LES ÉCOLES
vous donc de l'esprit de docilité la plus complète, si vous voulez recueillir avec profit les leçons des sages et jouir de tous les fruits que procure leur parole.
Franchissons la première enceinte d’un temple révéré. C’est celui d’An (Héliopolis) dont les docteurs ont vu leur réputation s’étendre plus loin que celle de toute autre école. Ou bien c’est celui d’Abydos, où l’on coudoie des fils de rois venus pour s’instruire !. Ou encore, c’est celui de Khennou (Silsilis), où les étudiants affluent de tout le pays de langue égyptienne *. Chaque université professe non seulement ses doctrines propres, mais des spécialités scientifiques, et certains étudiants vont de l’une à l’autre. D'ailleurs, la méthode est la même dans toutes les écoles; et ce qui importe pour être un « scribe de nom authentique », c’est de se rattacher à une école quelconque ; on se défierait d’un indépendant, sans maître et « sans école »‘. Aussi la prospérité de ces écoles était-elle liée à celle des temples, et, quand Darius voulut faire refleurir l'Égypte, son premier soin fut d’en réorganiser les écoles, d'y réunir maîtres et élèves, sans omettre de leur assurer des revenus *.
1 « [Mon précepteur] n'est-il pas le dieu Hou? N'ai-je pas été instruit auprès de toi » parmi tous les grands de la ville ? » Stèle d’Abydos, 1. 8-9, an IV de Ramsès IV (Prer- RET, Prière de Ramsès IV à Osiris : R. Arch., 1869, p. 280). Peut-être cette école a-t-elle été restaurée, en même temps que le temple, par Thotmès Ier qui dit : « Jai fait savoir » aux prêtres leurs fonctions ; j'ai conduit l’ignorant hors de son ignorance ». Stèle d’Abydos, 1. 49 (MarieTTEe, 46., I, 31 ; Roucé, Z. H., 22: Serue, Urk, IV, 102).
? Pap. Sallier IT, pl. 1v, 1. 4 ; Anastasi VII, pl. 1, 1. 2 (Masrero, G. Ep., p. 48. Cf. ReviL- LOUT, À. Egq., 1883, p. 100 ; Laura, Die Hochschule su Chennu).
$ « Je suis sorti de l’école de médecine d’Héliopolis, où les Vieux du grand temple » m'ont indiqué leurs remèdes. Je suis sorti de l’école gynécologique de Saïs, où les Mères » divines m'ont donné leurs recettes. » Pap. Ebers, trad. Loner, l’Ægypte, p. 20).
4« Tu n'es pas un scribe de nom authentique ; tu es sans école, tu portes la palette de » travers ». Pap. Anastasi I (CHaBas, Voyage, p. 41).
5 « S. M. le roi Darius. m'ordonna d'aller en Egypte. afin de rétablir bon nombre » de collèges d’hiérogrammates [et les faire revivre] après leur destruction. Je les » recolligeai dans tous les adyta de leurs hommes au moyen de fils de gens (de la caste) » Sans aucun mauvais sujet absolument. Je les plaçai (ces enfants) sous la main de » tous savants (pour les quider) dans tous leurs travaux. — Sa Majesté ordonna qu’on » leur donnäl toutes sortes de bonnes choses à cause du plaisir avec lequel ils faisaient » tous leurs travaux. Je les mis largement en possession de tous leurs honneurs et de » 1ous leurs approvisionnements convenant à leur profession de scribe, comme dans le » principe on faisait pour eux. — S. M. fit ces choses parce qu'elle savait (que c'était » le meilleur moyen pour) réveiller une vie nouvelle au milieu de toutes les ruines, » pour rétablir le nom de tous les dieux, de leurs temples, de leurs revenus sacrés, et » pour renouveler leurs fêtes à jamais. » Statue d'Ouza-Hor-ris-nti au Vatican (pe
Introduisons-nous dans l’enceinte d'un de ces fameux sanctuaires. S'il est soir, nous apercevons, au pied d’une colonne ou d’un palmier : quelques groupes devisant avec une gaîté franche mais calme, ou bien entourant un homme à l’air majestueux, vêtu d’une robe de lin toute blanche, chauve, quoique la vieillesse n’ait pas dégarni ses tempes, mais les rites sacrés obligent le prêtre à se raser tous les deux jours. Assis sur une banquette de terre où dormira tout-à-l’heure un gardien du temple, il raconte aux jeunes gens suspendus à ses lèvres l’histoire du passé, ou leur donne de bons conseils qu’il a reçus de son père. Quand il s'arrête: « Cer- » dainement, cela fait merveille, disent-ils, d'accomplir ce que » tu dis!. »
Si le soleil brûle de ses rayons le sol qui s’effrite en poussière, les cours désertes se taisent. Entrons dans une de ces grandes salles hypostyles qui précèdent les sanctuaires dans l’architecture du nouvel Empire. Là, maitres et élèves jouissent de l'ombre et de la fraicheur. Entre les colonnades, des nattes de roseaux jonchent le sol. De ci de là, un dormeur étendu se repose, ou bien un étudiant dévore ses maigres provisions, son petit pain cuit sous la cendre et ses oignons.
Dans un coin c’est un murmure confus ; un groupe d'enfants accroupis, les fils des scribes du pays, se dandinent de droite et de gauche, hochant la tête, en répétant une lecon à mi-voix, car ils veulent « la mettre dans leur ventre » c’est-à-dire l’apprendre ‘par cœur pour la réciter mot à mot.
D’autres tiennent à deux mains une « pierre écrite » ou une tablette de bois *, où sont tracés les principaux signes de l'écriture sacrée et ils s'efforcent plusieurs ensemble d'en énoncer correctement la prononciation Ÿ. Quelques-uns se disputent ; alors le bâton Roucé, Statuette naophore : Rev. Arch., 1851, VIIT, 37-614 [—B. Eg., 267-268]; RevizLour, R. Eg., 1, TI-T8).
1 Pap. Prisse, xvur, 43 (Virey, p. 404).
2 Celle que représente avec ses liens un des hiéroglyphes les plus communs, celui qui détermine toute idée abstraite (Cf. Maspero, Et. Eg., II, 245).
$ M. Pere a découvert et publié un syllabaire égyptien (Two hieroglyphic papyri from Tanis, London; 1889). Sur chaque feuille à droite est dessiné avec soin un grand signe hiéroglyphique ; dans la 2e colonne, son correspondant en écriture cursive (dite hiératique); dans la 3, une courte phrase qui marque l'emploi du signe et du mot.