‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 29 sur 123 · MÉTHODE D’AUTORITÉ · texte numérisé non relu

MÉTHODE D’AUTORITÉ

n’est pas un jeu dont on ait le droit de s'amuser. S'irriter de la contradiction prouve de la faiblesse d'âme; vouloir tenir tête à l'interrupteur n’avancerait point votre cause; le silence est la meilleure des armes. Ecoutez plutôt les préceptes de Ptah-hotpou: « Si tu as affaire à un disputeur pendant qu'il est en » train (qu'il sévit) el s’il Fest supérieur en habileté, abaisse » les mains contre le dos, ne l'emporte pas contre lui. Comme » il ne le laissera pas détruire l'effet de son discours, il est » tout à fait mauvais de l’interrompre; cela proclame que tu » n'es pas capable de te tenir tranquille quand tu es contra- » rié. Si donc lu as affaire à un disputeur pendant qu'il est » en train, fais celui qui ne bouge pas. Tu as l'avantage sur » lui, rien qu'en gardant le silence, quand il est dans une » parole mauvaise. « Mieux vaut celui qui s'abstient », dit » l’auditoire ; et tu as raison à la connaissance des grands. » Si tu as affaire à un disputeur pendant qu'il est en train, » ne le méprise pas, parce que tu n’es pas du méme avis. Ne te » courrouce pas contre lui quand il est mauvais ; à bas cela! » Îl combat contre lui, lui-même. Ne lui demande pas de » flatter tes sentiments. Ne Pamuse pas du spectacle que tu as » devant loi; c’est odieux, c’est petit, c’est d’une âme mépri- » sable. Au moment de te laisser aller à ton sentiment, com- » bats cela, comme chose réprouvée des grands'. » Au lieu de rire de son adversaire ou de se mettre en colère contre lui, 1l faut s'expliquer gravement, lui laisser le temps de se reconnaître et loin de le brusquer, dissimuler ses torts : « Ve discute avec » lui qu'après lui avoir laissé le temps d’imprégner son esprit » du sujet de l'entretien. S'il laisse échapper son ignorance, » el sil te donne occasion de lui faire honte, traile-le » plutôt avec égards ?. »

Si le principe de la science consiste dans l’exacte reproduction des doctrines reçues, l'instruction requiert avant tout chez l'élève

1 Pap. Prisse, pl. v, L. 10 à 14 ; vi, L. 1-3 (Virey, p. 35-38). 2 Pap. Prisse xiv, 8-10 (Virey, p. 85-86). ,

des qualités passives ; on exercera sa mémoire plutôt que son intelligence ; on exigera de lui moins d’effort que d’obéissance *. L'éducation d’un enfant sera un dressage semblable à celui des animaux, et les scribes ne se font pas faute de les comparer. « Le » chameau entend la parole, on fait l'éducation du lion, on » dompte le cheval ? », comment l’homme ferait-il exception ? L’analogie donne toute confiance dansla valeur de la méthode et la sûreté des résultats. Reprenant l'argument avec des variantes d’amplification sur les oiseaux apprivoisés, le lion domestique, le chien de chasse, le chameau de charge ou de cirque, l’oie qui sert d’appeau *, le maître exhorte à compulser les livres, à écouter l’enseignement et promet au disciple de lui infuser toute sa science et

de le conduire à son tour à la maîtrise : « On fait nicher le » vautour, on apprend à voler à l'épervier : je ferai un » homme de toi, méchant garçon, sache-le bien !* » Pénétrez-

‘ Cependant l'instruction n’est pas infaillible. Pentaour, le disciple d’Amonemapit, la reçoit et menace de tourner mal. Elle est précieuse, elle est nécessaire, mais elle ne suffit pas, dit Phibefhor dans un chapitre qu'il consacre à l’éducation ; il faut qu’y corresponde l'effort personnel et s’y surajoute la grâce de Dieu. Mais chez Phibefhor, des éléments nouveaux se mêlent à la tradition. « C’est une statue de pierre que l'homme sans vergo- » gne que son père n'a pas éduqué. C’est une bonne part dans la bénédiction du fiis que » de recevoir un enseignement pur Ne donner aucun enseignement rend mauvais. » (Aucun enseignement ne peut faire être [comme il doit être] un être mauvais. R)... La » perdition, malgré toute disposition naturelle, résulte de ne pas écouter. Tel, sans » éducation, suivrait les préceptes des sages ; tel autre, connaissant les préceptes, ne » saurait y conformer sa vie. Pour un fils, ce n’est pas assez qu’un homme de bien l’ins- » truise pour l’éduquer (Aliter R.) : c'est Dieu qui a donné le cœur, qui a donné le fils,

.» et qui rend bonne la nature. » Pap. moral démot. de Leyde, p. vur,22 à 1x, 19. Peiser- HOR, Ch. x, 1. 2-4, 9, 20, 23 (Revizcour, Le pap. de L., J. Asiat., 1905, I, 243-249).

2 Lettre de Mahou à Pinem : Grand Pap. Bologne 1094, p. 3 (Cnapas, Mél., IIL 147 Etudes, p. 413).

3 Cf. Crapas, Etudes, p. 412-415.

4 Pap. Sallier I, pl. 8, 1. 1-2 (Masrero, G. Ep., p. 75). — Cf. « On apprend au chameau » à danser; on dompte le cheval; on fait nicher le petit oiseau; on quide l'aile de » l’épervier. Telle est la puissance du raisonnement. Ne néglige donc pas les livres ; » ne l’en dégoüte pas ; que ton cœur écoute la parole, tu y trouveras profit. » Pap. Anastasi LIT, pl. 1v, 2-4; et Anastasi V, pl. vm (CHapas, £fudes, p. 414-415. Cf. Masrero, G. Ep., p. 74). — « Le taureau vieilli. affermi par l'instruction qu’on lui a donnée, il » agit comme le veut l’engraisseur. Le lion furieux laisse sa férocité et il dépasse le » pauvre äne (en obéissance). Le cheval entre sous le joug, marche avec obéissance au » dehors. Le chien, il entend la parole et marche derrière son maître. La chamelle » porte des vases que n’a point portés sa mère. L'oie, descendue dans les canaux, attire » dans le filet les (oiseaux) qui la suivent. On enseigne aux nègres la langue des » hommes d'Egypte; le Syrien et toutes les nations étrangères font semblablement. » Connaïs (?) ce que j'ai fait en toutes mes fonctions; si tu as écouté, tu sais comment on » les accomplit. » (Pap. Boulaq IV, pl. 22, 1. 17 à p. 23, 1. 9 : Réponse d’Ani à son fils. — AMÉLINEAU, p. 222 sqq.).

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