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MAÎTRES ET ÉLÈVES

du maître, qui ne ménage pas les coups, intervient pour rétablir l’ordre et entre en danse sur les épaules. D'ailleurs les coups jouent un grand rôle dans l'éducation ; il suffit de quelques mots dits de travers, pour que le maître frappe en pleine figure et sur la bouche mème.

Le maître regarde un écolier récalcitrant « comme un äne » qu'on bâtonne vertement chaque jour ; comme un nègre stu- » pide qu'on amène en tribut »?. Bien souvent il use de cet argument pour prêcher l'amour du travail. Il sait varier avec art la forme du discours dont il accompagne les coups ; mais ce que l’on entend surtout et ce qui produit le plus d'effet, c'est la menace du bâton « ce don du ciel » comme l’appellent les fellahs. « © scribe ! point de paresse, ou lu seras baltu vertement…. » Bien préparé, le scribe habile dans son métier arrive ; il se » fortifie par un travail continuel. Que ion bras soit donc » toujours penché sur les lettres ! ne prends donc pas un jour » de repos, sinon on te battra. Il y a un dos chez le jeune » homme, il écoutequand il est frappé*. » Longtemps ces paroles résonneront à l'oreille du jeune scribe et son dos meurtri lui rappellera les commencements de la sagesse “. Mais il n’en éprouve pas de honte ; il s’en ferait plutôt gloire : « Dés l'enfance, dit » un scribe à son patron, j'ai été avec loi ; lu as frappé mon » dos ; tes instructions sont entrées dans mon oreille. »

Plus loin, dans la grande salle, des étudiants isolés, tenant de la main gauche une palette à deux godets et de la droite un roseau taillé 5, s’acharnent, sans s'occuper du bruit qui règne autour

1 Cf. Pap. Prisse VII, 12 (Virey, p. 52).

? Pap. Sallier I, pl. 7, 1. 11 (Caasas, Voyage, 303 ; MasPero, Genre épist., p. 15).

3 Lettre d'Amonemapit à Penbésa : Pap. Anastasi III, pl. 3, 1. 9 sqq.; Pap. Anastasi V, p. 8 1. 1 sqq. (Masrero, Genre épist., p. 74; Cnapas, Etudes, p. 414 : « L’oreille du jeune » homme est sur son dos. »). J

4 PaiBerxor, dans ses Sentences, dira encore : « Thot a établi la verge par laquelle le » monde corrige (rend bon) le méchant » (Pap. moral dém. de Leide, ch. x, 1, 10) et « Que la verge et le dégout soient la protection de leur maître devant le tentateur » (Zb., 1. 15 : Revizcour, Journ. Asiat., 1905, p. 245, 247).

5 Pap. Anastasi IV, pl. 8, 1. 7 (Maspero, Genre Epistolaire, p. 13; CnaBas, Voyage d'un Egyptien, p.131).

6 On trouve dans les musées des spécimens de ces objets que beaucoup de scribes faisaient déposer avec eux dans la tombe.

d’eux, à retracer avec l’encre noire et l'encre rouge, sur des éclats de pierre calcaire ou sur des tessons de poterie, les beaux caractères hiéroglyphiques qu'ils regardent comme modèles.

Enfin, au pied d’une grosse colonne, un vieux prêtre, à la tête rasée, vient de s’asseoir sur un fauteuil dont les bras et les pieds sculptés représentent une tête et des pattes de lion. Vingt jeunes gens ont défilé devant lui, inclinant fort bas le front et baisant ses mains : ils se sont assis en cercle tout autour de lui sur la natte ; l'œil levé sur le maître, la nuque repliée, la poitrine comprimée pour retenir leur souffle, ils attendent".

Lui d’abord promène sur son auditoire un regard plein de complaisance. C’est un sage renommé. Jadis on vantait sa docilité ; il y a conquis science et gloire. Longtemps il a « écouté la » parole » : il est passé « maître parce qu'il l'a écoutée ». Il a obtenu « un succès en se plaçant au premier rang (dans un concours). « Voilà pour lui une situation parfaite et durable, » et iln'a rien à désirer à jamais. Par la science sa direction » est assurée, et il est heureux par elle sur la terre... Sa » langue est d'accord avec son esprit; justes sont ses lèvres » quand il parle, ses yeux quand il regarde, ses oreilles » quand il écoute. »? Maintenant il est entré dans le rôle de professeur : il y a «une chaire pour ses raisonnements », et il « demeurera dans la bouche de ceux qui écoutent sa parole* ».

Il déploie un large rouleau de papyrus. « Dernièrement, dit-il, je vous lisais les préceptes qu’un dieu même nous avait légués‘ ; ceux-ci sont d’un ancien sage, contemporain des plus vieux rois du pays et honoré par eux. Le texte était écrit en caractères

1 C'est à peu près le spectacle qu'offre de nos jours la mosquée d’El-Azhar, la grande Université du Caire.

? Cf. Pap. Prisse, xv, 11-13 (Virey, p. 93-95).

3 Cf. Pap. Prisse, xvur, 9-12 (Virey, 403-104).

4 On attribuait aux dieux des écrits de nature assez diverse : religieux, liturgiques, magiques, législatifs, médicaux, etc. Certain chapitre du Livre des Morts passait pour « composé par Horus à l'intention de son père Osiris » (exxx, 1. 28 : Prerner, p. 407). Le conte de Satni-Khamoïs tourne autour de la conquête d’un livre « que Thot a écrit de sa » main lui-même ».(Pap. Boulaq n° 5, p. nr : Maspero, Contes, p. 175). — Sur une stèle de Thmouis, Ptolémée II se vante d’avoir rendu les honneurs dus aux béliers divinisés de Mendès « selon ce qui se trouve dans la prescription du dieu Thot. » (Manerre, M. D., pl. 43-45, p.12). — L'auteur du traité de médecine du pap. de Berlin publié par Ebers, dit posséder « des incantations composées par Osiris en personne » ainsi que des « Ordonnances infaillibles rédigées par Thot. » (Lorer, l'Egypte, p. 210 ; Esers, pl. cm)

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