‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 28 sur 123 · PRINCIPES D'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

PRINCIPES D'ENSEIGNEMENT

misères ! ». Mais peut-être Penbésa montrerait-il des préférences pour la cavalerie : « Arrive, lui dit le maître, que je expose » les devoirs fatigants de l'officier des chars » ; et il lui fait un » tableau non moins décourageant?.

Les temps sont changés ; la mode n’exalte plus le métier des armes où devait primitivement se complaire le sar aussi bien que le baron du moyen âge, comme lui investi du droit de justice et appelé aux conseils du roi. C’est que plusieurs siècles de guerres et de conquêtes ont traîné derrière les Thotmès et les Ramsès à travers l'Asie tous les soldats que pouvaient armer l'empire; de retour ils ont crié grâce, comme les vieux grognards de Napoléon, saouls de gloire et affamés de repos. Seule, la classe sacerdotale a grandi, paisiblement enrichie par les dépouilles du monde vaincu ; bientôt elle détrônera les héritiers indignes des conquérants pour mettre ses propres chefs à leur place*.

Mais, par un juste retour, des conquérants viendront de l’étranger, Assyriens, Éthiopiens, Perses ou Grecs. Tout en montrant beaucoup de déférence envers les sages de l'Égypte, ils les dépouilleront des belles places lucratives d’où l’on exerce une influence politique, et, tout en usant de leurs services, ils les réduiront à la portion congrue. On leur abandonnera les temples comme derniers refuges. C'est là qu’ils se renfermeront, ombrageux, soupçonneux, s’enveloppant de mystère ; c’est là que les voyageurs, les curieux, les philosophes ou les dévots iront les consulter.

Féodale d’abord et réservée à un petit nombre d'initiés, plus libéralement répandue ensuite parmi la classe dirigeante des scribes, la sagesse égyptienne finira par être l’apanage du personnel sacerdotal.

À toute époque d’ailleurs la doctrine des sages s’appuye sur les

1 Pap. Anastasi IL, pl. 5, 1. 5 à pl. 6, 1. 2; — Pap. Anastasi IV, pl. 9, 1. # à pl. 10, 1.1 (De Rouc*, Discours d'ouverture, p 34-35 ; Maspero, G. ép., p. 41-42).

2 Pap. Anastasi III,pl. vi, 1. 2-10 (Maspero, p. 42-43).

# La XXIe dynastie à Thèbes, contemporaine de celle de Tanis.

56 LÉ MORAEISTE

mêmes fondements. Leur méthode d’enseignement ne varie pas d'école à école, ou de siècle à siècle. Partout et toujours, règnent la tradition et l’autorité!.

En tout temps, les Égyptiens prétendent ne rien inventer; n’enseigner que la pure doctrine des ancêtres, les « conseils d’autrefois », les « conseils entendus des dieux? ».Que cette profession de foi répondit à la réalité, et que la perfection résidât dans le passé, c’est bien une autre affaire, et nous savons à quoi nous en tenir sur cette question. Mais enfin telle était la prétention constante.

Loin d’admettre une belle émulation avec les anciens, Ptah-

hotpou interdit formellement toute initiative personnelle et se.

montre très rigoureux sur ce point : « Que nul n’innove dans les » préceptes de son père, que les mêmes préceptes fassent ses » leçons à ses enfants. N'ôte pas une parole; n’en ajoute pas » une, ne mels pas une chose à la place d'une autre. Garde- » doi de découvrir les idées qui germent en loi, mais enseigne » selon la parole des savants”. » À ses veux la vérité est immuable, et toute modification jetterait dans l’erreur. « Grande » est la justice, invariable et assurée ; elle n’a pas été troublée » depuis l’époque d’Osiris.… Les limites de la justice sont » invariables *. » Il lance l’anathème aux novateurs qui captent une popularité éphémère : « Sÿ les instructeurs se laissent » aller à des leçons qui ne soient pas conformes (à la tradi- » lion), certes les gens ignorants répèteront leurs erreurs, et » les auditeurs, s'ils sont dociles, règleront leur conduite sur » ces principes erronés. Alors tout le monde considère ces » maîtres, et ils inspirent confiance au public; mais leur » gloire ne dure pas autant qu'il leur plairait.» .

La controverse même passe pour malséante. Il faut traiter sérieusement les choses sérieuses et l’enseignement de la morale

1 « Si tu es habile dans les écritures, si tu les as pénétrées, place-les en ton cœur ; tout » ce que tu dis devient alors. parfait. Si le scribe est employé dans une profession quel- » conque, il discourt d'après les écrits. » (Pap. Boulaq IV, xx, 4-5; AMÉLINEAU, $ 35, p. 422).

? Pap. Prisse, v, 3 (ViRey, p. 31).

3 Pap. Prisse, xvir, 11-43 ; xvimr, 7-9 (Virey, p. 101 et 403).

# Pap. Prisse, vi, 5 et 7 (Virey, p. 39-40).

* Pap. Prisse, xvux, 2-7 (d’après Virey, p. 102-103).

Page 1