, 1. 3 (Maspero, p. 49 et 72); Sallier I, pl. &, I. 4 et pl. 11, 1. 1-2 (Masrero, p. 49).

4 En tenant compte de l’inversion du nom de père.

« J'ai vu des métiers figurés ; aussi le fais-je aimer la litléra- « Lure, ta mère. Je fais entrer tes beautés en ta face ; elle est » plus importante que tous les métiers ; elle n’est pas un vain » mot sur cette terre. Celui qui s’est mis à en tirer profit, dès » l'enfance il est honoré; on l’envoie pour remplir des mis- » sions ; celui qui n'y va pas reste dans la misère. » Puis il énumère tous les métiers manuels et montre les misères de chacun d'eux. Il fait ainsi défiler, pour les bafouer, le forgeron, l'artisan en métaux, le tailleur de pierre, le barbier, le batelier, le petit pâtre, le maçon, le jardinier, le fermier, le tisserand, l’armurier, le courrier, le teinturier, le cordonnier, le blanchisseur, le chasseur et le pêcheur!. Il les montre malpropres et peinant sans relâche pour gagner leur vie, pendant que le scribe honoré jouit du doux farniente.

À cette satire échappe le métier militaire. Pourtant un moment vint où le guerrier servit à son tour de plastron. Amon-em-anit, chef des bibliothécaires et scribe du trésor royal, semble avoir voulu réparer les omissions de son collègue. Il professe le même dédain pour les métiers manuels : « 77 ne brille pas, dit-il, celui » qui fait les travaux manuels d'un journalier, il n’inspire » pas le respect. Des travaux désagréables sont devant lui, » et n'y a point de serviteur qui lui apporte son eau, point » de femme qui lui fasse son pain?. » Il passe en revue, lui aussi, toutes les professions en les raillant°. Il s’étend sur les travaux des champs. Mais il insiste particulièrement sur les misères du capitaine qui va chercher fortune en Syrie’. Le jeune Penbésa aurait envie de s'engager; son maitre, le chef des affaires étrangères Amonemapit, lui peint de manière à l’en dégoûter « le sort de l'officier d'infanterie et l'étendue de ses

! Pap. Sallier IT (pl. 8, 1. 9 à pl. 41,1. 4); Pap. Anastasi VIT (pl. 4, L. 4 à pl. 7, L 4); Ostracon du British Museum (/nscr. in the hieratic an demotic characters, pl. xu) : (Goop WIN, Cambridge Essays, 1858 ; Maspero, G. ép., p. 48-73).

? Pap. Sallier I, pl. 5, 1. 5-8 (MasrEro, G. ép., p. 58).

# Anastasi IT, pl. 6, 1. 7 à pl. 7, 1. 5 (Maspero, 34-35) et Sallier I, pl. 6, 1. 9 à pl. 7, L. 9 (MasPero, p. 37-88).

# Pap. Sallier I, pl. 5, L. 11 à pl. 6, 1.9, et Pap. Anastasi V, pl. 15, L. 6 à pl. 47. L. 3 (Maspero, p. 39).

5 Pap. Sallier I, pl. 7, 1. 3, sqq. (MasPero, p. 38).

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